| Année: |
1926 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Foulquier |
IV. — Birmanie Septentrionale.
Population catholique 11.667
Baptêmes d’adultes 287
Baptêmes d’enfants de païens 382
Conversions d’hérétiques 29
« C’est tout ce que nous avons pu glaner cette année, écrit Mgr Foulquier. Pour constater nos progrès peu apparents mais réels, je me reportai dans mon dernier compte rendu à un quart de siècle en arrière car, d’une année à l’autre, ils sont insensibles. Le nombre des confessions et communions nous donne une augmentation de 4.000 et 9.000 sur celui de l’an dernier. Nos écoles nous donnent un total de 3.225 élèves, 1.696 garçons et 1.529 filles, contre 2.930 pour l’exercice précédent.
La médiocrité de leurs succès n’abat pourtant pas le courage de nos confrères. M. F. Collard, porte-parole de M. Gilhodes, m’écrit que, des quatre points de l’horizon, les Katchins les appellent, que les missionnaires et les religieuses ont la sympathie de toute la population, à plusieurs journées de marche à la ronde, mais il n’y a pas de signe de conversions en masse. Les vieux veulent aller rejoindre leurs ancêtres — les malheureux ! — Alors les missionnaires se donnent surtout à la jeunesse des écoles, afin de détruire l’influence de ces idées déplorablement transmises par la tradition. Ils regrettent de n’avoir pas de catéchistes à envoyer aux unités isolées qui demandent à se convertir, tandis que les Baptistes américains en sont copieusement pourvus. M. Juérv, dans son rapport, donne exactement la même note.
M. Roche, chez les Shans chinois, est plus optimiste : il croit à des conversions en masse, Il n’a pas la concurrence des Baptistes ; les Shans sont plus délicats que les Katchins et n’admettent pas de ministres de religion traînant avec eux femmes et enfants. Mais alors, comment ne réalise-t-il pas ses espérances ? C’est que d’abord, autant les montagnes « Katchines » sont salubres, autant les plaines « Shanes » le sont peu ; ensuite, étant seul à connaître la langue il ne peut faire face à tout et, dit-il, à tout entreprendre, on ne mène rien à bien. Le P. Joseph, jeune prêtre birman qui apprend le shan chez lui, donne les meilleures espérances, mais a hélas ! une santé bien délicate. Aussi M. Roche m’adjure-t -il : « Du renfort, Monseigneur, en personnel et en finances, ou… je pleure. » J’apprécie les larmes de notre confrère, mais tout ce que je puis faire, c’est de… pleurer avec lui.
Chez les Birmans, le travail est plus ingrat. Dans le district de Shwebo, M. Herr a eu 36 baptêmes d’adultes, chiffre assez consolant encore, mais il se plaint que le nombre des catéchumènes diminue beaucoup ; chaque année la sécheresse les oblige à émigrer et beaucoup d’inscrits disparaissent ainsi. Le « home rule », mouvement religieux autant que politique, fait sentir son influence néfaste surtout dans ce district.
Dans le district de Kyaukse, la fièvre paludéenne a fait obstacle à l’évangélisation, en visitant tour à tour M. Mandin et son auxiliaire le P. Alexis. Là encore, les catéchumènes diminuent.
M. Falières, dans sa congrégation multicolore et polyglotte, a cueilli 20 baptêmes, et M. Lafon, 25 parmi ses Chinois plus ou moins authentiques.
Quant à la tenue des chrétiens anciens et nouveaux, les missionnaires expriment plus de satisfaction ; jusqu’aux soldats écossais de la garnison de Maymio qui, grâce aux bons exemples et à l’aide efficace d’un chef catholique, ont été fidèles à leurs devoirs dans une proportion que n’ont jamais atteinte les soldats irlandais.
M. Herr m’écrit qu’une de ses plus grandes consolations, c’est de voir les fidèles s’approcher presque tous des sacrements à chaque visite du prêtre. M. Pelletier, dans son rapport sur les deux paroisses de Chanthaywa et Chaungyo, après avoir blâmé l’esprit d’indé-pendance de quelques jeunes gens et l’apathie des parents en ce qui touche l’éducation, conclut ainsi : « Le mal, pour réel qu’il soit, ayant le don de se montrer de façon plus apparente que le bien, est cependant loin de l’emporter sur celui-ci… Je n’ai en général qu’à me louer de l’exactitude de mes chrétiens, comme aussi le leur régularité à recevoir les sacrements, sinon tous les mois — ce qui est le cas pour beaucoup — du moins tous les deux ou trois mois, même pour les moins fervents. »
Je ne trouve qu’une note discordante : elle est dans le rapport de M. Ruppin, curé de Saint-Michel, paroisse birmane de Mandalay. Certaines de ses ouailles trouvent plus facile ou de meilleur goût d’assister aux offices à la cathédrale, paroisse anglaise, où tous les sermons se font en anglais, que les dites ouailles ne comprennent guère. Alors M. Ruppin se demande si ce que Saint-Alphonse de Liguori dit des prêtres qui ne prêchent pas ne s’appliquerait pas par corrélation aux fidèles qui n’entendent pas les sermons, qui peut-être même s’arrangent pour ne pas les entendre. En tout cas, il constate avec douleur que la piété s’en va et que la génération qui grandit vaudra encore moins, conséquence de l’affaiblissement de la foi chez les parents.
Si nous passons aux écoles, nous constatons un très grand progrès partout. Chez les Katchins, à Kutchong, M. Gilhodes groupe des enfants de tous les villages environnants ; de plus, il a ouvert deux nouvelles écoles dans des centres plus éloignés. Son plan est de multiplier les écoles enfantines dans les villages, pour dégrossir les enfants et les grouper ensuite à Kuthong.
A Bhamo, M. Pâquet, momentanément détaché de la mission shane, a consacré depuis quinze mois tout son avoir — et amplius — tout son savoir doublé d’une remarquable audace et toutes ses sueurs à mettre debout une école primaire supérieure qui compte déjà plus de 120 élèves des deux sexes et de toutes races. Le but est d’y recevoir comme pensionnaires tous les élèves shans et kahchins qui ont passé le quatrième standard dans les écoles de village. Ce but est atteint, mais le plan de M. Pâquet ne s’arrête pas là : il veut que de son école de Bhamo sortent autant de maîtres d’école et de catéchistes que les missionnaires de la brousse en pourront employer. Notre confrère s’est mis dans les dettes et ne trouve plus personne qui lui consente un crédit : des pensionnaires qui ne paient point, c’est un capital qu’on trouve difficilement à hypothéquer. Le bienfaiteur qui le libérerait de ce grave souci mériterait bien de toute la mission de Bhamo, Shane et Katchine.
M. Falières, qui jusqu’à maintenant avait bâti des chapelles s’est mis cette année aux écoles : il en a ouvert trois pour commencer. Celle de Myingyan ne lui a pas donné trop de difficultés. Pour celle de Penangyaung, après avoir beaucoup peiné pour chercher des maîtres, il a toutes les misères du monde à rassembler les élèves ; car Yenangyaung est une agglomération de villages, autour des puits de pétrole, plutôt qu’une ville. Par contre, à celle de Nyaungla, les élèves viennent en foule, mais les maîtres sont introuvables qui consentent à venir dans ce pays ingrat. Les trois écoles groupent 93 élèves des deux sexes.
M. Moindrot se félicite aussi de son école tamoule de Maymio dont les élèves, pour la première fois, ont dépassé la centaine, 116 exactement.
Quant aux grandes écoles anglaises et anglo-vernaculaires, celle de M. Lafon continue à maintenir ses succès aux examens, à cent pour cent ; celle de M. Hervy ne connaît pas de succès si absolu, mais détient une excellente moyenne. Nos écoles de filles de Maymio et de Mandalay méritent les plus grands éloges ; leur réputation est telle, qu’à chaque rentrée des classes, nos Sœurs sont obligées de refuser bon nombre de demandes.
Notre école des Frères a subi cette année un petit échec. C’est un accident dont elle se remettra. Elle reste encore la première école de Mandalay ; ses succès sont connus. « Sed habeo adversum… » Depuis bientôt trente ans que nos bons Frères sont à Mandalay, ils ne nous ont donné ni un élève pour le séminaire, ni un catéchiste, ni un maître d’école. Ils ont trouvé pour leur compte 15 vocations, mais sans aucun profit pour la Mission puisqu’ils ne sont que cinq, moitié moins qu’au début, et que ne trouvant pas de maîtres ils sont obligés d’employer des maîtresses… et M. Hervy, dont cinq de ses meilleurs anciens élèves sont entrés dans leur Institut, est à la merci de maîtres hindous ou musulmans qui continuellement exigent une augmentation de salaire. Que les bons Frères se recrutent chez nous tant qu’ils pourront, c’est mon plus grand désir, et ce sera parfait quand notre Mission en retirera quelque avantage.
Enfin, l’école la plus importante est notre petit Séminaire ; il compte 15 élèves. « Degrés variés d’intelligence, m’écrit M. Moindrot, mais bonne volonté générale. » M. Jarre ajoute : « La santé de nos séminaristes a été bonne cette année et leur piété excellente. » Les résultats acquis nous sont un motif de confiance pour l’avenir. J’ai ordonné deux nouveaux prêtres, ce qui porte leur nombre à 10.
Parmi les événements de l’année, à noter un grand malheur. Une nuit d’octobre pendant un orage, des malfaiteurs se sont introduits à l’église Saint-François Xavier à Mandalay et ont profané le Saint-Sacrement. Ils ont défoncé le coffre-fort qui sert de tabernacle et après avoir répandu les Hosties sur le pavé de la sacristie ont emporté le ciboire et la lunule d’ostensoir qui contenait la sainte Hostie. En réparation de cet outrage, le chemin de la Croix a été fait le vendredi 23 octobre et le Saint-Sacrement a été exposé toute la journée du dimanche 25. Tous les fidèles y sont venus consoler Notre-Seigneur de cet horrible sacrilège.
Comme événement heureux, je noterai le jubilé d’argent de mon provicaire, M. Hervy, célébré le 2 février. Des témoignages de sympathie lui sont venus de toutes les classes de la société de Mandalay. Sympathie bien méritée et dont le jubilaire seul était étonné. »
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