Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1927
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridionale
Rédacteur:Mgr Perroy

III. ― Birmanie Méridionale.

Population catholique 63.442
Baptêmes d’adultes 644
Baptêmes d’enfants de païens 93
Conversions d’hérétiques 80


Mgr Perroy nous écrit : « Grâce aux sages principes de l’administration anglaise, nous ne verrons pas en Birmanie les bouleversements qui secouent la Chine en ce moment. Stimulés par quelques agitateurs politico-religieux, nous nous acheminons à pas comptés vers des transformations inévitables. Les réformes accordées forment la base de nouvelles demandes ; mais il n’y a rien en cela que de très naturel, surtout pour les Anglais qui se sont toujours flattés d’être un peuple destiné à l’émancipation des autres. Personne ne saurait dire à quoi et à quelle époque aboutira notre sage et lente évolution. Connaissant toutefois la ténacité de nos administrateurs et leur tendance à accorder ce qui flatte plutôt que ce qui enrichit, nous sommes sûrs que, tant qu’ils auront les mains libres, nous jouirons en Birmanie des bienfaits de la paix.
Ces considérations ne sont pas déplacées au commencement de ce compte rendu. Les événements politiques ont en effet, en Birmanie plus que partout ailleurs, une puissante répercussion sur l’état religieux du pays. Le bouddhisme dans le passé jeta ici de si profondes racines que, de notre temps, nos politiciens éclairés sont incapables de distinguer entre la politique et la religion. La politique étant nationale, la religion aussi doit être nationale ; et il n’y a jamais eu en Birmanie d’autre religion nationale que le bouddhisme. Si bien qu’aujourd’hui, comme au temps de Mgr Bigandet, adopter une autre religion équivaut à adopter une autre nationalité. Du moment que le clergé, indigène ou non, n’est pas le clergé bouddhiste, il n’est pas national ; il n’est qu’étranger. Son influence sur les Birmans s’execera en proportion de ses connaissances et autres qualitéz individuelles, mais non d’après sa race.
Nous sommes donc forcés de constater que les progrès que nous faisons au point de vue politique ne sont aucunement favorables à l’évangélisation du pays. Et ces progrès sont certains ; les dernières élections des membres du Conseil législatif provincial ont montré que le mouvement autonomiste gagne du terrain, et l’autonomie signifie que le pays sera de plus en plus gouverné par les Birmans.
Les Carians, race jadis opprimée et de nos jours encore peu sympathique aux Birmans, ne sont pas favorables au mouvement autonomiste. Toutefois, craignant d’être un jour exposés comme chrétiens aux tracasseries de la majorité et de l’administration bouddhiste, ils prennent le vent et hésitent à se faire baptiser.
C’est parmi les Carians qu’ont eu lieu la plupart des conversions. C’est parmi eux qu’on a dû et pu trouver des vocations sacerdotales. Or les Birmans n’ont guère de considération pour les Carians qu’ils considèrent toujours comme une race inférieure. Les Carians eux-mêmes se demandent s’ils seraient bien protégés par les prêtres de leur race, le jour où les missionnaires européens ne seraient plus là. Leur infériorité sociale ne leur donnerait certainement pas beaucoup de prestige aux yeux des Birmans, si des difficultés au point de vue religieux venaient à se lever. Cette considération peut en faire hésiter quelques-uns à embrasser le christianisme.
Les conditions économiques sont bonnes. La prospérité du pays n’a jamais été si grande. Mais un fait qu’on a constaté à maintes reprises dans le passé, c’est que la progression des conversions est toujours en sens inverse de la prospérité matérielle. La pauvreté des missionnaires n’en est d’ailleurs que plus manifeste. En raison des conditions du change, leur viatique a diminué de moitié tandis que le prix des objets de première nécessité a augmenté. Les cenditions économiques, bonnes pour l’ensemble du pays, ne sont donc pas favorables aux missionnaires.
Pour apprécier l’état général du Vicariat, il est indispensable de connaître l’absence d’homogénéité qui le caractérise. Certaines parties de sa population se compénètrent, elles ne se confondent pas. La population catholique de la Mission peut être classée de façons différentes.
Pour l’ethnologue, elle comprend trois groupes bien districts : les Ango-Birmans ou Eurasiens, les Carians, les Tamouls. On pourrait ajouter trois autres groupes : les Birmans, les Chins et les Chinois. Mais le nombre des catholiques que l’on trouve parmi eux n’est pas considérable.
L’administrateur et l’économiste la classeront sous les deux rubriques : population urbaine, population rurale.
Les Eurasiens ou Anglo-Birmans se rencontrent, comme les Chinois, presque exclusivement dans les grandes et petites villes. Les Tamouls et les quelques Birmans catholiques sont à peu près également partagés entre les villes et les campagnes. Les Carians et les Chins vivent dans la brousse.
Sous le rapport du nombre des catholiques, les Carians viennent en premier lieu, puis les Tamouls suivis des Eurasiens, et enfin les Chins, les Birmans et les Chinois. C’est toujours parmi les Carians que ne produisent les plus nombreuses conversions, et c’est une des raisons pour lesquelles il y a plus de missionnaires et de prêtres indigènes affectés à cette section.
Comparativement à leur nombre, les Tamouls immigrés en Birmanie sont loin d’offrir un champ aussi fertile à l’apostolat. Le riz qu’ils trouvent ici plus abondant qu’aux Indes ne leur fait pas oublier leur pays d’origine. De nombreuses attaches les y rappellent régulièrement et l’influence que le missionnaire pourrait exercer sur les païens s’en ressent. L’habitude qu’ont les catholiques de transformer l’oratoire en prétoire accable leurs missionnaires d’un surcroît de travail et quelquefois d’ennuis. On conçoit que la lourde tâche d’administrer aussi parfaitement que possible une population tamoule catholique de plus de 20.000 âmes laisse peu de loisirs aux huit missionnaires qui leur consacrent leur généreuse activité. Des remarquer analogues, mutatis mutandis, expliqueraient pourquoi les progrès de notre mission chinoise sont si lents.
Les fièvres malignes des montagnes des Chins ont opposé un onstacle formidable à tous les missionnaires qui s’y sont aventurés. La ténacité de M. Maisonnable a failli à plusieurs reprises lui coûter cher. Les résultats que ce zélé confrère a obtenus montrent cependant que ces tribus ne sont pas réfractaires à l’action du missionnaire. Mais dans l’état de nos ressources et de notre personnel, il nous est impossible de nous étendre de ce côté.

Cette année comme les précédentes, on a constaté dans plusieurs postes carians la disparition subite de familles catholiques. Le peu d’amour que le Carian porte à sa terre, joint aux dépenses folles que son imprévoyance lui fait faire, explique presque toujours ce mouvement d’émigration. Dans son état primitif, le Carian ne possède pas de terre, une certaine étendue de forêt, dont les limites sont déterminées par la coutume, appartient au village. C’est là que, après consultation des augures, il choisira à côté du voisin le lopin devant lui fournir sa provision annuelle de riz et de légumes. L’année suivante, c’est un peu plus loin qu’il coupera, brûlera et défrichera la forêt. Et, s’il y a de l’eau à proximité, c’est là aussi que se transportera le village tout entier. Nos Carians de la plaine, n’ayant plus de forêt à leur disposition, sont obligés de cultiver régulièrement les rizières tout comme les Birmans. Seulement ils tiennent de leurs ancêtres de habitudes et des tendances qui, n’ayant plus ici leur raisen d’être, ne nous semblent plus qu’une manie : la manie de bouger. On a dit qu’ils étaient sans doute une des tribus d’Israël qui se perdirent avant l’entrée dans la terre promise ; ce n’est pas sans raison : le Carian est toujours à la recherche de la terre promise. S’il constate que son champ a moins produit que celui du voisin, l’idée ne lui viendra pas qu’il y a dépensé sans doute sans doute un peu moins d’intelligence ou un peu moins de sueurs ; c’est le champ qui ne vaut rien... Il n’y a qu’une ressource, c’est de partir.
Ces constatations générales sont confirmées par les divers rapports des missionnaires : « La population ayant considérablement augmenté, écrit M. Foulquier, le terrain à cultiver est devenu rare et nos gens s’en vont chercher fortune ailleurs. Ceux qui émigrent ne sont pas les meilleurs catholiques ; ce sont ceux qui, criblés de dettes, ont dû hypothéquer leurs rizières. Honteux de travailler comme coolies, ils doivent aller au loin à la recherche de quelque coin de forêt à défricher. »
Citons encore M. Provost : « En allant à la conquête des infidèles et des baptistes, mes assistants ont recontré des chrétiens émigrés depuis plus ou moins longtemps, quelques familles isolées et même deux embryons de villages chrétiens. Bien qu’ils n’aient fait aucun effort pour rencontrer un missionnaire, ces pauvres gens n’avaient pas perdu la foi. Quel dommage que nous ne puissions pas obtenir de ces émigrants qu’ils avertissent leur prêtre de leur départ et de l’endroit où ils yont. Il est vrai que beaucoup d’entre eux fuient devant la pauvreté, après avoir disposé de leurs champs dont le prix de vente n’a pas suffi à payer leurs dettes. Ils ont honte, partent à l’aventure et ne se fixent ailleurs qu’après bien des tâtonnements. »

Malgré ces conditions peu favorables, grâce à Dieu, le zèle infatigable de nos missionnaires, du clergé indigène et de nos auxiliaires laïques et religieux, a obtenu des résultats satisfaisants soit sous le rapport des conversions, soit sous celui de la vie religieuse de nos catholiques.
L’an dernier, nous devions le nombre élevé de conversions surtout au succès obtenu par M. Loizeau dans le nouveau poste de Papun. Cette année, ce succès n’a pas été aussi beau ; écoutons M. Loizeau lui-même nous en donner la cause : « Le nombre de nos baptêmes d’adultes est moins élevé que les années précédentes ; nous n’en enregistrons que 56. Mais cela ne veut pas dire que le monvement de conversions se ralentit, au contraire. J’ai de bonnes raisens de croire que nos Carians païens s’intéressent de plus en plus à la religion ; parmi les conversions de l’année, nous comptons plusieurs hommes influents qui nous en attireront certainement un bon nombre d’autres. Mon assistant, le P. Matthew a été malade assez longtemps au commencement de cet execice, et l’administration de nos chrétiens, bien que peu nombreux encore, nous prend la grande partie de notre temps. La majorité de nos gens sont comme de grands enfants, se désespèrent facilement à la moindre maladie ou au moindre ennui et demandent une assistace et une surveillance continuelles, sans compter que leur instruction religieuse est loin d’être terminée. J’ai tout lieu de croire que l’année prochaine, avec l’aide d’un second assistant, nous verrons remonter le chiffre de nos baptêmes. Tous les habitants, ou à peu près, d’un village du nord étaient décidés à recevoir le baptême ; au dernier moment ils furent complètement retournés par un sorcier du pays qui les menaça de toute espèce de calamités s’ils se faisaient chrétiens. »
La maladie de M. Mamy à Gyobingauk a aussi été cause de la diminution de son chiffre de baptêmes.
On peut dire que c’est plutôt par accident que nos conversions de païens sont moins nombreuses dans le présent exercice que dans le précédent ; et les difficultés dont nous parlions au commencement de ce rapport ne semblent pas avoir encore entravé considérablement l’action des missionnaires, ou du moins ils ont su les surmonter.

Notre clergé indigène augmente régulièrement. Cette année, j’ai ordonné quatre nouveaux prêtres, ce qui porte les nombre à 32 ; l’année prochaine, ils seront aussi nombreux que nous.
Nos nouveaux catéchistes, formés à Thonze par le dévoué M. Pavageau, font de bon travail dans les quelques postes qui ont pu en obtenir. Cependant il y a quelques déceptions : Dans le but d’obtenir du Gouvernement un salaire pour ceux qui, étant placés à poste fixe, pourraient, sans négliger leur travail principal, diriger une petite école, nous faisions prendre à nos catéchistes un brevet élémentaire d’instituteur. Or, le salaire auquel donne droit ce brevet étant égal à celui que nous donnes à nos catéchistes, et d’un autre côté le travail de maître d’école étant plus facile et entraînant moins de responsabilités que celui de catéchiste, quelques-uns ont cédé à la tentation et ont quitté la profession pour laquelle ils avaient été formés. Instruits par l’expérience, nous avons pris nos précautions et désormais nos élèves catéchistes ne seront plus présentés pour le brevet d’instituteurs.
Le concours de nos religieuses indigènes est aussi très précieux dans la prédication de la religion aux païens. Voici ce qu’en dit M. Ravoire : « Quelques fois, sur la demande des gens, je permets à mes religieuses d’aller visiter un village. Ces bonnes filles sont capables de faire beaucoup de bien. Sans formalités, tout en fumant le cigare et en chiquant le bétel, elles causent. En leur présence, les sujets de conversation, quelque variés qu’ils soient, prennent une tournure un peu plus élevée que le terre à terre des conversations habituelles. Tandis que confiants en notre petite expérience ou celle de nos prédécesseurs, nous battons la campagne sans atteindre le but, elles savent ce qu’ils faut dire, et quand et comment. Elles connaissent naturellement la corde sensible qu’il faut faire vibrer au moment opportun pour toucher ces âmes simples ... Les Carians ne sont pas insensibles à la vertu ; ils en respectent l’auréole chez les personnes qui en font profession ... »
Il est donc à souhaiter que nous puissions bientôt voir cette petite congrégation établie dans tous les postes de la Mission. M. Provost, qui en est le Supérieur, écrit à ce sujet : « Si vous ajoutez à nos 15 novices et postulantes, 15 professes à Bassein et 24 dans les écoles des districts, notre petite congrégation de Sœurs indigènes compte actuellement 50 membres qui, je l’espère, feront dans la Mission de beau travail. Je viens de creuser les fondations d’un hôpital qui sera confié à nos Sœurs indigènes. J’espère que toutes, avant d’être envoyées dans les districts, y apprendront à tour de rôle les principes rudimentaires dont elles auront besoin dans les différents postes ... »

L’année 1926-27 a vu le nombre de nos écoles tomber de 159 à 149 et il est bien à craindre que ce mouvement rétrogade continue encore. Nos grandes écoles anglaises n’ont pas été touchées et continuent d’être florissantes, bien que de moins en moins aidées par le Gouvernement ; mais ce sont nos écoles indigènes des districts qui sont en danger. La raison en est que leur administration et réglementation ont été remises entre les mains du « District Boards » ou comités locaux. Les membres de ces comités bouddhistes, souvent malhonnêtes et toujours peu disposés en notre faveur, refusent des salaires à nos maîtres d’école sous prétexte qu’ils n’ont pas d’argent, et pour en diminuer le nombre ne reconnaissent que les écoles ayant plus de 30 élèves. Quelques missionnaires, avec l’aide de leurs chrétiens, arrivent malgré tout à maintenir leurs écoles, mais dans les petits centres de la brousse, quelques-unes ont dû être fermées. Il devient urgent de chercher un moyen efficace de combattre ce danger.

A nos œuvres de charité de la léproserie et de l’asile des vieillards, nous avons ajouté cette année une maison pour incurables. L’idée en avait été lancée, il y a déjà bien des années, par les admirateurs de Mgr Bigandet ; ils voulaient par là perpétuer sa mémoire dans la Birmanie. La guerre a retardé la réalisation du projet et cette année seulement, le Gouvernement ayant pris l’affaire en mains, les bâtiments nécessaires à l’œuvre furent bâtis sur un terrain contingent à celui de la léproserie. L’hôpital auquel on a donné le nom de « Bishop Bigandet’s Home » fut ouvert en janvier dernier aux Sœurs Francisçaines. Missionnaires de Marie, sous la surintendance de M. Fargeton, qui dirige aussi l’asile des lépreux. Déjà une quinzaine de mourants admis dans cet hôpital ont été régénérés dans les eaux du baptême.

Je ne veux pas clore ce rapport sans faire mention de l’événement malheureux qui a jeté la Mission dans le deuil et la consternation, au mois de mars dernier ; je veux dire l’assassinat de notre pauvre Père Chagnot. Dès que le crime fut connu, le Gouverneur me télégraphia ses condoléances et promit que rien ne serait négligé pour trouver le coupable. Hélas ! nous eûmes la honte et la douleur d’apprendre que l’assassin n’était autre que l’instituteur du poste, un jeune Carian catholique élevé par le Père comme orphelin. La conduite du jeune homme laissant à désirer lui avait attiré quelques vertes réprimandes et corrections, et la vengeance semble avoir été le seul mobile du crime. Justice a été faite et l’assassin a payé de sa tête son abominable parricide. Mais nous n’en avons pas moins perdu un missionnaire plein de force, de zèle et d’expérience.


~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam