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Rapport annuel des évêques

Année: 1934
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Falière

IV. — Birmanie Septentrionale.

Population catholique 15.051
Baptêmes d’adultes 674
Baptêmes d’enfants de païens 472
Conversions d’hérétiques 37


« On croit généralement, nous écrit S. Exc. Mgr Falière, que la Birmanie, en tant que colonie anglaise est un pays relativement civilisé. Sans doute on peut le dire de la grande et fertile plaine arrosée par l’Irrawaddy et habitée par les Birmans, mais cette large vallée est entourée de montagnes où vivent des peuplades qui, par la langue, les coutumes et la religion, diffèrent autant des Birmans qu’elles sont dissemblables entre elles. Quelques-unes, telles que les « Was » et les « Nagas », sont encore à l’état sauvage, et je me demande s’il y a encore au monde des tribus aussi barbares : anthropophages, elles s’adonnent aux sacrifices humains. Aucun étranger, surtout européen, ne peut pénétrer sur leur territoire ; malheur à lui s’il s’y risquait ; il n’en sortirait vivant que par miracle.
« Moins sauvages que les « Was » et les « Nagas », la tribu des « Chins » compte environ 300.000 âmes et habite les montagnes qui séparent les Indes de la Birmanie. Ces derniers sont animistes et parlent plusieurs dialectes différents les uns des autres. La plus grande partie du territoire où ils vivent est sous la domination anglaise depuis une quarantaine d’années environ : il y a cependant encore quelques endroits qui ne relèvent pas de l’administration britannique. Ceux qui les habitent se laissent facilement approcher, pourvu toutefois qu’on ne les inquiète pas, autrement ils s’irritent, et alors, pour eux, la vie d’un homme n’a pas plus de prix que celle d’un chien.
« C’est en 1890 que Mgr Simon envoya trois missionnaires chez les « Chins » avec la consigne de s’installer dans la région. Cette première expédition ne réussit pas ; car les officiers anglais responsables s’effrayèrent de l’arrivée des missionnaires européens dans un pays peu sûr et insuffisamment pacifié ; aussi les arrêtèrent-ils au pied de ces montagnes où nos confrères demeurèrent trois ans, minés par la fièvre qui y règne en souveraine. Revenus à Mandalay sur l’ordre de leur Supérieur, ils abandonnèrent momentanément l’évangélisation de ces sauvages perdus dans des montagnes lointaines pour travailler à la conversion des Birmans bouddhistes de la plaine. Sur ce nouveau terrain, hélas ! les résultats de leurs efforts n’ont pas été très brillants, vu qu’après 30 ans d’efforts et de dépenses considérables pour séparer les convertis des païens et les réunir en des villages exclusivement chrétiens, nous ne comptons que 1.500 néophytes. Aussi avons-nous pensé que le moment était venu de nous tourner à nouveau vers ces peuplades plus simples et de meilleure volonté.
« Au commencement de cette année, M. Audrain, accompagné d’un prêtre indigène, le P. Alexis, est allé s’installer chez eux dans un endroit appelé Mindat. Ils commencèrent par apprendre la langue, puis, vers le mois de juin, lorsqu’ils tentèrent de se mettre au travail, la saison des pluies commença. A ce moment, tout le monde, hommes, femmes et enfants passent leur journée aux champs ; en outre, les sentiers qui relient les villages deviennent impraticables, si bien que jusqu’à présent les deux Pères n’ont pu aboutir à de grands résultats. Cependant, M. Audrain a quitté Mindat pour pénétrer plus à l’intérieur du pays. Il espérait être invité, mais aucun groupe ne s’est présenté à lui. « Finalement, m’écrit notre « confrère, je fis une neuvaine à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, patronne de notre nouvelle « mission. Je l’avais à peine terminée que des délégations de 4 ou 5 villages vinrent me prier « d’aller m’installer chez eux et se disputèrent l’honneur de me posséder. Je partis d’autant « plus volontiers que les sorciers consultés par les intéressés, avaient répondu que ma « présence était désirable et ne pouvait que leur porter bonheur. » Depuis, dans un village, les sauvages ont bâti au missionnaire une maison relativement confortable, et lui ont préparé dans d’autres localités une hutte où il pourra loger quand il ira les visiter. Leur intention est aussi de construire dans un endroit central une école qui pourra être ouverte à la fin de l’année. J’espère que la bonne volonté de ces braves gens durera assez longtemps pour permettre aux Pères de s’établir dans le pays. En attendant, les ennuis ne manquent pas : M. Audrain et ses catéchistes ont contracté la fièvre et souffrent de la dysenterie. Par manque de nourriture substantielle, ils ne peuvent combattre la maladie avec assez d’efficacité. Ils ont bien un cuisinier, mais malgré sa bonne volonté cet excellent homme ne sait même pas cuire le riz convenablement ! Voilà déjà quelque temps que je suis sans nouvelle de ces vaillants pionniers. Pendant cette saison, les eaux des torrents grossissent au point que les communications avec le plus proche bureau de poste, à 50 kilomètres, deviennent impossibles durant des semaines entières.
« M. Herr donne d’assez bonnes nouvelles du district de Bhamo, dont il est le chef. Avec M. F. Collard, son vicaire pour les Katchins Chinpaws, ce confrère a recueilli la belle gerbe de 250 baptêmes d’adultes, et pourtant il ne se montre pas précisément satisfait. Il voudrait en effet pouvoir visiter plus souvent ses néophytes et ses catéchumènes dispersés dans une centaine de villages et répondre aux appels de bien d’autres qui le demandent. Une visite par an à des nouveaux chrétiens n’est pas suffisante pour leur bien spirituel. De plus, malgré le courage et l’énergie de notre confrère, ses 72 ans pèsent lourdement sur ses épaules. Aussi me supplie-t-il de lui donner un nouveau vicaire. S’il osait, il en demanderait trois ou quatre, et je ne puis même pas lui en fournir un.
« Chez les Katchins Kawris, M. Gilhodes continue à dépenser tous ses efforts au développement des écoles de son district. Avec l’aide des Sœurs Franciscaines, à Khudong, il a remporté de beaux succès. Ses écoles sont, de fait, à tous points de vue les mieux tenues et les plus prospères dans ces montagnes. Lui-même demeure toujours le « bon Papa » chez qui ses auxiliaires vont non seulement quérir de bons conseils, mais aussi se ravitailler en provisions de bouche. M. Gilhodes ne parle pas beaucoup, il réfléchit et pense davantage, aussi quand une parole tombe de ses lèvres, elle est toujours bien écoutée. Ses vicaires ont en lui une confiance absolue.
« M. Pâquet a cédé son district bien organisé de Lamai-bang au jeune M. Cassan, pour aller fonder un nouveau centre à Sinlumkaba. Lui aussi trouve qu’il a beaucoup à faire pour parcourir une cinquantaine de villages où sont disséminés plus de 351 néophytes, sans compter 540 catéchumènes. Son rapport tend à me prouver qu’il lui faut à tout prix un assistant. Je suis tout à fait de son avis, mais « nemo dat quod non habet » !
« Ce qui fait surtout défaut à nos Katchins, ce sont de bons catéchistes. A quelques exceptions près, ceux qui leur ont été envoyés jusqu’à présent sont plutôt des « catéchistes convertisseurs », qui vont d’un village à l’autre, exhortent les païens à abandonner le culte des esprits et brûlent les idoles de ceux qui y consentent, et cela non sans succès ; mais si quelqu’un ne vient sous peu compléter l’instruction de ces nouveaux convertis, ces pauvres gens retourneront vite à leurs pratiques d’autrefois. Oui, ce qui nous manque, ce sont des « catéchistes instructeurs », qui puissent rester un certain temps dans le même village, y réunir tous les jours les catéchumènes, soit dans une maison, soit à la chapelle s’il y en a une, et leur enseigner les prières ainsi que les vérités essentielles de la religion. Travail assez difficile et qui nécessite une certaine dose de vertu à qui veut le faire sérieusement. M. F. Collard écrit à ce sujet : « Il est très difficile d’enseigner les prières à la plupart de nos Katchins, car ils ne « mettent guère d’entrain à les apprendre. Pour eux, prier c’est l’affaire du Père ou de son « représentant, tout comme c’était le rôle des sorciers lorsqu’ils étaient païens. Un Dieu bon, « tout puissant, souverain, voilà des vérités qui entrent difficilement dans leurs pauvres têtes. « Afin de relever le niveau moral de ces âmes plus ou moins abâtardies, il faut à nos « catéchistes, avec une connaissance approfondie de la religion, une patience d’ange et un « grand esprit de foi et de piété. » M. Collard veut dire par là qu’il est nécessaire de donner à nos catéchistes une excellente formation, que seule une école de catéchistes peut leur inculquer. Depuis 4 ans, j’essaye d’organiser cette école ; tantôt pour une raison, tantôt pour une autre, je n’ai encore pu réussir à réaliser mes desseins. Puissé-je y arriver cette année !
« Parmi les Shans de ce district de Bhamo, nos succès ont été modestes. « L’échec est « attribuable, au dire de M. Merceur, à l’absence de M. Roche, que tous les Shans, païens et « chrétiens, ont en grande vénération. Beaucoup se sont convertis pour faire plaisir à ce bon « Père. Une fois baptisés, ils restent fidèles au missionnaire, mais ne semblent pas avoir le « véritable esprit chrétien qui consiste à servir Dieu pour Lui-même. Depuis l’absence de « notre confrère, les conversions chez les païens ont bien diminué, et parmi les néophytes, la « dévotion a baissé sensiblement. » Mais M. Merceur termine son compte rendu par un chant d’espoir. « L’avenir s’annonce plein de promesses, dit-il, puisque M. Roche va bientôt nous « revenir rayonnant de santé. » Le premier prêtre de cette tribu sera probablement ordonné vers la fin de l’année, et le P. Darnaudery des PP. du S. C. de Bétharram forme une phalange de catéchistes dont un certain nombre, seront bientôt prêts à aller prêcher la vraie religion à leurs compatriotes. M. Merceur loue le dévouement et le zèle de ce vertueux religieux et admire le bon exemple donné par ses élèves-catéchistes aux chrétiens de Nanghlaing. Il le remercie aussi du concours qu’il a bien voulu lui apporter si bénévolement dans l’administration de ses ouailles durant ses nombreuses tournées.
« Dans la plaine birmane, l’administration des chrétientés s’est faite normalement. On constate cependant par ci par là des manifestations d’un certain esprit d’indépendance. Suivant les directives de Rome, à peu près toutes les vieilles chrétientés birmanes ont été confiées à des prêtres indigènes. Or, chose étonnante à cette heure où, dans le domaine politique, retentit partout le cri de « La Birmanie aux Birmans », nos chrétiens, dans le domaine religieux, semblent accepter d’assez mauvaise grâce l’administration d’un des leurs, au point que certains mécontentements se sont parfois fait jour au cours de cet exercice. J’aurais voulu trouver un prêtre indien pour les chrétiens de la paroisse tamoule de Mandalay, mais n’en ayant pas pour le moment à ma disposition, je me suis vu dans la nécessité de leur donner un prêtre birman contre qui malheureusement quelques éléments turbulents et brouillons viennent de monter une cabale qui n’est pas encore apaisée.
« Le meilleur moyen de tenir ces grands enfants dans la bonne voie est, croyons-nous, d’intensifier leur instruction religieuse. A cet effet, nous avons organisé des examens inter-scolaires de catéchisme, d’Ecriture Sainte et d’Histoire de l’Eglise, qui auront lieu désormais tous les ans : 266 enfants des collèges des Frères et des sœurs de Saint-Joseph, à Mandalay et à Maymyo, y ont pris pari cette année pour la première fois ; dans nos écoles paroissiales, y compris les enfants de nos catéchismes de persévérance, le nombre des candidats a été d’environ 300. Pour un essai, c’est vraiment encourageant.
« Toutes nos écoles fonctionnent très bien, malgré les difficultés de plus en plus nombreuses que nous éprouvons à les maintenir. C’est pour moi un devoir des plus agréables de remercier les Frères des Ecoles Chrétiennes, les Sœurs de Saint-Joseph et les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, de leur grand dévouement dans l’œuvre de l’éducation de nos enfants.
« Les Sœurs Franciscaines ont en outre des dispensaires dans chacune de leurs maisons ; grâce aux soins qu’elles y donnent à de nombreux malades, et aux visites qu’elles font à domicile, elles ont eu la joie d’administrer un bon nombre de baptêmes in articulo mortis. La R. Mère Provinciale a passé trois mois dans la Mission afin d’assurer une meilleure formation à nos religieuses indigènes. Depuis, nous sommes heureux de constater chez elles, avec un accroissement de piété et de bonne volonté, une augmentation sensible des vocations.
« Le séminaire de Maymyo nous donne lui aussi toute satisfaction. Sous la ferme et énergique direction du jeune M. Blivet, la discipline y a gagné et les études s’y sont améliorées. Le nombre des élèves s’est maintenu à une moyenne de quinze, malgré les six qui ont été envoyés en janvier au grand séminaire de Penang. Le Probatorium demeure florissant en dépit de la dure épreuve qui l’a frappé cette année. Le 19 mars, pendant que tout le monde assistait dans l’église à la bénédiction du T. S. Sacrement, un incendie détruisit en un clin d’œil le presbytère et ce petit collège. On ne put rien sauver. C’est une bien grosse perte pour une Mission pauvre comme la nôtre. En attendant que nous puissions relever ces ruines, le Père et les enfants ont demande un abri à l’école du village.
« Et maintenant, il me reste à remercier la Divine Providence d’avoir si bien veillé sur nous et notre Mission pendant l’année qui vient de s’écouler. Notre reconnaissance s’adresse en même temps à tous nos bienfaiteurs et bienfaitrices et en particulier à Mgr le Supérieur et à MM. les Directeurs du Séminaire de Paris qui nous ont envoyé un précieux renfort en la personne d’un nouveau confrère. Puissent les bénédictions du bon Dieu descendre très abondantes et sur eux et sur nous ! »



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