Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1894
Pays: Cambodge
Mission: Cambodge
Rédacteur:Mgr CORDIER

IV. ─ Cambodge

Population catholique 24.500
Baptêmes de païens 698
Baptêmes d’enfants de païens 3.054
___


LETTRE DE MGR CORDIER, ÉVÊQUE TITULAIRE DE GRATIANOPOLIS,
VICAIRE APOSTOLIQUE DU CAMBODGE, A MM. LES DIRECTEURS
DU SÉMINAIRE DE PARIS.

Phnom-penh, le 25 septembre 1894.

Messieurs et chers Confrères,

Pendant l’année qui vient de s’écouler, la Mission du Cambodge a été durement éprouvée. La mort nous a enlevé deux de nos ouvriers apostoliques, dans toute la force de l’âge, au moment où ils rendaient les plus grands services. La maladie en a obligé trois autres à aller chercher en France le rétablissement d’une santé délabrée. Un quatrième a dû gagner le sanatorium de Béthanie. Voilà donc six vides qui se sont produits en même temps dans la Mission ; et plût à Dieu que les missionnaires qui restent eussent assez de force pour exercer toutes les fonctions du saint ministère. Hélas ! il n’en est rien. Trois d’entre eux, absolument épuisés, continuent à pourvoir aux besoins les plus pressants de leurs paroisses, mais leur zèle seul les soutient et les empêche de garder le lit. Ne soyez donc pas surpris, Messieurs, que, dans un tel état de choses, l’administration de plusieurs chrétientés ait beaucoup souffert et que le nombre des baptêmes d’adultes ait diminué considérablement : de 895, il est tombé à 698.
Jetons maintenant un coup d’œil sur quelques districts.
Bac-lien, dont je vous ai parlé l’année dernière, continue à se développer. Les chrétiens du district sont actuellement au nombre de 2.200, y compris les 105 catéchumènes auxquels M. Gonet a eu le bonheur de conférer le saint baptême. Un hôpital a été organisé à Bac-lien pour les malades et les vieillards. Il resterait beaucoup à faire pour donner à cette maison les perfectionnements désirables ; mais notre pauvreté nous oblige à procéder en tout avec la plus grande économie.
Can-tho. 1.200 chrétiens. ─ Ce district va bien. M. Jacquemard vient de créer un nouveau poste, ce qui porte à 9 le nombre des stations dont il a la charge. Notre cher confrère, désireux de faire avancer l’œuvre de Dieu, a formé récemment une communauté de sœurs indigènes. « Ces religieuses, m’écrit-il, dans une lettre où il m’explique le but du nouvel établissement, « font de l’Œuvre de la Sainte-Enfance leur œuvre de prédilection. Elles accueillent avec une « sainte joie les petits moribonds que la Providence leur envoie. Bien souvent ces enfants sont « atteints des maladies les plus repoussantes ; mais nos religieuses, se souvenant de la parole « du divin Maître : Ce que vous ferez au plus petit des miens, je le regarderai comme fait à « moi-même, prodiguent à ces pauvres petits êtres les soins les plus intelligents et les plus « assidus. Dieu semble avoir leur dévouement pour agréable, car Il fait prospérer l’œuvre « qu’elles ont entreprise en moins d’un an, elles ont ondoyé 211 enfants. Mais là ne se borne « pas le dévouement de nos saintes filles ; elles élèvent des orphelines dont le nombre varie de « 25 à 30. Elles leur apprennent à lire, à écrire, à coudre, à faire le ménage et les placent dans « de bonnes familles chrétiennes. Elles s’occupent en outre du soin des malades, païens et « chrétiens, qu’elles préparent à bien mourir.
Bo-ot. 1.195 chrétiens. ─ Voici ce que m’écrit M. Joly, qui administre ce district : « La « chrétienté de Bo-ot est en progrès. L’esprit des fidèles, à de rares exceptions près, est aussi « bon que je puis le désirer. Un grand nombre de jeunes gens, garçons et filles, s’approchent « souvent des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie, et il n’est personne qui ne communie « plusieurs fois pendant l’année.
« Notre orphelinat augmente petit à petit. Outre les protégés de la Sainte-Enfance, on y « admet les petites filles qui se préparent à la première communion ; et, quand ce grand acte « de la vie est accompli, celles qui ont une famille rentrent chez elles, et la place qu’elles ont « laissée libre ne tarde pas à être occupée par d’autres. Ces enfants appartiennent pour la « plupart à des familles de catéchumènes. Les petits garçons des stations éloignées, où il n’y a « pas de catéchiste, sont admis chez moi jusqu’à ce qu’ils soient assez instruits pour recevoir « le baptême et faire leur première communion.
Nang-gu. 1.211 chrétiens, 7 postes. ─ M. Conte me dit dans la lettre qui accompagnait son compte-rendu « Je n’ai rien d’extraordinaire à signaler cette année, si ce n’est la misère « profonde qui règne et ne fait que s’aggraver chaque jour dans mon district. Le mouvement « de conversions qui s’était manifesté à mon arrivée ici, ne s’est pas maintenu ; je n’ai « cependant pas le droit de me plaindre, puisque j’ai conservé intact mon petit troupeau. Les « catéchumènes que j’avais recueillis sont restés fermes dans la foi. J’attends encore pour les « baptiser, craignant que la faim, qui est mauvaise conseillère, ne les pousse à retourner chez « les païens.
« Il me manque un orphelinat. Je ferais un bien immense à Nang-gu, si mes ressources me « permettaient d’avoir à côté de l’église et de ina résidence une petite sainte-enfance. Je « rencontre souvent des païens qui m’offrent leurs enfants de 8 à 10 ans, mais à la condition « que je les élève chez moi. Si je leur propose de les envoyer à Cu-lao-gieng, ils ne veulent « pas y consentir, et ce sont des âmes perdues pour le bon Dieu. »
Battambang, Ta-om. ─ Au mois d’août dernier, je suis allé faire ina visite pastorale chez MM. Hion et Bernard. Parti le 17 de Phnomn-penh, à bord d’un navire des Messageries fluviales, j’arrivai à Peam-sema le lendemain, vers 9 heures du matin. Je ne puis pas dire que là j’ai mis pied à terre, car le sol était recouvert d’une nappe d’eau de deux mètres de profondeur ; on me fit donc monter dans une barque des chrétiens qui me conduisit à l’église, que je trouvai très bien entretenue et où je fus accompagné au bruit des pétards. Après avoir remercié Dieu de mon heureux voyage, je reçus les néophytes accourus pour me saluer et demander ma bénédiction. Les chrétiens sont peu nombreux à Peam-sema à cause de la dispersion qui eut lieu lors des démêlés de la France avec le Siam. De plus, ils sont pauvres, parce que la pêche, qui est leur principale ressource, n’a pas été fructueuse cette année. Comme j’avais promis d’arriver ce jour là-même à Ta-om, où M. Hion m’attendait, il fallut ; à mon grand regret, abréger l’entretien avec nos chers Semaais, et je donnai l’ordre de préparer l’embarcation qui devait me porter à Ta-om. On me répondit qu’elle était prête et nous partîmes immédiatement.
Pour éviter les méandres de la rivière, mes rameurs lancent la barque à travers la plaine inondée : vous le voyez, au Cambodge comme en France, le plus court chemin d’un point à un autre est la ligne droite. A deux heures de l’après-midi, nous débarquons à Ta-om. M. Hion ne nous attendait que pour le soir ; averti de notre arrivée par le son de la cloche qu’un enfant met subitement en branle, il quitte le confessionnal et se confond en excuses de ce que rien n’est prêt pour ina réception. Quant à moi, je suis content d’avoir échappé, cette fois, au bruit assourdissant des pétards et des grosses caisses. Nous allons à l’église adorer le Saint-Sacrement. A la sortie, je suis entouré par une foule d’hommes, de femmes et d’enfants qui désirent baiser mon anneau et recevoir ma bénédiction. Dès que je puis me dégager je monte au presbytere et demande à mon confrère si tout est en règle pour le baptême et la confirmation ; il me répond qu’il n’a plus que quelques confessions à entendre. Nous déterminons l’ordre des cérémonies pour les deux jours suivants : le dimanche fête de saint Joachim, confirmation avant midi, examen des catéchumènes dans la soirée ; le lundi, baptême d’adultes dans la matinée et départ à midi précis. 51 chrétiens furent confirmés et 41 adultes baptisés à Ta-om. La station compte 300 fidèles, tous Annamites. Quelques Cambodgiens du voisinage apprennent la doctrine : plaise à Dieu de les fortifier dans leurs bonnes dispositions.
Le lundi, à midi, jepartis avec M. Hion pour Battambang, où nous arrivâmes le lendemain à cinq heures du soir. M. Bernard était absent. Nous nous installâmes au presbytère, qui fut envahi en quelques instants par les chrétiens de la ville accourus pour saluer leur évêque.
A la vue de toutes ces figures nouvelles qui se pressaient autour de moi, je demandai où se trouvaient les chrétiens que j’administrais moi-même 45 ans auparavant : « Ils sont morts, me « répondit-on ; il n’en reste que trois. » Le maître d’école me présenta alors un bon nombre d’enfants de 13, 14 et 15 ans qui se préparaient à la confirmation, et je les exhortai à bien prier pour se disposer à recevoir les dons du Saint-Esprit le dimanche suivant. Sur ces entrefaites, M. Bernard qui était occupé à entendre les confessions des confirmands dans une petite chrétienté voisine, revint à Battambang, et le mercredi, nous nous rendîmes avec lui à Saiponi dans une chaloupe que le gouverneur eut la délicate attention de mettre à mon service. La confirmation eut lieu, le vendredi, à Saiponi ; le soir de ce même jour, nous étions de retour à Battambang, où nous entendîmes les confessions, et, le dimanche, 25 néophytes furent confirmés solennellement.
La chrétienté de Battambang, composée de Cambodgiens, n’augmente que très lentement ; celle de Saiponi, composée d’Annamites (210) donne plus de consolation au missionnaire. Les chapelles de ces deux postes devraient être remplacées ; l’une n’est que provisoire, et l’autre menace ruine ; mais où trouver l’argent nécessaire aux constructions ?
Dau-nuoc. 2.000 chrétiens. ─ Le district est confié aux soins de M. Gazignol. Il comprend aujourd’hui huit postes. Celui de Dan-nuoc, le plus nombreux et l’un des plus anciens de la Mission, fut fondé par quelques chrétiens venus d’une île que les crues successives du fleuve firent disparaître à la longue. Il a été rendu célèbre par le séjour de Mgr Miche, de MM. Borelle, Aussoleil, Pernot, etc.
C’est à Dan-nuoc que furent arrêtés les Vénérables Pierre Qui et Emmanuel Phung ; c’est là aussi que se trouvent le séminaire de la Mission et une maison des Sœurs de la Providence de Portieux. L’église du poste est très jolie. Le nombre des chrétiens est actuellement de 680.
Séminaire. ─ L’établissement nous a déjà donné douze prêtres indigènes qui rendent de grands services à la Mission. Les 66 élèves que nous y formons en ce moment, et parmi lesquels nous avons 4 sous-diacres et 11 tonsures, sont animés d’un très bon esprit.
Orphelinats et hôpitaux dirigés par les Sœurs de la Providence. ─ Les 5 orphelinats des Sœurs de la Providence sont toujours prospères. 1.773 enfants ont été baptisés par elles dans le courant de l’année.
Elles ont soigné 2.038 malades dans leurs 5 hôpitaux, et en ont assisté une foule d’autres à domicile. Le bon Dieu a récompensé leur zèle en leur permettant de baptiser 215 adultes.
Ecoles. ─ Dans la partie annamite de la Mission, on en compte 43 avec 2.328 élèves ; dans la partie cambodgienne, 23 avec 1.128 élèves.
Veuillez agréer...

† L. CORDIER,
Ev. tit. de Gratianopolis.



~~~~~~~~



<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam