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Rapport annuel des évêques

Année: 1883
Pays: Cambodge
Mission: Cambodge
Rédacteur:Mgr Cordier

Cambodge.
1883

Cette Mission, voisine de la précédente, outre les mêmes obstacles généraux contre lesquels elle a à lutter, se trouve en butte à des difficultés toutes spéciales, provenant soit de l’étendue de son territoire (tout le royaume de Cambodge, plusieurs provinces siamoises, autrefois cambodgiennes, et le tiers environ de la Cochinchine française), soit de la diversité des races qui l’habitent, et, par le fait même, de la multiplicité des langues qui y sont en usage. On y ren-contre des Annamites, parmi lesquels la Mission compte la majorité de ses chrétiens, des Cambodgiens, des Chinois de plusieurs dialectes, des Malais, des Chams (anciens ha-bitants du Ciampa), etc.., etc.
Malgré ces obstacles, les Missionnaires n’ont pas obtenu cette année-ci moins de 865 baptêmes d’adultes, et, hâtons-nous de le dire, il y a des espérances fondées de conversions encore plus nombreuses dans un avenir prochain.
Les détails que nous possédons ne concernent que quel-ques districts et quelques œuvres particulières ; mais, quoi-que l’intérêt qu’ils présentent fasse regretter l’absence de renseignements par rapport aux autres districts, ils suffiront, nous en avons l’espoir, pour que l’on puisse apprécier la marche progressive de la Mission.
L’immigration des Annamites et des Chinois au Cam-bodge s’accroît tous les jours, et offre désormais un vaste champ au zèle des Missionnaires.
Les rives du Mékong, à partir de Pnom-pênh on remon-tant vers le Laos, étaient encore, il y a quelques années, à peu près incultes et sauvages. A part quelques centres un peu plus populeux, à peine rencontrait-on, de loin en loin, un petit hameau sans importance. Maintenant, à partir de Noka-kong, un peu au-dessus de Pnom-pênh, jusqu’à la province de Chelong, de nombreux émigrés annamites ont établi leurs demeures. Ils n’ont encore pour abris que de misérables huttes, et vivent bien pauvrement au jour le jour. La pêche ou la coupe des bois de la forêt est jusqu’ici leur principale in-dustrie. Isolés et sans appui, ils se tournent volontiers vers le Missionnaire, comme vers un protecteur, pour échapper à l’oppression des Cambodgiens et des Chinois, au milieu des quels ils sont établis, et l’absence complète de tout fanatisme religieux les dispose sans effort à embrasser notre sainte religion. C’est dans ces conditions que le P. Lazard, seul chargé de toute cette partie du Grand Fleuve, avait déjà réussi l’année dernière à établir plusieurs petites chrétientés. Nous avons la joie d’annoncer qu’elles deviennent de jour en jour plus prospères.
Les Annamites ne sont pas les seuls sur lesquels le Mis-sionnaire chargé de ce district trouve à exercer son action ; les Chinois paraissent aussi de leur côté bien disposés à recevoir la bonne nouvelle. Ceux-ci sont échelonnés sur les deux rives du Mékong, et dans les îles nombreuses qu’il forme, depuis Pnom-pênh jusqu’au Laos. Les uns sont cultivateurs, et font des plantations de coton, d’indigo, de tabac, de sésame, etc. ; les autres s’occupent de commerce. Tous à peu près sont fixés en ces lieux et vivent on famille. Ils paraissent généralement bien disposés à l’égard du Missionnaire, et plusieurs ont spontanément demandé, à diverses reprises, qu’on leur envoyât un prêtre pour les instruire.
A Phum-themey, dans la province de Chelong, quelques-uns d’entre eux déjà chrétiens, venus d’un peu partout, ont construit une petite chapelle, où ils se réunissent pour réciter leurs prières en commun ; beaucoup de leurs com-patriotes encore païens ont subi l’influence de leur cha-rité et de leurs bons exemples, et ont commencé à étudier la doctrine, sans le secours de prêtres ou de catéchistes. Mgr Cordier, qui joint à la connaissance de plusieurs idiomes celle du chinois, étant allé les visiter et célébrer la fête de la Pentecôte au milieu d’eux, les catéchumènes en profitèrent pour demander avec instance la grâce du baptême. Leur instruction religieuse laissait malheureusement encore à désirer ; c’est pourquoi Monseigneur se vit obligé de la leur différer ; mais il leur promit de revenir lui-même on personne, dès qu’il le pourrait, pour les préparer et les mettre en état de recevoir le sacrement de la régénération.
Ce mouvement des Chinois vers notre sainte religion se fait remarquer encore sur divers autres points de la Mission.
Un lettré, demeurant à Tuc-Vit, sur la rivière Sau, s’est rendu de lui-même à Pnom-pênh, pour demander à se faire chrétien. Mgr Cordier lui remit aussitôt un catéchisme en caractères chinois. Après l’avoir feuilleté, il se retira en disant : « Je vais engager mes compatriotes, qui sont nom-breux dans l’endroit que j’habite, à étudier la doctrine avec moi, et, lorsque nous la connaîtrons, je reviendrai avec eux. »
A Luc-Son, qui se trouve sur les confins du Cambodge et de la Cochinchine française, non loin de la mer, les Chinois se livrent en nombre fort considérable à la culture du poivre. Beaucoup d’entre eux ont témoigné pareillement d’excellentes dispositions, et n’attendent pour se convertir que l’envoi de catéchistes qui puissent les instruire.
Mentionnons encore le district et les œuvres du P. Joly, sur lesquels nous sommes heureux de posséder quelques détails précis. Cet immense district, de création récente, comprend, outre les provinces de Châu-Dôc et Ha-tiên, tout le littoral du Cambodge, l’île de Phu-Quôc et les nombreux îlots situés vis-à-vis de ces parages.
A la suite de funestes circonstances, qu’il n’entre pas dans notre plan de passer on revue, de nombreuses ruines spiri-tuelles s’étaient amoncelées. Les survivants d’anciennes chrétientés étaient, depuis de longues années, dispersés au milieu des païens et avaient abandonné complètement la pratique de la religion. A peine arrivé dans son nouveau district, le P. Joly s’est mis vaillamment à l’œuvre, et il a été assez heureux pour ramener déjà, dans le courant de cette année, un grand nombre de ces infortunés à des senti-ments meilleurs.
Le bon Dieu a en outre béni ses efforts, en lui accordant une cinquantaine de baptêmes d’adultes, et la conversion de plusieurs familles d’origine cambodgienne. Cette race, jus-qu’ici si réfractaire à l’action du christianisme, paraît se laisser définitivement entamer par le zèle des Missionnaires.
L’année dernière, nous constations avec joie le magnifique résultat de 52 Cambodgiens baptisés par le P. Derval. Cette année-ci, c’est le tour du P. Joly. Voici ce qu’écrit ce cher confrère à ce sujet : « Lors de mon dernier voyage à Ta-Kéo, cinq familles cambodgiennes se sont fait inscrire comme catéchumènes ; elles demeurent à une demi-journée à cheval de Ta-Kéo. Je suis allé les voir chez elles, et elles m’ont paru des mieux disposées.
« Au mois de septembre dernier, la bonne Providence m’a envoyé quelques familles nouvelles de catéchumènes cam-bodgiens. En parcourant un groupe de montagnes, distant de Châu-Dôc d’un jour et demi environ, tout peuplé de Cambodgiens, ces braves gens m’ont invité à aller chez eux, et m’ont dit qu’ils voulaient se faire chrétiens. La plupart de ces catéchumènes habitent sur le territoire cambodgien. L’endroit où doit être bâtie l’église est déjà fixé, et plusieurs familles consentent à venir s’y établir. Trois d’entre elles y ont même déjà transporté leur demeure.
« En ce moment, 23 octobre, je loge chez moi deux jeunes Cambodgiens de vingt ans environ ; un d’entre eux étudie les prières fort vite, et commence à comprendre les premiers éléments de la doctrine chrétienne.
«... J’espère aussi pouvoir ramener une nombreuse famille cambodgienne d’origine portugaise, qui a abandonné la religion depuis plusieurs générations. »
Nous saluons avec bonheur ces heureux résultats, comme pouvant être le prélude du réveil et de la restauration de cette glorieuse race Khmer, qui s’est abâtardie sous la malsaine influence du bouddhisme, et qui finirait par disparaître un jour, absorbée par la race annamite, si le christianisme ne venait lui infuser une nouvelle vitalité.
Aussi applaudissons-nous de grand cœur à la résolution prise par Mgr Cordier de consacrer, dès qu’il lui sera pos-sible, à cette œuvre des nouvelles chrétientés cambodgiennes, de même que pour les chrétientés chinoises, des Mission-naires spéciaux ambulants, qui s’occuperont exclusivement d’elles, et de créer ainsi, dans l’intérieur des districts anna-mites déjà existants, de nouveaux districts indépendants pour les chrétiens de race et de langue diverses.






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