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Rapport annuel des évêques

Année: 1889
Pays: Cambodge
Mission: Camgodge
Rédacteur:Mgr Cordier

IV. – Cambodge.

Population catholique 18.480
Baptêmes de païens 775
Baptêmes d’enfants de païens 2.462


« Bien que plusieurs des ouvriers évangéliques aient été sérieusement éprouvés par la maladie, écrit Mgr Cordier, toutes les chrétientés ont néanmoins été visitées et administrées régulièrement. Les confrères restés valides ont généreusement accepté le surcroît considérable de travail et de peines ; heureusement, Dieu les a soutenus.
« Quant à l’évangélisation des infidèles et à l’œuvre de la Sainte-Enfance, non seulement elles n’ont pas été arrêtées, mais elles ont fait quelque progrès. Le nombre des baptêmes d’adultes est de 775, supérieur à celui de l’année dernière de 55. Celui des enfants de païens baptisés in articulo mortis est de 2,462 ; l’an passé il était de 2,032 ; c’est une augmentation de 430. Que le Seigneur soit béni !
« Maintenant, je voudrais vous faire connaître succinctement l’état du vicariat ; pour cela, il faudrait vous parler de tous les districts, qui sont au nombre de 20. Je ne puis le faire cette fois : les renseignements me manquent, car, comme vous le pensez bien, je n’ai pas encore eu le temps de les visiter tous, depuis mon retour de France qui ne date que de deux mois et demi ; je me bornerai donc à 3 ou 4.
« Commençons par le plus éloigné, celui de Soc-trang ; il comptait 9 chrétientés, très difficiles à administrer, soit à cause de la distance, soit surtout à cause de la difficulté de les aborder ; car, il y en a plusieurs qui sont situées sur de petites collines, entourées d’un côté par des marais qui ne sont jamais à sec, parce que les marées les alimentent, et de l’autre par des forêts de palétuviers, qui sont un repaire de tigres. Ce district, qui comprenait les deux arrondissements de Soc-trang et de Bac-lieu, a été divisé en deux.
« Bac-lieu, écrit le P. Derval, est une chrétienté en formation ; la ville et les environs renferment beaucoup de chrétiens éparpillés au milieu des païens. Quelques infidèles m’ont demandé le baptême ; faute d’installation, je n’ai pu les grouper, et ils m’échapperont peut-être en grande partie ; mais, dans un mois ou deux, j’aurai enfin une chapelle ; la partie de mon habitation qui me sert en ce moment d’église devenant libre, je pourrai la transformer en orphelinat, œuvre qui me semble de nature à donner ici d’excellents résultats. »
« Le P. Gonet a l’administration du district de Soc-trang proprement dit, qui comprend 9 chrétientés, dont 6 anciennes et 3 nouvelles, donnant une population de 1,273 âmes, sans compter 300 ou 400 néophytes dispersés parmi les païens. Si ces chrétientés étaient rapprochées les unes des autres, au lieu de se trouver aux 4 points cardinaux de l’arrondissement, et dans des lieux de difficile accès, le confrère qui en est chargé, pourrait, sans trop de fatigue, les administrer ; mais il n’en va pas ainsi ; aussi a-t-il fallu lui donner un aide. Le P. Reviron, désigné pour seconder le P.Gonet, a été chargé provisoirement de l’hôpital indigène. Lorsqu’il saura suffisamment la langue annamite, il se mettra à l’étude du chinois, pour pouvoir rendre plus de services à la mission.
« Les fils du Céleste empire sont, en effet, en nombre considérable, non seulement dans ce district, mais encore dans les centres de commerce des provinces de Chau-doc, Ha-tien, et du royaume du Cambodge. Combien je regrette de n’avoir sur eux aucun moyen d’action, car je suis certain que beaucoup se convertiraient.
« Le district de Bo-oc, auquel celui de Nang-gu a été annexé provisoirement, est confié aux soins du P. Joly, qui a pour vicaire un prêtre indigène. Le nombre des chrétientés qui le composent est de douze, dont une, Rach-gia, est sur le bord de la mer ; sa population est de 2,640 chrétiens. Malgré son étendue, le P. Joly, toujours plein d’activité, en a fait plusieurs fois la visite, et a administré toutes ses chrétientés. Voici les renseignements qu’il m’a donnés.
« Au milieu des difficultés de plus d’un genre, l’œuvre de Dieu a prospéré dans mon district. Le nombre des baptêmes d’adultes n’est pas grand : 27 seulement ; mais il reste encore un certain nombre de catéchumènes, dont j’ai différé le baptême, pour leur laisser le temps de parfaire leur éducation religieuse. Un grand nombre de chrétiens, 60 environ, sont venus se grouper autour des églises, après avoir passé plusieurs années parmi les païens. Dans la chrétienté de Cai-doi, qui était à peu près désorganisée, un mieux sensible, qui s’accentue tous les jours, me fait espérer que bientôt tout sera rentré dans l’ordre. Les sacrements de pénitence et d’eucharistie sont fréquentés régulièrement, et un certain nombre de chrétiens s’approchent tous les mois de la sainte table. Deux écoles ont été construites dans la chrétienté de Bo-oc, l’une de 89 garçons, dont 10 païens, l’autre de filles, fréquentée par 70 élèves. Un grand nombre d’enfants et de jeunes gens ont fait preuve de bonne volonté pour l’étude du catéchisme. J’ai organisé, en janvier dernier, un concours ; toute la jeunesse du district, excepté celle de Rach-gia, y était représentée : 73 enfants de Bo-oc, et 28 des autres chrétientés, ont obtenu des diplômes ; 50 autres environ ont eu des mentions honorables bien méritées. Maintenant, les cinq maîtres d’école du district enseignent l’ancien et le nouveau testament, et un abrégé de l’histoire de l’Église .
« La chrétienté de Can-sai a bâti une église bien convenable ; tous les notables et les chrétiens ont donné leur obole et travaillé plusieurs jours. Celle de Rach-gia, qui nourrit l’espérance d’avoir bientôt un missionnaire, a déjà tout préparé pour le recevoir. J’allais oublier de vous parler de la chrétienté naissante de Long-xuyen, qui n’existait hier que de nom, et qui, en ce moment, compte 90 chrétiens. Tout y est à créer à la fois. L’église tombait en ruines : on y fait les réparations nécessaires. Le missionnaire n’y avait pas de logement : un presbytère est en construction. Les chrétiens rivalisent de générosité, pour apporter chacun son obole, et contribuer selon ses forces à l’édification de la maison de Dieu. L’administration seconde cet entrain des néophytes. Une nouvelle église a été construite à Xoai-ton par 40 nouveaux chrétiens, pleins de bonne volonté, aidés aussi par quelques païens bien disposés et auxquels le divin Maître accordera bientôt, je l’espère, la grâce de devenir chrétiens.
« Dans le courant de cette année, j’ai reçu de nombreuses visites de païens demandant à se convertir. Il y a plus , un village tout entier m’a envoyé ses notables ; ils m’ont déclaré par écrit qu’ils désiraient embrasser notre sainte religion. Malheureusement, les 2,640 chrétiens dont j’ai la charge, m’ont empêché de m’occuper de ces braves païens, autant que j’aurais voulu le faire. Je suis allé visiter deux fois seulement le village dont je viens de parler .»
« Remontons le Song-sau (fleuve de l’ouest), et arrivons à Prec-treng. Ce district, qui n’est composé que de deux chrétientés , Prec-treng et Ban-ghi, est tout récent. Lorsque le P. Bouchut est allé s’établir dans la première, en 1882, il n’y avait là que quelques pauvres familles chrétiennes. Le zèle et la prudence de ce confrère firent bientôt augmenter le nombre des chrétiens ; mais l’insurrection qui éclata en 1885, vint tout détruire. Quand l’orage fut à peu près calmé, ceux des néophytes qui étaitent venus chercher un abri à Phnom-penh, s’empressèrent de rentrer chez eux ; mais, à la place de leurs maisons, de l’église et du presbytère, ils ne trouvèrent que des cendres. Sans se décourager, malgré leur dénuement, ils mirent la main à l’œuvre et construisirent des cabanes, qui les abritèrent jusqu’au jour où ils eurent les moyens de les transformer en maisons. Aujourd’hui ils ont des habitations convenables, une église, dont les murailles sont en briques, et le toit en tuiles. Je l’ai bénite à la fin du mois de juillet dernier. Le P.Guillot a dans cette chrétienté, un presbytère sain et confortable ; c’est le lieu de sa résidence. Ban-ghi, l’autre chrétienté, est né d’hier ; j’en ai baptisé les premiers néophytes, au nombre de 83, le 12 du mois d’août dernier : elle est pleine d’avenir.
« Voici ce que ce missionnaire écrit : « Il y a juste un an que je suis chargé de Prec-treng. Avec ma santé toujours délabrée, je n’ai pu faire tout le bien qu’il y aurait à faire. Je veux surtout parler du nouveau poste de Ban-ghi, dont vous avez baptisé les premiers chrétiens. Si j’avais pu rester là plus longtemps, nous aurions, dans cet endroit et dans les environs, trois fois plus de conversions de païens. Chaque fois que j’y suis allé, les demandes ne cessaient pas. Malheureusement, au bout de 4 ou 5 jours, je me sentais fatigué, et j’étais obligé de revenir. Dernièrement encore, un notable du village de Bac-nam est venu pour me supplier de lui permettre d’établir une école ; il m’apportait une liste de 30 familles qui demandaient à se faire chrétiennes. Quant aux Chinois et aux Cambodgiens, qui montrent de bonnes dispositions pour se faire instruire de notre sainte religion, je ne puis m’en occuper, ne sachant pas leur langue.
« Ta-om est situé dans la province d’Ang’cor, au nord du Grand Lac. Ce poste n’existe que depuis quelques années, c’est le P. Misner qui l’a établi. J’espère qu’il sera dans quelque temps le chef-lieu d’un district, auquel il donnera son nom. Le P. Hion qui y réside et lui donne tous ses soins, m’écrit : « Si le nombre des baptêmes d’adultes est inférieur à celui de l’année dernière, ce n’est pas le nombre des catéchumènes qui en est la cause, mais la maladie, qui ne m’a guère laissé de répit et m’a empêché de m’occuper sérieusement de leur instruction religieuse. Une autre cause de ce retard, c’est la disette qui règne dans ce pays. Le riz est très cher , mes catéchumènes sont bien pauvres, aussi n’ont-ils pu assisté régulièrement aux instructions, occupés qu’ils sont à gagner leur vie. A Peam-sema, où il y a un grand nombre de pêcheurs, à Dong-tri, à Siem-reap et à Spean-thma, on m’a demandé d’établir quatre nouveaux postes. Pourquoi faut-il que les moyens me fassent défaut ! »
« Avant de finir, disons un mot des établissements de la mission. Le séminaire compte actuellement 93 élèves, dont 20 font leur cours de théologie. Parmi eux, il y a 10 minorés, qui ont passé leur examen pour être ordonnés sous-diacres, 6 tonsurés qui , probablement, recevront les quatre ordres Mineurs à la prochaine ordination ; je suis content de la direction donnée à cet établissement si nécessaire.
« Il y a, dans tout le vicariat, 55 écoles fréquentées par 2,454 enfants. Les instituteurs et institutrices leur apprennent à lire, à écrire, à calculer ; ils leur donnent aussi quelque teinture de l’histoire de l’Église, du nouveau et de l’ancien Testament ; mais leur principale occupation est de leur enseigner le catéchisme. Dans ces écoles, il y a quelques enfants des familles païennes ; leur âme y reçoit les premiers germes de la religion. Je voudrais pouvoir éliminer toutes les écoles mixtes ; pour le moment, c’est impossible, à cause du manque de personnel enseignant, et parce que, dans les petites chrétientés, il n’y a pas un nombre d’enfants suffisant pour deux écoles. Les 4 orphelinats confiés, comme vous le savez, aux bons soins des sœurs très dévouées de la Providence de Portieux, continuent à prospérer. Dans le courant de l’année, 1,036 enfants y ont été reçus ; c’est, peu s’en faut, autant qui sont partis pour le paradis ! Quelle belle légion !
« A mon retour dans la mission, je me suis fait un devoir de visiter ces établissements. Vous dirai-je que, durant ces visites, deux sentiments partageaient mon âme : d’un côté, le plaisir et la satisfaction de voir que tout était bien tenu, en bon ordre, et le nombre des enfants considérablement accru ; de l’autre,la peine et le déplaisir de constater que les locaux étaient insuffisants, et que de nouvelles constructions étaient absolument nécessaires. Je l’ai constaté surtout à Cu-lao-gieng.S’il n’y avait que le tracas et la sollicitude de construire : mais les fonds, comment se les procurer? Dieu, je l’espère, y pourvoira !
« Je ne connais pas le nombre des malades qui sont entrés cette année dans les trois hôpitaux indigènes, mais, je sais que ce nombre est grand, et que tous ceux qui y sont reçu, sont l’objet des soins assidus des bonnes sœurs qui les assistent. Les maladies les plus rebutantes, dont le seul aspect fait bondir le cœur, ne sont point capables d’éloigner du chevet de ceux qui en sont atteints, ces religieuses qu’on dirait formées à l’école de sainte Élisabeth de Hongrie. Le divin Époux qui règne dans leur cœur, les soutient contre la répugnance et l’horreur de la nature, tout en leur montrant, dans ces corps hideux, des âmes crées à l’image de Dieu. Ah ! ces âmes immortelles, elles veulent les éclairer des lumières de la foi ; pour cela, elles ne reculent devant aucun sacrifice, aussi,remportent-elles de belles victoires, et les 168 baptêmes d’adultes qu’elles m’ont fait enregistrer, en sont les meilleurs témoins. Que le Seigneur daigne répandre ses bénédictions sur ces établissements, et les rendre de plus en plus prospères, pour sa gloire et le salut des âmes! »





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