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Rapport annuel des évêques

Année: 1932
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridionale
Rédacteur:Mgr Provost

III. ─ Birmanie Méridionale.

Population catholique 71.957
Baptêmes de païens 2.049
Baptêmes d’enfants de païens 151
Conversions d’hérétiques 97
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Son Excellence Mgr Provost nous écrit :
« Une rivière dont les digues se sont rompues ne rentre que lentement dans son lit. Au temps de la mousson, un soleil radieux succède rarement à un violent orage ; les nuages restent bas, tristes et maussades, l’air chargé d’électricité ; des bourdonnements sourds et presque continus font craindre le retour de la tempête.
« L’année dernière, à cette époque, la rébellion battait son plein dans la Mission de Birmanie Méridionale. Bien que réprimée assez promptement, ses armées avaient rompu les digues. Les hors-la-loi, groupés en petites bandes nombreuses et insaisissables, sous la direction de chefs, souvent repris de justice, d’autant plus audacieux qu’ils ont moins à risquer, ont pendant huit mois harcelé et pillé l’habitant, semé la terreur par leurs incendies, leurs meurtres et leurs cruautés sur toute la largeur de la Mission au nord de Rangoon. Pendant la saison des pluies, ils opèrent la nuit dans les plaines entièrement submergées, sans routes ni sentiers. Retirés, le jour, sur les collines boisées, presque impénétrables, ils se rient des manœuvres de la police et de l’armée lancées à leurs trousses. Au début de la belle saison, la situation change. Fatigués de leurs déprédations et de leur sauvagerie, les paysans s’enhardissent à dénoncer les brigands. Ceux-ci d’ailleurs, alléchés par des promesses d’amnistie, se rendent et vendent leurs compagnons d’armes. Une securité relative est maintenant rétablie, mais les nuages ne sont pas dissipés. Beaucoup de champs ont été laissés en friche dans le voisinage des rebelles ; ailleurs la récolte a été mauvaise ; partout la mévente des produits d’exportation, riz, bois, caoutchouc, etc., assombrit la Birmanie, hier encore si prospère. Sa physionomie, naguère si joyeuse, reste triste et maussade. C’est le marasme rendu plus aigu par le manque de confiance. Les nuages restent chargés d’électricité. La question de séparation ou de non séparation entre l’Inde et la Birmanie fait couler des flots d’encre. Jusqu’à ce qu’elle soit réglée, les Indiens laissent en suspens leurs spéculations, s’abstiennent de développer le commerce, dont une partie notable est entre leurs mains. La révolte suscitée probablement par la classe influente, dans le but évident de créer des difficultés au Gouvernement ; les revendications orgueilleuses du Home Rule par des politiciens rageurs et haineux, ne sont que des manifestations de la haine sourde du pays contre l’étranger en général et l’Anglais en particulier. Nous vivons sur un volcan impuissants à prévoir ce qui arrivera demain, mais soutenus par la confiance en Dieu qui dirige les événements.
« Comment d’ailleurs notre confiance pourrait-elle être ébranlée au moment où un souffle de grâce semble passer sur la Birmanie Méridionale et pousser victorieusement vers le Christ une population avide de tranquillité et dénuée des biens de la terre ? Un simple coup d’œil sur les statistiques des deux derniers exercices, en regard des résultats obtenus année par année depuis l’origine de la Mission, suffit à convaincre que Notre-Seigneur a précisément choisi ces temps de troubles et de disette pour y accroître et stabiliser son Eglise. Le baptême en a ouvert les portes à 2.287 païens ou hérétiques et beaucoup de missionnaires gémissent d’avoir eu à retarder l’entrée au bercail de quelques autres centaines, faute de temps et de personnel pour les y préparer. Si le chiffre total de nos mariages est notablement supérieur à la moyenne, c’est qu’un bon nombre de chrétiens indifférents ont éprouvé le besoin de régulariser leur situation afin de revenir à Dieu. La progression régulière des confessions et communions est un témoignage irrécusable de la ferveur des bons.
« Des rapports annuels, tant des confrères que des prêtres indigènes, il ressort une fois de plus que la sainte Eglise a poussé des racines profondes dans les milieux les plus éprouvés, et étendu ses rameaux dans la mesure où sa protection se faisait plus nécessaire.
« Les districts les plus atteints, de mai 1931 à mai 1932, par les incursions et les rapines des brigands sont, en proportion décroissante, Thayetmyo, Prome, Henzada, Tharrawaddy, Yandoon dans sa partie qui touche Tharrawaddy, Pegu et deux coins du district de Bassein, l’un aux pieds des collines de l’Araccan, l’autre sur les confins du district de Henzada. Répartis dans 12 postes, 32 missionnaires, européens et indigènes, travaillent sur ce territoire. Ils y ont obtenu 1.310 conversions.
« Les raisons de ces succès dans la zone dangereuse sont tout à l’honneur de nos missionnaires. En constatant l’impuissance de la police et de l’armée régulière à les protéger, les cultivateurs pris de panique, ne voyaient d’autre ressource, pour échapper aux sévices et enrôlements forcés, que d’abandonner leurs villages aux brigands qui venaient s’y ravitailler. Les païens en grand nombre prirent ce parti, la plupart des pasteurs des différentes sectes protestantes eux-mêmes abandonnèrent leur troupeau. Tous nos missionnaires, au contraire, tant européens qu’indigènes, restèrent tranquillement à leur poste ; malgré les menaces et bien que la tête de quelques-uns ait été mise à prix, ils continuèrent à porter de village en village, avec leurs paroles d’encouragement, les secours religieux dont leurs ouailles, avaient plus que jamais besoin. Partout, ils conseillent la résistance et l’organisent. Ranimés par cet exemple, païens et anabaptistes se joignent aux catholiques, se mettent tout naturellement sous la protection du missionnaire, se laissent guider par lui et trouvent là le chemin du salut. Les autorités se rendent enfin compte des heureux effets de cette résistance locale et privée. Des fusils sont distribués pour la défense des villages. Soit lâcheté, soit plutôt sympathie secrète avec les rebelles, certains villages birmans se laissent dépouiller trop facilement de leurs armes. Désormais, le Gouvernement ne les accordera guère que sur la recommandation des missionnaires et des pasteurs dissidents, ces derniers, en endroit sûr, étant à l’affût des occasions propres à leur rendre leur prestige. Cette méthode donne des résultats si satisfaisants que bientôt, en haut lieu, on se décide à faire un pas de plus. On fait appel à des engagés volontaires, un corps d’irréguliers, Chins ou Carians, est constitué, auquel le pays doit en grande partie sa sécurité présente. Nous lui sommes directement ou indirectement redevables d’un bon nombre de conversions : directement, les uns ayant demandé le baptême par reconnaissance envers le missionnaire qui a facilité leur enrôlement, tandis que les autres coudoyaient dans le danger de nombreux catholiques et subissaient leur influence ; indirectement, un besoin d’union s’étant fait sentir parmi les races un peu dédaignées, mais loyales, sur lesquelles se portent presque tous nos efforts. Beaucoup ont déjà compris qu’ils trouveront au sein de notre Eglise la satisfaction de ce besoin, et ce mouvement, d’après plusieurs rapports annuels, paraît devoir s’accentuer et se développer à l’avenir.
« 30 irréguliers au mois de juillet, 50 au mois d’octobre sont levés par les soins de M. Maisonabe. Presque tous demandent le baptême avant d’aller au danger, et mènent de front leur instruction religieuse et militaire. Au moment de l’accalmie, les Chins délivrés et reconnaissants, se font inscrire comme catéchumènes, et, leur instruction terminée, entrent fièrement dans le giron de la sainte Eglise. Débordé, notre pauvre confrère réclame des catéchistes que je ne puis lui fournir. La Providence a permis qu’à la dernière heure un prêtre indigène pût lui apporter un peu d’aide, et ce seul poste nous a donné une belle gerbe de 452 conversions.
« Dans le district de Henzada, les autorités s’émeuvent à la longue du danger couru par M. Ravoire, titulaire des postes de Danbi et Zaungdan, et ses trois vicaires. Dans sa maison, transformée en blockhaus, les chrétiens, fusils chargés et la gâchette toujours levée, tiennent en respect les brigands qui ont leur repaire dans les grandes herbes du voisinage. Non seulement le village est sauvé, mais 187 brebis ont trouvé dans l’Eglise catholique un bercail plus sûr.
« La même protection militaire est accordée aux villages chrétiens de Thinganaing et de Maryland, où résident MM. Héraud et Foulquier, Elle ne l’est pas malheureusement dans les villages environnants, qui, chaque nuit, à tour de rôle, sont le théâtre de meurtres ou d’incendies. Les missionnaires circulent cependant et visitent leurs chrétiens, mais ceux-ci ont peur de leur donner l’hospitalité plus d’une nuit dans leurs chapelles sans défense, et à Thinganaing surtout, les conversions et communions de dévotion n’ont pas atteint le chiffre de l’exercice précédent.
« Les rebelles semblent s’être éloignés très vite du district de Tharrawaddy, théâtre de leurs premiers exploits et de leurs premières défaites. Dès la saison des pluies, M. Pavageau à Thonzeh, M. Rieu à Gyobingauk, ont pu à l’aide de leurs quatre assistants, préparer et ensemencer leur immense territoire : 231 conversions ont récompensé leurs efforts.
« A Yandoon, à Bassein, à Paukseinbé, nous sommes sur les confins de la zone dangereuse. Averties à temps, les autorités ont presque toujours réussi à empêcher les incursions des brigands, à déjouer leurs ruses, à contrecarrer leurs manœuvres en vue d’augmenter, volontairement ou par force, le nombre de leurs partisans. Les habitants sont dans l’angoisse et tout particulièrement éprouvés par la disette. « Beaucoup de catholiques, écrit M. Perrin, « titulaire du district de Bassein, retrouvent dans l’indigence et le danger, le Dieu qu’ils « avaient oublié dans la prospérité. » Il enregistre 108 baptêmes de païens ; M. Bouche 86 à Paukseinbé qui, depuis de longues années, était demeuré terre aride et stérile ; M. Ballenghien, 91 à Yandoon, et il est à remarquer que, au moins dans les deux premiers postes, les convertis viennent en majorité des quartiers les plus exposés aux incursions des rebelles.
« Persécutés depuis de longues années, les Carians semblent enfin avoir compris la nécessité de s’unir. M. Mignot qui rend grâces à Dieu pour le baptême de 154 hérétiques et païens, le plus beau chiffre qu’il ait jamais obtenu, nous écrit : « Nous venons d’ouvrir une « nouvelle chrétienté cariane à proximité de l’un des centres les plus importants du foyer de la « rébellion. Tous, au nombre de 60 familles, ont levé l’étendard de la révolte contre le « bouddhisme, laissé brûler par les soldats la bonzerie qu’ils avaient autrefois bâtie, et prié les « païens birmans de s’occuper à l’avenir de la pagode... Depuis quarante ans que la mission de « Nyaunglebin est fondée, jamais succès pareil à celui de cette année n’avait paru aussi plein « d’espoir pour l’avenir. »
« Le rapport de M. Paschal, prêtre indigène d’un grand zèle et titulaire du poste important de Myaungmya, met particulièrement en relief l’idée qu’un bon mombre de Carians tournent les yeux vers notre Eglise, dans l’espoir qu’elle les gardera plus unis et plus forts. Son district est resté paisible, mais les échos des cruautés commises dans le voisinage y ont fait naître de fortes inquiétudes pour l’avenir. Sous l’emprise de cette crainte, les habitants des villages les plus rapprochés de l’église centrale sont venus d’eux-mêmes se faire instruire : 197 ont été baptisés cette année, et ceux qui restent se disposent à l’être l’année prochaine.
« J’avais donc raison de dire qu’une fois de plus la sainte Eglise a poussé des racines profondes dans les milieux les plus éprouvés, et étendu ses rameaux dans la mesure où sa protection se faisait plus nécessaire. Tous les rapports ci-dessus nous en ont apporté des preuves positives. Hélas, la preuve négative ne manquera pas non plus à notre thèse. Les postes Carians, qui n’ont pas été atteints par la rébellion, sont restés à peu près stationnaires, et M. Mourier, titulaire de Kanazogon, le plus important, donne une raison qui, vraisembla-blement, vaut pour tous les autres. « Le district ayant été tranquille, les païens ne sentent pas « le besoin de se rapprocher du missionnaire. »
« Par une anomalie inexplicable, au milieu de ces bouleversements à l’intérieur du pays, la population des frontières du Siam est restée calme. Nos cinq pionniers ont pu poursuivre dans la tranquillité la plus parfaite leur travail d’évangélisation. Ils ont assez à souffrir par ailleurs du climat, des privations, et leurs voyages sont pleins de dangers. Loin de leur nuire, la tranquillité du pays leur a été d’un grand secours, car le terrain est neuf. Au sud, les trois missionnaires indigènes, établis depuis deux ans dans les districts de Tavoy et Mergui, ont ajouté 83 unités à leur troupeau. La construction d’une église, au centre, a entravé leurs voyages apostoliques, mais cette église était nécessaire pour marquer définitivement notre conquête et affirmer les espérances de l’avenir. De Papun, à l’est, M. Loizeau nous écrit que l’antipathie de certains fonctionnaires et la maladie ont retardé sa marche en avant. Il s’excuse de n’avoir obtenu que 64 conversions, mais se console dans l’espoir que d’un terrain ainsi préparé et fécondé par l’épreuve, sortiront des moissons plus abondantes.
« Nous ne sommes malheureusement pas les seuls à travailler sur ce terrain neuf. Dans les deux districts de Mergui et Tavoy principalement, les protestants ont su mettre à profit les intervalles nombreux et prolongés pendant lesquels, faute de personnel, les disciples des premiers missionnaires de notre Société en Birmanie étaient laissés sans gardien, et à peine visités une fois l’an. Nous ne sommes pas non plus les seuls à tirer avantage du besoin d’union qui pousse les Carians vers le Christ. Partout nous rencontrons les anabaptistes, et, bien que leur manière de faire ne plaise pas à tout le monde, ils nous sont néanmoins bien supérieurs en hommes et en argent. Tous les rapports sur les postes carians qui tendent à se développer rendent la même note : action de grâces pour la moisson mise en sûreté, détresse à la pensée des nombreux épis que l’on n’a pas pu rentrer. « Que puis-je faire, m’écrit-on, avec « un ou deux assistants, quand il y a du travail pour dix ? »
« Si nous tournons les yeux du côté des églises tamoules, la situation est peut-être plus déplorable encore. Il ne s’agit plus là de faire des conversions. Nos cinq missionnaires du delta, qui dans 42 chapelles, très éloignées les unes des autres, ne peuvent pas suffire à administrer les sacrements à une population catholique de 11.500 âmes, se lamentent de ne pouvoir même pas s’occuper de l’instruction religieuse des petits enfants. A Moulmein, M. Boulanger, en plus du travail de sa paroisse et de ses écoles, se dévoue pour visiter une fois l’an 600 Tamouls dispersés dans les rizières. Il est loin d’atteindre tous ceux qui ont élu domicile entre Moulmein et le Sittang, et, de ceux qu’il approche dans une courte visite annuelle, on ne peut attendre une instruction suffisante ni un niveau moral très élevé. A Rangoon, quoique moins dispersés, nos 10.000 Tamouls ne sont guère mieux partagés au point de vue religieux. MM. Dessalle et Lescure font tout ce qu’ils peuvent, mais ils ne sont que deux. Fatigués d’attendre leur tour au confessionnal, beaucoup de chrétiens ont une tendance à en oublier le chemin. Les deux écoles supérieures de garçons et de filles avec leurs 900 élèves, font à la paroisse une belle façade, mais les enfants catholiques ne dépassent guère la moilié de ce nombre. Pour les autres, trop éloignés, il faudrait ouvrir des petites écoles primaires ou élémentaires dans tous les quartiers de la ville. M. Sellos, avant de se consacrer à une autre œuvre a, de ses propres ressources, généreusement doté la paroisse Saint-Antoine d’une de ces petites écoles, qui, dès le lendemain de son ouverture, comptait près de 150 élèves, presque tous catholiques. Cette pauvre Mission tamoule a été bien désemparée cette année par deux morts survenues à six mois d’intervalle. Un vicaire anglo-indien est emporté presque subitement en décembre, dans la force de l’âge, et le très regretté M. Mourlanne, qui, pendant plus de quarante ans, s’était dévoué à la Mission indienne, s’est éteint le 1er juin après quatre mois d’une cruelle agonie. Je ne puis les remplacer ni l’un ni l’autre. Un seul missionnaire nous a été octroyé en deux ans par le Conseil Central. Au mois de janvier, deux Eurasiens ont reçu la prêtrise. L’un était nécessaire au petit Séminaire ; l’autre est allé remplacer à l’école normale de Thonzeh le préfet de discipline atteint quelques jours auparavant d’une paralysie du cerveau. Au mois de janvier prochain, un seul prêtre sera ordonné ; il est heureusement Tamoul. A moins que la Providence nous envoie encore des épreuves et des deuils qui décideraient autrement de son sort, il pourra apporter à la Mission indienne une aide nécessaire, mais bien insuffisante.
« Nos paroisses anglo-indiennes, à Rangoon, Moulmein et Bassein, sont loin d’être des sinécures. Elles sont également en nombre restreint, et la population croissante, qui va cacher dans les faubourgs de Rangoon sa pauvreté et souvent ses vices, a un besoin immédiat d’une église, d’une école anglaise et tamoule, que faute d’argent et de personnel, nous sommes dans l’impossibilité de lui fournir. Au temporel, l’avenir de ces Eurasiens de bas étage que les Birmans écartent peu à peu systématiquement de tous les emplois, est très sombre et cause bien des soucis à leurs pasteurs. Comme l’économe infidèle de l’Evangile, ils n’ont pas la force de travailler la terre. Il est vrai qu’ils n’ont pas honte de mendier. Généreux lorsqu’ils avaient quelques moyens, ils laissent maintenant sans vergogne leurs enfants à la charge de nos écoles, et assiègent la porte de leurs curés pour quémander. Malgré les louables efforts de la conférence de Saint-Vincent de Paul, qui, surtout depuis trois ans, sous la direction de M. Saint-Guily, fait un excellent travail, ils trouveront de moins en moins dans la mendicité le moyen de satisfaire des besoins qu’un long passé de vie molle et facile a créés chez eux. Au spirituel, malgré leur faiblesse de volonté, ils sont bons, et ces 12.000 catholiques, presque tous pratiquants, dont un grand nombre, surtout à la cathédrale, mènent une vie religieuse intense, donnent un travail sérieux aux 7 prêtres qui leur sont affectés et assurent en même temps l’enseignement religieux dans les écoles établies sur leur territoire.
« Dans ces écoles qui comptent 3.985 élèves, les Frères des Ecoles chrétiennes, les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition de Marseille et du Bon-Pasteur se dévouent corps et âme à l’œuvre qui leur est confiée, et je suis heureux de pouvoir leur rendre le témoignage que tous donnent dans leur zèle une grande place à la formation de leurs élèves à la piété. Je suis heureux de vous annoncer que cette formation aura désormais son couronnement chez les plus brillants de ces élèves, pendant leur séjour à l’Université de Rangoon. Le 19 juillet, un foyer a été ouvert pour les étudiants catholiques. Désigné pour en prendre la direction, M. Sellos eut la bonne fortune, quelques semaines avant l’ouverture de la maison, de recevoir du Gouvernement la médaille d’or du Kaiser I-Hind en reconnaissance des services rendus à l’éducation, et de la Providence un don inattendu qui lui a permis de s’établir décemment dans ce milieu universitaire, au respect duquel son titre lui donne un droit incontesté. Nous comptons 93 étudiants catholiques.
« Nos écoles souffrent de la crise économique. Là où les Frèrs et les Sœurs donnent eux-même à une partie de l’enseignement, le budget s’équilibre encore, malgré la marée montante des orphelins. Trois écoles supérieures où, sous la direction du missionnaire, l’anglais est enseigné aux indigènes par un personnel purement laïque, végètent misérablement. Toutes les ressources sont absorbées par le salaire des maîtres et maîtresses d’écoles, et les frais généraux restent plus ou moins à la charge du Directeur. Il s’ingénie pour y faire face, afin de ne pas laisser tomber une œuvre que ses devanciers eurent tant de peine à mettre sur pied. Vaut-il vraiment mieux les conserver ? Sur un total de 684 élèves, 73 seulement sont catholiques. Nos aînés avaient vu là un moyen d’acquérir une certaine influence et de changer la mentalité du pays. Etant données les restrictions, renforcées ces dernières années, par lesquelles on entend soustraire l’enfance à toute religion étrangère, l’action bienfaisante de ces écoles est plutôt neutralisée. Si, de plus, elle est dispendieuse et nécessité la présence presque continuelle d’un missionnaire qui pourrait travailler ailleurs à la conversion des païens, il est permis de se demander si l’on n’a pas fait fausse route.
« Nos écoles indigènes sont une nécessité, puisque nos enfants y trouvent, en même temps que l’instruction primaire, la formation religieuse que nous leur devons. Ces écoles sont malheureusement laissées à la merci de conseillers ignorants élus par le pays et par conséquent presque exclusivement Birmans, dépourvus de toute sympathie envers nos Carians. Etant données les dispositions de ces potentats et leur penchant à détourner à leur profit le peu de ressources mises à leur disposition, nos jeunes gens des deux sexes trouvent difficilement un emploi au sortir de nos écoles normales, et cet emploi est loin d’être stable. Plusieurs fois l’an, dans chaque district, on fait une coupe en règle : des écoles sont supprimées sous un prétexte ou sous un autre, et les instituteurs ou institutrices n’en sont souvent avertis que le jour où on leur refuse le salaire qu’ils venaient tirer en toute confiance pour le travail du mois précédent. Par suite de ces hécatombes et de ces mesures arbitraires, la profession n’est plus ni enviable ni enviée, et nos écoles normales se vident. La menace est encore lointaine et affecte surtout les petits villages. On me signale dans quelques rapports que, privés de leur salaire, plusieurs instituteurs et institutrices ont quitté le village païen où leur présence n’était utile qu’à un nombre très restreint d’enfants chrétiens pour offrir leurs services à des villages catholiques qui pourvoient à leur entretien. La Providence a tiré le bien du mal, et, de la sorte, nos écoles ont augmenté de quelques unités, et leurs élèves de plusieurs centaines. Notre population scolaire atteint aujourd’hui un total de 13.687. A la résidence, chaque missionnaire veille jalousement à garder deux écoles, où les enfants catholiques des deux sexes sont instruits de la religion et formés à la réception fréquente des sacrements. Ces enfants sont trop souvent laissés entièrement à sa charge. Les parents croient faire un cadeau à la Mission, lorsqu’ils présentent un enfant dont tout le trousseau se compose d’un pagne sale et déchiré. Si les instituteurs et institutrices sont laïques, le missionnaire partage avec ses enfants son maigre viatique et les rares aumônes recueillies à grand peine au moment de la moisson. S’il a des religieuses brevetées et payées par l’Intruction publique, leur salaire les fait vivre, elles et les orphelins qui leur sont confiés.
« Nous pouvons conclure de là l’importance vitale pour la Mission, de l’Œuvre de Bassein, où les religieuses carianes reçoivent à l’école normale une bonne formation pédagogique, et au noviciat une bonne formation religieuse. En dehors de la maison-mère, où elles dirigent l’école normale et les deux écoles indigènes, elles ont essaimé dans 9 maisons. Bien que très éprouvées depuis leur fondation par la maladie, des morts nombreuses, et, il faut bien le dire, quelques défections, leur recrutement est excellent.
« Tandis que la plupart de nos religieux et religieuses travaillent à former nos enfants et nos jeunes gens, les Franciscaines Missionnaires de Marie et les Petites-Sœurs des Pauvres poursuivent leur œuvre bienfaisante avec le même dévouement. Leurs maisons sont toujours pleines de lépreux, d’incurables, de vieillards qui, abandonnés du monde, trouvent chez elles, pour la plupart, le secret de supporter leurs souffrances ainsi que le chemin du Ciel.
« Les ordres contemplatifs n’étaient pas encore représentés en Birmanie. Cette lacune est heureusement comblée. Au début de juin, 7 Clarisses se sont établies à Pegu, petite ville partiellement détruite par le tremblement de terre du mois de mai 1930, située à 70 kilomètres de Rangoon. Cinq jeunes filles ont déjà demandé leur admission dans la communauté naissante. Malheureusement, la maison qui les a reçues provisoirement est beaucoup trop étroite, et les admissions devront être nécessairement très limitées avant la construction définitive du monastère.
« Nos élèves aux deux grands séminaires de Kandy et de Pinang sont encore peu nombreux ; 12, dont les ordinations espacées en cinq années combleront à peine les vides. Que Dieu soit béni d’avoir rempli notre pétit Séminaire de Moulmein comme, humainement parlant, nous n’aurions jamais pu l’espérer ! Jusqu’à ces dernières années, la moyenne ne dépassait pas 15, et en 1921, Mgr Perroy avait cru voir très grand en bâtissant pour 30. Les trois dernières rentrées ont été si bonnes que nous comptons actuellement 48 étudiants et que bientôt nous espérons arriver à la soixantaine. Afin de pouvoir abriter tout ce petit monde, la chapelle intérieure a été convertie en dortoir, et un nouveau bâtiment, coquet et bien proportionné, assez vaste pour contenir cent personnes, a été béni par moi le 1er juin. Puisse Notre-Seigneur qui y réside, affermir la vocation de ces chers enfants, en qui nous espérons trouver un jour de dignes et dévoués continuateurs ! »


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