Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1931
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Falière

IV. — Birmanie Septentrionale.

Population catholique 13.187
Baptêmes d’adultes 379
Baptêmes d’enfants de païens 185
Conversions d’hérétiques 47


Nous sommes heureux de reproduire pour la première fois le compte rendu de Mgr Falière : « Si vous aviez été à Mandalay le 28 décembre dernier, jour de mon intronisation et de ma prise de possession du Vicariat, le lendemain même de mon arrivée de France, écrit Son Excellence, vous auriez pu voir un homme bien embarrassé. Je me sentais si jeune et si inexpérimenté ! J’avais en effet passé mes seize années de mission dans un des districts les plus reculés et n’avais jamais pris la moindre part aux affaires et à l’administration de la Mission. Quoique j’en eusse bien envie je compris qu’il était inutile de déplorer mon sort et de me plaindre ; je l’avais d’ailleurs, je l’avoue, assez fait depuis ma nomination. Après donc m’être résigné aussi bravement que possible et pris sommairement connaissance de la situation au chef-lieu même de la Mission, je crus de mon devoir de partir immédiatement en campagne pour visiter le Vicariat à fond. C’est ce que j’ai fait presque uniquement durant les sept derniers mois, et mon compte rendu ne sera guère qu’un résumé des impressions que m’ont laissées ces longues et pénibles tournées.
« Combien juste m’apparut alors le mot de Mgr de Guébriant appelant notre Mission « une Mission curieuse et difficile ». Curieuse, elle l’est, en effet, sous bien des rapports ; mais pour l’instant elle me semble encore beaucoup plus difficile que curieuse, et c’est précisément des difficultés ou du moins des principales d’entre elles que je veux dire un mot.
« La grande difficulté que nous rencontrons dans l’évangélisation du territoire confié à nos soins, c’est la variété des races et des langues. Songez donc qu’on peut compter par douzaines les diverses peuplades qui habitent ces régions et que chacune de ces peuplades a sa langue propre. Jusqu’ici nous n’avons de catéchumènes et de chrétiens que chez six d’entre elles ; c’est peu, et notre désir serait de les entamer toutes ; mais, vu le petit nombre de misssionnaires, vu la jeunesse de la Mission, n’est-ce pas déjà beaucoup que 1’Evangile y soit prêché en six langues différentes : anglais, birman, tamoul, shan, katchin, chinois ?
« Puisque nous sommes en Birmanie, parlons d’abord des Birmans. Parmi eux, deux catégories de chrétiens bien tranchées : les vieux chrétiens descendants d’étrangers, surtout de Portugais, et les nouveaux convertis. Les premiers descendent des prisonniers que les rois birmans firent dans leurs guerres contre les commerçants étrangers, dont le comptoir principal était élabli à Syriam, entre Rangoon et la mer. Ces prisonniers furent relégués dans plusieurs villages de la Haute-Birmanie assez éloignés les uns des autres pour conjurer tout danger d’entente et de révolte ; ils devaient fournir la milice royale. Peu à peu, ils se birmanisèrent au point de vue de la langue et des coutumes, mais conservèrent la religion catholique qu’ils professaient en arrivant. Sans doute il y eut des apostasies parmi eux, mais nous avons sept ou huit de ces villages restés fidèles. Avant la conquête de la Birmanie par les Anglais, les rois birmans permettaient aux missionnaires de s’occuper de ces chrétiens, mais défense leur était faite, sous peine de mort, de rien entreprendre chez les païens. Ce ne fut qu’en 1885 que la liberté des cultes fut proclamée par les conquérants. Alors les missionnaires commencèrent à travailler sur l’élément païen. Au début il y eut bien des bâtonnements ; assez vite on constata qu’il ne fallait pas s’attendre à des conversions sérieuses tant que les rares catéchumènes de bonne volonté rencontrés çà et là resteraient comme noyés au milieu de la masse païenne ; les missionnaires imaginèrent donc de réunir ces catéchumènes et de former de petits villages exclusivement chrétiens. Une vingtaine de ces villages ont été ainsi créés ; dans tous règne une vie vraiment chrétienne, qui dans beaucoup est même intense et très édifiante. J’ai visité à peu près tous ces villages et j’ai admiré combien ces pauvres gens, hier encore païens, étaient instruits, combien aussi ils étaient fidèles à tous leurs devoirs de chrétiens. Malheureusement ils sont en petit nombre, et je ne crois pas qu’on puisse s’attendre à beaucoup de conversions parmi les purs Birmans par le temps qui court.
« Car, aux difficultés ordinaires de l’évangélisation, sont venus s’ajouter des embarras d’ordre politique, et c’est surtout chez les Birmans que la répercussion s’en fait sentir. Depuis décembre dernier, plusieurs districts sont en état de rébellion contre le Gouvernement anglais, qui a été obligé de faire appel aux troupes de l’Inde pour réduire la révolte. Au moment où j’écris, bien que la situation semble s’être améliorée surtout depuis la récente capture du principal fauteur de troubles, les journaux sont encore remplis des exploits des révoltés : en fait, la rébellion n’est qu’un brigandage, et sa tactique ne consiste qu’à piller, brûler, rançonner ; la crise économique aidant, les recrues sont faciles : beaucoup de miséreux que n’embarrassent pas les scrupules religieux, profitent des embarras du Gouvernement pour donner lihre cours à leurs instincts et s’organiser en bandes. Jusqu’ici , notre Mission n’a pas eu trop à souffrir, mais le danger n’a pas disparu. On voit partout des placards où l’on menace les Européens et les chrétiens. Nos fidèles, anciens ou nouveaux, ne se sentent pas rassurés et nous font savoir que, dans leur entourage païen, il faudrait bien peu de chose pour mettre le feu aux poudres. Il est bien évident que, dans de telles conditions, le vent n’est pas aux conversions. Pour le moment nous nous contentons de tenir les positions. L’administration de presque tous les villages birmans, soit anciens soit nouveaux, se trouve entre les mains de prêtes indigènes ; quelques-uns de ceux-ci sont encore un peu jeunes et manquent d’expérience pour assurer la bonne marche de leurs chrétientés ; il serait bon qu’un missionnaire européen puisse être détaché en vue de visites fréquentes et régulières de ces postes : il surveillerait l’administration, donnerait les directions et les encouragements nécessaires. Faute de personnel, je compte faire moi-même cette visite aussi souvent que possible.
« Je parlerai en même temps des Anglais et des Tamouls, parce que, dans cette Mission du moins on les trouve généralement ensemble dans les paroisses urbaines. Par Anglais, j’entends tous ceux dont la langue maternelle est l’anglais, c’est-à-dire non seulement les Européens qui ne sont qu’une infime minorité, mais aussi les métis appelés ici Anglo-Indiens, qui fournissent un fort contingent catholique. Européens et Anglo-Indiens sont en général les patrons, et les Tamouls leurs secrétaires ou domestiques, d’où nécessité pour le titulaire du poste de connaître l’anglais et le tamoul s’il veut bien s’acquitter de son ministère. Il y a parmi eux de très bons chrétiens, surtout à Mandalay et à Maymyo, où les grandes et florissantes écoles des Frères des Ecoles chrétiennes et des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition donnent à leurs enfants une excellente éducation anglaise. De leur côté, les Tamouls ont deux bonnes écoles à Mandalay et à Maymyo, l’une sous la direction de M. Collard, aidé des Sœurs de Saint-Louis de Gonzague, et l’autre sous la direction de M. Moindrot. Tous les confrères qui s’occupent de ces chrétiens s’en déclarent très satisfaits. MM. Audrain et Moindrot font remarquer que la population catholique a bien diminué dans les centres miniers de Yenangyaung et de Namtu, les Compagnies ayant licencié un bon nombre de leurs ouvriers à cause de la mauvaise marche des affaires. Cependant, dans ces centres miniers, M. Moindrot a eu la joie de me faire bénir, à l’occasion de ma visite, deux belles églises qu’il a pu élever à Namtu et à Bawdwin grâce aux directeurs de la Compagnie, qui, bien que non catholiques, nous sont très sympathiques.
« Parlant de M. Moindrot, je ne puis m’empêcher de souligner combien l’administration de deux chrétientés comme Maymyo et Namtu, séparées par une distance de 250 kilomètres, est incompatible avec les fonctions de Directeur du Petit-Séminaire qu’il remplit également. Il a un excellent assistant dans M. Nicolas, qui est toujours avec les élèves, il est vrai, mais comme je soupire après le jour où je pourrai voir un prêtre européen s’occuper exclusivement de notre Petit Séminaire !
« Les Chinois ne sont pas très nombreux dans notre Mission, et surtout nous avons parmi eux très peu de catholiques. M. Lafon s’en occupe de son mieux ; son œuvre principale est un vaste orphelinat, qui, chinois à l’origine, est devenu presque entièrement birman ; seules quelques prières en chinois nous rappellent la condition première de cet établissement. Il y a quelques années, il fut détruit par un incendie, et depuis, les enfants sont logés dans un bâtiment provisoire. Notre confrère voudrait bien voir ce provisoire cesser, mais son temps et aussi ses ressources sont absorbés par la construction d’une église commencée depuis quinze ans. Il a bien d’autres projets en tête, mais il s’aperçoit que la vieillesse n’est plus très loin… et il songe à se donner des successeurs dignes de lui ; j’espère que sous peu des Religieux engeignants viendront compléter son œuvre matérielle et continuer son œuvre spirituelle.
« Si, en ce moment du moins, il n’y a pas grand espoir de conversions chez les Birmans, en revanche, les Shans et les Katchins du district de Bhamo semblent promettre de bons résultats. C’est pour cela que, sur les 34 prêtres européens et indigènes de cette Mission, 9 travaillent dans ce district relativement petit, et mon intention est de leur envoyer du renfort antant que possible.
« M. Herr, chef du district et Provicaire, est censé résider à Bhamo, où nous avons une école secondaire pour fournir à tout le district des maîtres d’école et des catéchistes ; mais notre bon confrère, solide comme un chêne malgré ses 68 ans, laisse la direction de l’école à un prêtre indigène et parcourt incessamment plaines et montagnes, encourageant les uns, catéchisant les autres, aidant tout le monde de ses ressources en se privant lui-même du nécessaire.
« Chez les Shans de M. Roche un des événements de l’année a été la visite du P. Etchart, Supérieur de la Mission de Talifou, qui, ayant l’intention d’ouvrir une Mission en pays Shan de l’autre côté de la frontière, vint avec un de ses missionnaires reconnaître le terrain. Ils s’adressa à M. Roche, qui seul pouvait le bien renseigner. Après avoir passé en Birmanie deux mois environ et fait tous les arrangements nécessaires à Mandalay et à Bhamo, ils repartirent pour leur lointaine Mission. M. Roche les accompagna jusqu’aux limites du pays Shan en territoire chinois ; lui seul connaît cette région, surtout il y est très connu, au moins de réputation. « Ce fut, m’écrivait-il à son retour, un voyage triomphal. Les Pères de Talifou sont « enthousiasmés. L’accueil que nous ont fait les Sawbwas ou chefs du pays, a été tout ce « qu’on peut appeler de plus chaleureux. C’est une perspective de 900 villages avec un total « de 120.000 âmes. Tous ces Swabwas promettent de nous aider de leur influence. Quelle « belle perspective ! Cent missionnaires ne seraient pas de trop ! »
« Malheureusement le P. Etchart n’eut que le temps de communiquer son enthousiasme à ses confrères, il mourut subitement avant d’avoir pu dresser ses plans de campagne. Il faut espérer que son successeur poursuivra son rêve et saura le réaliser. Le vrai pays Shan, en effet, est en Chine, de l’autre côté de la frontière ; ici nous n’avons que des émigrés en quête d’un pain plus facile à gagner et ce ne sont pas probablement les meilleurs. Pourtant, M. Roche a un bon nombre de convertis et de catéchumènes parmi ces gens de Nanghlaing, dont il a fait un village chrétien modèle ; il dirige les opérations, et M. Merceur, aussi enthousiaste que jeune, visite les divers villages. Ma visite fut l’occasion de grandes fêtes : bénédiction de la belle église bâtie par M. Roche à Nanghlaing, noces d’argent sacerdotales du titulaire retardées de deux ans pour avoir la joie de les célébrer dans son église toute neuve.
« Les Shans sont dans la plaine ; sur les montagnes voisines habite une autre peuplaple entièrement différente à bien des points de vue : mœurs, coutumes, religion, langue ; ce sont les Katchins. Chez eux aussi nous avons bon espoir d’obtenir des conversions, comme en fait foi le nombre des catéchumènes, plus de 2.000. M. Gilhodes, le patriarche de ce quartier, se plaint de voir son temps trop absorbé par les occupations matérielles : soin des écoles ou du couvent, construction et réparation des chapelles ou autres bâtiments. Il a deux assistants, M. Collard, trop souvent malade, et M. Paquet, actuellement au Canada. Il trouve que l’instruction des catéchumènes souffre de cette double circonstance, d’autant plus qu’il n’a pas encore de catéchistes tels qu’il les voudrait. Ses deux assistants indigènes, M. Bonaventure qui demeure avec lui, et M. Carolus dans un poste voisin, lui rendent de précieux services.
« Après cette revue sommaire des différentes races actuellement touchées par l’action des missionnaires, on peut se rendre compte que la première, la grande difficulté dans cette Mission provient de cette variété de races et de langues. Pour faire de bon travail, chaque missionnaire devrait connaître trois langues, et tous ceux qui se sont occupés de philologie comprendront sans peine qu’à moins d’aptitude extraordinaires et d’un temps considérable, il est bien difficile à un homme d’arriver à une connaissance suffisante de trois idiomes. De plus, un missionnaire qui a travaillé un certain temps dans un milieu dont il s’est assimilé la langue devient presque forcément inamovible : comment l’utiliser ailleurs dans un nouveau milieu où tout, à commencer par la langue, est différent. C’est là un gros souci pour le Supérieur, qui ne peut avoir, de ce fait, la libre disposition de ses ouvriers ; qu’un changement, par exemple, devienne nécessaire, pour raison de santé ou pour toute autre cause, et voilà le pauvre Supérieur dans un bel embarras !
« Une autre difficulté, moins grande peut-être que la précédente, mais qui rend le travail pénible et lent, provient des conditions climatiques. Les savants disent que le soleil se refroidit peu à peu ; je n’oserais assurémént pas les contredire, mais je puis assurer qu’on ne s’en aperçoit pas en Birmanie, et s’ils veulent faire des expériences, il leur faudra aller ailleurs. Cette année a été particulièrement chaude, les anciens disent que depuis 1874 on n’a pas éprouvé pareille chaleur.
« Certaines parties de la grande plaine birmane sont devenues relativement saines, mais bien des endroits restent encore fiévreux. La plaine de Bhamo en particulier, là précisément où nous avons nos meilleures espérances, est singulièrement meurtrière. Depuis le commencement de la Mission, une grande partie des missionnaires ont passé dans cette région, à peu près tous y ont perdu ou leur santé ou leur vie. Dernièrement encore, M. Merceur bâti pourtant très solidement, a été à deux doigts de la mort. Seul M. Roche a tenu bon, mais il lui serait difficile, je pense de compter les jours qu’il a passés sur sa natte en proie à de violents accès de fièvre ; trois fois il a reçu les derniers sacrements ; sa forte constitution et plusieurs congés en France nous l’ont conservé.
« En dépit de ces difficultés, tous les confrères vont de l’avant, avec joie et courage. Tous nous vivons heureux, dans l’union la plus étroite, et, si nous nous surprenons à soupirer douloureusement, ce n’est que vers de nouvelles recrues qui viendraient nous aider à continuer et à développer nos œuvres. Nous sommes, en effet, bien peu nombreux, la mort a fait récemment, de terribles ravages dans nos rangs, et plusieurs plient sous le poids des années et des infirmités. »


~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam