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Rapport annuel des évêques

Année: 1932
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Falière

IV. ─ Birmanie Septentrionale.

Population catholique 13.128
Baptêmes d’adultes 411
Baptêmes d’enfants de païens 396
Conversions d’hérétiques 24
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Au début de son compte rendu Mgr Falière constate qu’en ces temps de crise mondiale une note de tristesse semble se dégager de la plupart des rapports de ses dévoués collaborateurs. « Cependant pour être juste, ajoute aussitôt Son Excellence, je dois dire que cette note mélancolique ne parvient pas à étouffer l’enthousiasme et l’espoir en l’avenir.
« En me rendant compte de l’administration du district de Bhamo dont il est le chef, M. Herr voudrait avoir plus de missionnaires pour instruire ses milliers de catéchumènes et des ressources plus abondantes pour établir de nouveaux centres. « A moi seul, dit-il, j’ai une « soixantaine de groupes de catéchumènes à visiter ; le P. Carolus en a une vingtaine. Si nous « ne recevons pas de renforts, il est fort à craindre que ce que nous avons établi avec tant de « peines et de sacrifices ne tombe un de ces jours ; car nous nous faisons vieux. » Il enregistre avec joie 218 baptêmes, un record que certainement le district de Bhamo n’avait jamais atteint.
« Dans le même district, M. Gilhodes tient toujours bon malgré son âge et ses infirmités qui ne lui pormettent guère les longs et nombreux voyages ; son apostolat se borne à soigner les malades et à instruire la jeunesse. Il a 4 écoles qui, dit-il ; marchent très bien.
« Des plaines shans, toujours dans le district de Bhamo, M. Roche m’envoie un long rapport dans lequel il me fait part de ses difficultés et de ses espoirs. Lui aussi, voudrait des aides et en grand nombre. Son compte rendu débute par un cri de joie ; trois jeunes Pères de Bétharram, de la Mission de Talifou, sont venus se mettre sous sa direction pour apprendre la langue shan. Leur dessein est d’entamer le vrai pays shan sur leur propre territoire. « Durant « les six derniers mois dit M. Roche, j’ai consacré la majeure partie de mon temps à leur « servir de maître. Mon travail en a un peu souffert ; mais c’est ce qu’on appelle reculer pour « mieux sauter. Il y a en effet tout lieu d’espérer que l’évangélisation des Shans chez eux aura « la plus heureuse répercussion sur leurs frères émigrés en Birmanie. »
« Néanmoins M. Roche se trouve bien seul. La fièvre a encore fait une victime dans la personne de M. Merceur, son vicaire, qui, à la retraite dernière, nous arriva à moitié mort. Il fallut l’envoyer se reposer quelques mois à Hongkong. A son retour, malgré son vif désir de reprendre son poste chez les Shans, on jugea prudent de le laisser, pour quelque temps du moins, à Bhamo même, où il s’occupe des écoles. M. Roche fut le premier à reconnaître cette décision nécessaire. N’empêche qu’il sent le vide causé par cette absence. « De plus, dit-il, « l’âge et la fièvre se mettent de la partie et paralysent mes ambitions. Je n’ai pu visiter aussi « souvent que je l’aurais voulu les postes du Nord. Il faut dire aussi que les chemins « deviennent impraticables même pendant la bonne saison.
« Dans la plaine birmane l’année semble s’être écoulée bien tranquillement. Les prêtres indigènes qui sont à la tête de tous les vieux villages sont en général satisfaits de leurs ouailles. Il y a bien par ci par là quelques ombres au tableau ; mais où n’y en a-t-il pas ? M. Ruppin, par exemple, titulaire de la paroisse birmane de Mandalay, se plaint du dévergondage de la jeunesse qui trop souvent se laisse entraîner par le feu des passions et les exemples de l’entourage païen. Il attribue ce triste état de choses à la faiblesse des parents qui ne savent plus corriger leurs enfants... Les nouveaux chrétiens ont été fidèles à leurs devoirs ; mais ce sont de pauvres gens, pour la plupart dans la gêne. Les moissons ont été mauvaises ; le peu qu’ils ont récolté se vend à des prix dérisoires et il faut quand même payer les impôts comme pendant les meilleures années... C’est surtout dans les villes et les centres industriels que la misère se fait sentir. Les affaires ne marchent pas ; la plupart des compagnies industrielles ou commerçantes se sont vues obligées de fermer leurs portes ou de réduire considérablement leur personnel. Aussi nombreux sont les gens sans travail, et nos résidences sont continuel-lement assiégées de malheureux qui tendent la main. De là également une diminution assez sensible de la population catholique à Yenangyaung et en particulier à Namtu, car beaucoup d’ouvriers sans travail ont quitté le pays.
« Une chose nous afflige, c’est de voir que nous n’occupons encore qu’une faible partie de l’immense territoire de notre Mission. Sur la frontière des Indes, se trouvent des peuplades qui, m’a-t-on dit, sont très intéressantes. Malheureusemnent il n’y a pas même un noyau de chrétiens. Trois de nos confrères en entreprirent l’évangélisation il y a longtemps ; mais ils en furent chassés par le Gouvernement qui ne voulait pas d’Européens dans un pays insuffisamment pacifié. De tous côtés on me réclame des missionnaires ; mais pour l’instant, mieux vaut, ce me semble, ne rien entreprendre de nouveau avant d’avoir bien consolidé ce qui existe.
« Nous n’avons pas d’école de catéchistes. Jusqu’ici, faute de mieux, nous avons choisi quelques braves gens parmi nos meilleurs chrétiens pour remplir cet office. Ils ont tous, ou à peu près, une très bonne instruction religieuse et assez de bonne volonté. Mais il leur manque cette formation spéciale qui en ferait des catéchistes plus zélés et plus dévoués. Aussi leur travail laisse-t-il à désirer. C’est ce que je constatais l’an dernier pendant ma visite des différents districts. Nous avons donc essayé cette année de les tirer un peu de leur apathie en leur faisant faire une bonne retraite. Je réunis ceux de la plaine à Shwebo et M. Herr se chargea de ceux de Bhamo. Ces deux retraites eurent un plein succès. Tous en furent si contents qu’ils exprimèrent le désir non seulement de la renouveler chaque année, mais aussi de l’avoir plus longue. M. Herr pense même réunir les siens chaque année pendant la morte saison et leur faire suivre un mois durant, un cours d’instruction religieuse plus complet. Cela les rendrait plus à même de mieux instruire les catéchumènes, et aussi de répondre aux calomnies que les anabaptistes américains répandent sur nous dans le pays. J’attends avec impatience le jour où nous pourrons enfin ouvrir des écoles spéciales de catéchistes.
« Nos grandes écoles de Mandalay et de Maymyo gardent leur ancienne prospérité et leur excellente réputation. A cause des difficultés présentes, le Gouvernement retranche peu à peu ses allocations ; par ailleurs, le nombre des élèves qui ne peuvent plus payer de pension augmente chaque jour. Cet état de choses n’est pas très rassurant pour l’avenir et donne bien des inquiétudes aux directeurs et directrices, qui malgré cela, avec une charité édifiante ne refusent jamais personne, excepté évidemment lorsqu’il n’y a plus de place, ce qui arrive chaque année. J’offre à ces dévoués auxiliaires mes plus sincères remerciements tant pour leur bon travail que pour leur grande générosité. Les Sœurs de Saint-Joseph ont, en plus de leurs pensionnats, deux orphelinats qui eux aussi sont bien remplis et sont le témoignage vivant du dévouement et de la charité de ces excellentes religieuses. L’école orphelinat de M. Lafon reste toujours une des meilleures de la province par ses bons résultats, tandis que l’école tamoule, sous la ferme direction de M. Marcellin Collard, a malgré la pauvreté des enfants qui la fréquentent, repris une prospérité et un bon renom qu’elle n’avait plus depuis bien des années.
« Les écoles de la campagne, tenues par les missionnaires et quelques-unes par les Sœurs Franciscaines sont dans une situation plus précaire. Ce n’est pas qu’elles marchent mal, elles donnent au contraire d’excellents résultats ; mais leur maintien devient difficile. Au lieu de s’en occuper directement comme auparavant, le Gouvernement a laissé ce soin à un des Comités locaux dont le fonctionnement laisse beaucoup à désirer surtout au point de vue financier.
« Notre Séminaire est bien modeste d’abord en bâtiments. Notre Mission est pauvre et nous avons fait ce que nous avons pu avec les maigres ressources dont nous disposons. Modeste, notre Séminaire l’est aussi en élèves, 14 seulement. En comparant toutefois le nombre des chrétiens et des séminaristes, je crois que nous ne ferions pas trop mauvaise figure auprès des autres Missions de notre Société ; (26 séminaristes dont 14 petits et 12 grands pour 13.000 chrétiens). Nous en aurions un plus grand nombre si nous n’avions cru bon de n’admettre au petit Séminaire que les enfants qui ont terminé leurs études primaires. Sans doute ces études primaires pourraient se faire au Séminaire même ; mais outre le surcroît de dépenses que cela occasionnerait à la Mission, il serait plus difficile de faire un choix sérieux. Jusqu’ici les enfants étaient envoyés directement au Séminaire par les curés des paroisses : maintenant nous préférons les faire passer auparavant par un Probatorium que j’ai ouvert en mai dernier dans le meilleur de nos villages chrétiens. Ce collège compte déjà 12 enfants ; ils y complèteront leurs études primaires, feront un peu connaissance avec la discipline dont ils n’ont pas la moindre idée et en même temps le curé de la paroisse leur enseignera les premiers éléments de latin. De là ils entreront après trois ans au séminaire de Maymyo s’ils en sont jugés dignes. L’expérience nous a appris qu’il était nécessaire de se montrer sévère dans le choix des candidats si nous voulions avoir plus tard de bons prêtres.
« Je suis heureux en terminant ce compte rendu de mentionner parmi les événements extraordinaires de l’année le jubilé épiscopal de mon vénéré prédécesseur et la visite de S. Exc. Mgr le Supérieur Général. Le 21 novembre, à l’issue de notre retraite annuelle, Mgr Foulquier célébrait le 25e anniversaire de sa consécration épiscopale. Tous les confrères se firent une joie de lui renouveler ce jour-là leurs sentiments d’affection et de lui exprimer une fois de plus leur reconnaissance de tout ce qu’il a fait pour eux et pour la Mission pendant ce long épiscopat... Le lendemain de cette belle fête de famille, Mgr de Guébriant arrivait à Mandalay. Il m’est doux de remercier à nouveau Son Excellence de sa visite, de ses encouragements et de ses bons conseils. Tous les confrères de la Mission furent charmés de sa bonté, si paternelle et repartirent à leur poste avec un nouveau courage, pleins de confiance dans l’avenir et disant, j’en suis sûr, du plus profond de leur cœur, cette prière : « Dominus conservet cum. »


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