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Rapport annuel des évêques

Année: 1936
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie méridionale
Rédacteur:Mgr Provost

III. — Birmanie méridionale.


Population catholique 80. 652
Baptêmes d’adultes 1.265
Baptêmes d’enfants de païens 141
Conversions d’hérétiques 88


« Le 12 juin dernier, écrit S. Exc. Mgr Provost, une communication officielle de la Chambre des Communes annonçait que la Birmanie serait définitivement séparée de l’Inde à partir du 1er avril 1937. Le moment est donc proche où les Birmans, nationalistes à outrance et bouddhistes jusqu’à l’inconséquence, auront en mains le pouvoir législatif. Nous avons bien des raisons de craindre qu’ils en abusent, car jusqu’ici nos politiciens n’ont jamais laissé passer une occasion de manifester au Gouvernement leur mauvaise humeur et leur esprit d’indépendance, en faisant échouer les projets de lois les plus raisonnables soumis à leurs votes. L’avenir est sombre pour les minorités auxquelles tous nos catholiques appartiennent ; mais l’année qui vient de s’écouler a été très calme, au moins à la surface, et nous avons profité de cette tranquillité pour pousser plus avant nos conquêtes et fortifier nos positions.
De 1930 à 1936 la population de la Mission de Rangoon a augmenté de 13.432 chrétiens. Ce dernier exercice accuse à lui seul un accroissement de 2.516 unités sur le précédent. Le chiffre de 1.245 représente les conversions proprement dites, défalcation faite des adultes baptisés à l’article de la mort, et celui de 1.271, l’excédent des naissances sur les décès des fidèles. Malgré les terribles ravages de la mortalité infantile, cet excédent de 16 naissances sur 1.000 habitants feraient honneur à plusieurs nations plus civilisées, mieux à même de protéger et de prolonger la vie humaine. Il est regrettable que les ouvriers apostoliques, déjà surchargés de travail, n’augmentent dans les mêmes proportions et avec la même régularité que leurs ouailles. On peut actuellement évaluer le nombre des chrétiens administrés par chacun des missionnaires à un minimum de 1.100. En dehors des agglomérations urbaines, ces derniers vivent dispersés dans des villages malsains souvent et d’un accès difficile. Dans la plaine, les maisons bâties sur le bord des rivières, à proximité des lignes de chemin de fer, le long des routes trop rares dont le pays est doté, sont invariablement habitées par des Birmans que nous n’avons pas encore réussi à entamer. Les Carians, rendus timides par le souvenir des vexations et persécutions auxquelles, leurs ancêtres nomades semblent toujours avoir été plus ou moins en butte, s’isolent et se cachent, loin de toute voie de communication, dans des hameaux de 10 ou 20 maisons. Tel est le champ d’action principal où s’exerce le zèle de nos missionnaires. Ceux-ci parviennent péniblement à les conquérir à force de démarches patiemment et fréquemment répétées. Malgré tous leurs efforts, la crainte des esprits en maintient toujours quelques-uns réfractaires à la pénétration de l’évangile. Sur les montagnes, les Carians ne sont plus mêlés aux Birmans, mais les hameaux sont distants les uns des autres, car le terrain peu fertile ne peut nourrir qu’une population clairsemée. De leurs voyages longs et fatigants, les missionnaires rapportent souvent les germes de fièvres pernicieuses qui se développent rapidement dès leur retour dans la plaine. C’est pourtant vers les sommets que lèvent les yeux ceux que le petit nombre d’épis à glaner dans la plaine ne peut satisfaire. Malheureusement, la crainte de la fièvre refroidit le zèle des catéchistes, et, pour cette raison, il est difficile de parfaire l’instruction religieuse des montagnards : catéchumènes ou néophytes.
« Les mêmes remarques s’appliquent aux Chins et aux Indiens, avec cette différence que les Chins vivent presque exclusivement aux pieds des collines, et les Indiens dans les riches plaines du Delta. Les Chinois qui ont entre les mains le petit commerce s’établissent naturellement dans les villages les plus peuplés et les plus faciles d’accès. Comme il y a rarement place pour deux commerçants dans le même village, chaque maison chrétienne exige un voyage. Souvent arrivé à une heure tardive, le bon pasteur réunit ses quelques brebis fatiguées du travail de la journée, les instruit, les prépare au sacrement de la Pénitence, passe la nuit dans une soupente où il respire, au lieu d’une fraîche brise, les relents des conserves accumulées depuis le plancher jusqu’au plafond, célèbre le Saint-Sacrifice avant le jour et reprend son voyage à l’arrivée des premiers clients.
« Le climat rend extraordinairement pénible un travail d’administration qui serait déjà bien lourd dans nos pays d’Europe. Vers la fin de janvier, lorsque le riz est sur l’aire, le missionnaire passe rapidement dans tous ses villages et quête pour ses orphelins la provision de l’année. Les visites proprement dites suivent immédiatement ce travail préliminaire. Le carême et le temps pascal sont une période de déplacements continuels, nécessités par l’administration des chrétiens et les contacts à prendre avec les païens. C’est la visite du pasteur à domicile, l’effort convertisseur du missionnaire auprès des infidèles. C’est sous un soleil de plomb la marche à travers champs, quand les routes n’existent pas. Le soir l’ouvrier apostolique ne trouve souvent, pour refaire ses forces, qu’une eau boueuse, une assiette de riz avec des condiments auxquels un estomac européen s’accoutume difficilement et non sans danger, et, pour étendre ses membres fatigués, une natte dans un coin d’une chapelle ouverte à tous les vents.
« Vers la fin du mois de mai, la terre des rizières est trop détrempée par les premières pluies, et les ruisseaux n’ont pas encore été suffisamment alimentés pour permettre des déplacements continuels. Le cultivateur abandonne son village pour vivre au milieu de ses champs. Le missionnaire rentre en sa résidence, et pendant trois mois donne tous ses soins à l’instruction des enfants. Malheureusement les appels aux malades sont fréquents à une époque où l’eau des premières pluies charrie dans les détritus le microbe du choléra, où le changement de saison donne une nouvelle vigueur aux microbes de la fièvre. Une réponse à ces appels implique presque toujours une longue marche, pieds nus dans l’eau et la boue, ou sur les bordures glissantes des champs souvent protégées par leurs propriétaires avec des épines ou des bambous dont la pointe acérée se dissimule à fleur de terre. Vers la fin du mois d’août, les plants de riz sont assez forts pour être laissés à eux-mêmes. Les cultivateurs rentrent chez eux, et les missionnaires recommencent sous la pluie une autre tournée qui ne s’achève qu’au mois de décembre, lorsque la moisson bat son plein.
« Malgré ces difficultés, il ressort des rapports annuels, rédigés par tous nos missionnaires sans exception avec le plus grand soin, que chaque pasteur connaît parfaitement son troupeau et les besoins individuels de ses brebis. Les résultats des labeurs si considérables de nos confrères au cours du dernier exercice sont bons sans autre qualificatif. J’oserais m’en déclarer très satisfait si l’un de nos doyens, dont le zèle ne fait que croître avec les années, M. Héraud, ne déclarait, en m’offrant une belle gerbe de 80 conversions : « Peut-on être satisfait quand il reste encore tant à faire ? » — M. Maisonabe a reconquis la première place ; mais lui aussi est loin d’être content avec ses 149 nouveaux baptisés. Ses chrétiens dépassent 2.000 dont le plus grand nombre a été converti depuis 5 ans. M. Chevalier l’aide de toutes ses forces à les organiser et à mettre sur pied toutes les constructions nécessaires à une résidence, entreprise rendue plus difficile avec la crise actuelle. Un terrain idéalement situé à 2 kilomètres de la ville de Prome entre la grand’route et l’Irrawaddy a été acheté. Un large bâtiment, utilisé comme presbytère, chapelle et école, a été achevé avec toutes ses dépendances. Ce sera le domaine des Sœurs indigènes, quand une construction exactement semblable aura été élevée pour servir de presbytère et d’école de garçons de l’autre côté de la place marquée pour l’église future. En attendant, comme les Israélites auxquels le Pharaon, dans sa colère, refusait de fournir la paille nécessaire à la cuisson de leurs briques, nos deux braves missionnaires, démunis d’argent aident leurs scieurs de long à préparer les belles planches de teck qu’ils assembleront quand leurs moyens le leur permettront..
« Un confrère indigène pieux et zélé qui, l’année dernière apportait la première gerbe, nous offre cette année la seconde, lourde de 130 épis. En unissant leurs forces, MM. Lescure, Dessalle et Angevin préposés à la paroisse indienne de Rangoon, après avoir donné à une population catholique qui dépasse 10.000 âmes tous les soins spirituels et temporels qu’elle réclame, ont laissé déborder leur zèle et admis au baptême près de 100 païens. Les vocations à l’état ecclésiastique se multiplient. A lui seul, M. Philippe entretient au petit séminaire 10 élèves originaires de sa paroisse. Plusieurs églises, dont une bénie cette année, sont déjà prêtes à les recevoir lorsqu’ils auront été élevés au sacerdoce. Le principal obstacle au succès de l’effort missionnaire est actuellement la préoccupation angoissante d’assurer la vie présente. Les cultivateurs, soit Carians, soit Indiens, pour des raisons différentes : imprévoyance chez les uns, procès et chicanes chez les autres, ont perdu leurs champs. Les terres qui ne sont pas tombées entre les mains des prêteurs de profession, ont été accaparées par des Birmans, bouddhistes fanatiques qui refusent de les faire travailler par des chrétiens. Les catéchumènes s’inquiètent : « Donnez-nous des champs à labourer, disent-ils aux missionnaires, et nous vous suivrons. » Le motif n’est peut-être pas très surnaturel, mais c’est un fait que les conversions en masse ont été provoquées au Chota Nagpur par les efforts des PP. Jésuites pour assurer aux aborigènes la possession des terrains dont on cherchait à les spolier injustement. Hélas ! en Birmanie, bien que certaines injustices aient été commises, les premiers défricheurs ont eux-mêmes tué la poule aux œufs d’or. Afin de jouir immédiatement du fruit de leurs labeurs, ils ont hypothéqué leurs terrains à un taux usuraire. Les intérêts se sont accumulés par suite de récoltes déficitaires et les propriétés sont naturellement passées à d’autres. Un remède général à cette situation est donc impossible à trouver. C’est à chaque missionnaire à s’ingénier pour soulager sur place les misères présentes et retenir ses chrétiens groupés. Ainsi M. Rieu a fondé cette année une colonie agricole au pied du Pegu Yoma. Les privations et fatigues inséparables d’un début, la fièvre redoutable dans les terrains en friche, ont découragé les volontés les plus faibles. Puissent les autres persévérer ! M. Mourier suggère de se rendre acquéreur d’un certain nombre de champs et de les louer aux chrétiens, qui s’engageraient à ne rien vendre de leur récolte avant d’avoir payé les rentes. Cette méthode suivie avec succès, dit-on, par les Anabaptistes, n’est guère à la portée de notre bourse, et, malgré toutes les précautions, n’est pas sans risques. Nous ne pouvons donc rien pour remédier aux préoccupations matérielles qui sont le principal obstacle aux conversions.
« L’ignorance de nos chrétiens en est un autre ; nous le combattons de toutes nos forces. Le nombre de nos écoles augmente tous les ans et est actuellement de 209. Plus de 15.000 élèves les fréquentent, mais la moitié sont païens. Les missionnaires ne demandent aucune rétribution. aux parents chrétiens qui consentent à placer leurs enfants comme pensionnaires à la résidence. Ces enfants reçoivent gratuitement la nourriture, les habits et les livres dont ils ont besoin. Des écoles maternelles sont établies dans les villages un peu importants. Des instituteurs et surtout des institutrices, enseignent les prières et la lecture du catéchisme pendant quelques mois à ces tout-petits. Malgré tout, beaucoup d’enfants nous échappent et ne sont instruits que très succinctement par le prêtre pendant les trop courts séjours qu’il peut faire aux multiples étapes de ses visites régulières. D’ailleurs, instruits ou non, nos Carians restent crédules. Les sectes qui se les disputent sont si nombreuses que beaucoup restent hésitants toute leur vie, à moins que leur choix ne soit déterminé par quelque personne influente de leur race. Ce critérium est malheureusement une arme à deux tranchants. C’est ainsi que depuis plusieurs années un Carian, élevé en Amérique et originairement anabaptiste, mais devenu athée, a persuadé nombre de ses corréligionnaires de jeter la bible dans la rivière. Sa propagande n’a atteint qu’un petit nombre de familles catholiques, mais elle a arrêté des païens sur le chemin de la conversion.
« Le seul moyen d’enrayer les défections des néophytes et d’en augmenter le nombre est de leur fournir les pasteurs dont ils ont besoin. Nous cherchons sur place des vocations, et, grâce à Dieu, nos séminaires sont relativement prospères. Nous comptons actuellement 24 grands séminaristes dont 21 à Penang, 2 à Kandy et 1 à Saint-Sulpice à Paris ; nous avons envoyé 10 enfants Tamouls au petit séminaire de Trichinopoli. A Moulmein, M. Bazin, aidé de deux collaborateurs, met tout son cœur à l’enseignement et à la formation de 38 petits séminaristes carians. Tant au grand qu’au petit séminaire, nos professeurs ont toujours présents à l’esprit les avertissements si graves du Souverain Pontife dans son Encyclique sur le Sacerdoce. Là où la foi est d’importation plus récente, une sélection s’impose plus sévère encore parmi les jeunes gens qui se préparent à la réception des Saints Ordres. Nous comptons sur les promesses de Notre-Seigneur et les prières ferventes de nos fidèles qui demandent continuellement à Dieu les pasteurs nombreux. .
« La piété, en effet, fleurit en Birmanie. Les communions de dévotion augmentent chaque année, surtout dans les villes où les prêtres sont tous les jours à la disposition des fidèles, et dans les principales écoles où l’évêque constate avec joie, dans un examen annuel, qu’une instruction religieuse solide est donnée aux enfants par nos 40 Frères, nos 251 Religieuses et leurs dévoués auxiliaires. Dans la seule paroisse de la cathédrale, toujours dirigée avec la même activité par M. Saint-Guily, malgré ses 71 ans dont il ne semble pas sentir le poids, plus de 137.000 communions ont été distribuées aux fidèles, aux 800 élèves catholiques des Frères et aux vieillards hospitalisés par les Petites Sœurs des Pauvres.
« Les Sœurs du Bon Pasteur qui, dans deux couvents, élèvent l’élite féminine de Rangoon, viennent d’ouvrir deux institutions mieux en rapport avec le but primordial de leur Ordre : un refuge pour les filles repentantes et un hôtel pour les jeunes filles employées à Rangoon, ce qui peut être considéré comme une œuvre de préservation. Les débuts sont modestes. Après quelques mois, le refuge compte 13 pensionnaires, et l’hôtel 20. L’église anglicane avait malheureusement pris les devants, aidée par le gouvernement, mais si nous avions les ressources indispensables à un début, je ne doute pas du succès de ces entreprises et des sympathies qu’elles attireraient à l’église catholique. Le nombre de nos orphelins a augmenté de 352. En temps de crise, la. misère augmente, mais les ressources pour les soulager diminuent dans les mêmes proportions. Nos 2.251 orphelins sont une preuve vivante que la charité de nos missionnaires, de nos religieux et religieuses est inépuisable. Plaise à Dieu que les ressources le fussent également ! Pendant que le clergé et ses auxiliaires, aux prises avec les difficultés de la vie active, prêchent l’évangile aux païens, pourvoient aux besoins spirituels des chrétiens, instruisent les enfants, secourent les orphelins et les vieillards, donnent leurs soins aux malades et aux infirmes, nos pauvres. Clarisses obtiennent par leurs prières et leurs mortifications la grâce qui féconde ces efforts. Trop à l’étroit dans la maison de fortune qui les avait reçues, elles bâtissent un monastère qui pourra abriter 25 religieuses. Depuis quatre ans, elles ont reçu 6 novices et postulantes, filles du pays, dont l’intercession ne peut manquer d’être agréable à Dieu et d’attirer sur leurs compatriotes des grâces efficaces de persévérance et de conversion. »



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