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Rapport annuel des évêques

Année: 1939
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie Méridionale
Rédacteur:Mgr Provost

III. — Birmanie Méridionale.

Population catholique 87.423
Baptêmes d’adultes 1.126
Baptêmes d’enfants de païens 257
Conversions d’hérétiques 170


« La Mission de Birmanie méridionale a été, au cours du présent exercice, le théâtre d’une agitation presque continuelle, écrit S. Exc. Mgr Provost. Vers la fin du mois de juillet, quelques milliers de Birmans convoqués et excités par les bonzes, s’engagèrent à jeter dehors tous les Musulmans dont l’un avait osé écrire un livre injurieux pour le bouddhisme. Ce livre, publié sept ans auparavant, n’était qu’un prétexte mis en avant pour assouvir une basse jalousie contre les Indiens, travailleurs et économes, qui retournent chez eux après avoir fait fortune. Fanatisée, la foule, sous la conduite des bonzes, dévala des environs de la pagode dans les quartiers commercants et tua sur son passage les fils du prophète surpris à leurs comptoirs. La racaille profita du désordre pour se ruer à la curée, et, pendant plusieurs jours, meurtres, incendies et pillages semèrent la panique dans toutes les rues de la ville et de la banlieue.
« Des mesures sévères avaient à peine calmé ces émeutes sanglantes, que la politique entra en jeu. « La Birmanie aux « Birmans », devint un cri de ralliement qui jeta partout la confusion. Les abords des magasins européens et indiens étaient surveillés ; aucun Birman n’avait la liberté d’y faire des emplettes. Les jeunes bonzes châtièrent immédiatement les transgresseurs. A leur instigation et sous leur conduite, ouvriers et cultivateurs laissèrent leur travail dans les districts éloignés. Pendant plusieurs semaines, ils marchèrent sur Rangoon, sympathiquement hébergés sur tout le parcours, dans le but de faire valoir leurs revendications provoquées, comme partout ailleurs, par l’insuffisance de leurs salaires ou le poids des impôts. La circulation avait été désorganisée par des groupes qui se couchèrent sur les lignes de tramways et d’autobus. Les femmes n’étaient pas les dernières à participer à ces manifestations et les enfants des écoles étaient eux-mêmes embrigadés. Une grève scolaire générale fut déclarée par les étudiants de l’Université. Sous les yeux d’une police impuissante, filles et garçons bloquèrent l’entrée des écoles qui persistaient à continuer leur enseignement. Le mouvement s’étendit à tout le pays et les enfants furent les maîtres du pavé depuis le début de janvier jusqu’au milieu de mars. Chaque soir ils se retiraient dans les dépendances des pagodes où des discours séditieux maintenaient leur enthousiasme. La chute du ministère amena une certaine accalmie, mais le feu couve sous la cendre jusqu’à ce qu’une nouvelle étincelle fasse jaillir la flamme.
« Le travail du présent s’est naturellement ressenti de cette agitation, le voisinage souffre toujours de la violence d’une incendie. Retenues chez elles par la peur, de nombreuses personnes pieuses ont délaissé quelque temps la confession et la communion fréquentes. Les enfants des écoles n’ont pas joui de la paix nécessaire à un travail sérieux. Certains chrétiens ont essayé, sans grand succès d’ailleurs, de renforcer leurs doléances par des revendications nationalistes. Cependant nous avons grandement à remercier Dieu de nous avoir épargné les horreurs de la guerre qui continue à faire rage à nos portes, et le gouvernement anglais de nous assurer une liberté pleine et entière pour la propagation de l’Evangile et l’éducation de nos enfants. Les résultats obtenus sont aussi consolants que possible au milieu des difficultés présentes. 1.190 conversions d’adultes, additionnées avec la différence entre les baptêmes d’enfants et les décès, ont porté le total de la population catholique à 87.425.
« Par suite d’obstacles et d’épreuves qui n’ont jamais cessé de se présenter depuis sa fondation, la paroisse chinoise ne se développe que lentement. Elle s’est accrue cette année de 61 unités, grâce à vingt-cinq conversions de païens. M. Danis a mis son école secondaire sur un excellent pied et a su inspirer aux élèves un esprit de corps qui assurera un bon recrutement.
« Quatre paroisses exclusivement indiennes comptent 22.000 catholiques. L’une à Rangoon, desservie par M. Dessalle et deux assistants, est pourvue d’écoles florissantes, bien qu’insuffisantes pour les besoins de ses 8.000 paroissiens, et de toutes les œuvres de bienfaisance et confréries qui font partie d’une paroisse bien organisée. MM. Chave, Meyrieux et Philippe, aidés seulement de deux vicaires, visitent toute l’année les quarante-six chrétientés disséminées dans leur vaste district. Ils y ont distribué 110.000 communions à leurs 14.000 paroissiens. Malheureusement, les écoles ne réunissent à la résidence qu’une minorité bien faible des enfants. Les autres reçoivent à la maison une instruction religieuse insuffisante donnée par des maîtres souvent paresseux, payés par les parents.
« Les chrétiens sont peu mélés aux païens que les prêtres accablés de travail ne peuvent que difficilement atteindre. En conséquence, les conversions sont fort rares dans les paroisses indiennes. Le travail d’évangélisation proprement dit commence avec la mission « Chin ». M. Ogent, afin de libérer les pionniers de cette mission, a généreusement joint à son poste déjà bien étendu, la charge des villages les plus anciens qui constituaient autrefois le fief de M. Saint-Guily. Il y trouve des consolations. — « Mes Chins, écrit-il, continuent à vivre d’une « véritable vie chrétienne, et c’est dans cette région que j’ai eu le plus grand nombre de « conversions. » — Grâce à la cession de ces villages, M. Maisonabe s’avance de plus en plus vers le nord. Il y continue la conquête des Chins au prix des plus grandes fatigues. Le retour en France de M. Chevallier, dont la santé était fortement ébranlée par un travail acharné et des privations de toute sorte, a forcément diminué le nombre et la durée de ses randonnées. Les nouvelles quasi mensuelles qu’il veut bien m’envoyer et qu’il résume dans son rapport annuel n’ont pas toujours été des bulletins de victoire ; néanmoins, il a pu baptiser 116 personnes.
« M. Héraud qui, malgré ses soixante-six ans, administre seul deux postes carians, nous écrit : — « Je suis heureux de pouvoir encore cette année vous offrir 74 conversions, mais les « longues marches à travers les rizières sous le soleil ou la pluie commencent à me rappeler « que mon moteur n’est plus neuf et ses ressorts passablement usés. Je tiendrai tant que je « pourrai. » — Le renfort hélas ! est lent à venir. Cette année encore nous avons eu la douleur de perdre un confrère dans la personne de M. Ravoire. Miné par la fièvre et perclus de rhumatismes, il a fait jusqu’à la fin la visite de ses chrétiens. Rentré des montagnes avec la fièvre, il mourait à son poste une douzaine de jours plus tard. M. Dubromel, récemment envoyé de Paris, prenait aussitôt la relève avant même de pouvoir parler la langue. M. Bazin, supérieur du petit séminaire, lui sacrifia volontiers ses vacances et ensuite M. Bouche s’éloigna de son poste pour achever la formation rapide de notre nouveau confrère qui vole maintenant de ses propres ailes.
« Depuis les avertissements si graves donnés par le Saint-Père sur le choix des candidats au sacerdoce, nos séminaires se dégarnissent d’une façon inquiétante pour l’avenir. Douze élèves au grand séminaire de Penang et onze au petit séminaire de Moulmein nous donneront à peine un prêtre par an dans les douze années qui vont suivre. Espérant que Notre-Seigneur trouvera des moyens à nous inconnus, de pourvoir aux besoins de nombreux catéchumènes qui demandent leur entrée dans son bercail, nous continuons notre marche en avant.
« M. Perrin, vicaire forain du district de Bassein, nous offre 160 baptêmes d’adultes. — « L’esprit de confiance et de dévouement de mes deux assistants et de tous mes auxiliaires, « écrit-il, a établi entre nous une collaboration étroite et une unité d’action que le bon Dieu « s’est plus à récompenser par les fruits dont Il a couronné notre travail. Ces dispositions sont « certainement pour moi la principale consolation de l’année et pour le poste de Bassein un « gage de progrès pour l’avenir. » .— Son voisin, un prêtre indigène, M. Paschal, enregistre chaque année de nombreuses conversions ; le développement continuel de ce poste nécessite une division. Il a, en conséquence, courageusement pris l’initiative de construire les bâtiments nécessaires à une nouvelle résidence ; le terrain est acheté et les matériaux rassemblés. Une église s’élèvera bientôt dans un centre où se dessine une évolution réelle vers le christianisme. Un autre prêtre indigène, anglo-indien M. Carrapiett, grâce à l’aide du gouvernement, a réussi à grouper vingt-six familles catholiques, jusque-là isolées et presque introuvables, sur les terrains marécageux de la côte sud que la mer a peu à peu rendus à la culture. Il a bon espoir d’en adjoindre d’autres et d’attirer dans cette nouvelle colonie des familles païennes qui y trouveront avec la nourriture nécessaire au corps, les moyens de sauver leur âme. M. Ballenghien rend grâces à Dieu d’avoir augmenté son troupeau de 140 unités, dont 71 conversions de païens et d’hérétiques. — « La lutte contre le démon, écrit-il, est « particulièrement dure en ces temps agités où il trouve tant d’agents pour empêcher les âmes « simples de suivre une religion étrangère ou pour les faire y renoncer, s’ils la suivent déjà. « Trop âgé pour le combat, je n’ai qu’à me louer de l’activité de mon assistant, M. Joachim. « Infatigable, il parcourt la plaine pendant que, comme Moïse sur la montagne, j’essaie de « tenir mes mains élevées vers le ciel pour lui obtenir la victoire. » ― Deux prêtres indigènes, MM. Sandy et Maurice évangélisent les îles de l’archipel de Mergui. Le travail y est pénible et, pendant les pluies, n’est pas sans danger ; les pirates et les bêtes sauvages s’unissent aux éléments pour arrêter leurs efforts. Tout en administrant plus de deux mille chrétiens dans ces îles et sur la partie montagneuse du continent, ils ont réussi à baptiser 68 adultes. Les résultats sont moins bons à Papun sur les montagnes de l’Est. Etablis an fond d’un vallon disposé en forme d’entonnoir, dont le seul avantage, appréciable mais insuffisant, est de leur fournir une eau pure et abondante, nos deux pauvres confrères, MM. Loizeau et Calmon ont payé cette année à la fièvre un lourd tribut. Ils se sont relayés à l’hôpital au moment des plus fortes crises et sont allés à tour de rôle refaire leurs forces à Moulmein. Une expérience de quinze ans est plus que concluante ; les prêtres comme les chrétiens groupés autour de l’église ainsi que les enfants des écoles sont minés par la fièvre. Une résidence à cet endroit a été une erreur qu’il est urgent de réparer. M. Calmon a repéré un plateau qui semble offrir de grands avantages au point de vue de la santé. Il y a acheté de ses deniers, non seulement le terrain nécessaire à une nouvelle résidence, mais encore les champs qui assureront aux orphelins leur nourriture et du travail aux chrétiens désireux de le suivre. De là il administrera la partie montagneuse du nord. M. Loizeau restera dans la maison qu’il a bâtie lui-même et travaillera dans la plaine du sud, qui sera plus en rapport avec son âge déjà avancé.
« La population catholique de la Mission a dépassé le chiffre de 87.000 ; soixante mille chrétiens sont éparpillés dans l’intérieur presque complètement dépourvu de voies de communications. Plusieurs confrères se plaignent dans leurs rapports du manque de ferveur de leurs fidèles ; ceux-ci non seulement n’ont pas le zèle suffisant pour communiquer aux païens la lumière qu’ils ont reçue, mais, les fêtes principales exceptées, ils se résignent difficilement à entreprendre un long voyage pour s’approcher des sacrements. Il leur arrive même, en cas de maladie, d’avoir recours à des pratiques superstitieuses et de ne pas avertir le prêtre avant de se mettre en ménage. Ces plaintes contiennent certainement une part de vérité, et je comprends la tristesse des bons pasteurs qui ont à cœur le progrès du règne de Dieu dans leur district et le salut des brebis auxquelles ils se dévouent corps et âme. Y a-t-il lieu cependant de s’indigner ? Nos fidèles sont encore nouveaux dans la foi. Nos 370 chapelles et les maisons chrétiennes isolées ne reçoivent que trois ou quatre fois l’an la visite du prêtre et pendant un temps assex court. Il est difficile de conserver dans leurs âmes un feu assez ardent pour purifier toutes les traces du paganisme et le communiqner aux voisins. Ils profitent de chaque visite pour se confesser, régulariser s’il y a lieu leur situation et communier. En cas de maladie qui leur paraît grave, l’empressement de nos chrétiens, à faire un long voyage pour appeler le prêtre est un fait touchant. S’ils étaient groupés, j’ai la conviction que leur vie chrétienne serait aussi intense qu’à Rangoon et dans les villages où résident les missionnaires.
« M. Roy, curé de la cathédrale, nous donne dans son rapport la note juste sur les paroisses urbaines de langue anglaise. — « Les exercices publics, mentionne-t-il, chemin de la Croix, « heure sainte, chapelet et salut, sont bien suivis. A la messe dominicale, il y a trop de « retardataires qui semblent incorrigibles. Par comparaison avec l’année précédente, on « constate un recul sensible pour les communions de dévotion ; je l’attribue, au moins en « grande partie, aux troubles qui se sont produits dans la ville il y a quelques mois. La crainte « a retenu chez eux pendant plusieurs semaines, surtout vers la fête de Noël, des fidèles qui « ont l’habitude de la communion quotidienne. En résumé, la paroisse est bonne, mais il reste « beaucoup à faire pour que le christianisme s’implante plus profondément dans les âmes. » — Les curés de ces paroisses urbaines sont puissamment aidés dans leurs travaux par la Légion de Marie solidement établie par M. Machado, et déjà florissante à Rangoon et à Moulmein. Ses membres font preuve d’un excellent esprit d’apostolat.
« Le nombre des élèves dans nos écoles dépasse 17.000. La majorité est franchement catholique, excepté dans les écoles mixtes des villages que le missionnaire espère par ce moyen amener à la vraie foi. M. Sellos, qui dirige avec zèle et prudence un foyer à l’Université, nous écrit : — « Nos étudiants catholiques ont bon esprit. Ils n’ont pas suivi les « grévistes et se sont tenus à l’écart des agitations politiques, mais ils ont souffert des « circonstances et n’ont pas pu se livrer à un travail sérieux. » — La même remarque s’applique à toutes nos maisons d’éducation dirigées par les Frères des Ecoles Chrétiennes, les sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition et les religieuses du Bon Pasteur. La supériorité de ces écoles au point de vue de la discipline, de l’instruction et du succès aux examens n’est constestée par personne ; elle fait honneur aux professeurs et à la religion catholique ; nous regrettons seulement que ces écoles ne soient pas plus nombreuses, surtout pour les garçons ; leur absence dans les faubourgs de Rangoon en particulier est une lacune dont souffrent grandement les plus pauvres de nos chrétiens. Comme palliatif, M. Lescure fait cueillir à domicile un certain nombre d’enfants privés d’instruction religieuse que des autobus conduisent le dimanche à l’église où il leur enseigne le catéchisme. Cette pratique est un témoignage du zèle de notre confrère, mais ne supplée pas à tous les besoins.
« Les Petites Sœurs des Pauvres ont célébré cette année le centenaire de la fondation de leur Congrégation par un triduum de prières qui, a mis en évidence les sympathies que leur a attirées leur vie de travail et de sacrifice. Les Sœurs du Bon Pasteur ont ajouté un refuge à leurs maisons d’éducation. Trois cents jeunes filles, trop exposées dans le monde, trouveront désormais l’asile dont elles ont besoin pour préserver ou recouvrer leur innocence. Bénit à la fin du moi de mai, il compte déjà trente-cinq pensionnaires. A leurs œuvres de bienfaisance pour le soulagement des lépreux et des incurabres, parmi lesquels M. Mourlanne a été heureux de recueillir 102 baptêmes d’adultes dont 63 in articulo mortis, les Franciscaines missionnaires de Marie ont ajouté, à l’extrémité de la ville de Rangoon, une école qui compte déjà 200 élèves pauvres et des ateliers de couture. Elles sont le bras droit de M. Angevin aux prises avec les problèmes ardus que l’on trouve toujours dans une paroisse de banlieue.
« Dans leur paisible monastère de Pégu, les Clarisses Colettines implorent, nuit et jour, les grâces de lumière, de force et de persévérance dont ont grand besoin tous les prêtres et auxiliaires, engagés dans une lutte sans merci contre le démon, pour le maintien et l’extension du royaume de Dieu dans la Mission de Birmanie méridionale. »


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