| Année: |
1933 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie méridionale |
| Rédacteur: | Mgr Provost |
III. — Birmanie méridionale.
Population catholique 75.000
Baptêmes de païens 2.003
Baptêmes d’enfants de païens 97
Conversions d’hérétiques 105
« Au début de son compte rendu, Mgr Provost commence par rendre grâces à Dieu qui, après avoir donné aux ouvriers apostoliques la santé et le calme nécessaires à leurs travaux, a magnifiquement béni leurs efforts.
« Notre clergé, poursuit Son Excellence, ne s’est accru cette année que d’une unité ; un prêtre tamoul ordonné au mois de décembre dernier. Il est le premier paria élevé au sacerdoce. A ceux qui trouveraient cette innovation trop hardie, je demanderai de méditer ces lignes que m’adresse M. Philippe, le zélé missionnaire à qui je l’ai confié. « Je considère comme une « source de bénédictions pour la paroisse la façon dont les chrétiens de toutes nos chapelles, « sans distinction de castes, se sont conduits envers le P. Stanislas. Ils l’ont accepté bien « simplement, bien franchement, et cela au vu et au su des païens. Le Père est allé presque « partout, et toujours les chrétiens l’ont accueilli comme tout autre prêtre, montrant ainsi « qu’ils ne voyaient en sa personne que le ministre de Dieu. C’est là un réel triomphe de la foi « qui a véritablement pénétré leur cœur. Chez eux l’esprit chrétien a prévalu sur l’esprit de « caste. Ce fait aura des répercussions bien au-delà de la paroisse. Il mérite d’autant plus « d’être signalé que les Hindous influents, qui travaillent en ce moment à détruire précisément « cet esprit de caste, agissent et parlent comme si rien n’avait été fait en dehors d’eux ni avant « eux. L’Eglise a travaillé et est arrivée à un résultat. Je souhaite que notre jeune P. Stanislas « soit un précurseur. »
« Bien qu’en dehors des grandes voies de communications, la Birmanie ne donne pas moins asile aux races les plus variées. Une simple promenade dans les rues de Rangoon donne au visiteur l’impression d’un pays cosmopolite, et cette impression est exacte. On trouve à l’intérieur ce que promet la devanture. Comme nous n’avons plus le don des langues, la division de nos forces s’inspire plus de la diversité des races que des limites géographiques. Envoyés « ad Gentes » par le Séminaire de Paris, les nouveaux missionnaires, quelque temps après leur arrivée à Rangoon, reçoivent une destination imposée par les besoins les plus urgents. Les uns sont affectés à la mission chinoise, d’autres à la mission Chin, d’autres à la mission Cariane, d’autres à la mission Tamoule, d’autres enfin à la population Anglo-Indienne. Les chaires de professeurs sont inconnues chez nous. Une comparaison entre ces différents groupes, leur population catholique, les œuvres qui y fleurissent, le clergé qu’ils nécessitent, les résultats obtenus pendant l’année, tout cela me paraît devoir être une étude à la fois instructive et intéressante. Elle fera ressortir les traits distinctifs et la physionomie de la Mission de Birmanie Méridionale.
« Une remarque préliminaire s’impose. Les Birmans ne sont point mentionnés dans l’énumération ci-dessus, et cela peut paraître assez étrange puisque nous sommes établis chez eux. Bien qu’intelligents, les Birmans sont très superficiels. Ils sont restés enfants. Le Bouddhisme leur suffit et n’est guère pour eux qu’une raison de multiplier les jours de repos, et, pendant la belle saison, les réunions et les fêtes dont ils sont particulièrement friands. La religion du Christ est beaucoup trop austère et ne s’imposera à leurs considérations sérieuses que lorsqu’ils auront vu et touché du doigt sa supériorité, le cas que les chrétiens font de leur âme et les sacrifices qu’ils s’imposent pour la sauver. Le désintéressement des missionnaires, nos institutions charitables, où des femmes se dévouent au soin des pauvres, des malades, des lépreux, des incurables, changeront peu à peu leur mentalité. Pour le moment, d’autres races plus ouvertes à la vérité, chez qui nous trouvons un accueil plus sympathique, nous permettent de prendre position au milieu d’eux. Elles serviront de tremplin à nos successeurs pour atteindre les Birmans à l’heure marquée par Dieu.
« Deux des missions nommées plus haut sont à peine sorties de l’enfance ; la mission Chinoise et la mission Chin. Commençons par elles.
Mission Chinoise. — « Elle compte environ 20 ans d’existence et est dirigée par deux confrères européens, M. Allard, le fondateur, et M. Roy qui lui a été adjoint., théoriquement en 1914, et pratiquement à la fin de la guerre. La population qu’ils cherchent à la faire entrer au bercail est malheureusement très dispersée. Comme les Chinois ont en en mains presque tout le petit commerce, on en trouve des familles isolées dans toutes les petites villes et dans tous les gros villages. Par suite, le travail de prédication et d’administration exige des déplacements continuels. La mission ne compte encore que 570 catholiques. La population scolaire s’élève à 169, dont 56 seulement sont catholiques : 224 fidèles ont rempli le devoir pascal, et les communions de dévotion ont atteint 10.550.
« La Mission Chin a été ouverte il y a environ 35 ans par M. Saint-Guily actuellement provicaire. Les Chins sont des émigrés. Leur pays appartient à la Birmanie du Nord. Plus ils descendent vers le Sud, tout en longeant les collines de l’Arrakan, moins ils se montrent dignes de confiance. Nous avons donc tout intérêt à les évangéliser dans les parages les plus rapprochés de leur pays. Dans le premier poste, fondé très au Sud, plusieurs missionnaires se succédèrent qui, l’un après l’autre, furent terrassés par la fièvre. Sur ces entrefaites, sollicitée par l’autorité civile à prendre la direction d’une école anglaise dans une petite ville, située au point terminus de la ligne de chemin de fer et sur les bords de l’Irrawaddy, l’autorité ecclésiastique se laissa tenter. On avait tout lieu d’espérer que de là le missionnaire aurait plus de facilités pour circuler dans les villages de son ressort. Les quelques ressources, provenant de la direction de l’école, n’étaient pas non plus à dédaigner par une mission pauvre, encore à ses débuts. En définitive ce fut un échec. Le titulaire ayant été emporté dans la force de l’âge par la dysenterie, la résidence dut être transférée un peu plus au Nord dans un village Chin, mais là encore le missionnaire ne trouvait pas les moyens d’enrayer la fièvre qu’il rapportait de ses expéditions. Bientôt terrassé, M. Maisonabe, le cœur brisé, fut contraint à regagner la France. A son retour, des vides s’étaient faits dans les rangs des ouvriers apostoliques, et l’un des postes vacants lui échut. Sa consigne est de garder un pied-à-terre à Prome, petite ville située aux bords de l’Irrawaddy, au centre de l’immense contrée qu’il doit défricher. Depuis plus de deux ans que le missionnaire, suivant la pratique des Apôtres, va de village en village, sans se fixer nulle part, pour évangéliser ces pauvres gens, le nombre des catholiques a plus que doublé. Ils sont actuellement 1.728, dont 555 ont été baptisés au cours du dernier exercice, et 452 au cours du précédent : 800 catéchumènes promettent pour l’année prochaine une belle moisson. « Il faudrait, m’écrit le titulaire, établir ici au plus vite 5 ou 6 postes de « missionnaires et une douzaine de catéchistes. Nous n’avons pas atteint cette année le quart « des résultats que nous aurions obtenus, si nous avions pu nous multiplier davantage. » Hélas ! je n’ai encore pu adjoindre à M. Maisonabe qu’un assistant, et, dans les cinq années qui vont suivre, les ordinations seront si peu nombreuses que je ne vois guère comment lui fournir un second auxiliaire. Il est vrai que le curé et le vicaire actuels ont dû faire des prodiges pour s’installer dans la petite sacristie qui leur sert de logement. Lorsque l’un rentre, l’autre doit sortir pour faire de la place. Un troisième serait trop encombrant. Nous faisons les démarches utiles pour obtenir un vaste terrain à quelques km. de Prome, et l’année prochaine verra probablement les débuts d’une installation définitive de la mission des Chins. Les communions pascales ont été de 930, soit 54 %, bonne moyenne pour des nouveaux convertis. Les communions de dévotion se sont élevées à 7.387, c’est-à-dire à 8 pour chacun des communiants. Comme il n’y a pas d’école à la résidence, ces communions supposent, de la part du prêtre, de nombreuses visites, et, de la part des chrétiens, beaucoup de soin à en profiter... Bien qu’aucune école centrale ne soit encore organisée, 15 écoles maternelles ont été immédiatement établies dans les villages convertis ou fortement entamés. Elles comptent 462 élèves, dont 200 catholiques. En résumé, sortie de la stagnation, la mission Chin a fait un prodigieux bond en avant depuis deux ans. Les chrétiens étant groupés, nous avons tout lieu d’espérer qu’ils se maintiendront et amèneront leurs frères, déjà très ébranlés par ce mouvement, vers notre sainte religion, à supposer toutefois que nous puissions leur donner des prêtres. La moisson jaunissante va-t-elle sécher sur pied, faute d’ouvriers ?
Mission Cariane. — « Elle est de beaucoup la pièce de résistance en Birmanie Méridionale, celle dont, les œuvres sont le mieux organisées, et, par voie de conséquence, celle dont l’administration absorbe le plus de ressources et de personnel. Les premiers missionnaires ont dirigé leurs efforts vers les Carians, non seulement à cause de l’accueil sympathique qu’ils ont rencontré auprès d’eux, mais parce qu’ils les trouvèrent disséminés sur tout le territoire que nous sommes venus pénétrer et conquérir. Les Carians se convertissent difficilement ; timides, ils désirent la protection de Dieu, mais tiennent, suivant des pratiques ancestrales, à apaiser les mauvais esprits par des sacrifices ; faibles de volonté, à moins d’être soutenus par la présence continuelle, ou du moins par les visites fréquentes du prêtre qui a réussi à gagner leur confiance, ils abandonnent assez facilement la religion ; nomades héréditaires, ils disparaissent parfois soudainement pour aller chercher fortune ailleurs, d’où nécessairement des défections qui causent aux missionnaires des déceptions cruelles. On trouve cependant chez eux une certaine générosité au service du bon Dieu : 38 de nos prêtres indigènes en effet, sur 44, et 51 de nos séminaristes sur 63 sont Carians. Le nombre des jeunes filles entrées en religion va atteindre la centaine.
« Nous avons dans les villages carians 20 postes établis avec chacun leur résidence, leur église, leur école de garçons, leur école de filles ordinairement dirigée par des sœurs carianes, une maison de doctrine où sont reçus les chrétiens de passage, un dispensaire, etc. Un grand nombre de nos Carians vivent dans des hameaux de 10 ou 12 maisons, mais le hameau est rarement tout chrétien. Les missionnaires engagent leurs nouveaux convertis à bâtir de petites chapelles en bois, même en bambou, où ces derniers se réunissent en groupe chaque dimanche pour réciter ensemble les prières, et, au moment des visites pastorales, pour entendre la Messe, les instructions du prêtre et recevoir les sacrements. Nous comptons ainsi 252 chapelles et 1092 groupes de chrétiens. La population catholique s’élève au total à 38.355 et est administrée par 46 prêtres dont 13 européens et 33 indigènes.
« Le nombre des élèves qui fréquentent nos écoles monte à 8.520, dont 3.682 catholiques : parmi eux, 1.052 sont considérés comme orphelins. En matière d’éducation, en effet, les Carians sont encore plus ou moins réfractaires. Ils se séparent difficilement de leurs enfants, et, lorsqu’ils s’y décident, soit par pauvreté, ce qui maintenant est malheureusement un fait indéniable, soit par méconnaissance des bienfaits de l’instruction, ils refusent de dénouer les cordons de leur bourse. Nous comptons dans nos écoles 10 % de la population catholique, mais cette moyenne relativement élevée est maintenue par un certain nombre d’enfants qui s’attardent sur les bancs d’es classes par peur du pénible travail des champs. Toutes nos écoles carianes sont dirigées, sinon par des religieuses, du moins par des maîtres et des maîtresses d’école catholiques. Nos trois écoles normales, une à Thonzeh sous la direction de M. Pavageau pour les garçons, deux à Bassein pour les filles sous la direction de M. Perrin, pourvoient amplement à tous nos besoins. Elles nous donnent même un surplus d’instituteurs et d’institutrices qui s’infiltrent dans les villages bouddhistes. Si leur action directe n’est pas considérable, ces maîtres et maîtresses d’école contribuent cependant à changer peu à peu la mentalité des indigènes et ouvrent aux missionnaires certains milieux qui, autrement, leur resteraient fermés. Cette année, le nombre des élèves dans nos trois écoles normales est de 90, dont 59 catholiques.
Les résultats obtenus au cours de l’exercice témoignent de la régularité, de la ferveur et de la vitalité de la Mission Cariane. 17.000 chrétiens ont rempli leur devoir pascal, soit 45 %. La proportion est faible et fait soupçonner un certain déchet. Ce déchet est surtout dû à la situation fausse de certains ménages. Le mariage est la grosse pierre d’achoppement. Comment en serait-il autrement dans un pays où païens et chrétiens vivent côte à côte, en bonne intelligence, dans les mêmes villages ? La dispense de disparité de culte n’est pas accordée et une longue expérience a démontré la sagesse de cette coutume. Dans la plupart des cas heureusement, la partie non catholique se fait instruire et baptiser avant le mariage. Près de 300.000 communions de dévotion, soit 17 pour chaque communiant, attestent la ferveur, et 1.200 conversions la vitalité de cette mission cariane. Trois districts : Myaungmya, dirigé par trois prêtres indigènes : Bassein, administré par M. Perrin et deux prêtres indigènes ; Gyobingauk, sous la houlette de M. Rieu et de deux prêtres indigènes, ont fourni, à eux seuls, 499 conversions : 1.288 enfants de catholiques ont été, au cours du présent exercice, régénérés dans les eaux du baptême.
Mission Tamoule. — Elle compte environ 22.000 catholiques, mais a été trop longtemps regardée comme une colonie d’émigrés n’ayant au cœur qu’un désir, celui de rentrer au plus vite dans leur pays après fortune faite. L’idée est erronée. A Rangoon et dans les petites villes, presque toutes les familles sont définitivement établies, et les enfants nés en Birmanie n’ont aucunement la nostalgie d’un pays, qu’ils n’ont jamais connu et ne connaîtront probablement jamais. Dans les districts, la population tamoule a poussé des racines plus fortes encore à même le sol qu’elle a peu à peu acquis, défriché et fécondé de ses sueurs : 740 baptêmes d’enfants de chrétiens, ne laissent plus aucun doute sur sa stabilité.
« Cette méprise a malheureusement eu de funestes conséquences. La décentralisation a été trop tardive. En dehors de Rangoon, la mission ne compte guère que trois postes de fondation relativement récente. Le plus ancien n’a que 25 ans d’existence, et le plus jeune quatre ans seulement. Ce retard a nui au développement normal de la mission, et sa croissance ne correspond point à son âge. Les œuvres n’existent pour ainsi dire pas, et l’effort missionnaire commence à peine, à se faire sentir. Les écoles ne comptent que 732 enfants catholiques, environ 3 %. Bien que la population soit pauvre, un seul orphelinat a été ouvert, où des filles ne peuvent être reçues qu’en nombre très limité. Vingt-deux seulement y ont trouvé asile. Trop tardifs également les efforts en vue de la formation d’un clergé indigène qui, croyait-on, ne resterait pas en Birmanie. Nous n’avons encore que deux prêtres tamouls. Ajoutés à six prêtres européens, ils ont visité 43 chapelles où 12.000 confessions pascales ont été entendues, et 123.000 communions de dévotion distribuées. On ne sera pas surpris, qu’écrasés par ce ministère, les missionnaires trouvent peu de temps pour aller « ad gentes ». Aussi, jusqu’ici, n’avait-on enregistré que des conversions isolées. Cette année, des efforts ont été faits dans ce sens, et 117 païens sont entrés au bercail du Père de famille. Depuis quelques années, de plus en plus conscients de leurs responsabilités, les prêtres de la mission tamoule recherchent activement des vocations. Quatre élèves sont au grand Séminaire. Quand ils auront été élevés au sacerdoce, la tâche ne sera plus aussi lourde. Dix enfants étudient au petit Séminaire et le mouvement semble devoir continuer. Nous avons tout lieu d’espérer qu’avant longtemps, la mission tamoule en Birmanie se développera comme les autres, et ne leur sera inférieure en rien.
Mission Anglo-indienne. — « Bien que quelques familles anglo-indiennes soient domiciliées dans la plupart des petites villes, nous n’avons à proprement parler que sept paroisses de langue anglaise ; cinq à Rangoon et deux à Moulmein. Je faisais allusion, l’année dernière, à la nécessité pressante d’en ouvrir une huitième dans la banlieue de Rangoon, où nombre d’Eurasiens vont cacher leur pauvreté et leurs vices. Chargé d’en faire le recensement, M. Casseaux a trouvé, sur 1.600 catholiques, 56 ménages irréguliers. Ces quartiers n’ont cependant rien de commun avec la zone rouge qui encercle Paris. Nos catholiques ont la foi. Leur faiblesse et la misère les ont conduits à une situation anormale. Désireux d’en sortir, ils n’ont pas le courage de faire le premier pas, mais accueillent avec joie l’envoyé de Dieu qui cherche à les relever. Si pourtant ces quartiers restent trop longtemps soustraits à toute influence religieuse, comme la misère est mauvaise conseillère, ils peuvent devenir des foyers de mécontentement et de révolte. Pour prévenir ce danger, peut-être assez lointain, mais très réel, nous avons acheté cette année, à grands frais, un vaste terrain. La construction d’une résidence, d’une église et d’écoles est malheureusement au-dessus de nos moyens actuels.
« La population catholique des sept paroisses de langue anglaise s’élève à 12.700 fidèles, administrés par huit prêtres européens et trois prêtres indigènes. Foncièrement chrétienne, elle donne du travail à ses pasteurs, dont deux sont uniquement et trois partiellement attachés à des oeuvres d’éducation 7.000 ont rempli leur devoir pascal, soit 55 % : 212.000 communions de dévotion ont été distribuées au cours de l’année, dont 72.000 à la cathédrale où, en dehors d’une confrérie d’hommes, d’une congrégation d’enfants de Marie, d’une Société de Saint-Vincent de Paul, quinze cents membres de l’Apostolat de la Prière font, par leur ferveur, la consolation de leur pasteur, M. Saint-Guily. Généralement parlant, si nos Anglo-Indiens ont la foi bien ancrée dans l’âme et remplissent leurs devoirs de chrétiens, leur frivolité, leur amour des plaisirs, leur faiblesse contre les tentations refroidissent considérablement leur piété.
« Leurs enfants sont instruits dans sept écoles dirigées par les Frères des Ecoles Chrétiennes, les Sœurs du Bon-Pasteur et de Saint-Joseph, avec un zèle et un dévouement que je me plais à reconnaître et dont je ne saurais assez les remercier. Le total des élèves est de 4.046 enfants, dont 2.262 catholiques. Religieux et religieuses accueillent avec la même charité nos orphelins, dont le nombre, par ce temps de crise, s’accroît dans la mesure où celui des élèves payants diminue. Ils ont en ce moment un total de 655 orphelins. Nos écoles catholiques, soit de garçons, soit de filles, ont, cette année encore, gardé le premier rang aux examens et concours. L’instruction religieuse y est donnée partout d’une façon très satisfaisante. La moyenne des notes obtenues aux examens prévus et réglés par le Droit Canon a dépassé notablement 50 sur 100.
« Quand ils quittent nos établissements, beaucoup de ces jeunes gens, garçons et filles, continuent leurs études à la jeune université de Rangoon. Soit qu’ils deviennent pensionnaires, ou restent dans leurs familles, ils trouvent chez M. Sellos un cercle où ils peuvent, se délasser de leurs fatigues, des livres où il leur est facile de puiser des idées saines, un conseiller toujours prêt à résoudre leurs difficultés et à guérir leurs doutes, une chapelle où ils viennent, fortifier leurs habitudes religieuses. Ils mettent tous ces moyens à profit. Comme, à des degrés divers, cette centaine de jeunes gens appartiendra à la classe dirigeante, j’ai bon espoir qu’elle contribuera à stabiliser notre église en Birmanie.
« Le nombre des vieillards, des lépreux et des incurables, a augmenté jusqu’à l’extrême limite dans les divers établissements catholiques affectés à leur usage. Ces établissements sont archi-pleins. Les Petites Sœurs des Pauvres et les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie remercient le bon Dieu de ce surcroît de travail qui leur a valu d’abondantes consolations. Elles ont obtenu cette année une belle gerbe de 126 baptêmes.
« Le petit Séminaire, sous la direction de M. Bazin et de trois prêtres indigènes, après avoir envoyé neuf élèves au grand Séminaire depuis un an., en compte encore 51, trois de plus qu’au commencement de l’année dernière. Le nombre de nos grands séminaristes est porté à vingt ; seize à Pinang, trois à Kandy, et un à Saint-Sulpice.
« Au milieu des épreuves qui accompagnent toujours une œuvre naissante, nos Clarisses intercèdent nuit et jour pour la Mission, son Clergé et ses Œuvres. Deux postulantes se sont jointes à elles et deux autres ont obtenu leur admission. Les plans du futur monastère sont en bonne voie de préparation chez M. Picot, l’architecte bénévole de la Mission. Faute d’argent, ils ne pourront pas être immédiatement exécutés, mais la construction d’une aile qui pourra être utilisée comme noviciat est urgente. Lorsque nos contemplatives seront moins à l’étroit, j’ai la conviction que leur nombre augmentera. Leurs prières et leurs mortifications féconderont les travaux des ouvriers apostoliques. Elles sont pour l’avenir notre meilleure garantie de stabilité et de succès. »
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