| Année: |
1933 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Falière |
IV. — Birmanie Septentrionale.
Population catholique 13.948
Baptêmes d’adultes 616
Baptêmes d’enfants de païens 297
Conversions d’hérétiques 35
Son Excellence Mgr Falière nous écrit :
« Un missionnaire, dans son rapport annuel, divise les ouvriers apostoliques en deux catégories : les presbytes et les myopes. Cette classification peut paraître bizarre et n’est peut-être pas exempte de malice ; mais elle ne manque pas tout à fait de justesse. Les presbytes, ce sont évidemment les anciens qui voient loin en arrière, se font les « laudatores temporis acti », jugent tout en fonction du passé, et n’aperçoivent guère les résultats actuels du travail fait autour d’eux et même par eux : d’où parfois un certain pessimisme déprimant. Les myopes, ce sont les jeunes qui ne voient que le présent et, n’ayant pas connu des temps meilleurs, se déclarent satisfaits des résultats qu’ils enregistrent : d’où, dit notre confrère, un optimisme quelque peu ingénu. Qui a raison, du presbyte ou du myope ? Ni l’un ni l’autre évidemment. La presbytie comme la myopie est une déformation de l’organe visuel ; ce n’est pas la vue normale. Il est nécessaire pour la rédaction d’un compte rendu de n’être ni myope ni presbyte et de voir les choses telles qu’elles sont.
« On éprouverait certes une certaine complaisance à être presbyte, c’est-à-dire à reporter ses regards vers le temps où les affaires marchaient bien, où nos chrétiens trouvaient facilement des emplois, où les passions politiques et la phobie de l’étranger n’avaient pas encore atteint le degré d’acuité où elles sont arrivées aujourd’hui, où le peuple des villes et des campagnes avait encore assez de temps et de liberté pour songer aux choses de l’éternité. Mais comment faire abstraction de ces obstacles nouveaux qui, venant s’ajouter aux anciens, se dressent formidables devant le missionnaire ? Impossible de ne pas les voir ; ils crèvent les yeux. A eux seuls, ils expliquent la lenteur des progrès de l’évangélisation ; mais par le fait même ils excusent aussi, d’une certaine façon, ceux qui n’ont à enregistrer, comme pour cette année, que d’assez maigres résultats. Plus encore : ces obstacles mêmes nous fournissent une occasion de remercier davantage la Providence, qui a daigné accorder au missionnaire la joie de glaner quelques épis et le plaisir de constater un accroissement, si léger soit-il, du règne de Dieu. Nous souffrons assurément avec nos missionnaires des difficultés qu’ils rencontrent et, ces difficultés les connaissant bien nous-même, notre sollicitude à leur égard n’en est que plus grande à la vue de l’entrain et du courage avec lesquels ils s’efforcent d’y faire face. De cet entrain et de ce courage, une revue sommaire des postes et des œuvres de la Mission nous fournira la meilleure preuve.
« Au nord, le district de Bhamo, avec ses deux sections Shan et Katchin, forme comme une petite mission dans la grande. L’heure viendra sans doute où ce coin du Vicariat devra être érigé en Mission autonome. En attendant, 7 missionnaires européens et 3 prêtres indigènes, auxquels il convient d’ajouter un Père Bétharramite de la Mission de Tali, chargé de l’école des catéchistes, y travaillent avec ardeur. M. Herr, chef de ce district, envoie un assez long rapport dont voici quelques extraits :
« Chez les Shans, MM. Roche et Merceur ont récolté 29 baptêmes d’adultes dont un in « articulo mortis. C’est peu sans doute, mais M. Roche a été très occupé durant cet exercice, « d’abord par la construction d’un clocher à son église, ensuite par l’aménagement d’une « école de catéchistes, et enfin par l’enseignement de la langue shan aux Pères de Bétharram « dont le dernier compte rendu faisait déjà mention. Puis la fièvre est venue, qui l’a mis à « deux doigts de la mort, et n’ayant pu réussir à le conduire là où tout finit, l’a mené là où tout « peut recommencer, c’est-à-dire en France. Du moins avant son départ a-t-il eu la satisfaction « de voir à peu près terminée l’école de catéchistes, que la Mission a construite pour un usage « commun avec la Mission de Tali. »
« Chez les Kauris, Katchins des montagnes, MM. Gilhodes, Paquet, Cassan, avec les deux prêtres indigènes Carolus et Bonaventure, nous donnent un total de 232 baptêmes d’adultes dont 9 in articulo mortis. Cette mission semble maintenant bien lancée. Cette année M. Gilhodes a construit deux chapelles et ouvert l’école. Il y a là maintenant 5 écoles et un couvent au sein d’une population de 1086 catholiques ; le chiffre des catéchumènes s’élève à 1570. L’instruction de ces nouveaux convertis est lente et difficile ; elle exige beaucoup de patience et de longues veillées ; « car, dit M. Gilhodes, nos pauvres Katchins travaillent toute « la journée et ce n’est que bien tard dans la nuit qu’on peut leur faire le catéchisme. »
« Chez les Katchins Chinpaws, nous trouvons MM. Herr et François Collard qui, avec un prêtre indigène, le P. Georges, s’occupent aussi de la ville de Bhamo. D’après les chiffres qui nous ont été envoyés, les baptêmes d’adultes dans cette partie du district s’élèvent à 201, dont 40 in articulo mortis. La population catholique est de 810 et les catéchumènes au nombre de 1030. Excepté à Bhamo-ville, où se trouvent une bonne école secondaire et un couvent de Sœurs Franciscaines avec crèche et dispensaire, il n’y a encore là aucune œuvre digne de ce nom. C’est un coin nouvellement, défriché où, dit M. Herr, il faudrait au moins deux missionnaires de plus. Les anabaptistes américains nous y ont devancés : ils y ont établi de nombreuses écoles alors que nous n’en avons nous, que deux misérables récemment ouvertes, qu’il faut entretenir complètement à nos frais, le Gouvernement, par ces temps de crise économique, se refusant à accorder des subsides aux écoles nouvelles.
« De Bhamo descendons chez les nouveaux chrétiens de la plaine birmane. C’est d’abord le district de Shwebo administré par un prêtre indigène, le P. Alexis, et un autre prêtre indigène comme assistant. Les statistiques accusent une population de 1076 catholiques avec 58 catéchumènes, 2 églises ou chapelles, 9 catéchistes, et un seul baptême d’adulte. Mais ne nous étonnons pas trop ; nous sommes chez les Birmans et le P. Alexis nous dit que les difficultés y sont grandes, que les chrétiens ne sont pas tous édifiants que les catéchistes sont loin d’être à la hauteur de leur tâche, et que lui-même a eu une bonne partie de son temps pris par la construction d’une église à Payan.
« Kyaukse est un autre district de nouveaux chrétiens birmans. Son chef, M. Mandin, est on France depuis février dernier ; en son absence c’est un prêtre indigène, le P. Augustin qui le dirige, secondé par le P. Michel, autre prêtre indigène. Le district comprend 7 postes avec 433 catholiques, 28 catéchumènes et 6 catéchistes. Ici aussi les résultats sont plutôt pauvres : 5 baptêmes d’adultes seulement. Mais il est de toute évidence que le travail du missionnaire chez les Bouddhistes est plus que jamais, dans les circonstances actuelles, excessivement ingrat.
« Les vieilles chrétientés birmanes : Monhla, Ghaungyo, Chapthaywa, Yen, Chaungu, Nabek , Myingyan et Saint-Michel de Mandalay, n’offrent rien de bien particulier à signaler. Nous y relevons 11 baptêmes d’adultes, dont 3 in articulo mortis. Toutes ces chrétientés sont administrées par des prêtres indigènes à l’exception de Saint-Michel de Mandalay qui a encore à sa tête un missionnaire européen. M. Ruppin. Une chose à première vue surprenante et pourtant hors de conteste, c’est que les Bouddhistes qui vivent dans le voisinage immédiat de ces agglomérations chrétiennes sont plus qu’ailleurs rebelles à l’Evangile. Il semble que ce devrait être le contraire. Mais le fait est là, évident : nos vieux chrétiens sont comme frappés d’ostracisme ; on se méfie d’eux et de tout ce qui vient d’eux ; on les traite de « Kalas » c’est-à-dire d’étrangers.
« Dans les villes de province, la population catholique présente un mélange où prédominent surtout deux éléments : les Indiens émigrés du sud de l’Inde, et les Anglo-Indiens. Seule Mandalay, la capitale, a une paroisse spécialement affectée aux Indiens. Car Indiens ou Tamouls sont bons en général ; ils ont de l’allant, de l’entrain, même de la générosité quand ils sont dans une certaine aisance ; on rencontre parmi eux des âmes foncièrement religieuses, qui savent ce que sont, la piété, la charité et l’abnégation chrétiennes. Mais par contre il y a toujours aussi chez eux une minorité tapageuse, amie de la cabale, volontiers frondeuse et portée à se cabrer devant les ordres de l’autorité ecclésiastique.
« Les Anglo-Indiens, comme le nom l’indique, sont des Métis descendants d’européens. La plupart d’entre eux sont de petits employés du Gouvernement, sujets à de fréquents déplacements, aussi ne forment-ils pas une population bien stable et ne peuvent-ils s’attacher à une paroisse, ni prendre intérêt à ses œuvres. En général ce sont de bons chrétiens, quoique un peu mous et nonchalants. Malgré nos efforts et toutes nos exhortations, ils n’ont encore fourni aucun prêtre à la Mission. Toutefois pour être juste, ajoutons qu’il y a actuellement deux Anglo-Indiens au petit Séminaire.
« Notre petit Séminaire compte 17 élèves, dont 3 étrangers au Vicariat, venus du Sud de l’Inde où les vocations abondent. Nous avons jugé bon, à titre d’essai et avec le consentement de leur évêque, d’accéder à leur désir de venir travailler chez nous. A la tête de cet établissement se trouve M. Blivet : un prêtre indigène et deux jeunes sous-diacres, qui seront prêtres avant la fin de l’année, forment avec le Supérieur un corps professoral que nous pouvons espérer permanent. En parlant du Séminaire de Maymyo, il nous faut naturellement faire mention du Probatorium de Chanthaywa où 12 élèves, sous la direction du P. Leo, curé de la paroisse, commencent à étudier les premiers rudiments du latin.
« Un mot seulement de nos écoles, orphelinats, léproserie, et autres œuvres de la Mission. Nos grandes écoles de Mandalay et de Maymyo jouissent toujours d’une excellente réputation, et ce nous est un devoir d’en exprimer ici une fois de plus toute notre reconnaissance à nos dévoués auxiliaires, les Frères des Ecoles Chrétiennes et les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition. Dans les petites écoles, surtout dans les écoles primaires des districts, la réduction progressive des subsides de l’Etat se fait durement sentir, et certaines d’entre elles sont dans une situation plutôt précaire.
« Nos orphelinats ont pu cette année encore être maintenus, grâce sans doute aux allocations de la Sainte-Enfance, mais aussi à cause du bas prix du riz.
« La léproserie Saint-Jean offre l’hospitalité à 266 malades, que les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie soignent toujours avec un dévouement au-dessus de tout éloge : qu’elles en soient remerciées. Au cours d’une visite, l’Inspecteur général des Hôpitaux de Birmanie a fait certaines remarques qui ont été mises à profit pour l’amélioration du traitement de la lèpre et pour la bonne marche de l’établissement.
« En terminant ce compte rendu d’une année au cours de laquelle le bon Dieu a si miséricordieusement adouci nos tristesses et nos déceptions par des joies et des consolations inespérées, noue voulons attirer l’attention sur un projet qui, s’il plaît à la divine Providence, aura bientôt un commencement de réalisation ; il s’agit de l’évangélisation des Chins, chez qui nous avons l’intention d’aller personnellement, en décembre prochain, avec un ou deux missionnaires et quelques catéchistes que nous installerons là-bas. Que Dieu daigne bénir cette tentative renouvelée après plus de 40 ans pour Sa plus grande gloire et l’extension de Son règne en ces régions déshéritées ! Nous la Lui offrons comme un gage de notre espoir et de notre confiance en l’avenir. »
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