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Rapport annuel des évêques

Année: 1882
Pays: Cambodge
Mission: Cambodge
Rédacteur:Mgr Cordier

Cambodge.

L’épreuve qui frappe la Cochinchine occidentale atteint également le Cambodge et, en réduisant les Missionnaires à la pauvreté sans diminuer leurs charges, leur fait une situation d’autant plus pénible que non seulement elle empêche leurs œuvres de se développer, mais en compromet encore gravement l’existence. Cependant, Dieu met toujours la consolation à côté de l’épreuve, et nos Confrères du Cambodge en ont fait cette année l’heureuse expérience. Les obstacles qui, depuis longtemps, s’opposaient à la nomination d’un Vicaire apostolique, ayant disparu , le Saint-Siège a daigné répondre au vœu des Missionnaires et honorer la personne de leur vénéré Supérieur en lui conférant le caractère épiscopal .
A cette première bénédiction, Dieu en a accordé une autre, toujours bien douce au cœur de l’ouvrier apostolique, celle d’une moisson abondante : le chiffre des baptême d’adultes s’est élevé cette année à 1,045 et l’avenir apparaît plein d’espérances.
Après avoir parcouru toute sa Mission et en avoir visité les divers postes, Mgr Cordier nous donne quelques détails sur plusieurs districts qui se recommandent plus particulièrement par les résultats et les besoins que Sa Grandeur y a constatés.
« Je commence, écrit le Prélat, par le district de Cai-quanh qui est tout à fait à l’extrémité sud de la Mission . Il embrasse, dans sa vaste étendue, les arrondissements de So-trang , de Bac-lieu et une partie de celui de Rach-Gia . Les huit chrétientés qui le composent comptent 1,620 chrétiens, et sont disséminées sur toute cette vaste étendue. Pour passer de celle de Cai-Sach qui est sur les bords du Bassac à celle de Camau, il faut au moins cinq jours de barque. Des arroyos qui assez souvent sont à sec, et dont les bords, couverts de palmiers, servent de refuge aux tigres, aux caïmans, aux serpents, etc., sont la seule voie de communication . Le cher M. Derval, qui a l’administration de ce district éloigné, obligé d’être presque toujours en voyage pour les besoins spirituels des chrétiens, est exposé à toutes sortes de privations. Souvent il n’a pour étancher sa soif qu’une eau sale et saumâtre. Je crains beaucoup pour la santé de ce cher Confrère. Ah ! que je désirerais pouvoir lui venir en aide. Certes, plusieurs Missionnaires ne manqueraient pas ici de travail . Vous en jugerez par ce que M. Derval m’écrit de Cai-Sach, nouvelle chrétienté composée de 52 Cambodgiens qu’il a eu la consolation de baptiser au mois d’août dernier.
« La moisson est loin d’être terminée. Les premières gerbes sont à peine dans le grenier. « J’ai en ce moment une liste de trente et une familles qui me demandent à se faire « chrétiennes. Trop de lenteur peut tout perdre. J’ai des espérances semblables de divers côtés. « Les principaux notables de Tong-Oan m’ont fait de très belles avances. D’autres Chinois « établis à Tra-Nho sont venus au nombre de seize familles, me chercher jusqu’à trois fois. « Mais, convaincu de mon insuffisance en face de tant d’ouvrage, j’ai fait la sourde oreille en « attendant des temps plus heureux . »
« Passons au district de Goi-Trabec. Il est bien loin, car il se trouve à l’est du royaume du Cambodge, près des frontières de la Cochinchine française. Bien qu’il n’ait que deux ans d’existence, nous y trouvons quatre chrétientés, qui depuis l’année dernière se sont grandement développées . Celle, surtout, dans laquelle réside ordinairement le Missionnaire, m’a frappé par l’extension qu’elle a prise depuis ma dernière visite. Alors on n’y voyait que quelques cases, autour de la cabane bien pauvre qui servait de logement au cher M. Lavastre. Aujourd’hui, elles sont groupées en assez grand nombre pour former un village de 300 âmes ; plus des deux tiers de leurs habitants ont déjà été régénérés dans les eaux du baptême.
« De Goi-Trabec, où nous sommes, il nous est facile, en ce moment, grâce à l’inondation dont les eaux couvrent presque toute la surface du Cambodge, de nous rendre au Grand Fleuve (Mè-Không). Il est vrai que je pourrais me dispenser de vous le faire visiter, puisque les lettres de notre cher Confrère, M. Lazard, vous ont renseignés sur ce qui s’y passe. Néanmoins, il est bon que nous y fassions une excursion avec lui. Les détails qu’il nous donnera sur cette partie de la Mission, nous seront d’autant plus agréables qu’ils intéressent davantage la gloire de Dieu et le salut des âmes. Laissons-le parler :
« Le Grand Fleuve, c’est l’avenir avec les plus belles espérances. Deux Missionnaires y « trouveraient de quoi exercer leur zèle, soit auprès des Annamites qui y sont établis en grand « nombre, soit auprès des Chinois que j’ai trouvés en plusieurs endroits, bien disposés à « embrasser le Christianisme. On y compte en ce moment quatre chrétientés : à savoir : celle « de Ca-su-tin qui semble prendre une nouvelle vie, celles de Prec-Treng et Sang-Khê qui ne « font que de naître. Quoique ces chrétientés ne comptent pas encore un grand nombre de « néophytes, néanmoins elles ont de l’avenir, elles peuvent se développer et devenir « florissantes. Ainsi à Sang-Khê, il n’y a actuellement, il est vrai, que 23 nouveaux chrétiens, « mais on y compte aussi cent catéchumènes qui étudient la doctrine et se disposent à recevoir « le baptême, et un grand nombre de païens qui, à leur tour, ouvriront les yeux à la lumière et « se convertiront.
« Tout en donnant ses soins à ces quatre chrétientés, le Missionnaire qui en serait chargé « pourrait en établir une à Chelong , où une trentaine de Chinois ont déjà construit une maison « de prières et une habitation agréable pour le Prêtre ; une autre au-dessus de Prà-Sâp, où il y « a huit familles chrétiennes et beaucoup de paiens bien disposés ; une troisième enfin à Khe-« Nhôn, où des Annamites qui m’ont demandé à se faire chrétiens, ont déjà bâti une chapelle, « etc. »
« Maintenant que nous connaissons le bien qu’il y a à faire sur le Grand-Fleuve, transportons-nous dans les provinces de Battambang et d’Angcôr. En passant, nous jettons un coup d’œil sur celle de Poursat . Trois chrétientés se trouvent dans cette partie de la Mission: celle de Sang-Khê est composée de Cambodgiens et de quelques rares descendants de Portugais, au nombre de 265 ; je n’ai pas à vous en parler, elle ne vous est pas inconnue, car elle est ancienne ; celles de Sach-Poung et de Long-Sa sont nouvelles, je tiens à ce que vous fassiez un peu connaissance avec elles .
« La première est située sur la rivière de Battambâng , à deux heures de celle de Sang-Khê, elle n’a pas encore un an d’existence, et ne compte que 72 chrétiens annamites. Ces pauvres gens établis sur un terrain fertile, mais couvert par la forêt, sont occupés à en abattre les arbres pour les remplacer par des plantations et des champs de riz . Avec la bénédiction divine, leur nombre s’accroîtra bientôt . La seconde, celle de Long-Sa , est dans la province d’Angcôr sur la rivière de Tuc-Chô, bien loin des deux autres. Des 110 chrétiens qui la composent, 42 ont reçu le baptême dans le courant de cette année. Cette chrétienté naissante, établie sur un terrain vaste et fertile, a tous les éléments de prospérité. Que le Seigneur daigne ouvrir les yeux et toucher le cœur des 500 à 600 païens annamites qui demeurent sur le bord de la rivière, opposé à celui que ces néophytes ont défriché et mis en culture !
« Pour se développer et prospérer, les trois chrétientés dont je viens de parler auraient besoin des soins assidus du Missionnaire. Malheureusement, le cher Confrère qui en a l’administration ne peut, à cause de la trop grande distance qui les sépare du lieu où il réside, leur faire qu’une visite ou tout au plus deux dans une année. Si le nombre des ouvriers évangéliques me le permettait, j’en placerais immédiatement deux dans ce pays, et certes, ils n’y manqueraient pas de travail ; ils pourraient employer le temps libre que leur laisserait l’administration des trois chrétientés existantes, à évangéliser les nombreux émigrés annamites qui se trouvent sur les bords de la rivière de Poursat, où ils forment des villages, et sur plusieurs points de la province de Battambang . Je suis sûr que parmi eux la bonne semence germerait et produirait des fruits abondants de salut .
« Au mois d’août dernier, les orphelinats et les hôpitaux de la Mission ont fait une grande perte en la personne de la Sœur Isabelle. Cette sainte religieuse qui les dirigeait avec beaucoup de prudence et de sagesse, a été enlevée par le choléra. Ce fléau a déjà fait nombre de victimes dans la Cochinchine francaise et au Cambodge. Que Dieu daigne l’éloigner de nous ! »



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