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Rapport annuel des évêques

Année: 1931
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridionale
Rédacteur:Mgr Provost

III. — Birmanie Méridionale.

Population catholique 69.192
Baptêmes de païens 1.475
Baptêmes d’enfants de païens 147
Conversions d’hérétiques 128


« Son Excellence Mgr Provost nous adresse le très intéressant compte rendu suivant que nous reproduisons in extenso :
« L’année dernière, je signais le rapport annuel en qualité de Coadjuteur de Mgr Perroy invité à prendre part aux travaux de l’Assemblée Générale à Paris. Hélas ! ce voyage en France, au lieu de rétablir la santé de notre Evêque bien aimé, lui porta le dernier coup. Rentré en Birmanie vers le milieu de novembre, il se rendit compte, après quelques sursauts d’énergie, que sa carrière était finie. Dès la fin du mois, il se retira, pour se préparer à la mort, à Thonzeh, où il avait passé toute sa vie de missionnaire. Il s’éteignit doucement et pieusement le 10 avril au soir, au milieu des enfants pour lesquels il avait dépensé ses forces pendant plus de trente ans, des œuvres que son zèle avait créées et animées, et, ce qui lui fut une consolation très sensible, de nos trois missionnaires vendéens ses compatriotes, qui par hasard prenaient ensemble un peu de repos après les fatigues du Carême et des fêtes de Pâques. Ramenés à Rangoon, ses restes furent inhumés, au milieu d’un grand concours de missionnaires et de fidèles, dans la crypte de la cathédrale, à côté du premier Vicaire Apostolique de la Birmanie Méridionale, Mgr Bigandet, d’illustre mémoire.
« Déjà très lourde par elle-même, la charge que Mgr Perroy me transmet l’est bien davantage encore à l’époque tourmentée que nous vivons.
« Au mois de décembre 1930, un cyclone ravageait Kyauk-Pyu, sur la côte occidentale. Depuis le tremblement de terre du 5 mai 1930, nous sommes souvent alertés par des secousses sismiques, de durée et d’intensité variables. La plus violente, dans les premiers jours de décembre, détruisit en partie la petite ville de Pyu, à 80 milles au nord de Pégu. Ces cataclysmes, pourtant, sont peu de chose en face des convulsions dans lesquelles le pays se débat depuis la fin de 1930.
« Accueillie d’abord avec enthousiasme, l’idée de séparation entre la Birmanie et l’Inde est maintenant combattue par les politiciens. Ils craignent, avec quelque raison, qu’une séparation prématurée affaiblisse la Birmanie, que l’isolement diminue ses chances de faire valoir ses revendications au « home rule » tant convoité. Le peuple, qui, a moins de diplomatie, veut à la fois la séparation et le « Home rule », qu’il comprend à sa manière. Comme la situation ne s’éclaircissait pas assez vite à son gré, il eut recours à la violence pour bouter dehors les étrangers et renverser le Gouvernement ; d’où deux mouvements simultanés, dont le but est théoriquement différent, mais dont les excès pratiquement se confondent.
« A la fin de mai 1930, les Birmans s’en prenaient aux Judiens de Rangoon. Après cinq jours de massacres dans les rues, on compta 1.000 morts ou blessés. Dès le début de janvier, à Rangoon encore, les Birmans cherchent querelle aux Chinois, mais trouvent ces derniers prêts à la résistance. Apaisée en quelques heures, la rixe originale est suivie de représailles sanglantes ; deux cents assassinats sont commis en plein jour sur des passants isolés. Au mois de mai., la haine des races, toujours à l’état latent dans cette population cosmopolite, éclate dans les deux districts limitrophes de Rangoon et se propage peu à peu dans les districts plus éloignés. Comme toujours, les Birmans cherchent querelle. Il leur en coûte de voir leurs terres fertiles, perdues par leur paresse, leur amour du plaisir et de la vie facile, entre les mains des Indiens, qui par leur travail en ont doublé le rendement. Résolus à chasser ces intrus, ils brûlent les récoltes, les maisons, torturent et tuent les cultivateurs. La police est débordée, elle est d’ailleurs partiale à ses compatriotes. Déconcertés par la soudaineté de l’attaque, les Indiens se ressaisissent vite. Là où ils sont en nombre, ils menacent les agresseurs de représailles et agissent. Encore une fois les Birmans sont matés, mais ils ont atteint leur but, au moins en partie. Les Indiens ont l’impression d’être des étrangers honnis, auxquels on ne pardonne pas ; ils ne reprennent pas confiance. Sur un total de 10.000 cultivateurs catholiques, 500 environ, parmi ceux qui ne possèdent pas de terres, ont commencé l’exode vers leur pays d’origine. Les autres, par crainte de voir leur récolte brûlée à l’époque de la maturité, risquent le moins possible : ils ensemencent au lieu de planter, sacrifiant ainsi un bon tiers du rendement ordinaire. La récolte sera donc maigre. En attendant, les Birmans, qu’ils louaient d’ordinaire pour planter le riz, sont sans travail et souffrent de la faim. Or la faim est mauvaise conseillère, on peut donc s’attendre à de nouveaux désordres si le Gouvernement n’est pas en mesure d’assurer une protection efficace aux étrangers légitimement établis en Birmanie. Le Gouvernement, malheureusement, est lui-même, comme nous allons voir, en assez mauvaise posture.
« Le 23 décembre 1930, le Gouverneur était reçu officiellement dans la petite ville de Tharrawaddy, à 80 milles de Rangoon. Quelques heures après la réception, et sur le chemin du retour, trois chefs de villages sont attaqués et tués sur la route. Les assassins s’emparent de leurs fusils et disparaissent dans la forêt. Le lendemain, la police se lance à leur poursuite afin de reprende les armes volées et de venger le forfait. Elle est surprise de rencontrer à l’orée de la forêt non pas quelques brigands, mais une petite armée, de vrais soldats revêtus d’un uniforme et rangés en bataille. La police dut se replier, non sans avoir perdu son chef, mais ses armes avaient aussi porté, et la surprise fut grande quand on découvrit sur les cadavres des insurgés les mêmes tatouages : un dragon ailé écrasant un monstre mythologique. L’allégorie est claire : le Birman se propose de fouler l’Anglais aux pieds. Au-dessous de ce dessin allégorique, une lettre de l’alphabet birman et des chiffres désignaient non moins clairement la compagnie à laquelle l’homme appartenait et son numéro matricule. On se trouvait donc en présence d’une véritable et mystérieuse organisation dirigée par d’anciens soldats ; et le lait que les autorités n’en avaient pas eu vent semble prouver que la population est de cœur avec les rebelles.
« Sur les indications fournies par les prisonniers, les troupes envoyées de Rangoon, après une marche pénible, découvrent le palais du nouveau roi : une simple paillote surmontée d’un drapeau blanc attaché à un bambou ; mais le nid est vide, le rajah a pris la fuite avec ses officiers. Sa tentative pour s’emparer de Tharrawaddy a échoué ; il laisse à ses hommes le mot d’ordre : se débander, se procurer, par le meurtre et l’incendie, les armes et l’argent dont ils ont besoin, et enrôler villageois par force. Le district est alors en pleine terreur : les rebelles massacrent ceux qui leur résistent brûlent les villages, attaquent les gares, coupent les lignes télégraphiques, essaient de faire sauter les ponts du chemin de fer. Si la loi martiale avait été proclamée, tout porte à croire que la révolte eût été étouffée ; malheureusement hésitations et tergiversations donnent aux mutins plus de hardiesse. Au début de janvier, l’insurrection éclate au nord et au sud. Au nord les brigands, sous la conduite d’un bonze, brûlent deux villages près de Yamethin, à 275 milles de Rangoon ; au sud dans le delta, une troupe de 500 à 600 hommes attaque les forces du gouvernement ; les morts et les prisonniers portent tous le même tatouage, il s’agit donc d’une seule et même organisation. Les troupes appelées de l’Inde ne peuvent guère que garder les centres et les voies de communication. Bref, depuis sept mois, les journaux ne parlent que de meurtres, incendies, brigandages. Ces jours derniers, l’instigateur du mouvement est enfin tombé entre les mains de la police des Etats Shan, où, sous l’habit de bonze, il était allé fomenter une autre insurrection. De ce fait, une petite accalmie semble se produire ; mais que sera l’avenir.
« Les causes de cette rébellion paraissent assez complexes. Qu’elle ait pour fauteurs principaux les bonzes et leurs disciples abusant de la crédulité de leurs concitoyens, c’est incontestable ; mais la crise économique les a bien servis : la mévente du riz, la cherté de la vie, les embarras financiers du Gouvernerment, le poids des impôts qui n’ont pas subi de diminution malgré le mauvais état de l’agriculture, ont poussé les cultivateurs du côté des rebelles. Les Birmans, toutefois, se rendent bien compte maintenant que la partie est perdue pour eux ; ils ont donc fait volte-face et ont réussi à obtenir une amnistie presque générale. L’avenir n’est rien moins que rassurant ; par suite de l’insécurité, plus d’un dixième des terres reste en friche, le pays manque d’argent, l’année prochaine il manquera de riz : Dieu seul peut sauver de la ruine notre Birmanie jadis si prospère.
« La situation économique et la rébellion sont donc, au moins indirectement, une menace très grave contre la Mission et le développement de ses œuvres. Le Gouvernement a réduit ses allocations annuelles aux écoles et, ce qui est plus grave, il a fait cette réduction à la fin de l’année scolaire et sans avertissement préalable, alors que nos missionnaires, directeurs et directrices d’écoles avaient fait des dépenses, parfois considérables, escomptant l’aide pécuniaire promise par le Code. De ce fait, il devient impossible d’équilibrer le budget. D’un autre côté, les parents réduits à l’indigence retirent leurs enfants et les emploient aux travaux des champs. Notre population scolaire a diminué de 900 unités cette année. Nous insistons auprès des parents catholiques en vue de la formation religieuse à donner aux enfants ; mais alors il faut fournir à ceux-ci tout ce dont ils ont besoin, alors que les souscriptions mensuelles ou annuelles en argent ou en nature font maintenant complètement défaut. Nous pouvons donc dire que les missionnaires des districts n’ont comme ressources que les allocations de la Propagation de la Foi et de la Sainte-Enfance, c’est-à-dire un maigre viatique, et le salaire de leurs catéchistes.
« Dans les villes, les Anglo-Indiens perdent, les uns après les autres, leurs emplois, donnés de préférence aux Birmans, et les sans-travail assiègent de plus en plus nombreux la porte de leurs curés. Nous avons essayé d’organiser des Sociétés de Saint-Vincent de Paul pour le soulagement de ces infortunés. A la paroisse de la cathédrale notamment, cette société donne de bons résultats, mais les ressources se font de plus en plus rares. Nous avons pourtant et malgré tout, résolu de maintenir que coûte toutes nos œuvres, qu’il nous serait impossible de remettre sur pied si elles tombaient, ne fût-ce que pour un temps. Mais ceux qui, à la vue de nos églises, de nos établissements scolaires, de nos institutions charitables, fruits des efforts passés, emporteraient l’impression que notre Mission est à l’aise, se tromperaient étrangement.
« La rébellion est-elle aussi une menace directe contre notre sainte religion ? Trois missionnaires dont les chrétiens sont disséminés dans les régions boisées et montagneuses où les bandits ont établi leurs repaires, écrivent que trois villages ont été sommés d’apostasier, sous peine d’incendie et de massacre. Puisque les bonzes sont l’âmes du mouvement, il n’est pas étonnant qu’ils cherchent à lui donner au moins une apparence de guerre religieuse. Quoiqu’il en soit, les menaces n’ont pas été jusqu’ici mises à exécution. En réponse à ces sommations, un village a organisé la résistance et n’a pas été inquiété ; les habitants du second, peu nombreux, ont cherché ailleurs un refuge ; et une crue subite du torrent qui le séparait des rebelles a sauvé le troisième. Dans l’espace de sept mois, deux ou trois chapelles anabaptistes ont été brûlées. Dans un village attaqué à l’improviste, de deux chrétiens tombés entre les mains des rebelles, l’un se déclare anabaptiste et est égorgé, l’autre se déclare catholique et est relâché. D’après les rapports qui m’ont été envoyés, une dizaine seulement de catholiques auraient été blessés ou tués depuis le commencement de la rébellion, et, comme la plupart d’entre eux sont des Chinois ou des Indiens, la haine des races semble bien dans ces cas particuliers avoir prédominé sur la haine de la religion. La rébellion n’est donc pas une menace directe contre nous, elle s’attaque surtout aux possesseurs d’armes ou d’argent, et, du moins au début, aux Birmans qui refusaient de s’enrôler.
« Au milieu de ces troubles, nos missionnaires et prêtres indigènes mettent leur confiance en Celui qui jadis calmait la tempête sur le lac de Tibériade. Bien que la rébellion se soit étendue peu à peu à tous les districts, ils ont pu faire l’administration comme de coutume, (à l’exception d’un prêtre indigène, d’une nature plus timide), tout en prenant certaines précautions parfois nécessitées par le voisinage trop immédiat des brigands. Ainsi M. Maisonabe parcourt son immense territoire à la recherche des Chins, accompagné de quatre d’entre eux, la lance au poing, évitant la forêt et ne voyageant qu’en plein jour. A ce spectacle, les chrétiens comprennent mieux que leur âme vaut quelque chose, les païens et les dissidents, touchés de la sollicitude paternelle du missionnaire catholique, écoutent plus volontiers sa parole ; le danger est pour beaucoup une grâce de salut. Au cœur même de la zone dangereuse, M. Maisonabe, sans l’aide ni d’un prêtre indigène ni d’un catéchiste, nous offre avec 65 conversions l’espoir de beaucoup d’autres, et M. Rieu 80, grâce au dévouement de ses deux assistants.
« La rébellion est vite passée du district turbulent de Tharrawaddy à celui de Henzada, dont la réputation n’est pas meilleure. Après un court combat désastreux pour eux, les brigands se divisent, attaquent de nuit les villages isolés, s’en prennent même au poste de police en pleine ville de Henzada. Les douze missionnaires qui travaillent dans le district savent que leur vie est en danger, des menaces sont proférées contre eux : ils restent à leur poste et font leur travail comme à l’ordinaire. Si j’en juge par le rapport de M. Ravoire, ce dangereux voisinage n’altère guère la bonne humeur toujours en honneur aux Missions-Etrangères. M. Foulquier, malgré les incursions fréquentes des brigands dans tous les villages environnants, termine paisiblement une grande et belle église qui sera bénie à la belle saison l’année prochaine. M. Héraud et ses deux assistants voyagent sans s’émouvoir des nouvelles les moins rassurantes et régénèrent 92 païens dans les eaux du baptême.
« Refoulés sur la montagne, les rebelles descendent l’autre versant et continuent leurs exploits. Ils sont sur le territoire de M. Mignot, notre cher aveugle, qui, s’il ne peut payer de sa personne, connaît le secret pour entretenir l’esprit de foi et de force dans le cœur de ses deux prêtes indigènes ; là aussi la moisson est belle : 120 païens ou hérétiques trouvent le chemin du salut.
« Dans le delta, les missionnaires affectés aux postes chez les Carians ne font pas la moindre allusion aux dangers qu’eux-mêmes ou leurs ouailles ont pu courir. Le rapport de M. Ballenghien est hymne d’action de grâces pour les 239 conversions obtenues dans le district de Yandoon, le plus beau chiffre qu’il ait jamais atteint durant sa vie de missionnaire. Ces conversions, disons-le, ont été préparées par de longues années d’efforts, de prières et de bons exemples. Nouvellement arrivé à Maubin, M. Charbonnel parcourt tranquillement son district, et, à défaut de conversions nombreuses, rapporte un livre des âmes bien à point, qui est tout un programme pour l’avenir. Par contre, les missionnaires affectés aux postes indiens trouvent la situation menaçante pour leur troupeau : M. Chave à Kyauktan, M. Meyrieux à Pyapon, MM. Philippe et Lescure à Kyaiklat, ont sous leur houlette plus de 10.000 Tamouls, dont un grand nombre ont été menacés et même maltraités par les Birmans. Cette année ils ont résisté, et le nombre des timides qui ont regagné leur pays d’origine est relativement peu important, mais la haine des Birmans continue à couver comme le feu sous la cendre. Si la flamme jaillit à nouveau, il sera difficile de retenir ceux qui ne possèdent rien en Birmanie, et dès lors comment les autres pourront-ils cultiver les champs qu’ils y possèdent ?
« Le district de Bassein a peu souffert, au moins directement, de la rébellion. Averties aussitôt que le tatouage commençait, les autorités ont agi efficacement. MM. Bouche Mourier, Paschal et Perrin, titulaires des quatre poste de ce district, ne se plaignent que de la misère noire de leurs paroissiens, misère qui malheureusement les pousse à émigrer. M, Bouche en particulier semble à la veille de voir sa belle et grande église délaissée, avec les écoles, au milieu d’un village païen. Le district de Bassein a enregistré un total de 221 conversions.
« Papun, sur la frontière du Siam, est tranquille. M. Loiseau, aidé de son assistant, y continue paisiblement son travail, et nous présente 118 conversions ; il vient de terminer son école de filles. Malheureusement, la santé de ce cher confrère laisse fort à désirer et l’insalubrité de son district augmente mes craintes à ce sujet. Il demande un missionnaire européen bien trempé, physiquement et moralement, pour fonder une succale et, au besoin, prendre la direction du poste entier. C’est là un article que seul le Conseil Central peut nous fournir.
« A l’extrême sud, dans l’archipel de Mergui, les trois prêtres indigènes installés l’an dernier ne se laissent pas arrêter par les dangers continuels qu’ils courent sur terre et sur mer, dangers qui proviennent des choses, des bêtes sauvages et des brigands. Leur troupeau, en comptant 163 baptêmes de païens, atteint déjà le chiffre respectable de 1.144 âmes ; ces gens, simples et droits, préparent la construction de leur église en apportant le bois de la forêt. Ils sont si pauvres qu’ils ne peuvent fournir que leur travail.
« En résumé, les missionnaires des districts, tout en conseillant et encourageant leurs chrétiens à une résistance justifiée par les menaces contre les personnes et les propriétés, se sont soigneusement tenus à l’écart du mouvement politique. Comme de coutume, ils ont pourvu aux besoins spirituels des fidèles ; leur parole, mieux écoutée, a amené au bercail 1.750 païens et hérétiques, chiffre inouï dans les annales de notre Mission. Par leur attitude courageuse et leur dévouement, ils ont écrit cette année une des plus belles pages de son histoire.
« Les missionnaires des villes ont réussi à maintenir et à développer la vie chrétienne chez les Eurasiens ; ces natures faibles, encore énervées par le climat, courent de plus grands dangers dans ces centres cosmopolites que dans nos villes d’Europe. Si les mœurs, chez eux, laissent parfois à désirer, il faut reconnaître que leur foi est vive et le recours aux sacrements très fréquent. Il est vrai que, bien que dépourvue encore d’ordres contemplatifs, notre Mission de Birmanie Méridionale compte parmi ses auxiliaires les Petites-Sœurs des Pauvres, les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, qui, au milieu de leurs 209 vieillards, de leurs 245 lépreux, de leurs 120 incurables, donnent des exemples émouvants de la charité chrétienne la plus pure. Cette charité nous attire, en même temps que la sympathie des hommes, les bénédictions de Dieu.
« Nous n’avons qu’à nous louer du dévouement avec lequel nos auxiliaires, hommes et femmes, forment notre jeunesse à la vie chrétienne. Une congrégation diocésaine de Sœurs indigènes, dont la maison-mère est à Bassein, a été fondée au commencement du siècle pour assurer l’éducation chrétienne des jeunes filles carianes. Après bien des épreuves, cette congrégation depuis quelques années se développe normalement. Une dizaine de maison ont été ouvertes ; quinze postulantes sont entrées au noviciat et ont porté le total des religieuses à 68.
« Au mois de janvier dernier, le diocèse de Jaffna nous a gracieusement cédé quatre frères indigènes. Ils ont pris la direction de l’école supérieure tamoule, fondée et dirigée pendant vingt ans avec autant de savoir-faire que de dévouement par M. Sellos. Ils ont l’intention d’essaimer à Rangoon et dans les districts, comme ils ont fait à Jaffna. Les vocations, ne manqueront pas sur place. L’école supérieure des filles tamoules à Rangoon est dirigée par les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, et deux communautés indigènes dirigent deux écoles primaires dans le district.
« Les écoles anglo-indiennes de garçons sont toutes dirigées par les Frères des Ecoles Chrétiennes dont le dévouement et le bon esprit sont connus de tout le monde.
« Au mois de décembre dernier, nous avons fait à grands frais. L’acquisition d’un hectare de terrain en bordure de l’Universitéde Rangoon. Notre projet est d’y bâtir une résidence, une église à l’usages des catholiques nombreux dans ce quartier, et deux cercles, où le prêtre pourra dispenser aux étudiants et aux étudiantes le contre-poison nécessité par l’athéisme de fait de l’enseignement officiel. C’est là une œuvre dispendieuse que l’on nous blâmera peut- être d’entreprendre dans ces temps de trouble et de disette, mais elle est nécessaire à la préservation des jeunes catholiques appelés à entrer un jour dans la classe dirigeante. Nous commençons dès le mois prochain à mettre notre projet à exécution, et nous continuerons à mesure que nos moyens le permettront.
« Nous avons actuellement 12 élèves grands séminaristes, et 38 petits séminaristes. Le nombre des élèves du Petit Séminaire n’avait jamais dépassé 15, et le local a été bâti pour 30. Si les rentrées à l’avenir sont aussi bonnes que celles des deux dernières années, sous peu nous dépasserons 50. Il faudra donc agrandir le local, et les frais seront plus considérables, étant donnée la situation, pittoresque assurément, mais incommode, du Petit Séminaire au flanc d’une colline qu’il faudra entamer. Si Dieu juge bon d’appeler à son service des ouvriers en plus grand nombre, les inquiétudes temporelles seraient mesquines. Nous le remercions de tout cœur, et tout en nous aidant nous-mêmes de toutes nos forces, nous recommandons avec confiance au Conseil Central de la Société la fondation, la direction et l’entretien d’œuvres si nécessaires. »


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