| Année: |
1927 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Foulquier |
VI. ― Birmanie Septentrionale.
Population catholique 11.966
Baptêmes d’adultes 103
Baptêmes d’enfants de païens 265
Conversions d’hérétiques 40
Les chiffres de nos baptêmes, écrit Mgr Foulquier, sont inférieurs à ceux des deux exercices précédents. Nous devons attribuer ce déficit à deux causes principales. D’abord, dans certains postes qui l’an dernier avaient donné bon nombre de baptêmes, les missionnaires, absorbés par des travaux matériels et l’administration des chrétiens du district, n’ont pu s’occuper suffisamment de l’instruction de leurs catéchumènes et ont dû par là même retarder leur baptême. En second lieu, les statistiques qui, les autres années, étaient closes le 1er août, ont dû l’être cette année deux mois plus tôt, le 1er juin, selon les instructions de la Propagande.
Notre population catholique augmente, mais bien lentement, depuis ces dix dernières années. Entre 1895 et 1910, nous avions en un surplus d’immigration de catholique assez important. Depuis 1910, immigration et émigration se compensent à peu près. Tous les ans, pour cent Européens, Anglo-Indiens et Indiens qui nous viennent d’ailleurs, on peut dire qu’il y en a tout autant qui s’en retournent dans leur pays, ou passent en Birmanie méridionale. Nos chrétiens birmans émigrent rarement en dehors des limites de la Mission.
Permettez-moi de revenir encore cette année sur nos deux missions si intéressantes des Katchins et des Shans et de vous donner le résumé des quelques notes et statistiques fournies par les missionnaires.
LES KATCHINS. – D’après M. Robbin, Député-Inspecteur des écoles du district de Bhamo, et Katchin lui-même, il y aurait en tout près de 2.000.000 de Katchins, moitié en Birmanie et moitié en territoire chinois (Yunnan).
Ceci semble très exagéré, du moins en ce qui concerne la Birmanie, car le recensement de 1921, publié par le gouvernement, ne donne pour les Katchins de Birmanie qu’une population de 146.845. Ajoutez à ce chiffre la population de trois autres races très apparentées aux Katchins, vivant à côté d’eux, comme eux, et parlant la même langue avec quelques variantes dialectales :
Les Atsi 4.857
Les Lashi 17.010
Les Maru 21.425
Nous n’avons encore qu’une population globale de 190.137. Il faut dire qu’en 1921, la majeure partie du district de Putao n’était pas encore administrée et aucun recensement ne put alors être fait. Dans ce district, les Katchins sont en majorité ; mais ils sont très clairsemés et je ne crois pas exagérer en disant qu’ils ne sont pas plus de 30.000.
En général, les montagnes où les Katchins habitent présentent une population très peu dense et les villages sont petits, n’ayant guère que 10, 20 ou 30 maisons au plus. Elle n’est plus dense qu’en quelques endroits où terrains étant plus propres à la culture, ils peuvent avoir des rizières. Là, les villages sont plus rapprochés et ont 50, 80 et même 100 familles. Il arrive même, comme chez les Cauris par exemple, que la surpopulation en oblige un bon nombre à aller chercher fortune ailleurs et à s’établir dans les plaines de Bhamo.
M. Gilhodes écrit : « Les Katchins paraissent maintenant fatigués du culte des esprits qui les ruine et les rend malheureux. Il est probable qu’ils viendraient facilement à nous si nous avions pu à temps instruire les jeunes qui vont faire partie de la classe dirigeante. Les païens ne nous sont pas hostiles; ils nous sont plutôt favorables. Mais dès qu’ils se font Baptistes américains, nous devenons pour eux come l’ennemi. »
Presque tous les jeunes gens de la partie évangélisée par nos missionnaires quittent les montagnes au moins quelques années pour aller chercher fortune – ou malheur – dans l’armée, la police, ou au service des Anglais à Bhamo, Mykyina, Puttao et même Rangoon. S’il est bien traité, le Katchin fait un bon serviteur, serviable, docile, honnête et fidèle.
Le manque d’un nombre suffisant de catéchistes se fait sentir plus que partout ailleurs dans cette mission de Bhamo, tant chez les Shans que chez les Katchins. Voilà le point noir entrave les progrès de l’évangélisation chez ces peuplades. C’est toujours le même refrain : manque de personnel et de ressources. Chaque missionnaire devrait pouvoir se multiplier au moins par quatre, et après vingt-cinq ans de Birmanie, tout missionnaire a beau avoir le plus grand zèle et la meilleure volonté du monde, il y a une certaine activité qui ne lui est plus possible ; sans rendre encore les armes, il est forcé de marquer le pas.
Les enfants Katchins, tant filles que garçons, veulent tous apprendre à lire et à écrire. Si nous ne pouvons pas leur donner au moins cette instruction, ils iront tout droit chez le voisin, l’Américain baptiste. De là l’importance, la nécessité pour nous de multiplier les écoles primaires, même, si possible, dans les endroits où nous n’avons pas encore de chrétiens. A ce point de vue, les Baptistes ont de grands avantages sur nous. Ils ont commencé leurs écoles avant nous, ont procédé méthodiquement et ont eu des moyens qui nous ont toujours fait défaut ; ils ont pu dès le début, il y a cinquante ans, amener de Birmanie méridionale des maîtres et catéchistes carians formés et diplômés, et pour exciter leur zèle ont pu les payer grassement. Pendant ce demi-siècle, leurs écoles ont pu se multiplier, tandis que nous n’y travaillons que depuis une vingtaine d’années, et avec quels moyens !
ÉTAT ACTUEL DE LA MISSION CHEZ LES KATCHINS. – L’évangélisation des Katchins sur les montagnes avait été entreprise par M. Lyet en 1875-1877 ; mais miné par la fièvre et les privations, il venait mourir à Mandalay en 1878. Ce ne fut qu’en 1903 que M. Gilhodes reprit l’œuvre.
Actuellement la mission ne compte sur les montagnes que 361 baptisés et 1.049 catéchumènes dispersés en une vingtaine de villages. Trois missionnaires, dont un malade en France, y travaillent avec deux prêtres indigènes.
Deux écoles principales à Khudung et Lamaibang avec trois petites écoles primaires dans les villages assez importants ; le total de la population scolaire est de 200 garçons et 81 filles. Les Sœurs Franciscaines, appelées il y a quatre ans par M. Gilhodes, s’occupent des filles de certaines classes, et ont un dispensaire ; elles visitent les villages environnants et , en y soignant les malades, ont l’occasion d’y faire beaucoup de bien. Les Katchins feraient un joli tapage si les Sœurs faisaient mine de les quitter.
Le soin des deux écoles de Khudung et de Lamaibang, où la presque totalité des enfants sont nourris par le missionnaire, absorbe le gros de leur temps et de leurs ressources : 4 Religieuses européennes et 4 Oblates birmanes ; 5 maîtres d’école et 4 maîtresses ; 8 catéchistes.
LES SHANS. – Voici un résumé de ce que nous dit M. Roche sur les Shans.
Ceux que les Anglais appellent « Chineses Shans » sont en réalité de race « Tay » et parmi les nombreuses tribus de Tays, portent le nom de « Tays Leurs », c’est-à-dire Tays du Nord.
Leur pays d’origine se limite approximativement, à l’est par la Saluen ; au sud par la région de Chefan ; à l’ouest par la frontière de Birmanie ; au nord par les derniers contreforts du Thibet.
Les Tays Leus de Birmanie sont donc tous des immigrés et leur immigration ne remonte pas à plus de soixante ans.
Dans le district de Bhamo, ils remplissent les vallées du Taping et du Mole et commencent à s’établir dans le Sud, vers Mausi, et dans toute la plaine entre la rive gauche de l’Irawaddy et la frontière du Yunnan, ainsi que dans les districts de Katha et de Mytkyina, dans l’immense plaise que traverse dans toute sa longueur la ligne du chemin de fer à l’ouest du grand fleuve.
Avant la conquête anglaise, 1885-1886, il n’y avait dans le district de Bhamo que trois villages Tays-Leus. Encore étaient-ils insignifiants : une dizaine de familles chacun. Les grandes immigrations se sont produites d’abord entre 1895-1900 ; ensuite vers 1908-1910, et de nouveau vers 1915-1916 ; et enfin pendant ces trois dernières années, à cause des troubles dans l’ouest du Yunnan, leur pays.
Combien sont-ils ? Le recensement de 1921 donne comme total de la population Tay-Leu en Birmanie, 23.473 dont 10.230 pour le district de Bhamo et 5.150 pour celui de Myitkyina. Les autres sont dispersés un peu partout, particulièrement dans les Shans-States. Mais depuis 1921, on peut compter au moins 10.000 immigrants en plus. En ce qui concerne le district de Bhamo où nous sommes installés, le recensement de 1921 semble être à peu près juste, à en juger par le nombre de villages et de familles :
Vallée de Taping : Villages. 30............ familles. 1.500
Vallée du Mole : » 30............. » 900
Sud de Bhamo : » 10............. » 400
Les Tays-Leus sont bouddhistes, mais, comme les Chinois, ils ne pratiquent guère qu’un bouddhisme très mitigé. Du côté de Bhamo au moins, ils seraient assez disposés à se faire chrétiens. Les Américains baptistes ont essayé de faire du prosélytisme parmi eux mais sans aucun succès : les Tay-Leus ne veulent pas d’une religion dont les ministres ont femme et enfants.
Voici le tableau de la Mission Shan, tel que le donne M. Roche :
10 Depuis 1904 :
BAPTISÉS MORTS DISPERSÉS APOSTATS
935 289 127 82
2 0 Etat actuel :
CHRÉTIENS GROUPÉS EN QUATRE VILLAGES : NANHLINE, MEINKAT, NAMTHEUNG, LONGKWAN :
Shians 337
Katchins 19 431
Chrétiens dispersés faciles à atteindre 75
CATÉCHUMÈNES :
Shans (dans 8 villages) 369 433
Katchins (dans 3 villages) 64
ECOLES : 4 écoles primaires avec 112 élèves.
L’instruction n’est guère en honneur chez les Tays-Leus. La seule ambition des parents est de faire de leurs garçons de bons cultivateurs et de leurs filles de bonnes femmes de ménage. Aussi le missionnaire a-t-il toutes les peines du monde à avoir les enfants à l’école. A Nanhline, M. Roche recueille tous ceux qui veulent venir à lui. Un petit refuge de vieillards abrite et nourrit un vieux et six vieilles, dont deux aveugles. Un orphelinat a une vingtaine d’enfants des deux sexes.
Deux enfants Tays-Leus sont au petit séminaire de Maymyo, et au mois de janvier prochain ils iront commencer leur philosophie à Penang.
A Bhamo-ville, M. Paquet a une école vernaculaire avec 135 élèves, dont les deux tiers sont externes et païens. Les 47 pensionnaires sont des Shans et des Katchins orphelins. Ceux qui passent le dernier examen de primaire supérieure sont envoyés à l’école normale du Gouvernement à Bhamo pour devenir maîtres d’école d’abord, catéchistes ensuite si possible. Les Sœurs Franciscaines ont une école de filles dont s’occupent deux Sœurs européennes et six Oblates birmanes. Ces dernières étant diplômées reçoivent du gouvernement un salaire à peu près suffisant pour assurer la marche du couvent. Avec l’école, les Sœurs ont un dispensaire et visitent les malades à domicile, ce qui leur a permis de faire quelques baptêmes d’enfants de païens et de se faire apprécier en ville. Lorsque le local le leur permettra, elles ont l’intention d’ouvrir un orphelinat de filles. A Panmu, à trois milles de Bhamo, nous avons une petite école primaire où enseignent les Sœurs oblates à 19 élèves, enfants des catéchumènes de l’endroit.
Pour toute la mission shan, Bhamo-ville et plaine voici l’état actuel du personnel.
Missionnaires européens 2
Prêtres indigènes 1
Catéchistes 7
Maîtres d’école 9
Maîtresses d’école 9
Pour cause de maladie, j’ai dû retirer un prêtre indigène qui n’a pu être encore remplacé. »
En terminant, je dois rendre hommage au dévouement de nos congrégations religieuses dont le concours nous est si précieux.
L’école Saint-Pierre à Mandalay, tenue par les Frères des Ecoles Chrétiennes, sous la direction d’un Frère très zélé, se fait apprécier et autorise les meilleures espérances. Elle a actuellement sept religieux, dont deux Français, deux Irlandais et trois indigènes.
Les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition continuent de maintenir à Mandalay et à Maymyo le bon renom de leurs écoles. Dans leurs trois établissements, elles donnent l’éducation à plus de 700 enfants, dont 200 pensionnaires et 160 orphelines. Les Sœurs sont au nombre de 36, mais ce nombre est encore trop petit pour suffire à tous les besoins.
Les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie ont quatre maisons dans la Mission. A la Léproserie Saint-Jean de Mandalay leur nombre est insuffisant, bien qu’il y ait 18 Sœurs ; un bon nombre d’entre elles sont éprouvées par l’âge ou la maladie. Leur noviciat compte à l’heure actuelle 9 novices, 4 postulantes et 8 probanistes. Dix oblates birmanes les aident pour l’enseignement et autres travaux divers. »
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