| Année: |
1928 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Perroy |
III. ─ Birmanie Méridionale.
Population catholique 64.971
Baptêmes d’adultes 823
Baptêmes d’enfants de païens 120
Conversions d’hérétiques 62
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Mgr Perroy, Vicaire Apostolique, constate avec plaisir au début de son compte reudu, que, malgré le mouvement nationaliste signalé l’an dernier, les missionnaires ont pu travailler comme à l’ordinaire, et quelques-uns même ont obtenu des résultats auxquels ils n’étaient guère accoutumés. Et pourtant cette année encore la plupart des confrères se plaignent.
Ils se plaignent de la difficulté d’administrer leurs chrétiens comme aussi d’atteindre les païens, cela par suite de leurs déplacements continuels que leur impose, disent-ils, la misère à laquelle ils sont réduits depuis quelques années. A la suite de mauvaises récoltes, d’inondations successives, ils ont contracté des dettes, puis perdu leurs terres hypothéquées, enfin couru au loin à la recherche de nouvelles terres à défricher. Cela est vrai dans certains cas, mais souvent il faut chercher ailleurs la véritable raison de cet état de choses. La note juste à ce sujet est donnée par le P. Bouche ; voici ce qu’il en dit :
« Les Carians païens ne s’intéressent plus autant à la religion. Illettrés jadis, ils venaient à nous assez facilement ; maintenant qu’ils ont acquis une certaine instruction, mais sans connaissances religieuses, ils n’ont plus que le souci d’une vie de bien-être. Nos catholiques tendent à nous échapper, criblés de dettes, ils abandonnent leurs rizières aux usuriers. Les jeunes ne veulent plus travailler, mais s’amuser ; les cinémas dans les petites villes ne désemplissent pas ; l’exode vers la ville s’accentue sans cesse ; on ne fabrique plus soi-même les ustensiles de ménage ou les instruments agricoles, on achète ; on loue des domestiques pour garder le bétail : et ainsi la récolte ne suffit plus pour nourrir la famille et pour payer toutes ces dépenses. Les domestiques, ordinairement des émigrés indiens, aussi économes que bons travailleurs, arrivent bientôt à pouvoir prêter à leurs maîtres, et finalement à acheter leurs propriétés. »
Un autre facteur, qui ne contribue pas peu à déraciner les fils de la terre et à les appauvrir, c’est la manie d’étudier l’anglais. Dans la plupart de nos villages carians, les catholiques sont mélangés aux baptistes ; or autant nous nous efforçons de maintenir nos gens dans leur simplicité naturelle par l’attachement au hameau natal, autant les ministres américains travaillent dans le sens opposé : partout ils ont ouvert des écoles anglaises ; ils y reçoivent, outre leurs adeptes, et presque gratuitement, tous les jeunes Carians qui se présentent ; ceux-ci reviennent en vacances, astiqués à l’américaine, chapeau buffalo-bill, souliers à bouts relevés, montre-bracelet au poignet, etc... Ils se pavanent à travers le village la canne à la main, faisant parade de quelques phrases de mauvais anglais apprises par cœur. Ceci fait un effet magique sur nos enfants catholiques, et même sur leurs parents ; on décide, pour ne pas paraître arriéré, qu’eux aussi devront étudier l’anglais. Si, pour une cause ou pour une autre, nous refusons de les recevoir dans nos écoles, ils n’hésitent pas à s’adresser à l’école baptiste, qui les reçoit avec empressement : les voilà perdus pour la terre, les parents ruinés, et quelques années après ils reviennent au village, déclassés, désœuvrés, parfois criminels. C’est ce que confirme le P. Ballenghien : « A mon insu, dit-il, quatre enfants catholiques ont été placés à l’école baptiste de Maubin. Ce n’est encore qu’un commencement, mais je crains fort la contagion : de tous les enfants catholiques ayant fréquenté les écoles anglaises, je n’en ai pas vu un seul qui soit resté bon catholique. » Ruinés, nos propriétaires carians s’en vont ailleurs, ce qui ne semble pas les tracasser outre mesure, vu leur humeur nomade.
La place est vite prise par des Birmans bouddhistes, et surtout par des Indiens, et c’est ce qui explique l’augmentation considérable de nos Tamouls catholiques : leur nombre monte actuellement à plus de 21.500. La division des paroisses indiennes s’impose donc, de même que le nombre des prêtres qui travaillent parmi eux, et ceci ne va pas sans grande difficulté.
Si les missionnaires, quelque peu pessimistes, ont maintes raisons de se plaindre de la disparition de certaines de leurs ouailles, il faut avouer que toutes ne leur échappent pas, témoin ce beau chiffre de 470.000 communions de dévotion qu’ils ont obtenues. Leur zèle a su atteindre aussi ceux qui sont en dehors du bercail, et cette année nous avons la joie de voir les baptêmes de païens et d’hérétiques dépasser notre chiffre ordinaire, et monter à 1.005.
La palme doit être décernée cette année au poste de Gyobingauk, qui a enregistré 120 baptêmes de païens et trois d’hérétiques. Le P. Mamy, en nous soumettant ces chiffres écrit : « Mgr le Supérieur du Séminaire et de la Société, dans sa lettre du 6 janvier, constatant le développement considérable des Missions Protestantes en certains pays, nous suggère de tenter un accroissement similaire, d’augmenter le nombre, d’étendre notre action en surface, même s’il faut diminuer la somme des soins à donner aux brebis du bercail. Je n’ose prétendre que nous soyons entrés tout de suite et pleinement dans ces vues, ni que nous avons accru le nombre de nos chrétiens d’une façon très sensible ; pourtant, cette année, notre chiffre de conversions sort un peu de l’ordinaire, et me permet de dire que nous avons dans une certaine mesure étendu notre action en surface. Dans la plaine on ne peut que grapiller, c’est surtout dans les montagnes qu’on travaille avec succès, et c’est là que nous avons obtenu presque tous nos résultats. Ah ! s’il nous était possible de visiter fréquemment ces Carians, nous les aurions bientôt tous. Et quel dommage que je ne puisse installer un maître d’école dans les villages les plus importants pour perfectionner l’instruction religieuse des nouveaux convertis ! Mais il n’y a pas beaucoup de jeunes gens assez zélés pour aller faire du travail d’apôtre dans ces régions malsaines, et de plus je n’ai pas les ressources suffisantes pour leur donner un salaire même modeste. »
Le P. Héraud a obtenu 99 baptêmes de païens et un d’hérétique, « grâce, dit-il, au zèle de son vicaire le P. Alban, et au bon travail de son catéchiste ». C’est très beau, car le poste de Thinganaing est un des plus anciens de la Mission, dans le delta, où l’Evangile a été prêché partout depuis nombre d’années.
Le nouveau poste de Papun d’où nous attendions le plus grand nombre de conversions, ne vient qu’en troisième lieu. Ce n’est certes pas la faute des trois bons ouvriers qui au prix de leur santé défrichent cette région si difficile et si malsaine de la Mission. Je cite le P. Loiseau : « Contre mes espérances, cette année je n’ai que 75 baptêmes de païens. Le meilleur moment pour faire le travail d’évangélisation et préparer les gens au baptême, c’est après la moisson jusqu’au mois d’avril, de fin janvier à fin mars. Mais c’est aussi le moment où il nous faut préparer nos chrétiens à la première confession et à la première communion, travail qui nous prend la plus grande partie de notre temps, à cause des distances à parcourir et de la difficulté des communications. La plupart des baptêmes de cette année ont été administrés lors de la visite du prêtre dans des villages où il y a déjà des chrétiens, ou aux environs. Pour ouvrir de nouveaux champs d’action, il me faudrait un ou deux catéchistes spécialement consacrés à ce travail, il faudrait aussi que je puisse m’y consacrer moi-même entièrement, laissant à mes deux vicaires le travail d’administration des chrétiens. La construction de la maison de la Mission va me prendre encore une année, ensuite seulement je pourrai me mettre exclusivement à ce travail d’évangélisation. » La construction de cette maison s’impose de toute nécessité, car pendant les pluies, l’humidité apporte infailliblement les fièvres aux trois confrères dans leur paillotte, minant leurs santés. Les ouvriers manquent, M. Loiseau est forcé de faire à peu près tout par lui-même.
La question de l’éducation de notre jeunesse présente chaque année des difficultés nouvelles. Nos écoles où est donné l’enseignement en anglais, sont bien ; mais après avoir conduit nos jeunes gens aux portes de l’Université, nous sommes dans la triste nécessité de les abandonner entre les mains de professeurs athées ou tout au moins anti-catholiques. Tout étudiant qui n’a pas ses parents à Rangoon est obligé de résider dans les locaux de l’Université, et on comprend à quels dangers de toutes sortes se trouvent exposés ces pauvres jeunes gens à peine sortis des mains des Frères de Ecoles Chrétiennes. Aussi nous avons à déplorer un bon nombre de pertes. Comment remédier à ce déplorable état de choses ? Les règlements de l’Université ne nous permettent pas de préparer les étudiants aux examens ; d’ailleurs, où trouver les professeurs et les fonds nécessaires pour le maintien d’un collège ? On nous accorderait cependant la permission de bâtir, sur le terrain de l’Université, un hôtel où nous pourrions loger et suivre nos catholiques au nombre d’environ 70, qui seraient néanmoins tenus de suivre les cours officiels. Cette concession serait chose importante : elle nous permettrait de préserver nos jeunes gens de l’influence néfaste de la vie à l’Université, et de corriger sur plus d’un point l’enseignement faux qu’ils reçoivent de professeurs protestants. En vue du personnel nécessaire, je viens de m’adresser aux Frères des Ecoles Chrétiennes ; la question financière ne sera pas aisée, je ne désespère pourtant pas de pouvoir la résoudre.
Nos écoles indigènes attenantes à la résidence des missionnaires nous donnent beaucoup de satisfaction. Les écoles de filles sont en général confiées à des religieuses indigènes pourvues de leur brevet d’institutrices. De ces petites écoles sortent nos nouvelles familles, bien formées aux habitudes chrétiennes ; mais les missionnaires se plaignent maintes fois qu’elles leur coûtent trop cher, les enfants étant à leur charge en toutes choses.
Je regrette de ne pouvoir donner le même certificat de satisfaction à nos nombreuses écoles mixtes de la brousse abandonnées plus ou moins à des instituteurs ou à des institutrices laïques. Ceux-ci ont reçu dans nos écoles normales, avec leur formation pédagogique, une instruction religieuse qui leur permet, non seulement d’enseigner les prières et le catéchisme aux enfants, mais encore, de présider aux exercices religieux que l’on donne ordinairement, le dimanche, à la chapelle ou à l’école du village. Malheureusement ils ne répondent pas à ce que l’on attendait d’eux. Lorsqu’ils ont reçu leur salaire du gouvernement, ils se mettent peu en peine d’enseigner la religion aux enfants catholiques. Les observations des missionnaires les laissent à peu près froids, ils ne craignent que l’Inspecteur des écoles. Ces résultats autorisent-ils le maintien de notre école normale de garçons ? Je me hâte d’ajouter que les institutrices, en général, comprennent mieux leur devoir.
Le gouvernement, avec un ministre de l’Education bouddhiste fougueux, commence à nous donner bien du tracas au sujet de ces écoles normales. Sous prétexte que le gouvernement alloue des bourses aux étudiants et prend à sa charge une partie des frais de l’école, on prétend avoir le droit exclusif d’admettre les élèves, et, refusant nos catholiques, on nous inonde de bouddhistes. Le P. Pavageau note avec inquiétude le nombre toujours croissant, depuis quelques années, des élèves non catholiques dans son école : cet élément bouddhiste, dit-il, composé de jeunes Birmans plus intelligents que nos Carians sur lesquels ils ont d’ailleurs beaucoup d’influence, introduit peu à peu dans la communauté un esprit plus ou moins païen, d’où relâchement dans la ferveur et la régularité de nos jeunes catholiques. J’ai pris la chose en mains, et j’ai protesté en haut lieu. Malgré le peu de sympathie du ministre, j’espère pourtant obtenir justice, sinon, nous serons forcés de fermer : nous ne pouvons en conscience former des instituteurs bouddhistes, et exposer nos catholiques, en les mélangeant avec ces étudiants bouddhistes tous internes.
Notre Petit Séminaire nous est une cause de soucis et d’inquiétudes. Depuis que nous y avons renforcé les études, et établi un programme correspondant à celui que la Propagande vient de prescrire pour l’examen d’admission au Séminaire de Pinang, le recrutement se fait difficilement, et chaque année le nombre de ceux qui se retirent d’eux-mêmes ou sont éliminés, égale à peu près celui des nouvelles admissions ; aussi ne dépassons-nous pas le chiffre de dix. De plus, l’année dernière a été pour cette institution une année d’épreuves : maladie très grave d’un professeur, jeune prêtre carian, qui lui interdit l’enseignement. Puis mort d’un élève de dernière année, le premier enfant « Chin » sur lequel nous fondions de grandes espérances pour l’évangélisation future chez cette race intéressante assez nombreuse à l’Ouest de la Mission. Puis mort d’un autre professeur très capable, emporté en quelques heures par une attaque de choléra. Et au moment où j’écris ces lignes, une épidémie de béri-béri nous force à licencier le Séminaire ; j’ajoute que le Supérieur lui-même est malade à l’hôpital de Rangoon. Ces épreuves nous vaudront, je l’espère, les bénédictions divines ; et bientôt luiront sur notre chère pépinière de prêtres indigènes des jours de joie et de prospérité.
J’ai fait mention plus haut d’une Congrégation de Religieuses indigènes auxquelles nous confions nos écoles indigènes de filles. Cette petite famille religieuse est rattachée à la Congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition et à sa maison-mère à Bassein. Le P. Provost écrit à ce sujet : « Je viens de terminer un nouveau noviciat pour les Sœurs de Saint-François-Xavier. Nous nous mettrons maintenant définitivement en règle avec le Droit Canon, en séparant des professes les novices et les postulantes. Dès le début, nous aurons seize novices et postulantes ; mais au mois d’octobre, cinq se retireront après leur profession. Resteront alors sept novices et quatre postulantes sous la direction d’une Maîtresse des novices indigène. Ainsi l’enfant commence à marcher tout seul. Notre nouvelle organisation et le fait de l’admission, cette année pour la première fois, aux vœux perpétuels d’un certain nombre de ses membres, affermira sur ses bases cette petite Congrégation, qui sera, je l’espère, un précieux auxiliaire pour le développement de la Mission. »
Nos œuvres de charité ont fonctionné pendant cet exercice, comme de coutume, avec le même dévouement de ceux et de celles auxquels elles sont confiées, et avec le même succès dans les résultats. L’asile des vieillards, avec ses admirables Petites Sœurs, est arrivé à son apogée. L’hôpital des Incurables, ouvert seulement l’année dernière, est déjà prospère, et nous donne de nombreux baptêmes d’adultes in articulo mortis. Le P. Fargeton, malgré sa chétive santé, a entrepris d’agrandir sa léproserie, et de refaire à neuf les premiers bâtiments en bois déjà croulants. Il rebâtit tout en briques, et comme il est ingénieur-né, il fait, beau et bon. Son zèle et son dévouement pour la cause des lépreux n’ont pas échappé à l’attention du gouvernement qui vient de lui décerner la médaille d’or du K. I. H. bien méritée.
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