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Rapport annuel des évêques

Année: 1937
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie septentrionale
Rédacteur:Mgr Falière

IV. — Birmanie septentrionale.


Population catholique 15.709
Baptêmes d’adultes 470
Baptêmes d’enfants de païens 1.513
Conversions d’hérétiques 25


« Le principal événement du présent exercice, écrit S. Exc. Mgr Falière, est certainement l’arrivée, parmi nous de huit Pères Irlandais de la Société de Saint-Colomban, dans le but de se former à la vie apostolique et d’apprendre les langues avec l’aide de nos confrères, avant de prendre eux-mêmes la direction de leur nouvelle Mission. Dès leur arrivée à Bhamo, au mois d’octobre dernier, deux d’entre eux commencèrent l’étude du birman avec un catéchiste, ancien séminariste ; trois apprirent la langue shane avec M. Roche, et M. Collard se chargea d’enseigner le kachin aux trois autres. Ces trois derniers ont déjà gagné les montagnes où, sous la direction de M. Gilhodes, ils se forment rapidement au ministère. Les langues birmane et shane étant plus difficiles, les cinq premiers ne se sentent pas encore assez forts pour voler de leurs propres ailes et continuent à étudier ; mais eux aussi pourront bientôt s’adonner à l’évangélisation des païens.
« L’avenir de la Mission de Bhamo s’annonce bien, écrit M. Roche. La belle moisson que « nous entrevoyions dans notre pensée, nous ne la récolterons pas nous-mêmes, peu importe : « l’essentiel est qu’elle mûrisse bien. Toutefois, pour avoir part aux mérites futurs de ces « nouveaux ouvriers, nous nous sommes, M. Collard et moi, efforcés de tout cœur de faire « l’éducation missionnaire de ces jeunes Pères. Nous leur avons enseigué de notre mieux les « langues ainsi que les us et coutumes des pays qu’ils devront évangéliser. Nous avons visité « avec eux des villages shans et kachins, afin de les initier à la tâche qui les attend. « Evidemment à cause de ce surcroît de travail, nous n’avons pu nous occuper de nos ouailles « comme nous l’aurions voulu, cependant le principal a été fait. Certains chrétiens, habitués « autrefois à la présence du prêtre au milieu d’eux, se réjouissent à la pensée que ce beau « temps va revenir. D’autres, bien plus nombreux, voient avec grand plaisir la prochaine « fondation de nouveaux postes, puisqu’il y a déjà un accroissement notable de catéchumènes « dans ces régions. »
« Voilà qui est bien capable de remplir d’allégresse le cœur d’un missionnaire, et nous sommes tous à la joie de voir que bientôt enfin cette immense contrée, qui formera la nouvelle Mission de Bhamo, entendra la bonne nouvelle. Nous aurions bien aimé l’y répandre nous-mêmes ; les peuplades qui l’habitent sont si simples et si sympathiques ! Aussi, je comprends parfaitement combien il est pénible pour les confrères des Missions-Etrangères de laisser à d’autres la portion du champ qu’ils ont cultivé, dans lequel ils ont tant peiné et souffert pendant de longues années. Il nous en coûtera d’abandonner dans les cimetières de Bhamo et des montagnes Kachins les restes de nos confrères. Mais notre sacrifice sera bien diminué parce que nous savons en quelles mains est confié le champ de notre activité passée. Et puis, nous verrons avec plaisir ceux des nôtres qui vont quitter Bhamo venir prêter main-forte à ceux qui travaillent dans la partie qui nous reste, encore si grande, que de petits coins seulement ont pu jusqu’à présent être entamés.
« Par le fait de la cession des districts du nord aux Pères de Saint-Colomban, Mandalay devient plus central pour nous. C’est là et à Maymyo, petite ville située à quelque 60 kilomètres de Mandalay, sur les collines de l’est, que sont établis nos grandes écoles, nos séminaires et nos principales œuvres de charité : orphelinats et léproserie. Tous ces établissemnents continuent à se développer, grâce au dévouement inlassable des Frères et des Sœurs qui s’y consacrent, des confrères et des prêtres indigènes qui tous rivalisent d’ardeur pour les faire prospérer. A Mandalay surtout, les missionnaires sont surchargés de travail et demandent du secours. M. Lafon désire de tout cœur que les Salésiens de saint Jean Bosco viennent bientôt prendre la charge de son orphelinat. Un visiteur extraordinaire, accompagné du Provincial du nord des Indes, est venu voir cette maison ; l’impression a été excellente.
« Si la ville de Mandalay est le centre de la bouddhisme, en Birmanie. La grande plaine qui l’entoure est habitée par des bouddhistes passionnés et forme jusqu’ici comme une enceinte impénétrable à l’évangélisation. Seuls les moines, qui s’adapteraient aux nécessités du pays, qui deviendraient moines-missionnaires, et travailleraient un peu à la façon des bonzes birmans, auraient quelque chance de percer cette forteresse avec succès. De zélés et saints missionnaires ont passé leur vie à Mission, elle l’est aussi du essayer de pénétrer dans cette plaine ; et cependant, après un demi-siècle d’efforts considérables, les résultats furent si minimes, que nous avons jugé bon de suspendre les opérations sur ce front et d’attaquer ailleurs. Dans cet immense désert bouddhiste, nous avons une quinzaine de petits villages de nouveaux chrétiens, dispersés dans les districts de Shwebo et de Kyaukse ; une demi-douzaine d’anciennes chrétientés, bien que peu nombreuses, font notre consolation et notre espoir. La foi y est très vive et la vie chrétienne intense. Ce sont ces vieux chrétiens qui alimentent presque exclusivement notre séminaire et les noviciats de nos religieuses. Les prêtres indigènes dirigent parfaitement ces petites paroisses, et plusieurs d’entre eux se sont montrés habiles bâtisseurs, et ont pourvu, leurs postes de belles, églises et de solides presbytères. J’admire aussi les religièuses qui tout en s’occupant de leurs écoles et orphelinats, parcourent infatigablement les villages païens qui les entourent. En distribuant des médecines, elles font connaître et aimer la religion chrétienne et envoient au ciel de nombreuses âmes qui intercéderont là-haut pour que leurs frères, sur la terre, acquièrent le bienfait du baptême Grâce à nos dévouées religieuses, nous enregistrons cette année 1.604 baptêmes in articulo mortis.
« Quittons ces régions imprégnées de paganisme et allons jusqu’à ces peuplades qui habitent sur les montagnes, autour de la plaine birmane, où les habitants sont mieux disposés à l’évangélisation que les bouddhistes birmans. Après la cession d’une partie du district de Lashio aux Pères italiens de Keng-Tung, il nous reste encore la subdivision de Mogok et les Etats semi-indépendants de Mong-Hit et de Hsipaw. Ce territoire de 9.000 milles carrés environ a une population de 250.000 habitants, d’ont la plupart sont des shans et des kachins. Dans cette région nous n’avons qu’un petit groupe de catholiques kachins qu’un missionnaire de Bhamo visite de temps en temps. J’espère bien pouvoir y ouvrir d’autres postes quand les confrères de Bhamo, qui connaissent déjà le shan et le kachin, seront disponibles. Ces pays sont relativement faciles à atteindre, d’un côté par l’Irrawaddy. de l’autre par la ligne du chemin de fer de Lashio.
« En descendant plus au sud, nous arrivons à la petite colonie de Chins birmanisés, dont je parlais dans mon dernier compte rendu. Le noyau de catéchumènes que nous avons là continue à augmenter et à donner les meilleures espérances ; une cinquantaine d’entre eux ont été baptisés dans le cours de l’année. Quatre maîtres-catéchistes y travaillent seuls et y ont ouvert trois petites écoles. J’espère d’ici peu envoyer quelques missionnaires dans ce nouveau secteur. A l’occasion de ma dernière visite dans cette région, au mois de mars, une quarantaine de Chins me demandèrent le baptême. Je leur fis passer un petit examen ; mais je m’aperçus que leurs connaissances de la religion étaient trop rudimentaires et je me disposais à les refuser. Heureusement, M. Maisonabe, l’apôtre si connu et si zélé des Chins de Basse-Birmanie, se trouvant là par hasard, me dissuada de les renvoyer. « Ne faites pas cela, me dit-« il, nous n’avons pas ici devant nous des Birmans. Je connais mes Chins ; et ils savent « suffisamment le nécessaire. Baptisez-les, je vous réponds que non seulement ils resteront « fidèles à leurs promesses, mais qu’ils redoubleront de ferveur et se feront apôtres auprès des « leurs. » ─ J’en baptisai donc 33 ; et je constatai plus tard que M. Maisonabe avait parfaitement raison. A partir de ce jour, en effet, ils sont devenus très réguliers aux prières et aux réunions et se montrent bons chrétiens.
« Enfin à l’ouest, sur la longue chaîne de montagnes qui sépare la Birmanie des Indes, et s’étend depuis la mer jusqu’aux Hymalayas, nous rencontrons les vrais Chins, qui n’ont jamais quitté leur pays d’origine et ont conservé leur nature et leurs habitudes sauvages. Le nouveau poste que nous y avions fondé, il y a quatre ans, n’a pas répondu à nos espérances. Un couvent avait été ouvert à Mindat ; et, tout le monde était à la joie. Les sauvages s’accoutumaient très vite aux religieuses qu’ils appelaient déjà « mamans ». Dès le début ils affluèrent au dispensaire par groupe de 50 à 60 personnes par jour. D’autre part, le village de Lukshe avait enfin abandonné les superstitions en bloc, et la petite école-orphelinat y devenait trop petite. Tout semblait donc marcher à souhait, quand tout à coup une maladie mystérieuse vint terrasser nos religieuses. La Supérieure mourut, offrant sa vie pour la conversion des Chins. Lorsque les santés furent rétablies et que tout le monde se fût remis au travail, un malheureux accident vint à nouveau jeter l’émoi dans cette petite chrétienté. Un enfant de l’orphelinat, jouant au ballon, reçut un coup mortel ; aussitôt le bruit se répandit que les missionnaires étaient la cause de ce malheur ; qu’ils n’étaient venus dans ce pays que pour exterminer les Chins et leurs enfants. Une partie du pays fut vite soulevée et menaçait de massacrer tout le poste naissant. Heureusement nos chrétiens avaient parmi les païens de nombreux amis qui réussirent peu à peu à apaiser les esprits et à ramener le calme. C’est alors que je crus bon de fonder deux nouveaux postes et d’y envoyer deux prêtres indigènes. Tout était prêt et les Chins désiraient l’arrivée des deux titulaires. Ils avaient même offert le terrain nécessaire pour une résidence qu’ils s’engageaient à bâtir. Mais ce fut l’agent anglais, chef du district, qui fit échouer le projet, en prétendant que les étrangers ne peuvent acquérir des immeubles en pays Chin sans passer par des formalités interminables et presque impossibles. Il fallut en appeler à l’autorité supérieure ; et, la question, tout en étant en bonne voie, n’est pas encore réglée. La Sainte Ecriture nous dit que dans toute fondation appelée à produire de bons fruits dans le monde, il y a toujours à la base les épreuves et la souffrance ; la mission Chin est donc dans la bonne voie, elle ne peut que prospérer et donner elle aussi une abondante récolte.
« En résumé, la situation de la Mission est satisfaisante, pleine de promesses pour l’avenir. Bientôt, lorsque les Pères irlandais auront pris la direction du district de Bhamo, nos confrères, libérés de cette région viendront prêter main-forte : à ceux de Mandalay, en attendant la venue de bons moines-missionnaires, que, je souhaite la plus proche, possible.
« Avant de terminer ce rapport, je ne puis passer sous silence le plaisir que nous avons éprouvé de posséder parmi nous Mgr Colas, archevêque, de Pondichéry, chargé par M. le Supérieur Général de visiter les Missions de Birmanie. Une visite de ce genre est toujours et partout la bienvenue. Elle l’est spécialement dans notre coin retiré de Haute-Birmanie où nous avons si rarement la bonne fortune de recevoir des confrères des autres Missions. Celle de Mgr Colas nous fut particulièrement agréable. Par sa simplicité, son franc-parler, Son Excellence gagna tous les cœurs dès le premier contact avec nous ; ses encouragements et ses bons conseils nous ont fait le plus grand bien. Nous l’en remercions vivement ainsi que tous les bienfaiteurs qui, par leurs prières, leurs aumônes et leurs encouragements, nous ont aidés à travailler avec plus de courage et de confiance. »


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