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Notice nécrologique

DUQUET Jules Ernest

M. DUQUET

MISSIONNAIRE DU CAMBODGE


M. DUQUET (Jules-Ernest), né le 8 janvier 1871 à Combes-la-Motte (Besançon, Doubs), Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères le 3 octobre 1890. Prêtre le 1er juillet 1894. Parti pour le Cambodge le 21 novembre 1894. Mort à Saïgon le 18 mai 1935.


Jules-Ernest Duquet naquit d’une famille foncièrement chrétienne qui a toujours fourni des serviteurs dévoués à l’Eglise, soit dans le clergé séculier, soit dans le clergé régulier. Il était le sixième de douze enfants que Dieu accorda aux époux Duquet, et précédait de deux ans son frère Philippe qui devait le suivre dans la Mission de Phnom-Penh. L’abbé Janningros, curé de la paroisse, grand ami des Missions et oncle de Mgr Janningros, mort Coadjuteur du Vicaire Apostolique de Quinhon, discerna vite la vocation sacerdotale de Jules.

Au séminaire de N.-D. de Consolation, il n’eut pas que des bonnes notes pour la discipline à cause de ses espiègleries. Lorsqu’il était en seconde, son frère Philippe, auquel l’abbé Janningros avait enseigné les premiers éléments de latin et de grec, vint le rejoindre au séminaire. La douceur que leur causa la mort de leur frère aîné et de leur sainte mère assombrit la joie qu’éprouvaient Jules et Philippe d’être unis si intimement dans la même vocation sacerdotale. Le décès de Mme Duquet fut si subit, que les deux frères ne purent assister à ses derniers moments, ni recevoir la bénédiction de leur mère.

De Notre-Dame de Consolation, notre confrère entra au séminaire de philosophie à Vesoul où sa vocation pour les Missions ne fit que s’affermir davantage. En 1890, Jules fut admis au Séminaire des Missions-Étrangères. Lorsque quatre ans plus tard, son frère Philippe fera sa demande d’admission, M. Delpech, Supérieur du Séminaire à cette époque, lui écrira : « Vous serez le bienvenu parmi nous. Votre excellent frère vous a préparé une bonne place par la pleine et entière satisfaction qu’il a toujours donnée sous tous les rapports. Vous n’aurez qu’à marcher sur ses traces. » Ce témoignage du Vénéré Supérieur nous dit ce que furent les trois années que Jules passa au Séminaire. Un événement extraordinaire vint interrompre ses études théologiques. La loi de 1889 obligeant tous les ecclésiastiques au service militaire entrait en vigueur. Jules se présenta crânement en soutane à la caserne du 109e Régiment d’Infanterie à Chaumont.

Il fut ordonné prêtre le 1er juillet 1894 et destiné à la Mission du Cambodge. En revenant de faire ses adieux à sa famille, il amenait avec lui son frère Philippe récemment admis. La séparation fut dure au cœur du bien-aimé père, qui souffrait encore en silence et en bon chrétien de la mort de Mme Duquet et de ses trois enfants. Il vécut dans l’espoir de revoir un jour ses deux missionnaires et mourut à l’âge de 79 ans sans avoir vu se réaliser ses espérances sur cette terre. La cérémonie du départ eut lieu le 21 novembre et notre confrère nous arrivait le 22 décembre 1894. A Saïgon, M. Mossard, son compatriote, futur évêque de Saïgon, le reçut à bras ouverts, lui fit visiter la ville, les œuvres et en particulier l’Institution Taberd où quelques années auparavant avait professé un enfant de Combes-la-Motte, M. Ludovic Balanche.

Mgr Cordier l’envoya d’abord apprendre l’annamite auprès du bon et pieux M. Pianet. M. Duquet ne se contenta pas d’étudier l’annamite, mais encore s’initia à la langue chinoise. Au commencement de 1896, son supérieur l’envoya à Somrong pour y faire ses premières armes, et profita du contact des Cambodgiens pour acquérir la connaissance des premières notions de la langue khmère, voulant ainsi se mettre en état de rendre tous les services possibles dans sa Mission. A la fin de l’année, il fut mis à la tête du district de Bâc Liêu qu’il dirigea jusqu’à sa mort. En 1897, il eut la joie d’aller recevoir son frère à Saïgon ; il l’emmena à Bâc Liêu, lui fit visiter tout son district avant d’aller le présenter à Mgr Grosgeorges. En 1899, M. Philippe Duquet fut nommé à Cântho : désormais les deux frères pourront se voir assez souvent, se communiquer leurs peines, leurs consolations et s’entr’aider.

Bâc Liêu ne possédait qu’une petite chapelle couverte en paille et un peu éloignée du centre urbain. M. Duquet put acquérir un terrain plus central et y construire une église en briques. Ses débuts d’architecte ne furent pas heureux. Il confia l’exécution de son plan à un entrepreneur chinois. La charpente du toit étant déjà posée, il crut pouvoir se permettre une petite absence et en profita pour aller voir M. Brun à Sôc trâng. Actuellement les 57 kilomètres qui séparent les deux chefs-lieux se font en une heure d’auto. A ce moment-là, on partait de Bâc Liêu en chaloupe à 6 heures du matin pour arriver à Sôc trâng vers une heure de l’après-midi. Il resta une journée avec son confrère. De retour, en arrivant à Bâc Liêu, quel ne fut pas son étonnement de ne plus voir son église en construction émerger au-dessus des paillotes environnantes. Hélas ! elle était à terre ! Le Chinois avait mis toutes les tuiles sur le même côté du toit, et leur poids avait emmené avec lui et la charpente et les murs. M. Duquet ne se découragea pas ; il recommença et fut cette fois un peu plus heureux. Je dis « un peu plus heureux », car au typhon de 1900, sa nouvelle église fut encore renversée de fond en comble. Avec la ténacité des montagnards, il rebâtit son église une troisième fois, mais avec plein succès. Il confia aux religieuses annamites de la Providence de Portieux l’école paroissiale et l’œuvre de la Sainte-Enfance, qui recueille tous les ans trois à quatre cents enfants abandonnés. Sa résidence en bois sur pilotis menaçant ruine, il se décida à la remplacer par une maison en briques avec étage.

Tout en s’occupant de Bâc Liêu, M. Duquet développait les autres chrétientés. Il aida son vicaire devenu quasi-curé de Nangren et de ses conseils et de ses talents d’architecte, contribuant ainsi à doter le poste d’une église, d’un presbytère, d’un couvent de religieuses annamites et d’une école de garçons et de filles, tenue par ces mêmes religieuses. L’église de Rach Nha près de Câmau est encore son œuvre.

Lorsque l’Administration française eût creusé le canal de Bâc Liêu à Câmau et établi sur le déblai de ce canal une route, M. Duquet réussit à la jalonner de plusieurs chrétientés. Les voies de communication devenant plus nombreuses et plus faciles, notre confrère se procura aussitôt une motocyclette pour satisfaire aux besoins spirituels de ses chrétientés. Un accident qui, heureusement fut sans gravité, lui fit comprendre que ce moyen de locomotion était trop dangereux dans ce pays. Aussi à un jeune missionnaire auquel on en offrait une, il conseillait : « Avant d’accepter la moto, trouvez-vous une tête de rechange, sinon n’acceptez pas ! »

L’administration des chrétientés n’absorbait pas toute son activité. Il était heureux lorsque les missionnaires ou les prêtres indigènes mettaient à contribution ses talents d’architecte. Les Européens, les colons, surtout appréciaient sa longue expérience des choses du pays. L’un d’eux disait de lui après sa mort : « Les conseils du Père me feront bien défaut ; je n’ai jamais eu à regretter d’avoir suivi ses avis. » En 1919, il célébra ses noces d’argent sacerdotales. A cette occasion, il put se rendre compte de la place qu’il occupait dans le cœur de la population non seulement chrétienne, mais païenne. Pendant les trois jours qui précédèrent la fête, ce fut un défilé ininterrompu de visiteurs : Annamites, Chinois, chrétiens et païens. Tous ceux qui avaient bénéficié des bontés du Missionnaire étaient heureux de lui témoigner leur reconnaissance. A sa mort, un article nécrologique paru dans un journal local, lui faisait presque le reproche d’avoir été trop bon. En effet, notre confrère ne savait refuser aucun service. Dieu, la bonté même, ne lui aura pas fait ce reproche à son tribunal.

En 1926, son frère Philippe alla demander au bon climat de France de lui rendre la santé. Arrivé à Colombo, il dut être débarqué, et pendant un mois de soins assidus, il reprit suffisamment de forces pour continuer le voyage jusqu’à Marseille où il mourut quelques jours après son arrivée. Cette mort affecta beaucoup notre confrère. Aussi, l’année suivante, atteint de diabète, les Docteurs lui conseillèrent de rentrer en France. Lorsqu’il revint parmi nous, nous ne tardâmes pas à nous apercevoir que ses forces déclinaient. Il avait projeté l’agrandissement de son église, mais il se rendait compte lui aussi que ses jours étaient comptés et qu’il ne pouvait plus mettre son projet à exécution.

A partir de 1934 le diabète l’affaiblissait de plus en plus et les rhumatismes lui rendaient la marche si difficile qu’il dût plusieurs fois s’abstenir de célébrer la sainte messe. La vue elle-même de plus en plus mauvaise ne lui permettait plus la récitation de son bréviaire. Au début de l’année 1935, une seconde crise lui fit prévoir que sa fin était proche. Aussi le voyait-on constamment égrener son chapelet, confiant ses derniers jours à N.-D. de Consolation qui avait veillé sur ses jeunes ans. Au mois de mai une troisième crise se déclara. Le docteur lui conseilla de tenter une chance de guérison en descendant à la clinique Angier à Saïgon. Cette proposition ne lui souriait guère, car il aurait préféré mourir au milieu de ses chrétiens pour lesquels il s’était dévoué pendant 39 ans ; il accepta le sacrifice demandé. En entrant à la clinique, il dit à la Révérende Mère Supérieure : « Je viens mourir chez vous ». Les Sœurs pensaient que la fatigue causée par un long voyage s’atténuerait ; mais il fallut bientôt se rendre à l’évidence. Il réclama lui-même les derniers sacrements que lui administra M. Soullard. Le samedi 18 mai, il commença à voix basse le chemin de croix des malades, qu’il faisait fréquemment depuis l’aggravation de sa maladie. La prière « Adoramus te, Christe » fut la dernière qu’il prononça. A dix heures il rendait paisiblement son âme à Dieu.

La dépouille mortelle de notre regretté confrère revêtue des ornements sacerdotaux fut transportée au séminaire de Saïgon où un groupe de ses chrétiens venus de Bâc Liêu assura la veillée funèbre. L’enterrement eut lieu le lendemain dimanche dans la soirée. S. Exc. Mgr Herrgott présida les Vêpres des Morts, chantées par les séminaristes. M. le Gouverneur de la Cochinchine s’était fait représenter. Tous les confrères et prêtres indigènes du voisinage l’accompagnèrent au cimetière d’Adran ; plusieurs colons de la province de Bâc Liêu avaient tenu à faire un long voyage pour venir témoigner par leur présence l’estime qu’ils avaient pour M. Duquet.


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