Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1951
Pays: Birmanie
Mission: Mandalay
Rédacteur:Mgr Falière

II. — Mandalay


S. Exc. Mgr Falière regrette de ne pas pouvoir donner lé nombre exact des chrétiens de son Vicariat car, depuis que la Birmanie est en état de guerre civile, plusieurs missionnaires ont été dans l’impossibilité de lui envoyer leurs rapports.
« La Mission de Mandalay, écrit Son Excellence, doit en avoir environ treize à quatorze mille, pour une population totale de cinq millions d’habitants. C’est à peu près le même nombre mentionné lors de mon arrivée en Mission, il y aura bientôt quarante ans. Ce n’est pas très consolant, ou plutôt, ce serait décourageant, si pendant ce laps de temps le Vicariat de Mandalay n’avait transféré une bonne partie de son territoire à d’autres Missions, et perdu, de ce fait, de nombreux chrétiens. En 1925, en effet, les Etats shans du sud avec la subdivision de Pyinmana ont été cédés à la Mission de Toungoo. En 1936, ce fut une partie des Etats shans du nord qui passèrent à la Mission de Keng Tung. En 1937, un nouveau vicariat était érigé, celui de Bhamo, comprenant nos trois districts de l’extrême nord : Bhamo, Katha et Myitkyna. Enfin, cette année, la subdivision de Mogok, les Etats shans de Mong Myet et de Hsipaw et les Naga Hills ont été concédés aux Missions de Bhamo et de Keng Tung. En outre, depuis le jour où la Birmanie a acquis son indépendance, en janvier 1948, la plupart des Européens, des Anglo-Indiens et beaucoup d’Indiens ont jugé bon de quitter le pays et d’aller chercher fortune ailleurs, et parmi eux beaucoup étaient catholiques. Telle est la raison du petit nombre de chrétiens dans le Vicariat de Mandalay. D’autre part, les Birmans bouddhistes qui occupent la plus grande partie de la Mission, sont très difficiles à convertir ; seules les villes et les peuplades animistes qui habitent les montagnes nous fournissent quelques catéchumènes.
« La partie nord habitée par les Chins, ayant Tiddim comme centre, nous a donné cette année, à elle seule, deux cents baptêmes d’adultes, et ce chiffre, si petit qu’il paraisse, est pour nous très satisfaisant. C’est le district qui nous permet de concevoir les meilleurs espoirs ; aussi nous efforçons-nous de le développer en y envoyant en surplus un missionnaire, le P. Garot, arrivé récemment de France, et un prêtre indigène qui s’est trouvé libre après la cession de Mogok. Actuellement, les prêtres y seront au nombre de sept et leurs résidences principales seront échelonnées à une distance à peu près régulière les unes des autres, depuis l’extrême nord du pays chin, jusqu’à sa capitale Falam, de sorte que toute la subdivision de Tiddim et une partie de celle de Falam sont évangélisées. Il reste encore à nous installer dans la région de Falam et de Bakka, de beaucoup la plus étendue. L’installation des missionnaires y est encore bien primitive ; ils ont cependant à leur résidence principale une petite maison et une chapelle convenable pour y garder le Saint-Sacrement. Le P. Dixneuf, chef de ce district, écrit que tout va bien malgré les nombreuses difficultés qu’il rencontre, surtout de la part des anabaptistes américains et de certaines coutumes chins que les missionnaires n’ont pas encore pu supprimer. Les anabaptistes installés sur ces montagnes depuis plus d’un demi-siècle sont très mécontents de nous voir arriver dans la région ; aussi s’acharnent-ils contre nous. Ils ne cessent de répandre les plus grosses et stupides calomnies de toute sorte : on serait tenté de croire que le principal point de leur doctrine est de fomenter la haine contre les catholiques. Pour répondre à ces fausses accusations, le P. Dixneuf a l’intention de publier prochainement une feuille mensuelle et de la distribuer dans le pays.

« Une autre cause de grande difficulté pour le missionnaire est la question du mariage. Ce sont les parents qui décident du mariage de leurs enfants sans que ceux-ci soient consultés, d’où nécessairement, surgissent de gros ennuis pour les fiancés. S’ils refusent de contracter mariage, ils sont alors menacés de procès ou d’amendes, voire de mort, et il en est de même pour les néophytes qui osent déclarer au prêtre qu’ils se marient contre leur gré ; ainsi conçoit-on aisément combien les Birmans sont difficiles à convertir. Il arrive souvent aussi que le démon intervient à sa façon pour semer la terreur parmi les âmes de bonne volonté, et, ainsi, les empêcher de renoncer au paganisme pour devenir enfants de Dieu. Pour essayer de remédier à cet état de choses, le P. Dixneuf réunit de temps en temps les prêtres, les catéchistes et les maîtres d’école de son district pour une récollection spirituelle et pour étudier ensemble les moyens les plus efficaces de faire mieux comprendre aux Birmans la vraie doctrine de l’Eglise catholique, et ainsi les amener peu à peu à abandonner ces habitudes païennes fort déplorables dont je viens de parler.

« Dans le district du sud, le P. Fournel et le P. Jordan, son assistant, s’efforcent de civiliser leurs Chins beaucoup plus arriérés encore que ceux du nord. « Les pauvres Chins de cette « région, écrit le P. Fournel, sont à peu près au dernier degré d’abrutissement possible à un « être humain. En les voyant, le seul sentiment que je puisse éprouver à leur égard est la pitié : « pitié pour leur pauvreté sordide, leur ignorance complète, leur profonde misère physique et « morale ; comme les animaux, ils n’agissent guère que sous l’impulsion de l’instinct ou des « passions ; pitié enfin et regret de ne pas trouver chez eux l’ombre d’un minuscule idéal, le « moindre sentiment de l’honneur, si ce n’est, peut-être, celui de laver les injures dans le « sang. »

« Voilà bientôt vingt ans que nous travaillons chez les Chins, poursuit Son Excellence, et comme résultats quelques centaines de chrétiens seulement ; heureusement leur valeur compense un peu leur petit nombre. Le P. Mainier, qui vient de les visiter, l’a constaté avec plaisir ; ces chrétiens, dit-il, font vingt à trente kilomètres pour assister à la messe du dimanche.

« Nos deux confrères, convaincus que les écoles sont un grand moyen d’évangélisation, les multiplient selon les secours que peut leur allouer la Mission. Leurs écoles sont très fréquentées et obtiennent les meilleurs succès aux examens publics. Le premier Ministre birman, en inspection des écoles de la région, félicita chaleureusement le Père pour son excellent travail et les succès scolaires de ses élèves. Cela ne l’empêche pas de favoriser la propagande bouddhiste chez les Chins. Les bonzes y sont nombreux, on leur bâtit des pagodes, on ouvre des écoles, mais ils ne semblent pas animés d’un grand zèle pour travailler dans ce pays complètement sauvage ; ils se contentent plus volontiers de toucher la grosse somme qui leur est allouée. De leur côté, les Chins paraissent peu enthousiastes à suivre une religion dont les ministres ne cherchent qu’à faire le moins de travail possible, qu’à boire, à bien manger et se faire servir. Le P. Fournel, cependant, ne désespère pas : « Si mes Chine « sont des sauvages, écrit-il, ils ont bien quelque chose de bon. Avec la grâce de Dieu, nous « arriverons à les convertir un jour, peut-être dans un avenir très rapproché. Depuis la guerre, « beaucoup de villages nous demandent d’aller nous installer chez eux. Un chef me disait, il y « a quelque temps : « Père, je veux que tu viennes dans mon village pour nous apprendre à « vivre. » Je n’ai pu, hélas ! répondre à son désir, et pourtant la détresse de ce chef m’est allée « au fond du cœur. »
« Dans le sud comme dans le nord des montagnes chins, poursuit Son Excellence, les missionnaires se plaignent de voir leurs meilleurs jeunes gens les quitter, pour s’engager dans la police ou l’armée birmane, vers lesquelles ils sont attirés par esprit d’aventure et la haute paye qu’ils reçoivent. Dans la plaine, c’est le chaos complet. A peu près toute cette région, en dehors des villes, est occupée par les rebelles et les brigands. Seules, les grandes voies de communication sont un peu moins dangereuses pour les voyageurs. Il est possible, par exemple, d’aller de Mandalay à Rangoon par bateau, par la route et même par chemin de fer ; mais si l’on sait quand on part, on ignore quand on parviendra à destination et même si jamais on arrivera. Les rebelles, en effet, sont à l’affût et, très souvent, on apprend qu’ils ont fait sauter des trains, des camions, ou arrêté des bateaux. Ils se sont taillé des fiefs où ils règnent en souverains ; ils se battent parfois entre eux, mais s’entendent toujours pour combattre les troupes gouvernementales. Il est donc facile de concevoir combien la vie des pauvres gens et des missionnaires est pénible en un tel désordre, et combien la visite des chrétientés est difficile et dangereuse. Sans doute ni les insurgés en général, ni les communistes, n’attaquent les prêtres catholiques ; ils les laissent libres de prêcher, d’enseigner, et nos chrétiens peuvent pratiquer leur religion en toute liberté, mais d’autre part, nous sommes soumis à bien des vexations.

« Dans les villes, par contre, où il y a plus de sécurité, les prêtres peuvent remplir leur ministère normalement. Les écoles, les œuvres de bienfaisance sont en pleine prospérité. Les élèves du petit séminaire de Maymyo donnent toute satisfaction. Les retraites annuelles des missionnaires et des prêtres indigènes ont eu lieu comme à l’ordinaire.

« En somme, l’année aurait pu être plus mauvaise. Sans doute, les difficultés ne nous ont pas manqué, mais nous nous estimons heureux de n’avoir pas eu à souffrir comme nos confrères de Chine, de Corée et d’ailleurs. Nous en remercions la divine Providence et nous la prions de bénir nos bienfaiteurs, qui nous ont aidés à faire un peu de bien dans notre chère Mission de Mandalay. »



~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam