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Rapport annuel des évêques

Année: 1885
Pays: Cambodge
Mission: Cambodge
Rédacteur:Mgr Cordier

Cambodge. 1885

Populationcatholique 16.101
Baptêmes de païens 572
Baptêmes d’enfants de païens 765

La mission du Cambodge qui depuis longtemps jouis-sait du calme le plus complet, a été cette année profon-dément troublée.
Le 17 juin 1884, le gouverneur de la Cochinchine, M. Thomson, conclut avec le roi Norodon Ier un traité par lequel ce dernier cédait à la France la souveraineté du royaume de Cambodge, déjà placé sous notre protectorat depuis 1863.
La révolte ne répondit pas à cet acte de conquête ; mais elle se prépara en silence.
Au mois de février, des bandes nombreuses de rebelles commencèrent à parcourir le pays, pillant et ravageant tout sur leur passage, mais s’attaquant principalement aux villagès chrétiens.
Notre cher confrère, M. Guyomard, fut la première victime des brigands. Dans l’article nécrologique que nous lui avons consacré, nous dirons comment il a eu l’honneur de verser son sang pour la cause de Dieu et de la France. Les six chrétientés, Tra-Ho, Bassac, Son-Doc, Bung-Trai, Tra-Loc et Som-Rang qui formaient son district, ont été complètement ravagées.
La paroisse de Ba-Nam a eu douze maisons brûlées et n’a dû son salut qu’à la bravoure de ses chrétiens qui ont repoussé plusieurs assauts ; une chrétienté de ce district, Tra-Bec, a été incendiée et dix chrétiens mis à mort.
Les quatre chrétientés de M. Pianet ont été en partie détruites.
M. Lazard est parvenu à sauver ses chrétiens à force de zèle et de patience. Au-dessus de Pnom-Penh, en face de Mot-Kresar, sa paroisse, il fit construire un radeau au milieu du fleuve large de 1.500 mètres, et s’y réfugia avcc les fidèles.
Le district de M. Bouchut fut presque entièrement ravagé par un ancien bonze devenu chef de rebelles.
A l’ouest, dans le district de Chau-Doc, confié à M. Joly, les chrétientés de Luc-Son, Ta-Keo et Copram, ont été abandonnées par les fidèles et en partie détruites.
Telle était, à la fin du mois de mars, la situation de la mission du Cambodge. Heureusement les troupes françaises réussirent assez promptement à pacifier le pays, et nos confrères se sont immédiatement mis avec ardeur à réunir leurs chrétiens dispersés, à relever les ruines et à réparer les désastres accumulés par les rebelles. La chose présentait de sérieuses difficultés, car de temps à autre, des bandes, vaincues à plusieurs reprises, apparaissaient de nouveau, ravageaient quelques villages et s’enfuyaient, allant porter sur un autre point l’incendie et la mort. Cependant, grâce à Dieu, nos confières ont réussi à refor-mer la plupart des chrétientés du nord. Vinh-Phuoc, Xoai-Doi, Qui-Da, Préc-Trong, sont presque entièrement rétablies ; celles de Nom-Lich, Phlou-Treg et Neal-Thôm, commencent à renaître de leurs cendres.
« Je n’ai pas, écrit Mgr Cordier, la consolation de pou-voir en dire autant des six chrétientés qui composent le district du regretté P. Guyomard. J’y ai envoyé mon pro-vicaire, qui dans son rapport me donne bien à comprendre que le moment de travailler à les reformer n’est point encore venu. Ceux des 600 néophytes de ce district qui ont pu se soustraire, par la fuite, à la fureur de leurs en-nemis, et heureusement c’est l’immense majorité, sont aujourd’hui disséminés de côté et d’autre. Dieu veuille que sollicités par leurs parents païens ils n’abandonnent point la religion. »
Par suite de difficultés spéciales, les chrétientés situées dans la partie occidentale de la mission, aux environs de Ha-Tien, ne sont pas encore rétablies, mais nous avons l’espoir fondé que dans un bref délai, le zèle de M. Joly parviendra à triompher de tous les obstacles.
Après ce rapide tableau des malheurs de sa mission et des travaux de nos confrères, Mgr Cordier ajoute : « Vous ne serez donc point surpris, de voir par mon compte-rendu que le nombre des chrétiens, des stations, des bap-têmes d’adultes, etc., est inférieur à celui de l’année der-nière. Nos chers confrères, qui travaillent à l’œuvre de Dieu dans le royaume du Cambodge, obligés d’être sur la brèche jour et nuit, pour veiller au salut de leurs chrétientés et
empêcher leurs néophytes de se disperser, n’ont pu que très difficilement s’occuper de l’administration des postes éloignés et en particulier de l’instruction des catéchu-mènes. Aussi le chiffre des baptêmes d’adultes, qui, l’année dernière était de 801, n’est cette année que de 572. Ce chiffre est bien faible et ne comble pas les vides faits par l’insurrection dans le nombre des chrétiens. Néanmoins, vu le temps de trouble dans lequel nous vivons ici, nous devons encore de grandes actions de grâces à Dieu, qui a répandu ses bénédictions sur les travaux des ouvriers évangéliques. »
Cependant, au milieu de tant de tribulations et d’inquié-tudes, le vénérable Vicaire Apostolique du Cambodge a éprouvé une joie profonde à la nouvelle des succès obtenus par les deux missionnaires fixés à Battambang, MM. Saurvebois et Maillard.
Après avoir fondé la chrétienté de Sach-Pouï et y avoir bâti une église, M. Sauvebois a commencé l’établissement d’un nouveau poste au milieu de la forêt, en un lieu que sa piété a voulu nommer Pra-Bedong (Sacré-Cœur). « Avec la bénédiction divine, écrivait notre confrère à son évêque, les chrétiens en peu de temps y seront nombreux ; car là, ils pourront facilement gagner leur vie. Déjà 73 An-namites, dont plusieurs sont chrétiens, et quelques familles de catéchumènes attendent la baisse des eaux pour y bâtir leurs cabanes, au milieu desquelles je devrai construire une chapelle et une maison. Cela fait, si le bon Dieu me prête vie et santé et si les bonnes âmes me viennenu en aide, je commencerai l’église de Battambang pour remplacer la misérable paillote qui en tient lieu actuellement. « De son côté, Mgr Cordier s’est empressé d’aller bénir ses nouveaux enfants, et tout récemment M. Maillard lui rendait compte en ces termes de l’effet produit par la visite épiscopale et des succès qu’il espère « Votre visite, Monseigneur, a eu pour premier résultat de fortifier la foi de mes néophytes et de relever leur courage au milieu des bruits de guerre qui retentissent jusqu’ici, puis de faire tomber chez les païens bon nombre de préjugés ridicules ou absurdes, et de leur donner une haute idée de notre sainte religion. Si Dieu daigne bénir nos travaux, j’espère avoir l’année prochaine une moisson plus riche et plus abondante que celle de cette année. Je compte déjà 50 catéchumènes qui apprennent en ce moment les vérités de la religion. »



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