| Année: |
1893 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Cambodge |
| Rédacteur: | Mgr Mgr Cordier |
Cambodge - 1893
Population catholique 24.050
Baptêmes d’adultes 898
Baptêmes d’enfants de païens 2.995
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LETTRE DE MGR CORDIER, ÉVÊQUE TITULAIRE DE GRATIANOPOLIS,
VICAIRE APOSTOLIQUE DU CAMBODGE, A MM.
LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.
Phnom-penh, 19 septembre 1893.
« Messieurs et bien chers Confrères,
« Les débuts de cet exercice nous faisaient présager une riche moisson ; mais les espérances que nous avions conçues ne se sont pas entièrement réalisées. Nous avons baptisé quelques adultes de plus que l’an dernier, c’est vrai ; d’un autre côté, le nombre des enfants de païens on-doyés in articulo mortis a subi une légère diminution. D’où vient ce déchet ? Le zèle des ouvriers apostoliques s’est-il donc refroidi ? Assurément non. Toutes nos chrétientés ont été régulièrement visitées ; et mes confrères n’ont rien négligé pour assurer le bon fonctionnement des écoles, où 3.619 enfants des deux sexes reçoivent l’instruc-tion et se forment à la pratique des devoirs du chrétien.
« Je voudrais pouvoir dire que tous les catholiques du Cambodge se confessent au moins une fois l’an et commu-nient à Pâques (je ne parle que des indigènes, bien entendu, car nos compatriotes ont oublié pour la plupart le chemin du confessionnal) ; mais, je dois l’avouer en toute franchise, même parmi nos chrétiens indigènes, il y a des gens qui ne pratiquent pas. Toutefois, je suis heureux de le constater ici, ceux qui violent la loi de l’Eglise n’agissent point par mépris ou par impiété ; la preuve en est qu’aucun d’eux ne voudrait mourir sans les secours de la religion. Dès qu’ils tombent malades, leur première préoccupation est d’ap-peler le missionnaire ; ils tiennent toujours à bien mourir.
« Vous serez sans doute surpris, Messieurs, de voir que le chiffre de la population chrétienne de notre mission a augmenté de près de 3.000 depuis un an, malgré le petit nombre des baptêmes d’adultes. Cette augmentation si su-bite a deux causes principales : la première, c’est que le compte-rendu de l’an dernier était incomplet, tout un dis-trict ayant été oublié ; la seconde, c’est que de nombreux chrétiens de Cochinchine sont venus s’établir chez nous, depuis quelques années. Les missionnaires n’ont rien épargné pour attirer les nouveaux venus dans nos princi-paux centres et les préserver ainsi contre les dangers qu’ils couraient au milieu des païens. Sur ce sujet je préfère laisser la parole aux PP. Jacquemard, Guillot et Gonet :
« Le P. Jacquemard m’écrit : « Monseigneur, malgré le grand nombre de mes « catéchumènes, je n’ai à présenter à Votre Grandeur que 11 baptêmes d’adultes. D’après cet « humble chiffre on serait tenté de croire que la chrétienté de Cantho reste stationnaire ; il « n’en est rien cependant ; car, l’an dernier, je n’avais que 886 chrétiens et à l’heure qu il est, « j’en compte 1,100. A quoi faut-il donc attribuer un accroissement si anormal ? Il vient du « grand nombre d’émigrants que la misère force à quitter les missions voisines et qui « espèrent faire fortune au Cambodge. Mais hélas ! tous ne se fixent point dans les villages « chrétiens ; beaucoup sont perdus au milieu des idolâtres, où ils vivent sans penser à Dieu ni « se préoccuper du salut de leurs âmes. Je connais plus de 20 fa-milles d’émigrés chrétiens qui « habitent ainsi un centre tout païen. Que pourrais-je bien faire pour ramener au bercail ces « brebis égarées qui ne sauraient échapper longtemps à la fureur des loups ? J’y ai songé « souvent devant Dieu ; j’ai essayé même de plusieurs moyens que m’inspirait mon cœur de « missionnaire pour remettre ces âmes dans la bonne voie et les sauver de l’abîme. Il faut « l’avouer, je n’ai pas encore réussi. Ce que je vous dis, Monseigneur, tous les confrères du « Barsac peuvent vous le dire comme moi : les chrétiens baptisés que nous ne connaissons pas « sont nombreux, très nombreux dans notre mission. » — De son côté, le P. Guillot me dit : « Je ne crois pas exagérer en affirmant que, dans le seul arrondissement de Soc-trang, il y a un « millier de chrétiens qui vivent sans aucune pratique religieuse. Pour sauver ces malheureux « qui se perdent, il faudrait les grouper sur certains points et fonder des chrétientés « nouvelles.»
« Passons dans le district de Bac-lien, où le chiffre des chrétiens n’était naguère que de 750; il s’élève aujour-d’hui à 2.010. Ce n’est pas du nombre des baptêmes d’adultes que vient cette augmentation car le P. Gonet, dans son compte-rendu, n’en accuse que 24. Elle vient de l’établissement de quatre nouveaux postes composés de pauvres fidèles égarés dans les vastes jungles dont est couvert en grande partie le territoire de Bac-lien. Le P. Gonet s’est donné mille peines et n’a pas craint de faire des dettes pour fonder ces quatre stations. A la fin de son rapport sur l’état de son district, il s’écrie : « Puissé-je arriver à grouper dans les « nouveaux postes les chrétiens qui vivent confondus avec les païens et qui ont abandonné « toute pratique religieuse. Hélas ! les ressources me manquent pour établir d’autres stations, « qui auraient cependant des chances de se développer. Les charges qui pèsent sur moi sont « déjà trop lourdes et « le nerf de la guerre » me fait absolument défaut. »
« Comme vous le voyez, Messieurs, un bon nom-bre d’âmes régénérées dans les eaux du baptême cou-rent grand risque de se perdre au milieu des infidèles. Vous contribuerez à les sauver en nous envoyant des mis-sionnaires et des secours, sinon elles sont condamnées à périr misérablement.
« Suivez-moi maintenant à l’autre extrémité de la mis-sion, dans la province d’Ang-cor. Le P. Hion y administre deux chrétientés. Ce cher confrère a eu beaucoup à souffrir, à l’occasion des démêlés de la France avec le Siam. Voici ce qu’il m’écrit à ce sujet : « Jamais peut-être « l’avenir ne s’était présenté à moi sous un plus riant aspect. Tout mon monde travaillait avec « entrain à la culture du riz ; 16 nouvelles familles étaient venues augmenter mon troupeau, et « je ne comptais pas moins de 140 catéchu-mènes. En quelques semaines mes espérances se « sont évanouies. A la vue des forts qu’on construisait, le village a pris peur ; 13 familles sont « parties secrètement et j’ai dû prendre des mesures pour empêcher les autres de fuir. Je ne « saurais vous dire tout ce que j’ai souffert dans ces pénibles conjonctures. »
« Ecoles et séminaire. — Nos écoles sont sur un bon pied : nous en avons 61, dont 41 dans la partie de la Co-chinchine annexée au Vicariat du Cambodge. Elles sont dirigées presque toutes par des maîtres ou des maîtresses indigènes, sous la surveillance des missionnaires. Les ressources de la mission ne nous permettraient certaine-ment pas d’entretenir un si grand nombre d’écoles ; mais le gouvernement de la colonie nous fait, chaque année, une allocation pour les 41 écoles qui se trouvent en Cochin-chine.
« L’état du séminaire est très satisfaisant et l’esprit qui y règne ne saurait être meilleur. Le nombre des élèves est actuellement de 61, dont 24 étudient la théologie. Parmi ces derniers, 10 ont déjà reçu la tonsure, et 5, les ordres mineurs.
« Orphelinats. — Les 5 orphelinats, dirigés avec tant de zèle par les sœurs de la Providence de Portieux, continuent de prospérer : 483 enfants y reçoivent les soins assidus de ces bonnes religieuses. Je ne parle pas des trois autres orphelinats, confiés à des sœurs annamites, parce qu’ils viennent seulement d’être inaugurés.
« Hôpitaux. — Les religieuses qui s’y dévouent au soin des pauvres malades sont simplement admirables ; elles ne craignent ni le travail, ni la peine, et la charité qui les anime leur fait trouver légères toutes les fatigues. Dans les 4 hôpitaux de la mission, 1.545 malades ont été soignés cette année par les religieuses. En dehors des pensionnaires de ces établissements, combien d’autres infirmes sont venus demander l’assistance des Filles de la Providence ! A Culao--gieng seulement, il y en a eu 1.248. Les plus heureux sont certainement les 164 qui sont morts, après avoir reçu le baptême et être devenus les enfants de Dieu et de l’Église.
« Veuillez agréer...
Ǡ L. CORDIER,
« évêque tit. de Gratianopolis. »
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