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Rapport annuel des évêques

Année: 1937
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie méridionale
Rédacteur:Mgr Provost

III. — Birmanie méridionale.


Population catholique 83.051
Baptêmes d’adultes 1.259
Baptêmes d’enfants de païens 117
Conversions d’hérétiques 17


S. Exc. Mgr Provost nous écrit : « Le présent exercice avait paru s’ouvrir sous les plus heureux auspices. Le 12 août dernier en effet le Vicaire Apostolique, entouré d’un nombreux clergé, bénissait solennellement le nouveau monastère des Clarisses dans la ville de Pégu. Nous espérions que nos religieuses contemplatives y féconderaient dans la tranquillité nos travaux apostoliques par la prière et le sacrifice. Hélas ! bien que nos deux premiers confrères envoyés en éclaireurs dès l’année 1693 l’aient arrosée de leur sang, la ville de Pégu se distingue entre toutes par son double attachement au bouddhisme et aux biens de la terre. Une réunion imposante du clergé qui combat ces assujetissements, le monastère qui s’élève comme un monument précurseur de la conquête exaspérèrent-ils quelque fanatique ? Le démon chercha-t-il lui-même une sournoise vengeance ? Le fait est que dans la nuit du 14 au 15 août, M. Boulanger, le dévoué aumônier des pauvres Clarisses, notre cher et vénéré doyen dont nous nous apprêtions à fêter les noces d’or sacerdotales, était lâchement poignardé dans son lit. Malgré toutes les recherches, le coupable et le mobile du crime sont restés inconnus. Cette mort tragique a été pour la Mission le prélude d’une série de cruelles épreuves.
« Malgré une énergie laissée intacte par l’âge, M. Saint-Guily, après plusieurs séjours successifs à l’hôpital, dut enfin avouer que la charge de la cathédrale, si allégrement portée pendant vingt-deux ans, devenait un peu lourde à ses 72 ans. La succession du regretté M. Boulanger à Pégu lui a été confiée ; et nous espérons qu’un travail mieux proportionné à ses forces nous conservera de longues années encore notre nouveau doyen. Presque en même temps, son assistant, un prêtre indigène relativement jeune, se voyait obligé à prendre dans sa famille un congé illimité. D’un seul coup, la paroisse de la cathédrale perdait deux de ses prêtres. Au mois de décembre, l’ordination de notre premier prêtre chinois me permettait de confier à M. Roy les fonctions de Provicaire et de curé de la cathédrale. Ensuite, M. Allard, au moment de prendre possession du presbytère confortable et de la vaste école qu’il venait d’achever, était terrassé par un mal qui semble ne devoir pas pardonner.
« La lecture attentive des rapports que m’envoient chaque année tous les chefs de poste et quelques-uns de leurs assistants est ma meilleure consolation. Les résultats obtenus durant cet exercice malgré les épreuves, ou plutôt à cause d’elles, témoignent que nos missionnaires ont bien travaillé. A Rangoon, deux nouvelles églises ont été ouvertes au culte. L’une est plus spécialement destinée à nos étudiants catholiques de l’Université et aux familles de classe moyenne, de plus en plus attirées dans ce quartier tranquille par la facilité des communications et la présence du prêtre. L’autre répond aux besoins d’une population toujours croissante d’Anglo-Indiens, qui cachent dans les faubourgs de la ville leur misère et leurs vices. Ici comme partout, c’est en rappelant aux deux camps opposés leurs obligations mutuelles, que l’église cherche la solution de la question sociale. M. Rioufreyt s’est dépensé sans compter à la construction simultanée de cette église et d’un presbytère. Le nid artistement fait, M. Angevin s’y est installé. Les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie ont immédiatement bâti un couvent, une école et un dispensaire. Leur zèle se trouvait trop à l’étroit à Kemmendine où, grâce à leur dévouement, leur aumônier, M. Mourlanne, a pu baptiser 150 adultes parmi leurs 450 lépreux et 120 incurables. Elles trouveront dans ce faubourg un terrain plus propice à l’éclosion de leurs vastes projets : crèche, orphelinats, ateliers et hôpital privé. Ces deux nouvelles églises portent à sept le total des paroisses de Rangoon. Nos 22.000 catholiques auront désormais toutes les facilités de remplir leurs devoirs religieux.
« Les pasteurs de nos sept paroisses de langue anglaise, à Rangoon, Moulmein et Bassein, sont unanimes à louer leurs ouailles de leur régularité aux pratiques essentielles de la vie chrétienne comme à déplorer leur manque de piété. La paroisse de la cathédrale est une heureuse exception. La ferveur y est intense et les œuvres florissantes. La Société de Saint-Vincent de Paul et les Enfants de Marie, en effet, rivalisent de zèle pour gagner à Dieu les cœurs par la charité. Cette généreuse activité s’épanouit d’ailleurs dans les œuvres de bienfaisance les plus variées en chacune des paroisses de langue anglaise. Dans leurs maisons d’éducation justement renommées, tant à cause de la bonne tenue qui y règne que des succès obtenus aux examens, les Frères des Ecoies Chrétiennes, les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition et les Religieuses du Bon-Pasteur reçoivent aimablement nos orphelins catholiques. En conformité avec le premier but de leur Ordre, ces dernières ont ajouté récemment à leurs orphelinats une maison de préservation et un refuge, dont le développement est malheureusement trop limité par le manque de ressources. Les Petites Sœurs des Pauvres se dévouent humblement au service de 200 vieillards ; elles ont pu en baptiser 55. Nous ne pourrons jamais assez remercier nos dévoués auxiliaires des services immédiats qu’ils nous rendent et des sympathies qu’ils attirent à notre Mission.
« A cause de la stabilité de leurs habitants et des 3.300 élèves catholiques de leurs écoles, les deux villes de Rangoon et de Moulmein., dont la population chrétienne dépasse à peine le quart de la population totale, ont fourni près de la moitié de nos communions de dévotion, soit : 360.000, dont 60.000 dans la seule paroisse indienne dirigée par M. Dessalle. En dehors de Rangoon, sont constituées trois autres paroisses indiennes. Les 100.000 communions distribuées à ces 14.000 cultivateurs, dispersés dans 64 villages, témoignent de l’activité de leurs pasteurs : MM. Chave, Meyrieux et Philippe, aidés de deux prêtres indigènes ; mais les conversions sont malheureusement rares dans ces trois districts.
« Les missionnaires travaillent dans 22 postes établis, un chez les Chins et 21 chez les Carians. M. Maisonabe, l’apôtre des Chins, préfère à un rapport annuel détaillé des bulletins mensuels qui me permettent de le suivre toute l’année dans ses interminables randonnées à travers les 75 villages, où à chaque visite son influence s’affermit davantage. Ce confrère a fait cette année 180 nouvelles recrues, tandis que son assistant, M. Chevallier, a réussi, malgré la misère des temps, à construire un presbytère convenable, une école de garçons et une de filles dont le succès sera assuré dès que les Sœurs indigènes pourront en prendre la direction.
« Huit cents villages carians sont notre principal champ d’action, visité plusieurs fois l’an par 43 missionnaires et prêtres indigènes. A Bassein, M. Perrin, remercie Dieu d’avoir béni ses efforts, ceux de ses deux nouveaux assistants et de ses nombreux catéchistes. Leur gerbe est lourde de 150 épis, et celle de son voisin, M. Paschal, prêtre indigène rempli de zèle, de 100. Tous les deux expriment les mêmes espoirs. « L’avenir reste riche de promesses, écrit M. « Perrin. La masse, c’est-à-dire les pauvres, se tourne vers nous. Ces braves gens apprécient le « dévouement du prêtre et du catéchiste catholiques, ce qui, somme toute, constitue « l’argument décisif chez des individus qui n’ont jamais eu un idéal religieux bien défini. « L’heure de la grâce est peut-être assez rapprochée. Il s’agit de la préparer et de ne pas la « laisser passer. »
« La moisson est loin d’être partout aussi abondante. Les ouvriers apostoliques, au prix d’un ministère laborieux, ne glanent souvent que quelques épis clairsemés. M. Maye en rapporte seulement quatre de ses multiples voyages sur les versants boisés de nos montagnes. Les assistants de M. Mignot : MM. Pavageau et Rieu, ont été plus heureux sur les deux versants de la chaîne qui divise le nord de notre Mission. Ils y ont obtenu 140 conversions. Echelonnés sur les frontières du Siam, trois ardents prêtres indigènes au sud, et plus au nord MM. Loizeau et Calmon, n’ont pu enregistrer que 71 baptêmes de païens. ─ « Ce n’est pas « très brillant, écrit M. Loizeau. Tout notre temps est pris par l’administration de nos 1.000 « chrétiens dispersés aux quatre coins du district, le plus souvent dans des maisons isolées. « Nouveaux convertis, ils oublient d’une visite à l’autre ce qui leur a été appris. Il faut leur « rappeler chaque fois la manière de se confesser, de se préparer à la communion, et « quelquefois les repêcher, quand, faibles devant les insistances du voisin, ils vont céder et « s’enliser de nouveau. Nous avons réussi à grouper une vingtaine de familles près de notre « résidence. Elles y gardent les mêmes habitudes, le même genre de vie que dans leurs « villages ; de plus, elles ont l’avantage d’avoir messe et instruction le dimanche et le prêtre « toujours prêt à visiter leurs malades. Par ailleurs, les chrétiens éloignés viennent plus « facilement à la résidence, sachant qu’ils y seront hébergés. »
« Les rapports mentionnent assez librement les fatigues du ministère, mais rarement les attaques de fièvre qui en sont trop souvent le résultat. MM. Loizeau et Calmon se sont plusieurs fois, au cours de l’année, remplacés à l’hôpital de Papun, et le plus jeune, pendant les fortes pluies qui empêchent tout voyage, refait ses forces à Moulmein avant la prochaine campagne. La fièvre, hélas ! existe aussi dans la plaine. M. Ogent aurait baptisé plus de 52 païens si son assistant, ses catéchistes et lui-même, n’avaient été plusieurs fois arrêtés par elle. M. Casseaux, après deux années de travaux aussi pénibles que fructueux, a dû retourner en France pour y rétablir sa santé. Les longues marches, nu-pieds dans la boue des rizières, en réponse aux appels fréquents des malades isolés, mettent en danger la santé des missionnaires de la plaine. Si j’en crois plusieurs rapports, cet éloignement des chrétiens tend encore à s’accentuer. ─ « D’année en année, écrit M. Mourier, l’administration devient plus difficile. « Au lieu de vivre groupés comme ils l’étaient autrefois avant la crise financière, les chrétiens « se dispersent de plus en plus. Nomades, ils rencontrent plus rarement le prêtre et leur foi en « souffre. Ils prennent peu à peu les mauvaises habitudes des païens au milieu desquels ils « vivent, et, lorsque vient l’époque du mariage, les jeunes gens choisissent le plus souvent une « partie païenne dans le voisinage. Même lorsqu’on peut régulariser ces situations, la partie « païenne, malgré une vraie bonne volonté, ne peut prendre des enfants un soin spirituel « satisfaisant à cause du manque de formation à la vie chrétienne. » ─ M. Mourier a pu baptiser 41 païens adultes, M. Charbonnel n’a que deux familles chrétiennes auprès de son église, et les catholiques de son vaste district sont encore plus isolés qu’ailleurs. Ce n’est pas étonnant qu’il n’ait pu augmenter son troupeau que de 14 unités. ─ « Par suite de la pauvreté, « écrit M. Bouche, l’exode des jeunes gens vers la ville continue ; et le village dont le « fondateur, un prêtre indigène ayant fait ses études à la Propagande, avait rêvé de faire un « village modèle, se meurt. »
« Conditions géographiques et climatériques, isolement des chrétiens et pauvreté ne sont pas les seuls obstacles à la pénétration de l’Evangile et à la persévérance des nouveaux convertis. M. Ballenghien, un de nos doyens encore assez alerte pour suivre de près les ouailles qu’il a amenées au bercail au cours d’une vie bien remplie, et veiller à tout ce qui peut porter ombrage à leur bien spirituel, nous signale un danger direct. ─ « Il y a, dit-il, dans « notre chère Mission le fait nouveau d’une propagande bouddhiste intense pour arrêter les « nouvelles conversions et pour détourner les chrétiens de la pratique de leur religion. « Quelques laïques et de nombreux bonzes distribuent copieusement des brochures d’une « centaine de pages, dans lesquelles le Dieu que nous adorons est mis en parallèle avec « Bouddha. Ces comparaisons sont naturellement à l’avantage de Bouddha qui a enseigné « cinq lois excellentes toutes violées par le Dieu des chrétiens. N’a-t-il pas exterminé les « habitants de Sodome et de Gomorrhe ? poussé Lot à l’inceste ? etc. La seconde partie de la « brochure publie des photographies d’apostats célèbres en France, en Allemagne et en « Angleterre. Les adeptes du bouddhisme en Europe sont cités avec les plus grands éloges. Il « n’est pas jusqu’à la Russie qui, en combattant le christianisme, prouve la fausseté de notre « religion. Grâce à Dieu, malgré ces attaques et les pouvoirs cédés aux Birmans, nos baptisés « nous restent fidèles et les païens qui cherchent sincèrement la vraie religion se tournent de « préférence vers nous ; mais si un jeune hommne semble nous abandonner pour se marier à « une païenne, les bouddhistes en font une conversion retentissante. » ─ Malgré cette campagne, M. Ballenghien a conquis sur le paganisme 57 recrues.
« M. Ravoire qui, à Danbi, enregistre 27 baptêmes, cite plusieurs traits qui mettent bien en lumière la fidélité de ces nouveaux convertis à leurs croyances dans un milieu païen. ─ « Un « propriétaire birman, écritil, loue trois champs à une famille chrétienne de quatre personnes. « Ces champs sont distants les uns des autres et les membres de la famille ne se voient pas une « bonne partie de l’année. La femme travaille seule au milieu des Birmans. Tous les quinze « jours elle fait à pied un long trajet pour recevoir la communion. Elle a toutes les sympathies « de ses voisins qui, par pitié, essaient de la ramener au bouddhisme. Elle leur répond « aimablement qu’entre le néant offert par Bouddha et le bonheur promis par Jésus-Christ qui, « après avoir vécu notre vie, est ressuscité au grand jour pour prouver la vérité de son « enseignement, elle n’hésite pas et se soucie peu des fatigues et des épreuves de la vie « présente. »
« Nos catholiques auront désormais un besoin spécial de force pour garder leur foi intacte et remplir, leurs devoirs religieux. Depuis la séparation entre la Birmanie et l’Inde, fait accompli le 1er, avril dernier, les Birmans sont puissants. Dans les villes, ils veillent à ce que les emplois soient donnés de préférence aux Birmans bouddhistes, deux mots devenus inséparables. Dans la campagne, les propriétaires birmans ne sont pas rares qui refusent de louer leurs champs aux chrétiens. Or ceux-ci n’ont presque tous que leurs bras comme gagne-pain. Afin de trouver du travail, certains Anglo-Indiens changent leur nom et leur habit. Iront-ils plus loin ? Si les Carians manquent de travail à cause de leur religion, qu’arrivera-t-il ? Sans doute, dans sa proclamation à sa nouvelle colonie, le Roi a insisté sur la sauvegarde des droits des minorités, et son gouvernement veillera à empêcher des injustices trop criantes ; mais beaucoup de mesures, aussi vexatoires qu’arbitraires, échapperont à sa vigilance. Notre salut est dans l’union dont l’Action Catholique est la meilleure forme. Bien qu’existant un peu partout, elle est encore loin d’être vigoureuse. Elle semble avoir trouvé le terrain le mieux préparé dans le district de Bassein où elle a commencé à fleurir et même à porter quelques fruits. C’est de ce côté que doivent tendre nos efforts à l’avenir. Nous sommes persuadés que l’union étroite de nos catholiques sur le terrain religieux est la meilleure sauvegarde de leurs intérêts matériels, le plus sûr moyen pour eux de surmonter les difficultés de l’heure actuelle, tout en restant fidèles aux croyances qui ont poussé dans leurs cœurs de profondes racines. »


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