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Rapport annuel des évêques

Année: 1976
Pays: Birmanie
Mission: Birmanie
Rédacteur:Mgr Aloysius

Région de Birmanie


Mini-région de notre Société, la Birmanie ne compte plus comme M.E.P. que 8 missionnaires dispersés d’ailleurs an 3 diocèses : Mandalay, Rangoon et Bassein.


MANDALAY

Trois d’entre eux appartiennent à l’archidiocèse de Mandalay que dirige Mgr Aloysius U BA KHIN. Le P. Clovis MAINIER, vicaire général, est aussi curé de la paroisse birmane de Saint-Michel, une paroisse bien vivante, mais heureusement bien groupée, car son curé a encore la charge de la procure et de l’accueil à l’archevêché. C’est dire que le travail ne lui manque pas ; il tient vaillamment le coup, malgré des ennuis de santé. Un séjour à l’hôpital en juillet 1976 et une opération semblent l’avoir rétabli.

Son voisin, le P. Michel BLIVET, occupe le presbytère et conserve la chapelle de l’ancienne léproserie St-John ; il visite chaque jour les lépreux catholiques de l’asile aujourd’hui nationalisé par le gouvernement, à quoi il ajoute le village catholique birman en bordure de la route, de l’autre côté de la léproserie. Notre Père Michel n’a pas forte santé et ses chrétiens alarmés ont multiplié les neuvaines pour que Dieu leur garde leur pasteur. Puissent-ils être exaucés.
Dans le même diocèse, mais bien loin du centre de la mission, le P. Joseph MUFFAT reste fidèle à son poste de Lumbang sur les montagnes Chin. Dernier de nos missionnaires chins, il est très isolé de ses confrères : aucun étranger n’a l’autorisation de visiter les montagnes, les places sur les avions de Kalemyo sont difficiles à obtenir et la pénurie de pétrole ne frappe pas seulement les nations industrialisées, les cars et les camions sont incertains. Là encore, il faut savoir patienter, attendre. Malgré tant de difficultés, le P. Muffat, qui conserve un moral du tonnerre, a fortement structuré sa mission ; ses villages, proches et lointains, ont tous chapelle et catéchiste, les réunions du dimanche sont fidèlement observées. Au centre même, le P. Muffat a récupéré les bâtiments de son école, un temps nationalisée, et qui servent maintenant de salles de réunion aux multiples usages : recyclage des catéchistes, catéchismes des enfants et des catéchumènes, abri pour les malades venus de loin au dispensaire des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, qui aident en tout leur curé. La fête de Pâques 1976 a été particulièrement solennelle à Lumbang. Une cloche, de Savoie naturellement comme il convenait pour le P. Muffat, une magnifique cloche de 400 kilos, après deux ans de pénitence dans les magasins de la douane, était enfin parvenue à destination, et ses échos puissants appelaient tous les fidèles de la vallée du Manipour à venir célébrer la résurrection du Sauveur. Il s’agit maintenant de bâtir un clocher pour donner encore plus de champ à ses appels. Puissent les Chins répondre nombreux. La population augmente, et, en même temps, augmente l’émigration vers la plaine, surtout vers cette route de Tamu en plein développement. L’ennui, c’est que ce sont les jeunes hommes qui quittent la montagne ; c’est un problème auquel le P. Muffat réfléchit beaucoup mais sans entrevoir de solution.

RANGOON

Descendons au sud : Rangoon, l’autre archidiocèse de Birmanie, siège du gouvernement, capitale de la Birmanie, centre commercial ; étant donné que le pays manque de route et de chemin de fer pour ses exportations et importations, tout pratiquement doit venir par mer, et il se trouve que Rangoon est encore le seul et unique port ouvert au trafic.
Dans le delta, à quelque 65 miles de Rangoon, notre doyen d’âge, le P. Louis PHILIPPE, 83 ans, départ de 1922, sans un seul retour au pays, maintenant à la retraite dans son district de Kyaiklat, reste encore très actif. Son ambition est de reconstruire le bâtiment qui abrite les enfants de la mission, ces enfants auxquels il a toujours apporté un soin particulier cherchant parmi eux des sujets pour les séminaires. Sa recherche a été bénie du Bon Dieu, car nombreux sont les prêtres originaires de Kyaiklat qui travaillent aujourd’hui tant en Inde qu’en Birmanie.

Dans l’est, à 187 miles de Rangoon par rail, nous avons le P. Lucien BRUN, curé de la Ste-Famille de Moulmein. La population de la paroisse, comme celle de beaucoup de nos paroisses de ville, s’est réduite avec l’émigration des Anglo-indiens et autres vers l’Australie, l’Angleterre, les Etats-Unis ; mais Mgr Gabriel THOHEY en a fait le centre de la mission des Mons, une des ethnies les plus importantes du Ténassérim. C’est une population très bouddhiste, sympathique, et déjà de nombreux contacts ont été pris, mais il semble que les conversions en masse ne soient pas encore pour demain.

BASSEIN

Quittons la mission de Rangoon pour trouver le district de Bassein à l’ouest. Le P. Martin NARBAITZ dirige à Myaungmya, où il est installé depuis plus de 50 ans, le district le plus important de Basse-Birmanie. Avec un seul vicaire, il administre plus de 8 000 chrétiens, établis dans quelque 85 villages. Heureusement, il peut encore circuler sans trop de complications. Depuis longtemps déjà, la question de la division de ce district s’est posée, en fait dès avant la dernière guerre. La question est restée en suspens par manque d’ouvriers, mais l’évêque, Mgr Joseph MAHN ERIE, semble vouloir la mener à une solution sous peu. Myaungmya n’est pas seulement un centre chrétien très actif, elle est aussi le siège de l’école des catéchistes de langue birmane, où pratiquement toutes les missions de Birmanie envoient des sujets à former en un cours de deux années, et c’est le P. Narbaïtz qui dirige encore cette école, utilisant d’ailleurs ces élèves catéchistes pour enseigner chrétiens et catéchumènes, leur donnant ainsi une formation pratique.

Bien loin de là dans le nord, à plus de 100 miles de Bassein, le P. Olivier DUBROMEL, après avoir acheté terrain, bâti école, couvent, église et presbytère, s’est retiré sur place, laissant à un jeune prêtre le soin de ses chrétiens. Il va atteindre bientôt 76 ans, ses genoux le portent mal et ses yeux ont aussi beaucoup faibli, trop même pour qu’il puisse faire la tournée des villages à pied ou en charrette à bœufs ; il a généreusement tout abandonné à son successeur, se réservant une petite place derrière la sacristie, et il passe ses journées et une partie de ses nuits à prier. Il est heureux, sans autre désir que d’achever sa course dans ce coin où la Providence l’a placé en 1939.

C’est aussi au diocèse de Bassein qu’appartient le P. Robert OGENT, détaché provisoirement depuis bientôt 24 ans, comme régional à Rangoon. Il a la charge d’une petite paroisse où l’émigration a aussi laissé bien des vides. Les déplacements dans le pays sont difficiles ; c’est d’abord les permis à demander, mais comme rien n’est simple, il faut chaque fois plusieurs démarches ; ensuite, il est aussi difficile d’obtenir une place : avions, trains, bateaux ont diminué en nombre et la population a augmenté : un journal birman s’intitulait en 1932 « Les dix millions » ; les dix millions d’alors sont devenus aujourd’hui trente millions... Cela crée pour le gouvernement de nombreux problèmes : écoles, hôpitaux, alimentation en eau des villes qui se développent en vitesse, et aussi trafic des voyageurs à l’intérieur du pays.

Sans doute, le départ de nombreux jeunes missionnaires M.E.P. et autres, en 1966 (1) a causé des difficultés dont on se ressent encore : la plupart des districts n’ont qu’un seul prêtre au lieu de deux ou trois des années d’avant-guerre. Mais on constate une remontée : si les écoles ont été nationalisées, les séminaires ne l’ont pas été : chacune des neuf missions de Birmanie a son petit séminaire ; le grand séminaire commun, construit à Rangoon il y a vingt ans, compte à ce jour 62 élèves, de plus, pour suppléer au manque de prêtres, des écoles de catéchistes se sont ouvertes, dont l’école nationale du P. Narbaïtz à Myaungmya ; enfin, les frères et les religieuses qui ont perdu leurs écoles se sont reconvertis au service des paroisses, en ville et en brousse, assurant les catéchismes des enfants, animant la Légion de Marie partout florissante. Les chrétiens restent fidèles et pratiquent leur religion, le mouvement de conversions a peut-être ralenti ici et là, mais reste très fort chez les Chins et les Katchins. L’Eglise de Birmanie n’est pas une des Eglises du silence ; elle jouit de la liberté et continue l’œuvre de Dieu sans bruit.

Robert OGENT
Régional de Birmanie



(1) 30 missionnaires M.E.P., dont les âges s’échelonnaient de 32 à 45 ans, ne furent pas autorisés à rester en Birmanie (n.d.l.r.)



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