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Rapport annuel des évêques

Année: 1934
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridionale
Rédacteur:Mgr Saint-Guily

III. — Birmanie Méridionale.

Population catholique 75.667
Baptêmes d’adultes 1.973
Baptêmes d’enfants de païens 208
Conversions d’hérétiques 119


En l’absence de S. Exc. Mgr Provost ayant dû se rendre à Rome pour sa visite « ad limina », c’est M. Saint-Guily, Provicaire, qui nous adresse le compte rendu annuel. « Les résultats obtenus dans le cours de cette année, dit M. Saint-Guily, sont très consolants et sont un éloquent témoignage de l’activité et du zèle apostolique déployés par nos missionnaires pour fortifier les positions acquises et pour intensifier l’évangélisation des païens. La moisson s’annonce belle, elle nous appelle et nous presse, l’action de la grâce divine apparaît clairement, mais nous nous sentons impuissants hélas ! faute de personnel. La plainte que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même fut le premier à exprimer à ses apôtres se répète le long des siècles, « Messis quidem multa, operarii autem pauci ».
« Pour remédier à cette impuissance partielle, les missionnaires se sont appliqués à l’instruction religieuse et à la sanctification de leurs chrétiens, aussi, le résultat en a été un accroissement de vie spirituelle : 3.000 communions pascales et 47.800 communions de dévotion de plus que l’année dernière. Le nombre des conversions de païens s’est à peu près maintenu : 1.973 contre 2.003 en 1933.
« M. Maisonabe constate une baisse dans le nombre des conversions des Chins : 419 au lieu de 546 l’année précédente, pour cette raison que les nouveaux convertis ont absorbé une grande partie de son temps.
« M. Maisonabe, à l’occasion de la conversion du village de Thanlegyi, montre le caractère Chin et ce que l’on peut attendre de cette race. « Thanlegyi, dit-il, est aux deux tiers « catholique. Réfractaire autrefois, contenant un noyau de protestants, ce village s’est ébranlé « en 1931 pendant la rébellion. La conduite peu courageuse des protestants (Baptistes) du « village a été comparée à la fière attitude des catholiques de Tauma. Les païens se sont mis « avec ardeur à l’étude de la religion et la population atteint maintenant le chiffre de 170. « Deux signes de la vivacité de leur foi sont à signaler : d’abord le fléau de l’alcoolisme qui « ravageait le village, il y a quelques années, a presque complètement disparu. Le second « signe fut la construction d’une chapelle en bois de teck. Considérant la pauvreté extrême qui « atteint en ce moment tous les cultivateurs, cette bâtisse représente un bel effort. Tous les « chrétiens valides se sont partagé les travaux d’abattage et de transport des arbres, et ceux qui « n’ont travaillé ni comme scieurs de long ni comme charpentiers ont apporté leur obole. »
« Dans son rapport bien étudié et fort intéressant, M. Perrin dit ses espoirs, ses projets et aussi ses craintes.
« Le district de Bassein dont il a la charge était et reste encore la place forte des Anabaptistes. Sous la direction de leurs ministres Américains et de leurs assistants Carians établis dans les villages, leurs adhérents bien disciplinés augmentaient en nombre. Mais l’argent envoyé d’Amérique se faisant plus rare, et les émoluments des ministres n’ayant pu leur être continués, ces derniers sont rentrés les uns après les autres en Amérique, abandonnant leurs ouailles à elles-mêmes. Sans doute, l’influence d’un passé si rapproché se fait toujours sentir, les catéchistes et chefs de groupes gardent encore une certaine autorité, mais il y a des tiraillements entre eux. L’autorité centrale manque, il n’y a pas de chef et leurs adeptes se sentent comme un troupeau sans pasteur. De ce côté bien des espoirs. Laissons la parole à M. Perrin :
« Nous progressons, il n’y a pas de doute, écrit-il mais si satisfaisants qu’ils puissent « paraître à première vue ces progrès sont lents, si on les compare à ceux que font nos « concurrents baptistes et sont, presque insignifiants auprès des masses à entamer.
« Ce n’est pas, cependant, que le nombre des catéchumènes diminue : 194 païens ou « baptistes ont donné leurs noms, 164 autres semblent disposés à se tourner vers le « catholicisme dans un avenir plus ou moins prochain ; combien d’autres n’attendent qu’une « visite du prêtre ou du catéchiste pour réfléchir et se décider. Tout en faisant la part des « velléités inconstantes qui cèdent à la première difficulté, je crois pouvoir affirmer qu’il y a « dans le district un mouvement réel vers le catholicisme qu’il s’agirait de capter, d’intensifier « et d’étendre.
« Dans quatre villages de Carians animistes, on ne m’a guère répété que cette phrase : « Nous allons nous faire catholiques ; mais demeurez avec nous ; si vous êtes ici, nous ne « craignons pas les esprits ; laissés à nous-mêmes, nous nous sentons à leur merci ! »
« Dans la plupart des villages baptistes où j’ai passé, un plus ou moins grand nombre de « ces pauvres gens sont venus me demander des explications sur la doctrine catholique ou « même sur les bruits et racontars que leurs ministres répandaient contre nous. Parfois, on me « demande a de revenir : toujours nous nous sommes quittés bons amis. Et pourtant, on sait « l’aversion que les baptistes éprouvent pour un prêtre catholique surtout s’il ne connaît pas « leur langue. C’est que les Sgaw-Carians baptistes de l’ouest traversent une crise. Dépourvus « du pasteur Américain qui réussissait à maintenir maîtres et catéchistes dans une soumission « relative, scandalisés des schismes qui divisent nombre de leurs villages, incapables, à cause « de leur pauvreté, de payer les taxes pour l’entretien de leur église et du pasteur, persuadés, « enfin, de la fausseté de leur position et de la vérité de l’Eglise catholique, beaucoup d’entre « eux tournent leurs regards vers le catholicisme.
« Comment se fait-il que nous recueillions si peu de fruits d’un sol si riche en promesses ? « Ce n’est certes pas le zèle des ouvriers qui en est la cause, mais plutôt la pénurie d’ouvriers « évangéliques. Une moisson riche de promesses, et je dois demeurer le témoin impuissant de « ce spectacle navrant. Cette année encore, aux appels réitérés des chrétiens, des baptistes et « des païens, « Venez nous voir – En voyez-nous un prêtre », je ne pourrai répondre, avec un « serrement de cœur, que ces mots d’une incertitude angoissante : « Je verrai ». « Puisse cet « appel être entendu par ces âmes généreuses qui ont dans le cœur l’amour de Dieu, et « qu’elles viennent sauver ces pauvres païens qui leur tendent les bras !
« M. Loizeau à force de persévérance, a réussi à grouper à Papun 200 catholiques autour « de son église et de sa résidence. Son école est florissante et y compte 60 enfants presque « tous catholiques. « C’est, dit-il, l’espoir de l’avenir. J’ai pu aussi il y a un an, ajoute-t-il, « ouvrir une école dans les bois. Cette école marche si bien que j’espère obtenir du « gouvernement un salaire pour l’instituteur. Malgré les temps difficiles que nous traversons, « jusqu’à présent cet instituteur a été nourri par les habitants du village. Cette année encore, « j’ai pu doter d’une troisième école un village mi-Shan et mi-Carian sur la demande des « païens eux-mêmes s’offrant à supporter une partie des dépenses.
« Mon district a été particulièrement éprouvé par la maladie du P. Augustin, alors que son « travail aurait pu être si fructueux. Aussi, je ne puis apporter qu’un petite gerbe de 31 « baptêmes d’adultes ».
« M. Ogent s’est mis de tout cœur au travail pour relever le poste de Zaungdan qui connut des temps de grande ferveur. Il a la charge d’un vaste district qui, dans le passé, en formait trois avec un missionnaire résidant dans chacun d’eux : Zaungdan , Sinlu et Yénandaung.
« C’est beaucoup, même pour un missionnaire expérimenté, mais la besogne ne l’effraye pas. « Mon premier devoir, écrit-il, était de prendre, contact avec les chrétiens qui m’étaient « confiés et j’ai pu visiter les villages importants où se trouvait la grosse majorité de mes « paroissiens Dans Sinlu, bien que très éloigné et n’ayant pu pendant des années être visité « régulièrement faute de personnel, la foi s’est bien conservée. Dans les environs de « Zaungdan, résidence du missionnaire, le groupe le plus important et le plus fervent est celui « de Ywathegon, village presque entièrement catholique : 36 foyers sur 40. Là, et dans les « villages du groupe, de bonnes maîtresses d’écoles ont maintenu une vie religieuse intense. « La proximité de Zaungdan nous a permis de visiter souvent ces villages et c’est une grande « consolation pour le prêtre visiteur de voir se grouper autour de lui les fidèles des villages « voisins.
« Dans les villages Chins de la région de Yénandaung, l’ensemble est bon ; il y a là une « jeunesse bien instruite et ardente. Cette année, j’ai pu ouvrir une école à Sanywa, village qui « avait totalement apostasié depuis de nombreuses années parce que trop éloigné, de la « résidence du missionnaire. Actuellement, 17 enfants y apprennent le catéchisme et les « anciens du village se disent prêts à revenir à la religion.
« Je ne peux résister au désir de conter ce geste d’une jeune maman Chin, qui montre « combien la foi simple est profondément implantée dans ces cœurs. Gravement malade et « voyant la mort approcher, elle fait envoyer un message au prêtre. Mais le missionnaire est « bien loin, il faut compter au moins 24 heures pour arriver à sa résidence. Craignant qu’il « arrivât trop tard, la malade dicta sa confession à sa vieille mère qui me la remit à mon « arrivée, quelques heures après que sa fille avait rendu le dernier soupir ».
« Le poste de Mergui a été bien éprouvé cette année. Le prêtre indigène, le P. Sandy-Alban, qui en est chargé et aidé par deux vicaires, eut le bonheur de baptiser 70 enfants de chrétiens et 82 enfants de païens. C’est là une belle gerbe qui fait le plus grand honneur au curé de cette chrétienté et à ses assistants. L’élément européen ou même anglo-indien n’y existe pas et c’est sur les Carians que s’exerce le zèle des ouvriers apostoliques. Les villages sont parfois très éloignés de la résidence, enfoncés dans la brousse où règne la malaria. Les dangers ne les ont pas arrêtés et leur dévouement a été bien récompensé. En plus de la malaria à laquelle ces trois prêtres indigènes ont dû, comme tous les ans, payer leur tribut, il y eut cette année un bon nombre de cas de choléra, ce qui leur donna beaucoup de travail et de grandes inquiétudes. Heureusement, les victimes ont été peu nombreuses !
« A Pyapon, M. Meyrieux a échangé les bas fonds marécageux dans lesquels était construite sa résidence, pour un enclos vaste et surélevé dans un des meilleurs quartiers de la ville. Il a trouvé les moyens de bâtir sa maison, une grande salle qui servira d’école et, enfin, une belle église que S. Exc. Mgr Provost bénit le 23 novembre 1933. Ce fut l’occasion d’une grande affluence de chrétiens. Ce poste est maintenant bien installé. Les fatigues qu’occasionnèrent au chef de district l’érection de ces bâtisses l’avaient très affaibli. Il dut même entrer à l’hôpital. Aujourd’hui, il se déclare complètement guéri. « Depuis au moins dix ans, dit-il, ma santé n’avait été aussi brillante. » Que le Bon Dieu la lui conserve afin qu’il puisse continuer d’exercer son zèle ardent dans sa chère mission tamoule !
« M. Pavageau, chargé du poste de Thonzé, nous fait part des difficultés qu’il rencontre de la part des bouddhistes birmans. « Quelques familles bouddhistes, dit-il, vinrent me trouver, « demandant à être instruites dans notre sainte religion. J’exigeai d’eux une sérieuse « préparation et leur donnai à étudier nos livres de doctrine. Pendant plusieurs semaines, ils « furent ponctuels aux réunions à la chapelle et aux instructions que donnait soit le prêtre de « passage soit le catéchiste. Puis toutes ces ramilles cessèrent d’étudier. Des birmans influents « leur avaient fait entendre que les birmans devaient être satisfaits avec leur bouddhisme et ne « devaient pas essayer d’apprendre la religion des étrangers ».
« De Myaungmya, le P. Paschal, prêtre Carian, apporte une belle gerbe de 269 conversions de païens : 179 adultes et 90 enfants. Cela fait le plus grand honneur à son zèle et à celui de ses deux vicaires.
« Jusqu’à présent, écrit-il, les conversions étaient relativement faciles, mais cela ne faisait « pas l’affaire du diable. Ceux qui demandent à étudier notre sainte religion sont pour la « plupart de pauvres gens n’ayant pour tout bien que leurs bras et leur bonne volonté. Les « propriétaires birmans menacent de retirer l’affermage de leurs champs à tous ceux qui « étudieront la religion catholique. Les bonzes vont de village en village attaquant l’église « catholique par toutes sortes de sophismes et de blasphèmes. Mais, ajoute-t-il, nous avons « confiance en la Divine Providence et en sa grâce toute-puissante ».
« La pauvreté des cultivateurs qui forment la grande majorité de nos chrétiens carians est extrême pour un très grand nombre. La mévente du paddy dont le prix est tombé de 200, même de 250 roupies à 45 et 50, en janvier de l’année dernière, a été une calamité générale pour les pauvres qui étaient forcés de vendre immédiatement sur l’aire afin de payer les dettes contractées pour les semailles et le repiquage. Les créanciers veillaient et, la moisson récoltée n’a pas même été suffisante pour les contenter tous. Ce fait a été cause que, ne pouvant solder leurs dettes, un grand nombre de familles ont dû quitter leur village et émigrer dans le Delta pour y cacher leur misère et se mettre à l’abri des réclamations des créanciers. Cette année a été presque une année de famine. Le riz abonde, mais il reste emmagasiné par quelques-uns, attendant des jours meilleurs pour le vendre ; et les pauvres cultivateurs n’ayant pas d’argent pour acheter du riz ont souffert et souffrent encore de la faim, se procurant avec peine un maigre repas par jour.
« Si au point de vue matériel, les difficultés sont grandes, il est agréable de constater que dans tous les postes, il y a augmentation pour le nombre des confessions et des communions. C’est un indice que la foi pénètre de plus en plus profondément dans les âmes, que la religion est mieux comprise et aussi mieux pratiquée.
« Je ne ferai que mentionner nos œuvres de charité. Les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, au milieu de leurs 470 lépreux et de leurs 140 malades, continuent de se dévouer comme par le passé.
« L’Asile des Petites Sœurs n’a pas une place vacante ; 220 vieillards y sont hospitalisés. Ces établissements sont pour un bon nombre la porte du ciel. L’ambiance du milieu, la bonté et l’abnégation des bonnes Sœurs dessillent les yeux de beaucoup, qui demandent à entrer dans notre religion inspiratrice de tant de dévouement.
« Nos grandes écoles de Rangoon et Moulmein sont de plus en plus prospères tant au point de vue de la population scolaire qu’au point de vue du succès dans les examens publics. Là aussi, il nous faut mentionner le zèle courageux dont font preuve les Frères des Ecoles Chrétiennes, les Sœurs du Bon Pasteur et les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition pour former l’intelligence et le cœur des enfants qui sont l’espoir de l’avenir. Malheureusement, par ce temps de crise économique, le Gouvernement a réduit considérablement les allocations qu’il accordait à ces écoles. C’est une raison de plus d’exprimer notre reconnaissance aux bons Frères et aux bonnes Sœurs qui travaillent de leur mieux et réussissent admirablement à maintenir leurs écoles à la hauteur de l’excellente réputation dont elles ont toujours joui. »



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