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Rapport annuel des évêques

Année: 1938
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Septentrionale
Rédacteur:Mgr Falière

IV. — Birmanie Septentrionale.

Population catholique 16.039
Baptêmes d’adultes 517
Baptêmes d’enfants de païens 1.145
Conversions d’hérétiques 39


Avant de céder aux Pères de Saint-Colomban la partie nord de la Mission, S. Exc. Mgr Falière éprouve le besoin de jeter un coup d’œil rétrospectif, depuis ses débuts jusqu’à nos jours, sur cette partie de notre champ d’action que nous devons transmettre à ces bons Religieux afin de montrer tout le travail accompli dans cette région par la Société des Missions-Etrangères de Paris.
« C’est à l’année 1874, écrit Son Excellence, que remontent les premières tentatives dévangélisation dans le district de Bhamo. M. Biet fut le premier missionnaire envoyé en cette contrée. Il construisit une petite maison hors de cette ville, au coin de la forêt ; et, dès qu’elle fut construite, M. Lyet vint l’y rejoindre. Bientôt, tous deux atteints de la fièvre durent quitter leur résidence. Ce fut M. Lecomte qui les remplaça. Venu de Mandalay avec l’autorisation royale de s’établir dans la ville de Bhamo, il commença par acquérir un terrain à la porte nord, puis réunit des matériaux pour la construction. Fait imprévu, il fut impossible de trouver des ouvriers. Finalement il réussit à grouper quelques Katchins qui se mirent au travail. Mais à peine avaient-ils commencé qu’une grêle de pierres s’abattit sur eux. Pris de peur, ils voulaient s’enfuir ; notre confrères les retint ; et tant que durèrent les travaux, il s’installa sur le chantier, armé d’un gourdin pour protéger son équipe. Les pierres cessèrent de pleuvoir et le travail continua normalement. C’est ainsi que fut construite la première maison-chapelle en briques, avec étage, qui a été plus tard transformée en couvent, pour les Sœurs Franciscaines M. M. En 1875, M. Cadoux d’abord, puis M. Jeanjot qui devait mourir l’année suivante vinrent rejoindre M. Lecomte. Les trois missionnaires se mirent à l’étude de la langue katchine. En 1876, M. Faure prit la place de M. Jeanjot décédé. M. Lecomte voulait s’établir dans quelques villages katchin ; c’est dans ce but qu’il fit un voyage d’exploration vers la fin de 1876 et trouva sur la chaîne de montagnes au nord de Bhamo le village de Cha-Ou-Boum, qui consentit volontiers à recevoir les missionnaires. Au mois de mars 1877, MM. Cadoux et Faure allèrent s’y établir. Mgr Bourdon, qui visita Bhamo à la fin d’avril de cette même année, amena avec lui deux nouveaux confrères : MM. Haillez et Laurent auxquels vint bientôt se joindre M. Lyet, à son retour de Hongkong. Celui-ci alla s’établir à Sama à l’est de Bhamo, où M. Laurent devait le réjoindre. Malheureusement ce dernier confrère tomba malade en route et dut rebrousser chemin.
« En 1878, M. Simon, qui devint plus tard Mgr Simon, arriva à Bhamo. A la retraite de cette même année, il fut décidé que MM. Cadoux et Fauve se sépareraient ; effectivement en 1879 M. Faure alla prendre possession du village de Kamelin à trois heures de marche de Cha-Ou-Boum où demeurait M. Cadoux. Entre temps M. Lyet mourait ; il ne restait donc plus à Bhamo que MM. Haillez et Simon, et sur les montagnes MM. Cadoux et Faure. En 1881, M. Haillez succombait à son tour et M. Simon resté seul à Bhamo étudiait le chinois avec ardeur. Sur les montagnes MM. Cadoux et Faure se rendaient compte qu’il n’y avait rien à faire. On ne pouvait en effet espérer la conversion en masse de tout le village ; et, d’autre part les conversions individuelles ne paraissaient guère admissibles, parce que ces nouveaux convertis, faisant partie du village, seraient obligés, par les coutumes locales, de prendre part aux sacrifices que le village entier fait aux « Nats » dans une foule de circonstances. Un seul moyen restait, celui de quitter le village, d’entraîner les quelques familles disposées à se convertir et d’aller ailleurs fonder un groupe indépendant, où ne seraient, admis que ceux qui auraient renoncé au culte des Nats. C’est ce que fit M. Cadoux au commencement de 1881. Il fonda le village de Nampan à l’est de la montagne de Cha-Ou-Boum ; puis ceux de Peng-Thet et de Sing-King. C’est entre ces trois stations que M. Cadoux travaille jusqu’à la conquête anglaise en 1885. En ce temps, il ne restait plus dans le district de Bhamo que M. Cadoux et M. Fercot venu remplacer M. Haillez décédé. MM. Simon et Faure étaient redescendus à Mandalay, le premier pour y fonder la paroisse chinoise et le second pour occuper un autre poste. Lors de la conquête par les Anglais, MM. Cadoux et Fercot furent faits prisonniers par les Birmans et emmenés à Mandalay sous bonne escorte ; mais en arrivant en cette ville, on apprit que celle-ci était aux mains des Anglais et nos confrères furent relâchés. A la fin de décembre de cette même année, MM. Fercot et Cadoux remontèrent à Bhamo. De 1885 à 1891, ils furent seuls, le premier s’occupant des chrétiens de la ville et le second de ceux des villages qu’il avait fondés. En 1892, M. Cadoux prit avec lui quelques catéchumènes birmans et shans et alla établir au nord de Bhamo, à 10 milles environ, le nouveau village de Nankaipa. A la fin de 1892 arriva à Bhamo un jeune missionnaire M. Accarion qui parcourut le pays et s’efforça d’attirer à Nankaipa tous les Katchins qui voulaient le suivre. Les catéchumènes shans et birmans amenés par M. Cadoux cédèrent la place aux Katchins et allèrent s’établir à deux milles de là, à un endroit appelé Ceilit. Nankaipa devint ainsi un village exclusivement katchin. Survint la mort de M. Cadoux en 1893. M. Accarion devenu chef de district demeura quelque temps à Nankaipa ; puis jugeant l’endroit peu favorable, transporta tout le village à Nanhlaing à quelques milles plus loin ; il y bâtit une maison, une école et une chapelle en bois avec un joli clocher. Entre temps, il visitait le pays environnant et fondait d’autres petits villages qui ont disparu. C’est lui qui le premier vint à Meinkat, le centre du district Shan actuel.
« Enfin au début de notre siècle, M, Gilhodes fut envoyé dans la région de Bhamo. Après avoir été quelque temps à Nanhlaing avec M. Accarion, il alla s’établir sur les montagnes katchins à Tinkong d’abord, puis à Khudong où il est encore actuellement. C’est lui le véritable fondateur du district katchin sur la montagne. Aidé de MM. Faucheux et Juéry, il parvint à constituer successivement les postes de Matan, Jakai, Lamaibang, etc... Pour lui, le grand moyen d’évangélisation fut les écoles. Il en créa un peu partout ; à Khudong, sa résidence, il en ouvrit une pour les garçons et une pour les filles, celle-ci dirigée par les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie qui depuis 1923 y ont installé un de leurs couvents. Au moment de céder son district aux Pères de Saint-Colomban, M. Gilhodes a sous ses ordres quatre prêtres indigènes et trois européens qui s’occupent des nombreux villages fondés plus ou moins sous sa direction. Il est âgé de 68 ans ; ne serait-ce pas lui demander un trop gros sacrifice que de l’obliger à quitter ses montagnes ; aussi les Pères de Saint-Colomban ont-ils résolu de le garder avec eux.
« Dans la plaine, Nanhlaing, village installé par M. Accarion, s’est considérablement développé sous l’impulsion de M. Roche, l’apôtre des Shans, arrivé à Bhamo en 1904 comme vicaire de M. Delort. Celui-ci mourut prématurément en 1906, et ce fut M. Roche qui lui succéda comme chef de district. Il s’établit d’abord à Meinkat ; fonda les villages de Tali, Namteung, etc., et finalement vint résider à Nanhlaing où il bâtit une très belle église en briques. Il est à peu près le seul confrère qui ait une connaissance approfondie de la langue shan ; aussi, le Supérieur des Pères de Saint-Colomban a-t-il manifesté le désir de le garder encore quelque temps. Bhamo-ville a été illustrée par le passage de M. Allard qui a commencé l’école, de M. Paquet qui l’a continuée et améliorée, et de M. Herr qui, venu à Bhamo à l’âge de 66 ans, a commencé par apprendre le Katchin ; il ne s’est pas contenté de s’occuper de l’école, mais il a parcouru le district en tous sens jusqu’à sa mort survenue en 1934. Cette ville a une population composée de Birmans, de Chinois, d’Indiens et d’Anglo-Indiens. Une école indigène pour les garçons donne l’instruction à plus de 100 élèves et une pour les filles, dirigée par les Sœurs Franciscaines M. M. depuis 1926, instruit un nombre à peu près égal de petites filles. A cette dernière école est rattachée une crèche ; et, dans un autre endroit de la ville, ces religieuses ont fondé un noviciat de Sœurs indigènes. Voilà exposé sommairement ce que nous allons céder aux Pères de Saint-Colomban. C’est une superficie d’environ 22.462 milles carrés et une population de 508.526 habitants. Le dernier recensement accuse une population de 3.567 catholiques.
« Cet aperçu sur les débuts et le développement de la Mission dans le district de Bhamo a pris beaucoup de place dans ce rapport. Il n’en reste plus guère pour parler des autres districts de la Mission. Pourtant je me reprocherais de les passer complètement sous silence. Parlons d’abord de celui des Chins en pleines montagnes et administré par M. Fournel en l’absence de M. Audrain en congé régulier en France. — « Rien de bien sensationnel à signaler, écrit M. « Fournel. L’œuvre d’évangélisation avance très lentement ; le Chin est très attaché au culte « des Nats qui d’ailleurs lui donne l’occasion de faire des fêtes où on fait ripaille. L’obliger à « y renoncer est chose difficile. » — Pourtant M. Fournel constate que ces indigènes sont mieux disposés envers les missionnaires et moins défiants à leur égard ; ce revirement notre confrère l’attribue, pour une grosse part, à l’influence des Religieuses Franciscaines M. M. qui, par leurs visites à domicile et par les soins donnés aux malades, ont attiré la sympathie. Chez les Chins de la plaine, M. Mainier s’en donne à cœur joie. La jeune paroisse fondée cette année a déjà fourni 88 conversions. Il n’y a encore que deux villages ; mais M. Mainier et son vicaire se promettant d’en augmenter prochainement le nombre.
« Dans les districts de Kyaukse et de Shwebo, la visite de diverses stations a été faite normalement. Rien d’important à signaler, sinon la bénédiction à Payan, dans le district de Shwebo, d’une nouvelle église en briques dédiée à sainte Madeleine. Les missionnaires de Mandalay se sont réunis à l’évêché pour témoigner dans l’intimité leur fraternelle affection à nos deux confrères, MM. Lafon et Jarre, à l’occasion de leurs noces d’or.
« Je ne puis terminer ce compte rendu sans relater la joie qu’éprouve M. Moindrot d’avoir une école pour les enfants tamouls que lui a bâtie M. Jarre en souvenir de ses noces d’or sacerdotales. Je tiens à remercier chaleureusement nos dévoués auxiliaires : les Frères des Ecoles Chrétiennes, les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition et les Sœurs Franciscaines M. M. pour leur concours généreux dans l’œuvre de l’éducation de la jeunesse et pour les soins donnés aux lépreux. Tout en rendant grâces à la divine Providence pour toutes les consolations et secours qu’Elle nous a accordés pendant cet exercice, nous ne pouvons nous empêcher de dire nos préoccupations angoissantes pour l’avenir, surtout au point de vue financier. Malgré tout, nous restons optimistes, car nous sommes entre les mains de Dieu et nous savons que ce que Dieu garde est bien gardé. »


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