Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1925
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Foulquier

IV. — Birmanie Septentrionale

Population catholique 11.608
Baptêmes d’adultes 210
Baptêmes d’enfants de païens 351
Conversions d’hérétiques 22


D’une année à l’autre nos progrès sont peu apparents quoique réels, écrit Mgr Foulquier ; il faut pour en juger se reporter à quelques années en arrière. J’ai sous les yeux un « Madras Directory » de 1898 ; on y donne : Birmanie Septentrionale, population catholique, 4.480 ; missionnaires européens, 21 ; prêtres indigènes, 3 ; églises et chapelles, 30 ; à Mandalay même, il y avait 234 catholiques. Or, aujourd’hui, nous avons 11.608 catholiques ; nous sommes 21 missionnaires et 8 prêtres indigènes ; il y a 66 églises. A Mandalay même nous comptons 2.888 catholiques.
J’ai eu le bonheur bien grand d’ordonner quatre nouveaux prêtres : les PP. Bonaventure, Peter, Alexis et Pantaleo. Ils ont été envoyés immédiatement aux postes qui étaient le plus dans le besoin.
J’ai eu aussi la joie de bénir deux nouvelles églises. La première, bâtie par M. Herr à Mèdawgon (la Colline de la Mère de Dieu), est dédiée à Notre-Dame de Lourdes ; la deuxième, bâtie par M. Falière à Yenangyaung est dédiée à saint Antoine.
Bâtisseur infatigable, M. Falière m’a fait bénir ensuite une grotte de Notre-Dame de Lourdes à Myingyan. La Sainte Vierge a-t-elle l’intention de nous y manifester sa bonté ? Voici ce que m’écrit M. Falière : « Il y a quelque temps, une de mes meilleures chrétiennes birmanes vint me trouver et me dit : — « Père, j’ai eu deux rêves extraordinaires ; la première fois, la Sainte Vierge m’est apparue pendant mon sommeil et m’a dit : « Je veux qu’une grotte de Lourdes soit bâtie ici près de l’église. Va trouver la dame X... et arrange-toi avec elle. » La chose me parut si étrange que je n’en ai soufflé mot à personne. Mais je viens d’avoir une deuxième fois le même rêve. Je suis perplexe ; dites-moi ce que je dois faire. — C’est bien simple, lui répondis-je ; si c’est réellement une manifestation de la Sainte Vierge, il n’y a qu’à obéir ; si ce n’est qu’une simple coïncidence, la Sainte Vierge n’en sera pas moins satisfaite. Va donc trouver cette dame et nous verrons ce que nous pourrons faire. » Or, cette dame avait depuis quelque temps le désir de bâtir à Myingyan une grotte de Lourdes ; elle n’avait manifesté son désir à personne. Quand elle entendit le récit de la birmane, elle n’hésita pas. La nouvelle se répandit rapidement. Tous voulurent aider ; quelques jours après, l’enclos de l’église s’emplissait de pierres, de briques, de sable et de chaux ; une douzaine d’ouvriers se mettaient au travail. Et voilà comment nous avons la belle grotte de Lourdes que vous avez bien voulu bénir le 2 août. »
La réunion annuelle des Katchins s’est tenue cette année à Manmaw, près de la frontière chinoise ; réunion très réussie ; huit missionnaires et deux Sœurs Franciscaines y assistaient ; jamais les Katchins n’avaient été si nombreux. Durant trois jours et trois nuits, les instructions, les repas, les danses se succédèrent. Il y eut parfois peut-être un peu de confusion ; les Katchins sont encore enfants de la forêt.

Les Ecoles dirigées par les Frères des Ecoles Chrétiennes et par les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition ont remporté cette année encore de beaux succès aux examens. M Lafon a eu comme d’habitude cent pour cent aux examens du septième Standard anglo-birman.
Je remercie Dieu des grâces de zèle et de sanctification qu’il a répandues sur la Mission. Les prêtres birmans ne l’ont cédé en rien aux prêtres européens. Il y a ici peu de missionnaires à poste fixe ; la plupart ont plusieurs villages à visiter. M. Juéry avec le P. Carolus visite 21 villages ; M. Herr, 14 ; M. Paquet, 8 ; M. Mandin, 7. M. Falière, malgré la cession des Shans States du Sud et de Pyinmana, a encore une douzaine de postes. Or tous ces confrères et tous ceux qui comme eux ont plusieurs villages à visiter constatent que presque tous les chrétiens s’approchent de la Sainte Table pendant leurs visites. M. Ruppin remarque que l’instruction religieuse devient plus facile depuis que les enfants fréquentent l’école.
Je vois aussi les chrétiens mieux pratiquer les vertus chrétiennes. Des querelles ont cessé par simple esprit chrétien. M. Pelletier cite un bel exemple de force et de résignation. « Une mère de famille avait deux morts à la maison, son mari et son fils. Un autre garçon se mourait à son tour. La courageuse mère le soutenait dans ses bras, lui donnant tous les soins et lui suggérant des pensées pieuses. Ceux qui étaient venus pour faire la veillée des morts pleuraient en entendant cette femme faire répéter à son fils les mots du Pater : « Que Votre Volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »

Et maintenant nos douleurs ! La mort du P. Tobie est encore toute récente. Il avait, il est vrai, soixante-seize ans. Mais nous étions habitués à le voir vivre et il était si plein de vie quand il prêchait des retraites ! Il en prêchait encore une à la Léproserie Saint-Jean, à la fin de juillet, un mois après il y revenait pour mourir.
La santé de plusieurs confrères nous a donné de sérieuses inquiétudes. MM. Roche et Allard sont encore en France. Les confrères deviennent vieux. Notre doyen, M. Laurent, va faire en 1926 son jubilé d’or. Même les plus jeunes se mêlent d’être malades ; chez beaucoup les infirmités s’ajoutent aux infirmités.
Il y a pourtant quelques exceptions. M. Falière semble être immunisé contre la fatigue. Il a déjà doté la Mission d’une demi-douzaine d’églises ; Les difficultés cependant ne lui manquent pas. A Yenangyaung, je viens de le voir bien à la hauteur de sa tâche. Yenangyaung est une vraie tour de Babel ; on y parle toutes les langues ; on y rencontre toutes les races. Le pays est raviné et la circulation difficile. Il y a là environ 600 catholiques, éparpillés sur un rayon de sept à huit milles. M. Falière les connaît tous ; il constate que quelques-uns imitent un peu trop les exemples qui leur sont donnés mais en grande majorité ils ont déjà réappris le chemin de l’église. Les baptistes, dont beaucoup hélas ! n’ont aucun désir de conversion, ont une très grande estime pour M. Falière. Il y a là beaucoup à faire, mais notre confrère ne peut y aller que tous les deux mois et ne peut y rester que quelques jours à chaque visite ; il lui faut courir ailleurs. Il est évident que les constitutions les plus fortes finissent par s’user à un tel travail. Où donc est-il l’assistant que je devrais donner à M. Falière ?
M. Herr avait autrefois trois ou quatre vicaires. Depuis la mort du P. Tobie, il n’a plus que le P. Pantaleo et le travail ne faut qu’augmenter. M. Herr, sans fatigue apparente, fait tout marcher.
M. Moindrot, en plus de son travail à Maymyo, où il dirige la paroisse de l’Immaculée-Conception, où il est professeur au petit Séminaire, où il est chargé d’une école tamoule, où il fait le catéchisme aux enfants des deux écoles du gouvernement, etc..., va aussi quatre ou cinq fois par an aux mines de Namtu et à Namsan Fall. Que ne peut-il y aller plus souvent et y séjourner plus longtemps ! Il compte pouvoir y bâtir dans quelque temps une église et un presbytère, ce qui lui permettra d’abandonner sans regret l’ancien bureau de poste qui lui sert de résidence durant ses visites.
S’il n’est pas très ingambe, M. Gilhodes est encore très actif. Il publie en ce moment dans le « Voice de Rangoon » le journal de la Mission Katchine. Les difficultés ont été grandes au commencement ; il en restera encore pour les successeurs.

Dirai-je que si nos résultats sont pauvres, nous sommes en revanche riches d’espérances. Avec mes confrères, j’ai l’espoir de voir entrer dans notre sainte Religion la grande majorité de nos catéchumènes. MM. Juéry et Carolus attendent des résultats considérables dans les villages au sud-est de Lamaibang. Pour les aider, M. Gilhodes, au lieu d’aller du côté nord où il est appelé mais où il s’éloignerait d’eux, va diriger aussi ses efforts du côté de Bhamo ; M. F. Collard est avec lui.
A Bhamo, M. Paquet réalisera, je l’espère, l’unité scolaire que nous désirions depuis longtemps ; il n’y a plus qu’une école secondaire pour les Shans et les Katchins ; j’ai réduit toutes les autres au quatrième standard. En février prochain, les Sœurs Franciscaines vont prendre la direction de l’école de filles.

Arriverons-nous à convertir les païens qui nous entourent et au milieu desquels nous formons une quantité insignifiante ? Pour le seul district de Mandalay, le dernier recensement relevait 299.329 bouddhistes, 3.298 animistes, 22.061 hindous, 23.209 mahométans, 8.329 chrétiens (catholiques et protestants). Ces gens-là nous ignorent ; nous avons peu ou point d’influence sur eux. Les idées de « Swaraj », (sui juris) occupent de plus en plus les Birmans. Mais nous répétons et de tout notre coeur : « Memento Jesum Christum Filium Tuum pro illorum salute atrocissimam subiisse necem. »
Il nous manque beaucoup de choses. Nous gardons la pudeur de notre pauvreté ; mais le diable s’est logé dans le coffre-fort de la Mission. Nous avons besoin de beaucoup d’aide ; évidemment le meilleur moyen est d’essayer de le trouver sur place.
Au Petit Séminaire de Maymyo, nous avons quatorze élèves. Les renseignements que je reçois sur nos séminaristes de Penang sont satisfaisants. Je n’ai pas encore d’école de catéchistes.
Les Sœurs de Saint-Joseph, qui admettent sans distinction les Eurasiennes et les Birmanes, ont un bon nombre de recrues. Leur noviciat est à Moulmein.
Les Sœurs Franciscaines, qui sont déjà à Chanthaywa et à Kutong, ont encore à la Léproserie Saint-Jean 17 oblates, 2 probanistes et 16 postulantes.
Les Frères des Ecoles Chrétiennes trouvent ici pas mal de vocations mais, sans doute parce que nul n’est prophète en son pays, ils ont jusqu’ici envoyé tous nos jeunes gens ailleurs.
Il nous faudrait de l’aide. M. Lafon crie plus fort que jamais l’impossibilité de diriger seul son orphelinat. Tout est prêt pour recevoir les Religieux, prêtres et frères, qui voudraient bien se charger de ses 210 orphelins.


~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam