| Année: |
1926 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Saint-Guily |
III. — Birmanie Méridionale.
Population catholique 61.418
Baptêmes d’adultes 740
Conversions d’hérétiques 52
En l’absence de Mgr Perroy, c’est son Provicaire, M. Saint-Guily, qui nous écrit : « Les statistiques résumant le travail accompli pendant l’exercice 1925-1926 dans notre Mission accusent un fléchissement dans la colonne des conversions de païens, mais une augmentation dans la colonne des confessions et des communions. Cela montre que nos confrères ont dû, se conformant à l’article 3 du Règlement — qui est au reste l’expression d’une règle qui s’impose d’elle-même — se cantonner dans leurs devoirs de prêtres de paroisse et cesser d’être missionnaires : les chrétiens existants ont pris la plus grande partie de leur temps, et il ne leur en est pas resté pour courir, comme ils l’auraient désiré, après de nouvelles conversions. La conclusion s’impose : les ouvriers manquent pour cultiver le champ que le Père de famille nous a confié.
Papun. — Il y a toutefois d’heureuses exceptions : M. Loiseau, à Papun, a eu le bonheur d’enregistrer 140 baptêmes de païens. Papun est la nouvelle mission en voie d’organisation dans le district de Tenasserim. Notre confrère a affaire à des villageois simples et paisibles, éloignés des grandes agglomérations et que la civilisation n’a pas encore gâtés. J’ai à peu près terminé notre école de Papun, écrit M. Loiseau, et je vais bientôt commencer la construction de l’église quelque chose de très simple, en bois. J’espère finir à la fin des pluies ; alors je reprendrai et achèverai la construction du presbytère, pendant la saison sèche. Le manque d’ouvriers et la difficulté pour se procurer les matériaux me retardent beaucoup.
Comme fait principal à signaler, je me permettrai de vous raconter la conversion du village de Konadafeu.
Un jour je me mis en route pour aller visiter un païen, chef de village, très malade, que l’on m’avait dit vouloir se faire baptiser. Ce fut un voyage apparemment sans résultat car le pauvre homme n’osa pas se décider au baptême à cause de 1’opposition de son gendre. Je m’en retournai donc quand je rencontrai un catéchumène, chef du village de Konadafeu qui n’est qu’à quelques milles de là. Ce brave homme se préparait au baptême depuis quelque temps avec plusieurs membres de sa famille ; il me demanda de ne pas les faire attendre plus longtemps et de venir moi-même les baptiser. Je le lui promis, et de retour à Papun, j’envoyai aussitôt un catéchiste et un de mes anciens chrétiens pour préparer définitivement ces Carians à la réception du baptême. Au jour fixé je me mis en route. La distance n’est que de douze milles, mais il faut d’abord gravir une montagne de trois mille pieds et redescendre dans une vallée par des chemins un peu... casse-cou. Mes deux hommes et plusieurs villageois étaient venus à ma rencontre et la première nouvelle qu’ils m’annoncèrent fut que la majorité des gens du village, soit 43 personnes, étaient décidés à se faire baptiser le lendemain.
La nouvelle était bonne, mais je me demandai s’il n’y avait pas un peu d’exagération. Le soir, après les avoir réunis, interrogés, examinés, je constatai leurs bonnes dispositions ; le chef du village qui a une grande influence sur eux, se portait garant de leur persévérance. Le lendemain, après une dernière instruction préparatoire, en plein air, je leur donnai le baptême. Depuis, ces néophytes se maintiennent bien dans leur ferveur : j’ai installé chez eux un catéchiste, et une école a été ouverte que le Gouvernement vient de reconnaître. Les quelques familles non encore baptisées sont maintenant décidées à suivre l’exemple des autres à la prochaine saison sèche. Cet événement a fait du bruit dans la région et nous fait espérer que d’autres villages suivront l’exemple de Konafadeu. »
Gyobingauk. — Gyobingauk arrive second avec 88 baptêmes de païens. Ce poste est sous la direction de M. Mamy qui est assisté d’un prêtre indigène, le P. Lucas. Une violente attaque de malaria, qui a mis ce confrère à deux doigts de la mort, ne lui a pas permis de nous écrire un compte rendu détaillé.
Bassein. — Bassein vient ensuite avec une belle gerbe de 50 conversions. Voici comment M. Provost, chargé de ce poste, annonce ce succès : « En m’adjoignant enfin un second assistant, Monseigneur a exaucé un désir exprimé pendant des années. Nous pourrons désormais travailler avec plus de succès à la conversion des infidèles et des hérétiques. Pour commencer, dès le premier exercice, je suis tout heureux d’offrir au Bon Dieu un nombre de conversions bien supérieur à celui des années précédentes. De 17, nous avons fait un bond jusqu’à 50. Si on ajoute 33 baptêmes d’enfants de païens in articulo mortis, c’est un début bien consolant. Ces derniers baptêmes sont dus surtout au zèle d’une « lady-Doctor » qui, à l’hôpital, est dans la meilleure situation pour ouvrir les portes du Ciel à ces pauvres nouveau-nés. »
Thinganaing. — M. Héraud constate avec plaisir le progrès de ses ouailles à Thinganaing, grâce à l’Apostolat de la Prière auquel il a donné un renouveau de ferveur. « Le nombre des confessions et communions de dévotion augmente toujours un peu, écrit-il ; les dimanches ordinaires, les communions sont en moyenne de 40 à 50, et depuis la bénédiction de la nouvelle église, j’ai le plaisir d’enregistrer un nombre consolant de communions sur semaine... La nouvelle église a été bénite le 27 janvier par Mgr Perroy qu’entouraient 8 missionnaires européens et 7 prêtres indigènes. Jamais Thinganaing n’avait vu une foule aussi nombreuse. Tous les chrétiens qui ont pu assister à cette cérémonie, de Thinganaing ou des missions environnantes, en ont gardé une vive impression, ainsi que les païens des alentours. Cette église fut commencée en 1914 ; il a fallu douze ans pour la terminer ; les difficultés n’ont pas manqué, mais la Providence aidant, les fonds sont arrivés. Aujourd’hui, deux cloches montées à soixante-quinze pieds appellent joyeusement les fidèles à la prière....
Paukseinbe. — M. Bouche à Paukseinbe constate avec peine que bon nombre de ses chrétiens sont attirés vers les grands centres, où ils trouvent plus d’occasions de s’amuser ; mais leurs moyens étant très limités et leur capacité ne leur permettant pas d’obtenir un emploi lucratif, ils y tombent bientôt dans la misère noire. « Actuellement, écrit-il, ce sont les jeunes gens qui s’en vont. Le travail des champs et des jardins ne nourrit plus son monde, disent-ils, tandis qu’en ville, on peut gagner de gros salaires. En fait, la paresse y est pour beaucoup car ceux qui les remplacent — Indiens ou Chinois — trouvent que la culture des champs et des jardins leur donne le moyen de faire de bonnes économies... Malheureusement, le Carian reste toujours enfant, quels que soient son âge et son sexe ; il ne peut voir un marchand de pâtisserie ou autre chose sans l’appeler et faire des emplettes. Tout se paye, et si l’argent sonnant fait défaut, on paye en riz. Et ces dépenses, ajoutées à celles qui se font dans les bazars et magasins des gros villages, font qu’un jour il faut hypothéquer le champ, et les intérêts à payer sont si élevés que le champ hypothéqué est un champ perdu. Cette année, quatre de mes familles chrétiennes de Paukseinbe se sont ainsi ruinées. » Malgré cela, la population catholique se maintient ainsi que le membre (46) des baptêmes d’enfants de chrétiens. Le mal n’est peut-être pas aussi profond qu’on pourrait le craindre, mais le danger reste et il était bon de le signaler.
Maryland. — A Maryland, M. Foulquier continue à rajeunir les bâtisses de son poste qui en avaient grand besoin ; il a maintenant deux belles et spacieuses écoles, l’une pour les filles, l’autre pour les garçons, et il vient de terminer la construction du presbytère. Là aussi il y a progrès dans le nombre des confessions et des communions.
Mission tamoule. — Le besoin d’ouvriers apostoliques se fait sentir, surtout, je pourrais dire, parmi la mission tamoule. Elle est composée d’Indiens du Sud de l’Inde, venant surtout de la Présidence de Madras ; ils sont au moins 20.000. On les trouve un peu partout dans la Mission, mais particulièrement à Rangoon et dans le delta de 1’Irawaddy. On a créé pour eux trois centres principaux, Rangoon, Kyauktan, Kyaiklat.
Rangoon. — A Rangoon, la population tamoule est de 10.000 environ. C’est M. J-B. Mourlanne qui en est chargé, avec la collaboration de M. Dessalle et d’un prêtre indigène ; il a aussi la responsabilité d’une paroisse à Insein, à treize kilomètres environ de Rangoon. En outre, M. Sellos a la direction de deux écoles tamoules à Rangoon, une pour garçons et l’autre pour jeunes filles. Ces deux écoles sont reconnues par le Gouvernement et donnent l’instruction jusqu’au dixième Standard.
Malgré le travail que demande cette vaste population chrétienne, nos confrères de Saint-Antoine ont pu enregistrer 49 baptêmes de païens.
Kyauktan. — M. Chave administre ce centre avec la collaboration de son zélé vicaire, M. Philippe. « Le nombre des chrétiens va toujours en augmentant, écrit notre confrère. Cette année, j’ai eu 3.225 confessions annuelles. Si la visite avait pu être faite régulièrement, j’aurais pu atteindre sans doute le chiffre de 4.000. Après le départ de M. Philippe pour Kyaiklat, je me trouvai de nouveau seul et n’ai pu terminer l’administration des chrétiens.
Ce qui a surtout empêché M. Chave de terminer l’administration avant la fin de juin, c’est le soin qu’il doit donner à son école et aux religieuses indigènes qui en sont chargées. Cette école est appelée à faire un bien incalculable dans cette chrétienté, par l’exemple des religieuses, les exhortations qu’elles savent adresser à l’occasion et l’influence qu’elles savent prendre sur les femmes chrétiennes, mais surtout par la formation chrétienne qu’elles donnent à la nouvelle génération.
Kyaiklat. — C’est le troisième centre pour les tamoul ; M. Meyrieux en a la charge. Pendant des années ce confrère a été seul pour faire face au travail qui lui imposait une population chrétienne de plus de 5.000 âmes, répartie en une vingtaine de villages, la plupart bien éloignés de la résidence ; on peut se demander comment il a pu suffire à la tâche. Une école s’impose à bref délai ; elle est bien dans les plans de notre confrère, mais ce rêve est irréalisable tant qu’il n’aura pas un vicaire pour l’aider.
L’événement principal de l’année a été la bénédiction par Mgr de Médée de la nouvelle église que M. Meyrieux a bâtie à Kyaiklat. C’est un beau monument en briques. La cérémonie attira une affluence considérable de chrétiens et la Table sainte fut littéralement assiégée, chacun des trois jours que dura la fête, à chacune des messes qui y furent célébrées.
Moulmein. — A Moulmein, M. Boulanger voit le nombre de ses paroissiens diminuer. « L’Eglise de Saint-Patrick, écrit-il, tend à devenir de plus en plus exclusivement l’église paroissiale de l’école des Frères et du couvent des Sœurs de Saint-Joseph. Depuis les 20 ou 25 dernières années en effet, la population européenne et anglo-indienne a diminué d’une façon régulière et pour plusieurs causes : La principale est l’émigration de bon nombre de jeunes gens et de jeunes filles qui, à leur sortie des écoles, vont chercher ailleurs une position pour laquelle Moulmein ne leur offre aucun espoir, et de la sorte plusieurs de nos anciennes familles ont disparu... »
Petit Séminaire. — M. Joseph Mourlanne, Supérieur du petit Séminaire établi à Moulmein, donne des renseignements sur le travail, la conduite et la capacité des jeunes gens qu’il a à former. Pour la plupart d’entre eux, c’est simplement un minimum d’intelligence qui leur permet de continuer leurs études de latin ; la très bonne volonté dont ils font preuve ne suffit pas pour combler cette lacune. « Ce défaut, écrit M. Mourlanne, qui passe à peu près inaperçu tout au début quand c’est surtout la mémoire qui est en jeu, devient frappant dans la suite. Certains qui paraissent d’abord assez bien doués semblent perdre tous leurs moyens dès qu’il s’agit de faire montre de jugement. Rares sont ceux qui dépassent la moyenne. »
Il est bien permis de regretter que nous n’ayons pas encore des sujets d’élite. Le niveau des études a été relevé et est bien supérieur à ce qu’il était avant que M. Mourlanne ait pris la direction du séminaire ; mais il est une limite, plutôt basse, que nos jeunes séminaristes, même les mieux doués, ne peuvent pour le moment dépasser. Ils sont au nombre de 15.
Noviciat des Sœurs indigènes. — Un autre établissement dont le succès est vital pour la Mission est le Noviciat des Sœurs indigènes établi à Bassein. M. Provost en a la charge depuis plus de vingt ans. Après la grâce de Dieu, c’est à son zèle, son intelligence et sa prudence que sont dus les succès qui ont été obtenus. Il écrit dans son rapport : « Le Noviciat des Sœurs indigènes, qui depuis plusieurs années périclitait par suite d’une crise de vocations, s’est rempli de nouveau. Sept postulantes entrées l’année dernière ont commencé leur noviciat. Le mois dernier, 5 jeunes filles ont été admises au postulat. Avec les 19 religieuses qui s’occupent de l’enseignement, des malades, de la couture et de la cuisine à la Maison Mère, nous avons actuellement un total de 53 religieuses.
L’Asile des Petites Sœurs des Pauvres à Rangoon s’est agrandi d’une aile, qui était prévue dans le plan primitif et double en réalité sa capacité d’admission. Les demandes s’étaient tellement multipliées qu’il a fallu construire. Les 14 religieuses qui se dévouent jour et nuit au service des 145 vieillards des deux sexes que compte l’établissement, continuent à faire l’admiration de tous ceux qui les connaissent.
Ecoles. — Nos écoles sont de plus en plus prospères et les brillants succès qu’elles remportent aux examens publics prouvent que pour l’instruction qui y est donnée elles restent au premier rang.
Je ne mentionnerai que nos grandes écoles de Rangoon et de Moulmein : Les écoles des Frères de ces deux villes comptent 2.045 élèves dont 1.007 ne sont pas catholiques. Les écoles des Sœurs, Sœurs du Bon Pasteur et Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, ont 1.556 élèves dont 850 non catholiques.
Ces chiffres parlent d’eux-mêmes et montrent combien le dévouement des chers Frères et des bonnes Sœurs est apprécié, même par ceux qui n’ont pas le bonheur de partager nos convictions religieuses. »
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