| Année: |
1936 |
| Pays: |
Birmanie |
| Mission: |
Birmanie septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Falière |
IV. — Birmanie septentrionale.
Population catholique 15.494
Baptêmes d’adultes 473
Baptêmes d’enfants de païens 921
Conversions d’hérétiques 54
« En parcourant les anciens comptes rendus, nous écrit S. Exc. Mgr Falière, je vois qu’en 1904, M. Foulquier, alors Provicaire de la Mission, puis Vicaire apostolique de cette Mission et actuellement démissionnaire depuis 1929, écrivait : « Si nous ouvrons une carte de la Haute-Birmanie, nous remarquons à l’ouest une chaîne de montagnes habitées par les Chins. Hélas ! la croix du Christ n’a pas encore brillé sur leurs sommets. Heureux le jour où, plus nombreux et moins pauvres, nous pourrons ajouter la Mission Chin au compte rendu annuel. » — Ce jour est enfin arrivé. La croix du divin Rédempteur ne brille pas encore avec beaucoup d’éclat sur ces montagnes, mais elle y est implantée, et, avec la grâce de Dieu, elle y brillera chaque année un peu plus. M. Foulquier aurait pu ajouter qu’en remontant vers le nord et en redescendant à l’est, il y a aussi d’immenses plaines et montagnes, a des centaines de milles de Mandalay, dont les habitants, appartenant à diverses tribus, n’ont pas encore entendu la Bonne Nouvelle. Le jour vient où là aussi la croix du Christ va commencer à briller. En effet, la Mission des Pères de Milan de Keng-Tung a déjà entrepris l’évangélisation du district de Lashio que nous ne pouvions atteindre. Par ailleurs, la S. C. de la Propagande a jugé bon de confier à la jeune Société Irlandaise de Saint-Colomban, les régions du nord avec Bhamo, où se trouvait déjà un groupe de chrétiens. Nous nous réjouissons tous à la pensée qu’enfin une ère nouvelle va s’ouvrir pour l’évangélisation de ces contrées, car il n’y a pas de crève-cœur plus grand pour un missionnaire que celui de voir des multitudes de païens qu’il ne peut atteindre. Notre joie, cependant, n’est pas parfaite, mais diminuée d’abord par une certaine appréhension sur les suites de la nouvelle politique de ce pays. La Birmanie va être séparée de l’Empire des Indes dont, jusqu’à présent, elle formait une province, et devenir autonome. La Constitution vient d’être publiée. Nous ne pouvons pas savoir ce que ce changement de gouvernement nous vaudra au point de vue de la prédication de l’Evangile et de nos écoles. En attendant, la campagne électorale bat son plein, car ici comme ailleurs, le peuple va devenir « Souverain », ou du moins on le lui laissera croire.
« La mort de deux de nos confrères, MM. Darne et Ruppin, nous a attristés et nous jette dans un grand embarras. Tous deux nous ont quittés, le premier après avoir rempli pendant 30 ans les fonctions de curé de la cathédrale et y avoir fait le plus grand bien, le second après avoir travaillé dans plusieurs districts pendant plus de 40 ans. Parmi ceux qui restent, un certain nombre sentent peser sur eux le poids des ans et continuent, malgré tout à tracer vaillamment leur sillon. Les jeunes les imitent de leur mieux. Faisons à chacun d’eux une rapide visite dans leurs principaux postes. En commençant par le nord, notre première étape est Khudong, à quelques pas de la frontière de Chine, chez M. Gilhodes le vétéran des montagnes où il est aimé et connu dans la région par tous les habitants païens et chrétiens qui le considèrent comme leur père. Sa longue barbe donne à ces aborigènes l’impression qu’il a vécu plusieurs centaines d’années et beaucoup le croient immortel. Son âge et ses infirmités ne lui permettent guère de sortir de chez lui, où il est d’ailleurs bien occupé avec ses deux écoles-orphelinats groupant plus de 300 enfants. Ses deux vicaires indigènes, tout en dépensant leur activité dans l’administration des chrétientés existantes, ont cependant obtenu 95 baptêmes d’adultes, et, avec l’aide des Sœurs Franciscaines, 105 baptêmes in articulo mortis.
« A quelque 20 milles de ce poste, à Sinlumkaba, sur un autre pic, nous trouvons M. Paquet. — « Evidemment, écrit-il, nos ambitions ne seront jamais satisfaites. J’aurais désiré « instruire davantage mes 65 catéchumènes dispersés dans une trentaine de villages, mais une « bonne partie de mon temps a été prise par les constructions. » Plus au sud, à Tinsimg, M. Cassan met toute son énergie à tirer le meilleur parti possible de la difficile succession de M. Herr. Les succès ne sont pas éclatants, toutefois, il a bon espoir pour l’avenir. Ses catéchumènes sont très dispersés. Le groupe le plus important est à environ 40 milles de sa résidence ; il lui faudrait donc un collaborateur.
Des montagnes Kachins, descendons dans la plaine de Bhamo. Nous y rencontrons tout d’abord M. Roche qui est pour les Shans ce que M. Gilhodes est pour les Kachins : un père connu et aimé dans toute la contrée. Malheureusement, par suite des fièvres continuelles dont il a souffert pendant les 32 ans qu’il a passés dans celle plaine malsaine, des infirmités l’empêchent lui aussi de voyager. De Bhamo où il s’occupe des écoles, M. Roche guide de ses conseils ses trois vicaires ; M. Collard s’occupe des Kachins de la plaine, MM. Merceur et Alexis évangélisent les Shans. M. Merceur, malade, a dû passer la plus grande partie de l’année à Mandalay ; aussi M. Alexis, encore inexpérimenté, et n’ayant qu’une connaissance insuffisante de la langue Shan, n’a pu faire l’instruction des catéchumènes. A eux deux ils n’ont que 18 baptêmes d’adultes ; M. Collard, malgré ses nombreuses visites chez les Kachins dispersés autour de Bhamo, n’en a que 14. J’ai éprouvé une satisfaction particulière en recevant, il y a quelques mois, un témoignage précieux du zèle et de l’abnégation de nos confrères. Un Anglais de mes amis, bien informé sur le district de Bhamo m’écrivait : «. Ah ! « je les connais bien vos missionnaires de Bhamo. Je les ai vus souvent à l’œuvre. J’ai « constaté leur zèle, les privations qu’ils s’imposent ; j’ai vu avec quel courage ils supportent « les terribles fièvres de cette région malsaine. Si la chose m’était possible je leur attribuerais « à chacun une « Victoria Cross, aussi grande qu’une roue de char ! » C’est un protestant qui écrit ces lignes. Les Pères de Saint-Colomban peuvent donc arriver à Bhamo ; ils n’y seront pas seulement les bienvenus, ils trouveront aussi dans chacun de nos Missionnaires de bons maîtres pour les former et de beaux exemples à imiter.
« De Bhamo, passons aux montagnes Chins. Les trois pionniers qui y travaillent, MM. Audrain et Fournel aidés d’un prêtre indigène, M. Anthony, continuent à attaquer vaillamment le bloc païen malgré de grosses difficultés et des souffrances de toutes sortes. Beaucoup de villages montrent de la bonne volonté, ils voient les Missionnaires venir chez eux avec plaisir, les écoutent avec attention et intérêt, mais chacun de ces villages attend que son voisin fasse d’abord le pas décisif et renonce définitivement aux « Esprits », et cela par crainte que s’ils abandonnent leurs superstitions, toutes les calamités ne tombent sur eux. Satan essaye aussi de discréditer nos Missionnaires auprès des sauvages par l’intermédiaire d’un bonze birman qui est allé s’établir dans le pays. « La dernière invention de ce néfaste personnage, écrit M. « Audrain, est de répandre le bruit que l’année prochaine, lorsque les Birmans seront les « maîtres dans le pays, ils mettront tous les prêtres européens à la porte. Tous ces bruits font « inévitablement impression sur les pauvres Chins et quand nous les pressons de se convertir « ils répondent : « On verra plus tard. » Le fait que les Missionnaires ont vécu jusqu’ici dans de misérables huttes en bambou peut leur faire croire qu’il y a du vrai dans cette invention tendancieuse. Il est donc temps que nos confrères bâtissent des maisons et chapelles moins misérables. Ils s’y préparent et commenceront les constructions dès que la saison des pluies sera terminée. Ils auront ainsi un peu plus de confort, et les sauvages verront qu’ils n’ont nullement l’intention de les abandonner. Les parents cependant se plaisent à voir leurs enfants baptisés. Aussi c’est presque exclusivement parmi eux que les Missionnaires ont fait des baptêmes cette année. A l’orphelinat de Lukshe, une quarantaine de petits sauvages apprennent le catéchisme avec entrain et récitent les prières avec beaucoup de piété. J’ai eu la joie d’en confirmer 17, lors de ma dernière visite. Un autre orphelinat pour les filles sera ouvert à Mindat vers la fin de l’année. Grâce à la bienveillance du Gouvernement, j’ai pu obtenir les bâtisses d’un hôpital qui était fermé, et les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie sont déjà prêtes à y établir un orphelinat et un dispensaire. Je suis sûr que la présence des Religieuses parmi ces gens simples fera le plus grand bien.
« Tous les Chins n’habitent pas les montagnes. Un bon nombre sont descendus dans la plaine, s’y sont fixés et ont pris plus ou moins les habitudes birmanes. Ils sont surtout en Basse Birmanie dans le district de Prome, où M. Maisonabe travaille avec tant de zèle et de succès. Récemment, quelques-uns sont montés dans notre Mission et se sont établis aux alentours de Taungdwingyi. Ces Chins, un peu dégrossis au contact des Birmans, sont d’une simplicité charmante. Grâce à un catéchiste que j’y ai envoyé l’an dernier et qui a ouvert une petite école, grâce aussi à quelques visites que leur a faites M. Stephen, nous y avons déjà un petit groupe de catéchumènes. Dans les paroisses de la plaine birmane, nous sommes en plein. Elément bouddhiste ; les conversions y sont excessivement difficiles. Aussi, ce n’est que par maigres unités que les Missionnaires qui y travaillent ont obtenu des baptêmes. Nous constatons avec plaisir que le nombre des confessions et des communions est grandement supérieur à celui de l’an dernier ; donc, rien d’étonnant que la piété de nos chrétiens ait considérablement augmenté Ce qui a contribué le plus à cet accroissement de ferveur, ce sont les missions de 15 jours chacune, qui ont été prêchées à Mandalay : en anglais par deux Pères Rédemptoristes de Singapore, et en Tamoul par deux Pères Jésuites de Trichinopoly. Yenangyaung a eu la sienne aussi, mais en Tamoul seulement. Le chiffre des baptêmes in articulo mortis s’élève à 921 enfants et 157 adultes. Nous devons ce magnifique résultat au zèle et au dévouement inlassables des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie et des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition. Elles parcourent les villages païens qui se trouvent autour de leur résidence, et tout en distribuant des médecines aux malades, elles font connaître et apprécier notre Religion, et réussissent à faire des baptêmes. Je ne saurais trop les féliciter et les remercier.
« Les Supérieurs des séminaires de Maymyo et de Mandalay sont contents de leurs élèves. M. Blivet n’a que 9 séminaristes à Maymyo. Nous avons cru bon d’en garder 14 à Mandalay sous la direction de M. Nicolas, afin de leur faire faire des études plus complètes. Messieurs les Directeurs de Penang, de leur côté, nous envoient de bonnes nouvelles des onze élèves qui étudient la philosophie et la théologie. Nos écoles de Mandalay, de Maymyo et de la jungle nous ont donné entière satisfaction. Ce n’est pas sans un certain sentiment d’orgueil légitime que nous entendons souvent, non seulement les catholiques, mais aussi les protestants et les païens et même les autorités du département de l’Education, faire l’éloge de nos écoles. Merci aux Religieuses, aux Frères des Ecoles Chrétiennes et à tous nos maîtres et maîtresses qui s’en occupent avec tant de dévouement. Les orphelinats sont pleins de ce petit monde, qui se sent si bien auprès des Missionnaires et des Sœurs. Enfin notre léproserie, les divers asiles et dispensaires n’ont point chômé. Les clients y viennent de plus en plus nombreux chaque année. La misère est sans doute pour beaucoup dans l’afflux toujours croissant de ces pauvres malheureux ; mais la charité chrétienne qui rayonne tant dans le cœur de ceux et de celles qui les dirigent est surtout, comme il en a été de tout temps, le grand aimant qui attire ceux qui souffrent.
« En terminant, je ne puis que remercier le bon Dieu ; tout d’abord pour toutes les grâces qu’Il nous a accordées pendant cette année, et Lui demander d’étendre de plus en plus sa Divine Miséricorde sur nous. Je me fais en même temps un devoir de remercier de tout cœur les diverses Œuvres Missionnaires, sans le secours desquelles nous ne pourrions faire grand’chose, et en général, tous les bienfaiteurs et bienfaitrices qui, par leurs prières et leurs aumônes, sont venus à notre aide. — Que Dieu les comble tous et toutes de ses meilleures et plus abondantes bénédictions. »
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