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Rapport annuel des évêques

Année: 1939
Pays: Birmanie
Mission: Mandalay
Rédacteur:Mgr Falière

IV. — Mandalay

(Birmanie septentrionale)

Population catholique 12.774
Baptêmes d’adultes 302
Baptêmes d’enfants de païens 1.116
Conversions d’hérétiques 14


Si l’on ne tient compte que des statistiques, la Mission de Mandalay, de l’avis de Mgr Falière, n’a jamais fourni de résultats brillants ; ils le sont encore moins cette année que les précédentes. La lecture de ce compte rendu nous montrera les multiples difficultés que rencontrent les ouvriers apostoliques dans leur champ d’apostolat. S. Exc. Mgr Falière en donne deux raisons principales.
« La première, écrit-il, est la division définitive de la Mission qui a été effectuée par la S. C. de la Propagande en février 1939. Les trois districts de Bhamo, Katha et Myitkyina forment désormais une nouvelle Mission autonome et Mgr Patrick Usher, des Pères Irlandais de Saint-Colomban, en est devenu le chef avec le titre de Préfet apostolique. Nous lui cédons 4.000 chrétiens environ. Ce n’est pas sans regret que l’on se sépare de ce que l’on aime et nous l’aimions bien, cette partie du Vicariat ; d’autant plus, qu’elle nous a coûté pendant les 50 dernières années de durs labeurs et de rudes souffrances pour la défricher. Aussi avons-nous vivement ressenti la douleur occasionnée par cette scission. Il nous a été pénible surtout de laisser derrière nous une demi-douzaine de confrères dans le cimetière de Bhamo. Le sacrifice a été grand particulièrement pour les confrères qui, après y avoir travaillé pendant de nombreuses années, ont dû se retirer et aller commencer le défrichement ailleurs. Ils l’ont cependant fait avec courage et je suis heureux de les en féliciter ; ils ont donné en cette occasion la preuve d’un détachement admirable. Sans même passer par Mandalay, nos derniers confrères qui restèrent avec les Pères Irlandais de Saint-Colomban jusqu’au moment de la séparation définitive, partirent dans les nouveaux districts qui leur avaient été assignés et se mirent aussitôt à l’œuvre pour y jeter les fondements de nouvelles chrétientés. Il est vrai qu’en quittant leurs fidèles qu’ils avaient enseignés et dirigés et les diverses œuvres qu’ils avaient fondées au prix de tant de labeurs et de sacrifices, ils ont eu la consolation de les laisser en de très bonnes mains. Les 21 Pères (et ils seront 25 avant la fin de l’année) tous jeunes et ardents, que les missionnaires de la Société des Missions-Etrangères de Paris ont formés pendant ces trois dernières années, vont non seulement continuer leur bon travail, mais le développer avec ardeur. A tous et spécialement à leur chef, l’ardent et zélé Mgr Usher, nous offrons les vœux les plus sincères de prospérité et de succès dans leur apostolat.
« La seconde cause de nos maigres résultats au cours de cet exercice vient des agitations politiques et sociales qui pendant une bonne partie de l’année ont bouleversé la Birmanie. Le parlementarisme, introduit récemment dans ce pays, a vite produit ses fruits de discorde. Divers partis se sont formés d’où disputes sans fin pour occuper des postes importants. Les pêcheurs en eau trouble, ont tiré profit de la situation pour fomenter le désordre. Pendant six mois nous avons été témoins un peu partout d’émeutes, de grèves et de brigandages de toute sorte. Les bonzes birmans profitèrent de cette agitation pour diriger leurs attaques principalement contre les Indiens, et surtout les Musulmans. Ils ne dissimulèrent pas leur pensée en disant que tous les étrangers, même les Européens et particulièrement ceux qui prêchent une religion quelconque autre que le bouddhisme, étaient visés, et qu’ils ne seraient satisfaits que par le départ du dernier d’entre eux. Mandalay, la vieille capitale et centre du bouddhisme comptant 10.000 bonzes, eut spécialement à souffrir. Des émeutes se produisirent, la troupe dut tirer sur la foule à plusieurs reprises et le sang de beaucoup de pauvres innocents qui, sans savoir pourquoi, avaient été entraînés par quelques meneurs, coula dans les rues de la ville. Il n’y a pas eu toutefois d’attaques ouvertes contre nous et nos chrétiens. Les bonzes se sont contentés jusqu’à présent, de menacer d’excommunication les bouddhistes qui nous fréquenteraient ou enverraient leurs enfants aux écoles catholiques. Dans plusieurs endroits, hélas, leurs menaces ont produit leur effet.
« Malgré tout, bien que l’évangélisation des païens ait souffert de ces désordres, l’administration des chrétientés a pu se poursuivre à peu près normalement. Jetons maintenant un coup d’œil rapide sur le champ d’action qui nous est confié.
« I - Mogok. — Des six confrères qui travaillaient dans la partie qui est devenue actuellement la Mission de Bhamo, M. Gilhodes a dû prendre sa retraite à cause de ses infirmités et il restera propablement dans son poste de Khudong au milieu de ses bien-aimés Katchins, avec lesquels il a passé presque toute sa vie missionnaire. Les Pères Irlandais sont d’ailleurs tout heureux de le garder et de profiter encore de ses conseils expérimentés. M. Collard, malade, est en France depuis 18 mois. Les quatre autres entreprennent l’évangélisation du district de Mogok qui, avec les Etats semi-indépendants de Hsipaw et de Mong Mit, réunissent une population d’environ 250.000 habitants dont 200.000 Shans et 50.000 Katchins. J’ai cru bon d’envoyer dans ce district ces 4 confrères qui connaissent parfaitement les langues Shan et Katchin et sont très au courant des us et coutumes de ces races.
« M. Roche a pris la direction de Mogok même, le centre bien connu des mines de rubis et autres pierres précieuses. Nous y avons acquis une maison dont une partie servira de chapelle pour les quelques douzaines de chrétiens qui se trouvent en cet endroit. Tout en s’occupant d’eux, le missionnaire cherche à attirer les nombreux Shans qui travaillent aux mines. M. Merceur doit aller fonder un poste plus loin ; mais il ne pourra pas partir avant la fin de la saison des pluies. En attendant, tout en demeurant avec M. Roche à Mogok, il a réussi à grouper quelques catéchumènes à Kyatpyen, un autre centre minier à 15 kilomètres de là. Il y a acheté une petite hutte pour les réunir et, chaque jour, il va leur enseigner le catéchisme. Avec une ténacité légendaire, il ne se fatigue pas d’essayer de leur prouver que l’étude de la vraie religion et le salut de leur âme sont plus importants que les pierres précieuses qu’ils cherchent tant d’acharnement. Malgré son dévouement, il n’a pu jusqu’ici que baptiser 3 personnes à l’article de la mort.
« Comme M. Merceur, M. Paquet attend le beau temps pour aller fonder un poste en vrai pays katchin sur les montagnes, au-delà de Mogok. Pour le moment, il s’occupe de grouper quelques néophytes que M. Herr baptisa autrefois et qui, depuis, ont été très néglisés. Il s’est installé au milieu d’eux dans un abri de fortune et travaille de tout cœur à compléter leur instruction et à attirer de nouvelles recrues. Enfin M. Cassan est allé développer une petite chrétienté katchine qui se forma, il y a plusieurs années, à quelque 50 kilomètres à l’est de Mogok. Il bâtit à l’endroit le plus central une maison qui lui servira simultanément de chapelle et d’école et se trouve heureux d’avoir enfin un petit chez soi. ― « Mes chrétiens, « écrit-il, bien qu’ayant été très négligés dans le passé, semblent meilleurs que mes anciens « paroissiens de Tinsing pour lesquels je m’étais tant dévoué. Leur nombre augmente « lentement. Dans beaucoup de familles plusieurs membres voudraient venir à moi, mais « tantôt ce sont des personnes très âgées, tantôt des bambins de 10 ans qui s’y opposent. « Toutefois, la mentalité semble évoluer peu à peu en notre faveur. Les païens se montrent « sympathiques, ils viennent souvent voir ma petite chapelle, et chaque dimanche, j’ai le « plaisir d’en remarquer plusieurs dans l’assistance à la messe. Lorsque la maladie ou les « malheurs viendront les visiter, dégoutés du culte des esprits, ils m’appelleront pour les en « débarasser. »
« II. ― Les Chins. ― MM. Audrain et Fournel, aidés de deux prêtres indigènes, s’efforcent de développer le poste qui a été établi, il y a 4 ans, chez ces sauvages. Ici aussi les progrès sont lents. Il faut longtemps pour transformer la mentalité d’un peuple aussi arriéré. Elle change cependant ; M. Audrain a été heureux de le constater en rentrant de France après un an d’absence. Leurs convertis sont encore dispersés n’ayant pas pu les grouper pour montrer aux indigènes l’inanité du culte des Nats (Esprits). Quand nous aurons réussi à avoir quelques-uns de ces groupes, l’évangélisation, semble-t-il, fera d’assez rapides progrès sur ces montagnes.
« D’autres part, le gouvernement ne s’est pas montré généreux à notre égard dans cette partie de la province, comme il l’a été ailleurs. Il a d’abord refusé de reconnaître nos écoles, et ne veut avoir que les siennes, afin de garder la stricte neutralité religieuse. N’est-ce pas précisément chez les Chins que le gouvernement devrait faire preuve d’un esprit moins absolu ? Il y aurait en effet, grand intérêt pour lui de voir ces peuplades moins sauvages ; il devrait donc favoriser les missions qui, peu à peu, feraient abandonner à ces pauvres gens le culte des esprits, dont ils ont une si terrible frayeur. Pour se les rendre propices, les habitants font à chaque instant des fêtes où ils dépensent tout ce qu’ils possèdent et parfois même ils doivent emprunter pour en payer les frais, d’où misère noire dans un grand nombre de familles. Si donc nous voulons avoir des écoles, nous devons en payer toutes les dépenses et, par surcroît, vêtir et nourrir les enfants ; et pour cela, faire venir de la plaine le riz qu’on ne peut trouver sur les montagnes.
« Un second obstacle vient de l’interdiction pour un Chin de céder un pouce de son terrain à qui que ce soit n’appartenant pas à sa race. Nous n’avons donc pas pu jusqu’à présent fonder de nouveaux postes, ni même bâtir, dans les villages principaux que les missionnaires visitent, une petite hutte pour pouvoir y habiter quelques jours. Les maisons de ces sauvages sont d’une malpropreté repoussante et n’ont qu’une pièce pour toute la famille ; les missionnaires ne peuvent donc pas décemment loger chez ces chrétiens, de sorte que leurs visites ne sont ni assez fréquentes ni assez prolongées pour faire tout le bien qu’on pourrait en attendre. Depuis trois ans le gouvernement nous promet de légaliser la question de l’acquisition de terrains dans le district ; après de nombreuses démarches, on m’a enfin promis qu’elle serait réglée prochainement.
« Lorsque je résolus, il a quatre ans, d’établir un poste sur les montagnes Chins, mon intention était de commencer par le nord, du côté de Falam, capitale de ce district, où, me disaient des amis bien renseignés, les habitants seraient plus faciles à convertir. J’étais prêt à partir dans cette direction quand des circonstances spéciales m’empêchèrent de mettre mon projet à exécution, et je dus me contenter de porter mes efforts dans la partie bien plus ingrate du sud ; je n’oubliai pas pour cela mon premier dessein. Une conversation que j’eus ensuite avec un officier supérieur du gouvernement me décida à tenter l’impossible pour pénétrer dans cette région-nord. Cet excellent homme me raconta qu’au cours d’une visite qu’il venait de faire à Falam, un groupe de Chins alla le trouver et l’un d’eux lui posa cette question : — « Est-il possible de devenir chrétien et de boire modérément des liqueurs alcooliques ? » Cette question n’était guère du ressort de l’officier anglais et l’intéressait peu. — « Je crois être un peu chrétien moi-même, leur répondit-il, et cependant j’aime bien prendre un verre de temps en temps. » — « Alors, reprirent les Chins, permettez à des missionnaires de venir nous enseigner une religion chrétienne qui nous donne la même permission. » — Les Anabaptistes sont dans ce pays depuis bientôt 40 ans, mais ils exigent de leurs adeptes l’abstinence totale de liqueur forte ; d’où leur peu de succès parmi les sauvages. Enfin, je réussis à pénétrer dans la région sans trop de difficultés. Pendant plus d’un mois, je parcourus ces montagnes escarpées avec M. Mainier et j’en rapportai la meilleure impression. La moisson me semble mûre et abondante. Quel dommage que les moissonneurs soient si peu nombreux. J’espère que le divin Maître saura en trouver.
« Au nord de la contrée des Chins se trouvent d’autres peuplades également très intéressantes, en particulier lesKuchis et les Nagas. Le territoire de cette dernière tribu n’est pas encore administré et absolument neuf. Aucun étranger n’a pu jusqu’à présent y pénétrer sans s’exposer à devenir une victime pour être immolée aux esprits, car ces sauvages pratiquent encore les sacrifices humains. Je viens d’apprendre de source autorisée que le gouvernement est décidé à occuper ce pays et à l’administrer. Il serait à souhaiter que nous puissions y arriver avant les protestants.
« III - Postes de la plaine. — M. Mainier travaille en compagnie de M. Andrew chez les Chins birmanisés, émigrés de leurs montagnes stériles dans la fertile vallée de l’Irawaddy. Ils se trouvent entourés de Birmans dont les bonzes voient de très mauvais œil le bon travail des missionnaires. Ceux-là ont eu des réunions fréquentes dans cette région et ont défendu à leurs adeptes toute communication avec les propagateurs de la religion catholique sous peine d’excommunication. L’un d’eux cependant a blâmé la conduite de ses confrères et à cause de cela a quitté la robe jaune pour aller étudier la religion chez M. Mainier. Les deux missionnaires ont chacun un petit groupe de chrétiens et de catéchumènes très fervents qui leur donnent beaucoup de consolations. Ils ont confiance que, la bourrasque passée, les conversions seront plus nombreuses.
« Les prêtres indigènes, auxquels presque tous les postes bien organisés sont confiés, ont administré avec zèle leur petit troupeau respectif. Les chrétiens dont ils ont la charge demeurent généralement très fervents ; mais leur nombre est resté stationnaire. Les bouddhistes qui les entourent forment comme un rempart pratiquement impossible à franchir.
« M. Joseph, à la cathédrale et M. Moindrot, à Maymyo, se félicitent de la bonne allure de leurs paroisses et des différentes œuvres. Tous deux ont en particulier établi un groupe de la Légion de Marie qui semble être le meilleur moyen pour propager l’Action catholique pratique dans les paroisses, dont les chrétiens sont disséminés dans tous les coins de la ville. M. Lafon se réjouit d’avoir pu réaliser le rêve qu’il caressait depuis longtemps ; celui de confier son orphelinat et sa paroisse aux PP. Salésiens de Saint-Jean Bosco. Ils se sont déjà mis à l’œuvre et les différents comptoirs de l’école industrielle qu’ils se proposent d’ouvrir à côté de l’école actuelle, commencent à s’organiser.
« Les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie continuent à se dévouer de tout cœur aux nombreux lépreux qu’elles hébergent. M. Collard qui dirige la léproserie est anxieux pour l’avenir. Le gouvernement paraissant se désintéresser de ce genre d’asile, le missionnaire se demande s’il ne diminuera pas l’allocation qu’il donne pour les lépreux.
« Je termine en remerciant Dieu pour toutes les grâces qu’Il nous a accordées pendant cette année ; je rends hommage au dévouement constant des confrères, des prêtres indigènes, des Frères des Ecoles Chrétiennes et des religieuses dans l’accomplissement de leur tâche. Enfin, je témoigne toute ma reconnaissance à nos bienfaiteurs et bienfaitrices. Que le divin Maître les comble de ses meilleures et très abondantes bénédictions ! »



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