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Rapport annuel des évêques

Année: 1929
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridionale
Rédacteur:Mgr Perroy

III. — Birmanie Méridionale.

Population catholique 65.761
Baptêmes d’adultes 929
Baptêmes d’enfants de païens 167
Conversions d’hérétiques 62


« Mgr Perroy au début de son compte rendu jette un coup d’œil rapide sur la situation générale du pays : le passage d’une commission choisie parmi les membres du Parlement de Londres et envoyée dans l’Inde et en Birmanie aux fins d’une enquête relative aux réformes éventuelles à introduire, n’a satisfait personne : à tort ou à raison, on se défiait. La situation peut se résumer en deux mots : ceux qui gouvernent trouvent que tout va bien ; les nationalistes modérés, moyennant quelques modifications au statut politique actuel, seraient satisfaits ; quant aux extrémistes, ils jurent que tout est au pire. Puis il y a la question de l’union actuelle de la Birmanie à l’Empire Indien, que les Birmans ont dû subir : cette situation de la nation va-t-elle continuer, oui ou non ? Anglais, Birmans, Indiens, envisagent la question sous des angles différents. Quoi qu’il en soit, il semble bien que les Anglais resteront en Birmanie, de trop gros intérêts sont engagés dans ce pays ; que si un jour ou l’autre l’Angleterre remet entièrement entre les mains des Birmans le gouvernement de leur patrie, ces derniers, on l’espère prudemment, seront alors suffisamment éduqués et avertis des méthodes modernes d’administration pour ne pas ignorer les droits des minorités ; les chrétiens eux-mêmes par leur nombre, leurs vertus privées et civiques, auront acquis assez d’influence pour faire respecter leurs convictions. Il ne semble donc pas que ces questions doivent susciter une inquiétude particulière en ce qui concerne le catholicisme. Telle est, sauf erreur de notre part, la pensée de Sa Grandeur, à qui nous laissons maintenant la parole.
« Située en dehors des grandes voies de communication, la Birmanie a rarement l’honneur et le plaisir d’offrir, l’hospitalité aux visiteurs de marque. Au cours du dernier exercice, nous n’avons que mieux apprécié la visite de Mgr Mooney, Délégué Apostolique des Indes, et de M. Robert, premier Assistant de Mgr le Supérieur Général de notre Société. M. Mooney s’est tout de suite acquis la sympathie de tous. Son affabilité, sa courtoisie empreinte de la plus grande simplicité, son accueil obligeant aux demandes qu’on lui a faites d’adresser la parole, soit aux fidèles de Rangoon du haut de la chaire de la cathédrale, soit aux élèves de nos diverses institutions, nous ont laissé le meilleur souvenir de son passage. Nous n’avons qu’un désir, c’est que les fatigues de la randonnée sur les montagnes de l’Est, que Son Excellence a entreprise pour porter des paroles d’encouragement aux ardents pionniers des Missions de Toungoo et de Kengtung, n’aient pas laissé sur son esprit des impressions trop noires de notre pays. L’affectueux respect et la plus entière confiance que nos fidèles ont toujours éprouvés pour le Saint-Père, ils seront toujours heureux de les manifester à son représentant. Nous ne saurions tous retirer que le plus grand profit et les meilleurs encouragements d’un contact fréquent avec Son Excellence.
« La visite de M. Robert ne nous a pas apporté moins de joie. Son séjour parmi nous n’était-il pas comme un trait d’union entre notre Mission et notre chère maison de la rue du Bac, et même toutes nos Missions ? Les constatations qu’il avait faites au cours de sa longue tournée en Extrême-Orient étaient pour nous un sujet de réconfort et de réjouissance. Les difficultés que nous rencontrons sur notre champ d’apostolat, nous comprenions que d’autres les éprouvaient et y faisaient face vaillamment ; leurs labeurs étaient les nôtres, comme leurs consolations. Tous ces sujets d’intérêt commun, si bien traités par M. Robert, nous rapprochaient de nos confrères dispersés parmi tant de nations ; les liens se resserraient entre les membres de la famille, et le sentiment de notre isolement au fond du golfe du Bengale s’évanouissait comme par enchantement.
« La mort de M. Vérine, suivant de près celle de M. de Chirac, et survenant au moment de la visite de M. Robert, est venue subitement nous rappeler à la réalité de notre situation en ce qui concerne le personnel de la Mission. La ville de Rangoon à elle seule compte environ 20.000 catholiques ; la santé d’un bon nombre de missionnaires travaillant parmi eux est fort ébranlée : MM. Fargeton, Allard, Cathébras et Saint-Guily sont en ce moment en France pour se guérir. Même après leur retour nous aurions besoin à Rangoon de trois ou quatre confrères de plus. Cette ville se développe rapidement, deux paroisses de plus sont nécessaires, mais ne peuvent se fonder faute de missionnaire.
« Même situation et mêmes besoins dans les postes des districts, surtout pour les Tamouls. Les recrues faites parmi ces derniers pour le clergé indigène sont encore au séminaire pour quelques années. Un nouveau confrère nous est annoncé, mais suffira-t-il à combler les vides laissés au cours de l’année par la mort de deux missionnaires et de deux prêtres indigènes ? Le nombre des prêtres du pays augmente, c’est vrai, mais aussi le nombre des postes à leur confier. Toutefois, ceux qui ont acquis assez d’expérience pour prendre charge d’un poste sont encore assez rares ; la très grande majorité a encore besoin d’être fortement encadrée. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la nécessité d’un clergé nombreux et capable a été reconnue dans toutes les Missions de notre Société ; il y a cependant des postes, particulièrement dans les grandes villes cosmopolites de la Basse-Birmanie, où les natifs ne pourront pas de longtemps remplacer les prêtres européens. Dans le vaste champ qui nous est confié, il se trouve aussi maints endroits plus arides et plus difficiles à défricher ; là aussi, nous le savons bien par expérience, peu de prêtres indigènes remplaceront avantageusement les missionnaires. C’est pour cela que nous insistons dans nos appels fréquents au Séminaire de Paris.
« Malgré cette insuffisance d’ouvriers, nous avons la joie de pouvoir signaler un progrès notable, si nous comparons les statistiques de l’année avec celles des années précédentes. Ce progrès est tout à l’honneur de ceux qui usent prématurément leurs forces pour suffire à une tâche inégale.
« En l’absence de M. Saint-Guily, son vicaire M. Casseaux nous signale que dans sa paroisse de la cathédrale de Rangoon le nombre total des conversions d’adultes, païens ou hérétiques, atteint le chiffre de 106. Les infirmières catholiques, en outre, ont présenté une belle gerbe de 28 baptêmes d’enfants de païens in articulo mortis. Le nombre des communions dans l’ensemble de la paroisse a été de 93.724, dépassant de 5.000 le total de l’année précédente. Cela prouve que malgré l’insuffisance du personnel le bien continue à se faire, bien qui serait toutefois plus considérable si les prêtres et les religieux étaient plus nombreux. « Dans les conditions présentes, ajoute M. Casseaux, il est bien difficile de se « consacrer à l’évangélisation des païens et d’inculquer aux fidèles le véritable esprit chrétien « dans sa plénitude. L’administration des sacrements et les visites nécessaires, faites ou « reçues, occupent tout le temps du missionnaire, et son action apostolique ne peut être que « superficielle. Généreux quand il s’agit de construire de belles églises et de grandes écoles, « nos paroissiens ont moins de dévouement et d’abnégation pour l’apostolat. En raison de « cette apathie, générale due à un climat déprimant, et à cause des attractions mutiples de « notre capitale qui amollissent les caractères et brisent les énergies de ses habitants, le « pasteur ne peut compter ici que sur ses propres ressources. »
« De Thonzè, M. Granger décrit en quelques mots l’attitude des Birmans vis-à-vis de notre religion : « Les conversions des païens, que nous voudrions si nombreuses, offrent pour le « moment beaucoup de difficultés. Le Birman n’est guère abordable si vous voulez lui parler « de religion. Il pourra vous écouter par curiosité, mais il n’est nullement disposé à faire « l’effort nécessaire qui lui apporterait le bienfait de la foi chrétienne. Et puis il faudrait « rompre avec les amis, les parents, et aussi avec les coutumes tout imprégnées de « bouddhisme auxquelles il est si attaché. D’ailleurs, à l’heure actuelle, il a la tête tellement « remplie des idées d’indépendance et d’émancipation, qu’il ne veut chez lui ni étrangers, ni « rien de ce qui vient des étrangers, excepté toutefois ce qui est de nature à augmenter son « bien-être matériel et à flatter ses goûts pour le plaisir. La religion ne lui apportant aucun de « ces avantages, il ne s’en soucie pas. »
« Les Carians, continue M. Granger, nous présentent un terrain moins ingrat, et nous avons « encore un bon nombre de conversions parmi eux. Ils n’ont pas à surmonter d’aussi grandes « difficultés que les Birmans. Ils tendent aussi à se moderniser, mais, n’ayant pas de préjugés « aussi tenaces, ils écoutent plus volontiers ceux qui dans le passé les ont libérés des « tracasseries des Birmans. Malheureusement leur esprit inconstant se laisse facilement « leurrer par tout ce qui est nouveau. Et Si les propagateurs de ces nouveautés sont de leur « race, ils accourent en foule. Hier c’était le célèbre Po-Paik-San qui les mystifiait, « aujourd’hui c’est le non moins fameux Po-Min. J’ai connu quelques Carians simples et « droits qui avaient sincèrement l’intention de devenir catholiques ; subitement hypnotisés par « les belles paroles et les séduisantes promesses de ces imposteurs, ils se sont enrôlés dans « leur secte. Exemple de plus de l’inconstance carianne que nous avons si souvent l’occasion « de déplorer. »
« De son côté, M. Ballenghien nous signale aussi les agissements de Po-Min. « Docteur en « médecine, dit-il, ce Monsieur trouva qu’il était plus lucratif de promener en Amérique, en « Angleterre et aux Indes, son célèbre éléphant blanc. L’éléphant étant mort, le docteur, né « pour les grandes aventures, a pris la succession de Po-Paik-San son compatriote. Baptiste de « religion, il se sépara, pour mieux réussir, de ses anciens maître américains. D’ailleurs son « bagage religieux est à peu près nul ; il n’enjoint à ses disciples que le baptême par « immersion ; il prêche partout la nécessité de penser aux biens de ce monde avant de songer « à ceux de l’Eternité ; comme jadis Po-Paik-San, il fait entrevoir à ses auditeurs la Terre « Promise. Il est notoire que les terrains vacants propres à la culture du riz n’existent plus en « Birmanie ; lui leur affirme qu’il en connaît, et des plus fertiles. En voulez-vous ? faites-vous « enregistrer ; car ceux-là seuls y auront droit dont les noms figureront sur ses registres. « L’inscription ne coûte que deux roupies, mais comme les Carians se présentent en masse, « cette besogne est pour Po-Min beaucoup plus profitable que l’exercice de la médecine. « Ayant visité l’Amérique et l’Angleterre, il parle d’audiences que le roi Georges lui aurait « accordées ; il est, ou autant dire, commissionné par Sa Majesté pour relever les Carians et « en faire des Baptistes. Tout cela, venant de l’un des leurs, prend fort bien, et l’on conçoit « que les pauvres gens, après l’avoir entendu, ne songent guère à se tourner vers nous. A « deux reprises cette saison, Po-Min a visité nos parages. Peu fiers de leur disciple, les « pasteurs Baptistes nous témoignent maintenant par ici beaucoup moins d’hostilité. L’un « deux a même conseillé à une famille baptiste, isolée au milieu des païens, de se joindre aux « catholiques pour l’observation du dimanche.
« Par contre, les Bouddhistes semblent plus que jamais vouloir contrecarrer l’oeuvre des « conversions. En voici un exemple typique : un bon vieillard de soixante-quinze ans, Ko-« San-ou, songeait à se faire chrétien ; il avait appris les prières et devait recevoir le baptême à « la prochaine visite du prêtre. Un bonze, qu’il tenait en grande estime et vénérait « particulièrement, fut averti de son dessein, et n’hésita pas à entreprendre un voyage de cinq « cents kilomètres pour empêcher la défection de ce fervent Bouddhiste qui si longtemps avait « pratiqué le bien, nourrissant les bonzes, les comblant de présents, sans compter l’érection à « ses frais d’un asile et d’un monastère. Le pauvre vieux fut vivement touché de la démarche « de son ancien maître, il lui donna sa parole qu’il vivrait toujours et mourrait Bouddhiste. »
« Un mot seulement sur nos œuvres de bienfaisance. Notre asile pour incurables, tenu par les admirables Sœurs Franciscaines de Marie, s’est développé considérablement dans l’espace d’un an : les cent lits sont occupés. L’asile des lépreux, situé à côté de celui des incurables et tenu par les mêmes religieuses, est devenu trop petit, le missionnaire qui en est chargé est occupé à l’agrandir. Dans ces deux maisons nous avons obtenu 63 baptêmes d’adultes durant cet exercice.
« Les Petites-Sœurs des Pauvres sont également au complet avec leurs deux cents vieillards, et elles en ont régénéré beaucoup dans les eaux du baptême durant l’année.
« Nos œuvres de charité sont donc en plein épanouissement, et par elles le royaume de Notre-Seigneur s’étend en Birmanie. Ces œuvres sont d’ailleurs une prédication constante auprès des païens qui admirent le dévouement des bonnes religieuses, et ne peuvent s’empêcher d’estimer la religion qui l’inspire.
« Un autre sujet de grande joie, c’est le développement subit de notre Petit Séminaire. Je disais l’année dernière combien il était éprouvé ; enfin il a plu à Dieu de faire cesser les épreuves. Les maladies ont disparu, et soudainement le nombre des élèves a doublé. Il n’était que temps, car nos séminaristes à Pinang en janvier prochain, ne seront plus que deux. Cette année j’ai ordonné quatre prêtres, et en janvier prochain six diacres seront élevés au sacerdoce ; de ce fait, le nombre des prêtres indigènes atteindra 40, c’est-à-dire qu’ils seront plus nombreux que les missionnaires européens. L’œuvre est donc bien établie.
« Malheureusement je n’en puis dire autant de notre école pour la formation des catéchistes. Fondée il y a huit ans, cette école, ne nous a donné encore que neuf catéchistes. Nous avions d’abord essayé, pendant plusieurs années, de former des instituteurs-catéchistes : ce fut un échec. A part un très petit nombre, nos jeunes gens nantis du diplôme d’instituteur, et assurés du traitement gouvernemental, se mettaient peu en peine de prêcher la religion, même dans le village où ils avaient ouvert école. Nous avons donc jugé bon de séparer entièrement l’école des catéchistes de l’école normale. Du coup le nombre des candidats au catéchistat diminua considérablement, et présentement nous n’avons que huit étudiants. La raison en est que le salaire que la Mission peut, et encore à grand’peine, assurer à un catéchiste qui a suivi un cours de trois ans et obtenu un certificat, n’est que de trente roupies par mois, somme insuffisante lorsqu’il y a une famille à entretenir. Un instituteur gagnera cinquante ou soixante roupies pour un travail moins pénible, et c’est pourquoi nos jeunes gens se dirigent plus volontiers vers l’école normale que vers l’école des catéchistes. Et cependant il nous faut de ces ouvriers si nous voulons des conversions. Pour moi, je n’hésite pas à dire que, dans notre Mission du moins, un bon catéchiste est plus précieux, pour la conversion des infidèles, qu’un prêtre indigène. Le catéchiste a, plus que le prêtre, la facilité de circuler parmi les païens, et est plus facilement admis dans dans leur société. Nous nous efforçons donc de trouver les ressources nécessaires pour en employer le plus grand nombre possible. J’ose espérer que l’Œuvre de la Propagation de la Foi pourra nous aider spécialement à soutenir nos catéchistes.



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