| Année: |
1895 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Cambodge |
| Rédacteur: | Mgr JANIN |
IV. — Cambodge
Population catholique. 25.200
Baptêmes d’adultes. 820
Baptêmes d’enfants de païens. 4.018
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LETTRE DE M. JANIN, SUPÉRIEUR INTÉRIMAIRE
DE LA MISSION DU CAMBODGE,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.
« Phnom-penh, le 1er octobre 1895.
« Messieurs et vénérés Directeurs,
« Si Mgr Cordier eût vécu jusqu’à la fin de cet exercice, il en aurait trouvé comme moi les résultats excellents. Le chiffre des baptêmes d’adultes est inférieur sans doute à celui de l’exercice 1893-94, mais il est supérieur à celui de l’an dernier, et le nombre des baptêmes d’enfants de païens dépasse de près d’un millier le plus grand nombre qui ait encore été enregistré au Cambodge. Notre bien-aimé Père eût été heureux de constater cet important progrès. Hélas ! le bon Dieu ne l’a point permis. Que son saint Nom soit béni !
« La Mission continue sa marche en avant, lentement, il est vrai, mais le démon perd chaque jour du terrain. Parmi les missionnaires, quelques-uns ont moissonné dans l’allégresse, d’autres ont semé dans les larmes : tous ont fait leur devoir. Vous le savez, Messieurs les Directeurs, la fondation des nouvelles chrétientés exige de longs et pénibles travaux : rien n’est plus difficile, en effet, que d’inculquer les principes religieux à des âmes païennes. Quelle patience ne faut-il pas pour donner aux pauvres infidèles que nous évangélisons un peu de sens moral et chrétien !
« Bac-lieu. La gerbe de M. Gonet est de beaucoup la mieux fournie : 124 baptêmes d’adultes et 120 d’enfants de païens. Notre confrère instruit en outre 200 catéchumènes. La division de son vaste district s’impose. N’était le manque de personnel et de ressources, il y aurait bientôt plusieurs florissantes chrétientés aux environs de Bac-lieu.
« Tra-long, poste qui compte 300 chrétiens et 110 catéchumènes, est appelé à devenir l’un des premiers du bas Cambodge. « A Tra-long, écrit M. Gonet, le sol paraît propice à la « culture du riz et des légumes. Il y a dans les environs plusieurs petits groupes de chrétiens « perdus au milieu des païens. Ils demandent à s’organiser en chrétientés qui, à mon avis, « pourraient facilement se développer. Mais je n’ai pu faire droit à leur requête, faute de « temps et d’argent. Néanmoins je regarde comme nécessaire de former d’ici peu un nouveau « district dans ces parages.
« A Bai-gia, il faudrait un missionnaire sachant parler trois langues différentes. En effet, « parmi les chrétiens de ce poste, 250 sont annamites, 130 cambodgiens et 45 chinois. Que « n’ai-je le moyen de rebâtir les églises qui tombent en ruine dans mon district, je verrais « bientôt mon troupeau s’accroître et prospérer. »
« A Soc-tran, m’écrit M. Brun, les chrétiens de Tan-an se sont établis sur un vaste « territoire qu’ils ont mis à la disposition du missionnaire. » Notre confrère espère avoir là, dans un avenir prochain, une magnifique chrétienté. En attendant, il se livre tout entier à l’étude de la langue chinoise, car les Chinois sont très nombreux à Soc-tran et aux environs.
« Can-tho. Mgr Cordier est allé donner la confirmation à Can-tho et bénir en même temps l’élégante église bâtie par M. Jacquemard. Ce voyage devait lui être funeste. Il en rapporta la maladie dont il est mort.
« Je n’ai rien d’extraordinaire à signaler dans mon district, écrit M. Jacquemard ; j’ai « obtenu cependant quelques conversions et le retour à Dieu de plusieurs brebis égarées m’a « grandement consolé. C’est du côté de Rach-gia que se lève l’aurore de jours meilleurs. Dans « le Cai-han et le Cai-bé il y a de l’espoir ; mais il faut battre le fer pendant qu’il est chaud, « attendre serait tout compromettre. »
« Déjà, M. l’Adiministrateur vient de concéder à MM. Jacquemard et Joly, dans cette immense plaine, un vaste terrain : aussi tous leurs efforts vont-ils se concentrer sur ce point. S’ils réussissent, un nouveau poste sera fondé d’ici peu de temps. Malheureusement l’argent nécessaire à l’entreprise est encore à trouver.
« M. Joly, avec son âme tout apostolique, son intelligente activité et son prestige sur les Annamites, semble fait tout exprès pour fonder des postes nouveaux. Ecoutez plutôt un extrait de son rapport : « Bo-ot, qui comprend 1.025 chrétiens, continue de prospérer. Sans la grande « mortalité qui a décimé les néophytes, leur nombre serait considérable. Tous font leur devoir « pascal ; beaucoup même s’approchent fréquemment des sacrements.
« A l’orphelinat, nous avons recueilli, cette année, un bon nombre d’orphelines ; une « douzaine de petites filles de chrétiens peu fervents y ont été instruites et norries pendant « plusieurs mois, puis rendues à leur famille après avoir fait la première communion. C’est « aussi dans cet établissement que sont instruites les petites filles de la chrétienté.
« L’école des garçons est toujours tenue très régulièrement par un vieux thay, qui, depuis « 20 ans, s’acquitte à merveille de ses fonctions
« L’avenir de cette chrétienté paraît assuré, car j’ai obtenu pour elle, cette année même, « une importante concession de terrain. J’espère que l’année prochaine les baptêmes d’adultes « seront plus nombreux dans tout mon district, si vous pouvez m’envoyer du renfort. « L’arrivée de M. Chaudier m’a fait le plus grand plaisir ; mais hélas ! le départ de M. Thierry « laisse un vide considérable. »
« M. Conte a construit une église à Caï-dam et achève celle de Thi-dam. Comme les récoltes sont souvent détruites par les inondations, ses chrétiens émigrent dans le Rach-gia où le chef de canton favorise leur groupement autant que le permet sa situation. Le missionnaire se console du petit nombre de baptêmes d’adultes qu’il a enregistrés, par l’espoir que bientôt il pourra ouvrir un orphelinat et envoyer au ciel, chaque année, des centaines d’enfants de païens.
« Ba-nam. M. Pianet avait un bon nombre de catéchumènes à baptiser ; mais la mort de Monseigneur et ma maladie ont empêché la cérémonie d’avoir lieu. Notre confrère, grâce au concours de M. Duquet et d’un prêtre annamite, dirige très bien, tout malade qu’il est, sa grande chrétienté et ses annexes. M. Gratuze exerce son zèle à Vim-phuoc ; actuellement il apprend le cambodgien à Bat-tam-bang.
« A Phnom-penh, M. Coudert s’occupe spécialement des Cambodgiens. Il a fondé un village qui lui a donné cette année 57 baptêmes d’adultes.
« M. Chouffot, dans les forêts de Tay-nhing, n’a pas beaucoup de chrétiens. Son district se compose de quatre ou cinq postes très éloignés les uns des autres. Je vais être obligé de le diviser ; autrement le missionnaire succomberait vite à la fatigue extrême de continuels et périlleux voyages.
« A Battam-bang, le nouveau gouverneur et les mandarins siamois se montraient très hostiles à nos contrères. Appelés à Bang-kok, ils ont dû vraisemblablement recevoir l’ordre de nous ménager, dans la crainte que la France, mécontente des mauvais procédés dont ils usaient à notre égard, ne s’emparât du pays. En effet, à leur retour, ces hauts fonctionnaires ont rendu visite aux missionnaires et leur ont dit : « Jusque-là, nous n’y voyions pas clair ; « c’est pourquoi nous étions mauvais ; maintenant nous sommes éclairés. Demandez-nous « tout ce vous voudrez et vous l’obtiendrez. » En un mot, revirement complet. Ces bonnes dispositions permettront à MM. Hion et Bernard d’étendre leur action dans la contrée. »
« Ecoles. Nos écoles sont sur un très bon pied. Nous en avons 82 avec 3.570 élèves. Presque toutes sont tenues par des maîtres et des maîtresses indigènes sous la surveillance du missionnaire.
« Séminaire. Mgr Dépierre viendra bientôt ordonner 4 prêtres, 4 minorés et 7 tonsurés. Le Séminaire, placé sous la direction de M. Grosgeorge, compte actuellement 63 élèves, dont 31 théologiens, 4 diacres, 5 minorés et 15 tonsurés.
« Orphelinats et Hôpitaux dirigés par les Sœurs de la Providence. Sœur Romuald, Supérieure des Sœurs de la Providence au Cambodge, a le talent de se faire aimer et obéir tout à la fois ; aussi les résultats obtenus sont-ils admirables. 1.903 enfants ont été reçus cette année dans les cinq orphelinats dirigés par les Sœurs. Elles ont donné leurs soins à 2.457 malades dans leurs 5 hôpitaux, et baptisé 238 adultes. En dehors des pensionnaires de ces établissements, beaucoup d’infirmes sont venus demander l’assistance des Filles de la Providence. A Cu-lao-gieng seulement, on en a compté jusqu’à 1.328.
« Ces chiffres sont assez éloquents, par eux-mêmes, pour se passer de commentaires.
« Catéchistes . Nous envoyons des catéchistes dans toutes les directions. Ces précieux coopérateurs ont droit à tous nos éloges.
« Clergé indigène. Nos 12 prêtres annamites sont tous sous la direction des mission-naires français ; ils nous rendent de grands services et nous donnent pleine satisfaction.
« En terminant, Messieurs, permettez-moi de vous rappeler que pour une Mission, le veuvage prolongé est toujiours un malheur. Un Supérieur intérimaire, quel qu’il soit, n’a jamais le prestige de l’Evêque ; c’est là un obstacle au bien. Cependant je dois dire que mes confrères font tout pour me rendre la tâche aussi légère que possible.
« Veuillez agréer...
« JANIN, Supérieur. »
Depuis l’envoi de ce compte-rendu, le Saint-Siège a nommé M. Jean-Baptiste Grosgeorge vicaire apostolique de la mission du Cambodge et évêque titulaire de Tripoli (Oea).
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