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Notice nécrologique

GRATUZE Camille Sébastien

M. GRATUZE

MISSIONNAIRE DE PHNOMPENH


M. GRATUZE (Camille-Sébastien), né le 7 février 1866, à Oles-et-Rhinodes (Rodez, Aveyron). Entré laïque au Séminaire des Missions-Etrangères le 17 septembre 1886. Prêtre le 28 septembre 1890. Parti pour le Cambodge le 26 novembre 1890. Mort à Montbeton le 9 septembre 1930.


Nous avons connu M. Gratuze aspirant-missionnaire à Paris et missionnaire au Cambodge, et nous pouvons lui rendre ce témoignage que tel fut l’aspirant, tel fut le missionnaire : pieux, réfléchi, fidèle au devoir, se dépensant vraiment sans compter ; il a gardé toute sa vie la ferveur du séminariste ; un confrère qui avait voyagé avec lui à bord d’un bateau disait à qui voulait l’entendre : « Quand on voit le Père Gratuze dire son bréviaire, on a l’impression de voir un saint !
Sous un dehors un peu froid et peu communicatif, M. Gratuze cachait une âme riche, toute à Dieu. Sa piété était simple, virile, et toute sa conduite inspirait l’estime.
Arrivé en Mission, il fut confié à M. Vauzelle pour étudier la langue annamite et se former au ministère. Si son manque d’oreille lui rendait pénible et lente l’étude de cette langue essen-tiellement chantante et harmonieuse, sa fermeté de volonté arrivait tout de même à triompher de l’obstacle, et il finit par acquérir le nécessaire pour se rendre utile aux âmes. Observateur avisé, il saisit plus rapidement l’organisme du ministère et la façon de traiter les indigènes, chrétiens et païens.
A la fin de l’année 1891, il fut nommé chef du district de Vinh-Loi et le resta jusqu’en 1900. Dès l’année suivante il fonda les chrétientés d’An-Hoa et de Cai-Bung, dont il prit un soin tout particulier dans la suite. Il rayonna beaucoup dans le voisinage, cherchant des âmes et guettant le moment de jeter son filet. Son travail était appuyé de prière et de mortification. On reproche quelquefois aux saints leurs saintes folies, sans savoir si elles n’étaient pas plutôt l’œuvre de la grâce que de la nature. C’est ainsi qu’on pourrait reprocher à notre saint confrère de ne s’être pas soigné suffisamment sous le rapport de la nourriture. Son régime était un peu trop frugal, comme en témoignent ceux des confrères qui allaient le surprendre chez lui sans avoir pu s’annoncer. C’est probablement à ce régime qu’il dut l’affaiblissement de sa santé et un premier retour en France pour chercher de nouvelles forces. Il y resta de 1900 à 1903.
A son retour il fut placé à Prektreng et eut comme étendue de district une partie de la providence de Kandal et toute la province de Takeo. Il ne changea rien à ses anciennes hahitudes, continua à vivre très pauvrement et à dépenser tout ce qu’il avait d’argent et de force pour asseoir solidement les chrétientés existantes et pour en fonder de nouvelles. Il avait deux vicaires qu’il visitait fréquemment pour les aider de ses conseils et de son crédit.
En 1908, il fut appelé à prendre la direction du district de Chaudoc. Il trouva des éléments nouveaux qui réjouirent son cœur sacerdotal, parce qu’ils allaient lui permettre de répandre quelque chose de sa vie intérieure dans des âmes capables de la comprendre et avides de la goûter. Il y avait sur sa paroisse principale, au chef-lieu, un orphelinat tenu par deux Sœurs françaises et huit indigènes, et l’hôpital provincial où il y avait également deux Sœurs françaises et quatre Sœurs indigènes de la Providence. Ce personnel religieux et les enfants de l’orphelinat étaient pour lui un précieux appui pour aviver la foi et les pratiques religieuses appui dans sa paroisse. Les fêtes étaient célébrées avec pompe, le salut du Saint-Sacrement était donné aussi souvent que le Directoire le permettait, même en semaine ; le Sacré-Cœur était à l’honneur les premiers vendredis ; les communions se multipliaient parmi les fidèles et les enfants étaient l’objet de soins spéciaux lors de la préparation à la réception des sacrements.
Mais ce travail ne l’absorbait pas au point de lui faire négliger les annexes ; il s’en occupa, au contraire, beaucoup. A Triton et à Thoi-Son, pays montagneux où la pierre ne manque pas, il construisit des chapelles en moëllons ; à Nui-Sam il fit tailler une grotte de Lourdes dans le roc de la montagne et l’enclava plus tard comme chœur de la nouvelle chapelle.
L’usure effrénée, qui sévit dans le pays et sème la misère, l’a toujours préoccupé. Pendant son séjour en France en 1900, il étudia l’organisme des caisses rurales, se proposant de les introduire dans la Mission. Sa situation à Chaudoc lui fournit la facilité d’en faire l’essai. Il en établit une au chef-lieu, d’où il l’étendit ensuite dans toutes ses chrétientés. Cette caisse rurale existe encore.
Mais le vaillant missionnaire, de constitution apparemment si robuste, était miné par le paludisme et anémié par la mortification. Un paralysie de l’épaule droite menaçait de s’étendre et le força à reprendre le chemin de la France, non sans avoir cherché guérison à la clinique Angier pendant assez longtemps.
Ceux qui ont soigné M. Gratuze durant les treize années de souffrances qu’il a vécues en France, peuvent parler de ce malade si édifiant, de cette victime si résignée que son Excellence Mgr de Guébriant appela « un des piliers de la Société ». Son évêque, qui le visita peu de jours avant sa mort, le trouva dans un état à la fois si douloureusement immolé et si saintement soumis à la volonté de Dieu qu’il lui arracha des larmes. Son héroïsme dans la souffrance n’avait d’égal que l’héroïque charité des personnes qui l’assistaient et le soignaient.
En France comme au Cambodge, M. Gratuze restait attaché à sa chère Mission. Il l’avait édifiée par sa vertu et par son activité pendant les 27 ans qu’il y avait passés ; éloigné d’elle, il continua à l’aimer et à la soutenir par ses souffrances et sa générosité. Après sa mort, son frère prêtre envoya encore un don de 1.000 francs de sa part. Et maintenant qu’il est au ciel, il nous aidera encore bien plus efficacement à étendre le règne de Dieu sur les millions d’âmes pour lesquelles il a tant prié et souffert.



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