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Rapport annuel des évêques

Année: 1929
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Foulquier


IV. — Birmanie Septentrionale.

Population catholique 12.511
Baptêmes d’adultes 250
Baptêmes d’enfants de païens 428
Conversions d’hérétiques 70


« L’année qui vient de s’écouler, nous écrit Mgr Foulquier, Administrateur de la Mission de Birmanie Méridionale, ne nous a pas fait réaliser une avance considérable. Cependant, il est agréable de constater que les progrès, pour lents qu’ils soient, n’en sont pas moins réels. Ainsi la population catholique a passé de 12.180 à 12.511, le chiffre des baptêmes d’enfants de païens de 375 à 428, celui des conversions d’hérétiques de 47 à 70. Il y a bien un léger fléchissement dans le nombre des baptêmes d’adultes, 250 cette année contre 262 l’année dernière, mais il y a lieu de remarquer que ce fléchissement ne porte que sur les baptêmes d’adultes in articulo mortis, 45 contre 69, et qu’il y a au contraire progression en ce qui concerne les baptêmes d’adultes non in articulo mortis, qui sont au nombre 205 contre 193 au dernier exercice.
« Sans doute, nous n’avons pas vécu comme certaines de nos Missions de Chine dans le fracas des guerres et des révolutions, mais le mouvement xénophobe se fait sentir ici aussi, quoique moins ouvertement et moins bruyamment que chez nos voisins, et rend le terrain peu propice aux travaux d’évangélisation. La propagande nationaliste continue son train, et les soucis de l’heure présente, joints aux incertitudes de l’avenir, paralysent bien des bonnes volontés. Bref, le vent n’est pas pour le moment aux préoccupations d’ordre religieux, la politique absorbe trop l’attention. Le vent tournera t-il ? et quand ? Nous somme entre les mains de Dieu, et nous attendons patiemment son heure. En attendant cette heure, les missionnaires continuent leur œuvre de leur mieux, comme en témoignent les rapports qu’ils m’ont envoyés, et dont je donne ici un résumé aussi fidèle que possible dans sa concision .
« En novembre dernier, M. Herr a été nommé Provicaire de la Mission, et en outre Vicaire forain pour toute la partie Nord de la Mission comprenant les districts de Bhamo, Katha, Myitkyina, et Putao ou Fort-Hertz. Ce dernier district, qui touche au Thibet et au Yunnan, n’a pas de chrétiens, et rien n’a pu être encore tenté de ce côté. La population y est très clairsemée, et les communications sont encore très difficiles. Pourtant le pays commence à s’ouvrir de Myitkyina à Fort-Hertz, il y a une route assez bonne qui vient d’être achevée ; au delà ce n’est plus qu’un mauvais chemin à peine tracé, avec étapes jusqu’à la frontière de Chine. C’est par là que lors des troubles de l’année dernière les ministres protestants ont été évacués.
« M. Herr m’envoie un assez long rapport sur la partie de la Mission confiée à ses soins. Toujours actif malgré ses soixante-six ans, il a visité à peu près toutes les chrétientés. A Bhamo sa résidence principale, il a une école de garçons dont un prêtre indigène surveille la marche, et une école de filles dont s’occupent les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie. Sur les montagnes Katchines, M. Herr a sous sa direction trois prêtres européens et deux indigènes. Il fait remarquer que les 1.768 catéchumènes que compte la Mission Katchine sont éparpillés sur les montagnes en près de soixante-dix endroits différents, de sorte que l’instruction ne peut leur être donnée que très difficilement. Si au moins, dit-il, on pouvait se procurer de bons catéchistes ! mais il n’y en a point qui soient suffisamment formés pour faire le travail avec fruit, et d’autre part la difficulté d’en former n’est pas mince, vu la modicité du salaire que nous pouvons leur offrir. En attendant mieux, et pour suppléer au manque d’instruction des catéchumènes, M. Herr a l’intention d’ouvrir des catéchuménats pendant deux ou trois mois de l’année, dans la saison où les gens sont un peu plus libres ; il réunira dans un centre les catéchumènes pour leur enseigner les prières et les principales vérités de la religion. C’est un essai à faire, dit-il ; l’avenir dira si les résultats répondent aux espérances.
« Chez les Shans, M. Herr a deux missionnaires européens et un prêtre indigène. M. Merceur est un précieux renfort pour M. Roche qui jusqu’ici se trouvait seul à connaître la langue ; ce jeune confrère s’est mis à l’étude avec une opiniâtreté toute bretonne. Malheureu-sement il a déjà payé tribut à la fièvre qui règne en maîtresse dans ces régions, suivant en cela l’exemple de son aîné M. Roche, qui après vingt-cinq ans de séjour ne laisse pas d’en ressentir les atteintes chaque année au début de la saison des pluies. Jusqu’ici les catéchumènes avaient été forcément négligés, M. Roche ne pouvant seul suffire à la tâche ; mais il y a bon espoir que les choses vont prendre une autre tournure dès que M. Merceur et le prêtre indigène sauront assez la langue. Nanhlaing avec ses 70 à 80 familles devient un centre important ; la grande préoccupation de M. Roche est d’y bâtir une église convenable pour remplacer la chapelle qui tombe en ruines et est d’ailleurs beaucoup trop petite ; elle est déjà commencée mais les fonds manquent : on attend un ou plusieurs bienfaiteurs.
« De Shwebo, M. Allard qui a succédé à M. Herr, envoie ses chiffres sans commentaire. Son arrivée à Shwebo est de date trop récente pour qu’il ait pu prendre une connaissance exacte de l’état de son district. Par ailleurs la maladie l’a trop souvent immobilisé ces derniers mois.
« A Chanthagon, M. Mandin et son assistant le P. Alexis sont sans cesse en mouvement pour l’administration méthodique de leurs six chrétientés. Le grand événement de l’année, dit M. Mandin, a été la construction du nouvel orphelinat de Zawgyi, où il a fallu transférer les orphelins de Chanthagon qui mouraient comme des mouches dans ce village éminemment malsain. Depuis l’ouverture en mai dernier, le missionnaire n’a qu’à se louer de cette décision. Son école a 48 élève, alors qu’il dépassait difficilement la vingtaine à Chanthagon .
« M. Audrain, titulaire des postes de Yamethin, Shwemyo, Thazi et Meiktila, a pris Myingyan à M. Falière, soulageant ainsi ce dernier déjà surchargé de travail dans les régions pétrolifères des bords de 1’Irrawady. M. Falière écrit qu’il va se mettre à construire une église à Chauk, et attend de la Compagnie la compensation qu’elle lui a promise pour le terrain dont elle l’a exproprié, plus une subvention pour frais de constructions nouvelles. Il n’a que des éloges à donner à la Compagnie qui non seulement lui permet d’aller enseigner le catéchisme dans ses écoles à elle, mais lui demande de les visiter le plus souvent possible et lui donne carte blanche.
« Nos vieilles chrétientés birmanes, Chanthaywa, Chaungyo, Monhla, Yeu, Chaungu, Nabet et Mandalay, ne nous envoient cette année rien de bien saillant. A Chanthaywa, M. Pelletier signale l’agrandissement de son église, qui avec ses deux bras de croix a doublé sa capacité ; puis il signale un fait douloureux, l’assassinat de deux de ses chrétiens par sept ou huit vauriens dont le crime est resté jusqu’ici impuni . Le P. Joseph à Chaungu poursuit avec ardeur la construction de sa nouvelle église qui sera vraisemblablement terminée pour la Noël.
« De Maymyo, M. Moindrot est heureux de nous annoncer que son église est devenue trop petite, et qu’il est en train de l’agrandir. Les travaux marchent bon train sous la direction de M. Jarre dont le talent d’architecte n’est ignoré de personne. M. Moindrot nous annonce également qu’aux mines de Namtu qu’il visite quatre ou cinq fois l’an, une chapelle est aussi en cours de construction : un catholique, ingénieur des mines, se charge de faire exécuter les travaux, et la Compagnie donne une subvention de 3.000 roupies. M. Jarre nous parle assez longuement du Séminaire et des vides causés dans les rangs des séminaristes par l’introduction des méthodes nouvelles imposées pour l’admission au Collège Général de Pinang, comme aussi par les nouvelles mesures disciplinaires qu’on a cru devoir adopter à la suite des remarques faites par M. Robert lors de sa visite en février dernier.
« A Mandalay, M. Lafon rappelle avec douleur le terrible incendie qui le 5 août dernier détruisit son orphelinat en trois quarts d’heure. Sans se décourager, il s’est mis immédiate-ment à l’œuvre, et élevé pour abriter ses enfants une construction provisoire qui, dit-il, pourra bien durer une quinzaine d’années. M. Hervy qui, hélas ! à l’heure où j’écris, vient de partir pour un monde meilleur, victime de son dévouement au chevet de M. Allard atteint du choléra, parle dans son compte rendu de l’arrivée de quatre Sœurs indiennes de Pondichéry pour son école de filles,… et de ses projets d’avenir !
« En terminant ce compte rendu, qu’il me soit permis encore une fois d’exprimer ma reconnaissance aux Frères des Ecoles Chrétiennes et aux Sœurs de Saint-Joseph de l’Ap-parition pour l’aide si dévouée qu’ils nous donnent à Mandalay et à Maymyo dans l’œuvre de l’éducation de la jeunesse. Merci aussi aux Sœurs Franciscaines-Missionnaires de Marie pour leur dévouement au service des lépreux. Merci à Son Excellence le Délégué Apostolique qui a bien voulu venir nous encourager et nous bénir. Enfin merci à M. Robert pour les excellents conseils qu’il nous a prodigués, et dont nous nous efforcerons de profiter, quoiqu’il nous soit impossible de ne pas regretter que sa trop courte visite, ne lui ait permis de voir de ses yeux qu’un petit coin de la Mission . »


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