| Année: |
1896 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Cambodge |
| Rédacteur: | Mgr Grosgeorge |
IV. ─ Cambodge
Population catholique 25.760
Baptêmes d’adultes 822
Baptêmes d’enfants de païens 3.988
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« La rumeur publique annonçant comme prochaine l’occupation par la France des provinces formant le Gouvernement de Battambang et, par suite, l’appréhension d’une guerre imminente ; des tracasseries suscitées, soit par les autorités païennes, soit par des particuliers influents, dans trois districts du Cambodge ; une mauvaise récolte dans tous nos districts de Cochinchine ; la perte à peu près totale de la moisson dans l’arrondissement de Soc-trang et surtout dans celui de Bac-lieu : voilà le résumé des épreuves que nous avons reçues de la main de Dieu dans le courant de cette année. Nous attendions avec anxiété le résultat commun des travaux de nos confrères ; maintenant qu’il est connu, nous ne pouvons nous empêcher de remercier Dieu de tout notre cœur. Le désastre spirituel a été moins grand qu’il n’était à craindre : malgré la destruction partielle de quelques chrétientés, la population totale n’a pas diminué ; malgré des difficultés de toutes sortes, le nombre des baptêmes d’adultes n’est pas inférieur à celui de l’an dernier. »
Après ce préambule, Mgr Grosgeorge nous décrit avec détails la situation de chacun des postes de sa mission. Comme c’est la première fois, croyons-nous, qu’est ainsi exposé l’état du Vicariat du Cambodge, nous nous faisons un devoir de reproduire presque intégralement le compte rendu de Sa Grandeur.
I. ─ GOUVERNEMENT DE BATTAMBANG. ─ District de Battambang : 1 mission-naire ; 2 chrétientés, 520 chrétiens ; 24 baptêmes d’adultes, 6 d’enfants de païens.
« M. Bernard, qui a su se concilier la bienveillance du Gouverneur et l’affection des gros bonnets du pays, ne se préoccupe pas des résultats probables d’un conflit entre la France et le Siam. Il travaille de tout son cœur à l’étude du cambodgien, et construit une église ─ en pierres et briques ─ qui non seulement ne le cèdera en rien aux belles pagodes si nombreuses à Battambang, la ville des Bonzes, mais les surpassera toutes en beauté. il prétend que chacun doit contribuer à faire une maison pour le Dieu du ciel et de la terre. M. le Gouverneur, quoique païen, a compris la justesse de cette prétention, et il fournit la chaux nécessaire. »
District de Ta-om : 1 missionnaire ; 2 chrétientés, 356 chrétiens ; 23 baptêmes d’adultes, 20 d’enfants de païens.
« Les deux chrétientés sont Ta-om et Peam-sema. Cette dernière, à l’embouchure de la rivière de Battambang, près du Grand Lac, est un pays entièrement couvert d’eau, les deux tiers de l’année ; l’inondation y atteint ordinairement trois mètres et plus de hauteur. Ce poste est bien situé pour donner les secours religieux aux nombreux pêcheurs qui y affluent de tous les points de la Cochinchine et du Cambodge, mais il est fort instable ; c’est une vraie toile de Pénélope : l’année suivante détruit ce qu’on avait fait l’année précédente. Lorsque les chrétiens entendent raconter les beaux coups de filets jetés dans le lac, ils n’y tiennent plus ; ils vendent tout ce qu’ils possèdent, s’endettent en cachette et vont faire la pêche, espérant revenir riches. Heureux ceux qui ne perdent que leur avoir ! car beaucoup sont obligés de laisser leurs enfants, leur femme, quelquefois de rester eux-mêmes en esclavage, comme nantissement de leurs dettes. Chaque année, l’attraction pour le Grand Lac, cette Californie du Cambodge, fait de nouvelles victimes, et ces pauvres chrétiens sont perdus, si le missionnaire ne peut leur venir en aide et les tirer des mains de leurs créanciers.
« Ta-om est plus stable ; cette chrétienté, fondée par quelques familles converties et réunies par M. Misner, fut d’abord confiée à un jeune et fervent missionnaire, M. Mail-lard. L’emplacement était malsain ; notre confrère, après un séjour assez court, y contracta une maladie qui devint mortelle. M. Hion fut chargé de le remplacer ; il transporta la station ailleurs, sur la lisière d’une forêt que les chrétiens annamites et cambodgiens défrichent peu à peu. Le Père, longtemps installé dans une case qui ressemblait plus à un pigeonnier qu’à une maison, se fit maçon et charpentier. Il songea d’abord à Dieu, et éleva une église très simple, mais d’une propreté remarquable ; puis il se construisit une habitation spacieuse et saine. J’ai surtout admiré, dans ce poste, les relations des néophytes avec leur missionnaire, relations d’enfants avec leur père bien aimé. C’est ce qui a sauvé cette chrétienté.
« En 1893, dit M. Hion, au commencement des troubles (guerre entre la France et Siam), « j’avais 140 catéchumènes dont 116 à Ta-om et 24 à Peam-sema. Sur ce nombre, je n’ai pu « en baptiser que 23 ; les autres ont pris la fuite à la vue des fortifications et devant les « menaces d’expulsion. Quels tristes souvenirs ! Plus un catéchumène ! Mes chrétiens « endettés, ruinés pour la plupart ! Moi-même réduit à voir souffrir les uns et les autres. J’étais « désespéré ! J’écrivis lettres sur lettres en France : mes démarches ne furent pas inutiles, des « secours m’arrivèrent.
« Lorsque ma maison fut bâtie, j’invitai le gouverneur de Battambang à la bénédiction ; il « accepta avec plaisir, se montra très aimable, et me fit tant de belles promesses que mes gens, « rassurés pour l’avenir, se remirent au travail. La plupart, cette année, se sont procuré des « buffles, des bœufs, voire même des chevaux, et ont ensemencé de vastes rizières. Les païens « qui n’osaient plus venir à moi, commencent à se présenter assez nombreux…. mais toujours « criblés de dettes. »
II. ─ VILLE DE PHNOM-PENH. ─ La ville de Phnom-penh comprend 3 districts : Resey-keo, au nord ; Phnom-penh, au centre ; Rensim, à l’est.
District de Resey-keo : 1 missionnaire ; 4 chrétientés, 1.500 chrétiens ; 13 baptêmes d’adultes, 27 baptêmes d’enfants de païens.
« Resey-keo, fondé par M. Aussoleil, a une marche aussi régulière que les meilleures paroisses de France. L’administration de 1.356 chrétiens, le soin d’un couvent de Religieuses annamites assez nombreuses, les embarras créés par quelques têtes brûlées ─ embarras qui, d’ailleurs, ont resserré les liens d’affection entre le missionnaire et les chrétiens ─ n’ont pas empêché M. Prodhomme d’essayer la fondation de quelques nouvelles chrétientés : Pinha-lu, 43 chrétiens ; Tat-ca-ho, 68 ; Pursat, 33, non compris les Européens.
« Pursat, frontière avec Siam, situé à mi-chemin de Phnom-penh à Battambang, deviendra le centre d’un nouveau district et nécessitera la présence de deux missionnaires, à cause de leur éloignement des autres stations. Il y a là le personnel européen de la Résidence et un poste de 30 soldats français, ce qui ne nous permet pas de différer cette fondation. Nous avons l’espoir d’établir aussi plusieurs petites chrétientés dans les environs, c’est-à-dire dans un rayon de 20 à 25 lieues. Enfin les missionnaires pourront, comme à Peam-sema, exercer leur zèle sur les pêcheurs du Grand Lac, leur administrer les sacrements, les soutenir dans le malheur, les empêcher de se perdre parmi les païens.
District de Rensim : 1 missionnaire ; 1 chrétienté, 1.280 chrétiens ; 65 baptêmes d’adultes, 22 d’enfants de païens.
« L’industrie principale est la pêche au Grand-Lac, où la plus grande partie des chrétiens habite trois ou quatre mois, chaque année. Cependant, gardons-nous de mal parler de cette chrétienté, car M. Misner, qui la dirige depuis plus de vingt ans, assure que c’est la meilleure de toute la Mission. Cela prouve au moins que le missionnaire aime ses chrétiens, et que les chrétiens obéissent bien à leur missionnaire, deux notes excellentes dont je me porte garant. Malgré une infirmité qui le fait souffrir depuis six mois et qui a nécessité son départ pour le sanatorium de Hong-kong, notre confrère a pu conférer le baptême à 65 adultes et construire une maison dont le plan paraît bien conçu. »
District de Phnom-penh : 1 missionnaire ; 2 églises , 1.250 chrétiens cambodgiens ou annamites ; 45 baptêmes d’adultes, 122 d’enfants de païens (non compris ceux de l’orphelinat ; 1 hôpital européen, 1 hôpital indigène et 1 orphelinat dirigés par les Sœurs de la Providence de Portieux.
« Cette chrétienté offre des difficultés particulières à cause des différents peuples qui la composent : Européens, Métis, Portugais, Cambodgiens. Annamites, Chinois, sans compter les chrétiens qui y affluent de partout pour affaires personnelles ou pour le commerce. M. Coudert avait bon nombre de catéchumènes ; la disette de riz, les obligeant à aller chercher de l’ouvrage hors de chez eux, n’a pas permis de les réunir pour leur donner l’instruction convenable. »
III. ─ RÉGION DU GRAND FLEUVE (MEKONG). ─ District de Thanh-mau : 1 mis-sionnaire, 1 prêtre indigène ; 5 chrétientés, 539 chrétiens ; 102 baptêmes d’adultes, 29 d’enfants de païens.
« Ce district, fondé et administré par M. Lazard, comprend toute la partie du Grand Fleuve (Mekong), depuis Phnom-penh jusqu’au Laos, vaste étendue qui demanderait plusieurs jours de barque d’une chrétienté à l’autre, s’il n’y avait des chaloupes à vapeur. La principale occupation des chrétiens est de couper des bois de construction, de recueillirde l’huile de bois et différents produits qu’on rencontre dans les forêts du Cambodge et qui servent à l’industrie ou à la pharmacie. Ce genre de travail laisse peu de temps aux chrétiens pour s’occuper de leur instruction religieuse et les soustrait à la surveillance du missionnaire. Les difficultés ne manquent donc pas à notre confrère, et que de fois son cœur de père lui a fait verser des larmes bien amères ! Le bon Dieu l’en a récompensé, en lui donnant le plus beau chiffre de baptêmes d’adultes obtenus dans notre Mission. »
IV. ─ RÉGION DU FLEUVE ANTÉRIEUR. ─ District de Mot-cresar : 1 missionnaire, 1 prêtre indigène ; 4 chrétientés, 1.178 chrétiens ; 21 baptêmes d’adultes, 11 d’enfants de païens.
« L’année n’a pas été heureuse pour M. Vauzelle : son vicaire, atteint de phtisie, a plus de bonne volonte que de forces ; la moitié du territoire de la chrétienté de Veat-thom est tombée, par des éboulements successifs, dans le fleuve ; la disette, à Mot-cresar et à Giong-thanh, a forcé de nombreuses familles à émigrer vers le Grand Lac ou les forêts du Grand Fleuve, d’où elles ne reviendront peut-être jamais. Phlon-trey, résidence du vicaire, a donné plus de consolations. Après avoir subi, pendant plusieurs années, l’influence d’un mandarin qui favorisait les jeux et l’ivrognerie, les chrétiens ont fini par comprendre qu’être mal avec Dieu n’est pas le moyen d’être heureux même sur la terre ; ils ont repris l’habitude du travail, et avec le travail, des mœurs plus chrétiennes. »
District de Ba-nam : 2 missionnaires, 1 prêtre indigène ; 4 chrétientés, 1.622 chrétiens ; 23 baptêmes d’adultes, 70 d’enfants de païens.
« Ce district est dirigé par M. Pianet, qui, malgré sa maladie, travaille avec un courage et une assiduité dignes de tout éloge. Les difficultés, survenues les années précédentes, ont arrêté le mouvement des conversions qui avait été fort remarquable dans cette partie de la Mission. La chrétienté de Ba-nam, fondée par notre regretté Mgr Cordier, occupe un terrain trop exigu pour sa population ; depuis quatre ans, 113 habitants ont dû partir et s’établir ailleurs. Notre confrère a déjà fondé sur le Song-bé deux petites stations qu’il a confiées à un prêtre annamite ; il se propose d’y amener le txop-plein de Ba-nam et d’y fonder un nouveau centre d’action. »
District de Xoai-doi : 1 missionnaire, 1 prêtre indigène ; 8 chrétientés, 1.316 chrétiens ; 36 baptêmes d’adultes, 63 d’enfants de païens.
« Ce poste, de date récente, est un démembrement de celui de Ba-nam ; il est confié à M. Gratuze. Tout en accueillant avec bonheur les nouvelles recrues que le bon Dieu lui envoie assez nombreuses, notre confrère estime que le meilleur travail qu’il puisse faire avec de nouveaux chrétiens, c’est de les bien instruire, de développer en eux la foi bien faible encore et de les habituer à des mœurs chrétiennes : consolider ce qui existe avant de faire de nouvelles conquêtes. »
District de Cu-lao-tay : 1 missionnaire ; 6 chrétientés, 1.667 chrétiens ; 4 baptêmes d’adultes, 141 d’enfants de païens.
« Le fréquent changement de missionnaires n’est pas favorable au développement d’un district ; l’an dernier Cu-lao-tay perdit M. Lavastre, qui est mort ; cette année, il a perdu M. Hergott appelé au séminaire. L’administration des chrétiens s’est faite régulièrement, mais il a été impossible de donner l’instruction convenable aux catéchumènes. »
District de Cu-lao-gieng : 1 missionnaire, 1 prêtre indigène ; 7 chrétientés, 1.951 chrétiens ; 11 baptêmes d’adultes, 332 d’enfants de païens.
« L’absence de M. Gazignol, retourné en France pour cause de maladie, s’est fait sentir vivement dans ce beau district ; le vicaire, surchargé d’ouvrage, n’a guère pu faire que l’administration des chrétiens. Toutefois, mentionnons avec bonheur le chiffre de 332 enfants de païens baptisés in articulo mortis, qui, à part neuf survivants, sont allés au ciel prier pour les associés de la Sainte Enfance et pour nous. »
District de Sadec : 1 missionnaire, 1 prêtre indigène ; 5 chrétientés, 965 chrétiens ; 52 baptêmes d’adultes, 180 d’enfants de païens ; 1 orphelinat et 1 hôpital indigène dirigés par les Sœurs de la Providence.
« Notre vénéré Provicaire, M. Janin, doyen de tous les missionnaires de l’Lndo-Chine ; est atteint depuis de nombreuses années d’une maladic incurable, qui parfois lui cause d’atroces douleurs ; néanmoins il est toujours d’une humeur gaie qui lui attire les cœurs de ses confrères et charme tous les Français qui le connaissent. Autrefois chargé de districts très étendus, il a été un grand voyageur, mais toujours dans la Mission, jamais il n’a dépassé Saïgon. Le 19 mars dernier, en la fête de saint Joseph, dans l’église de Sadec, après m’avoir remis la direction de la Mission, il me dit avec un accent que je n’oublierai jamais : « Monseigneur, je « cesse d’être votre supérieur et vous devenez le mien, je ne vous demande qu’une grâce. « Devant Notre-Seigneur qui est là, dans le tabernacle, promettez-moi de me laisser mourir, « n’importe où, mais dans la Mission et les armes à la main ; ne m’envoyez jamais en « France ! » L’arrondissement de Sadec, un des plus riches de la Cochinchine, est par là même un des plus réfractaires à la diffusion de l’Evangile. Pour rompre cette indifférence, M. Janin a confié à son vicaire quelques chrétientés fondées par lui, il y a plus de vingt ans, et, grâce au concours bienveillant et généreux de M. Burguet, administrateur de Sadec, il a établi un hôpital indigène actuellement terminé et, qui, entre autres résultats heureux, a déjà donné cette année 29 baptêmes d’adultes in articulo mortis. »
V. ─ RÉGION DU FLEUVE POSTÉRIEUR. ─ District de Prec-treng : 1 missionnaire, 1 prêtre indigène ; 5 chrétientés, 579 chrétiens ; 22 baptêmes d’adultes, 5 d’enfants de païens.
« M. Cherpin m’écrit : « Vous n’aurez pas de peine à croire que je ne commets pas de « péché d’orgueil en vous adressant mon compte rendu. Cependant je dois dire que si j’avais « su comment m’y prendre pour obtenir meilleur résultat, je me serais volontiers procuré la « satisfaction d’être agréable à Dieu et à vous, en notant des chiffres plus consolants. L’année « a été très dure pour le district de Prec-treng, un des plus difficiles à régir : une bande de « voleurs établie aux environs de la chrétienté, a attiré une foule de perquisitions qui ont été « de vraies vexations, et ont jeté l’alarme parmi les chrétiens. » M. Cherpin a fondé, à 70 kilomètres de Prec-treng, un nouveau poste, Binh-di, qu’il a confié à son vicaire. Le terrain est fertile, mais la région n’est guère peuplée que de Cambodgiens, de Chinois et de Malais qui ne veulent d’autre dieu que Mammon. Quoi qu’il en soit, notre confrère, depuis son arrivée en mission a trop travaillé, trop souffert, trop prié, pour que Dieu ne lui accorde pas un jour le succès, et même je l’espère, un succès extraordinaire. A la fin de son compte rendu, M. Cherpin note le fait suivant : « Je connais une bonzerie considérable qui possède l’image de « notre Rédempteur, celle de notre bonne Mère et les 14 tableaux des stations du chemin de la « Croix. Ces images, joliment encadrées, sont mises à part les jours ordinaires, mais exposées « à la pagode les jours de fêtes et cérémonies. N’est-ce pas le temps et le lieu de dire comme « saint Paul : Deo ignoto ? L’image du bon Dieu et de sa sainte Mère peuvent-elles habiter « avec les diables ? J’ai entendu dire d’autre part que, cette année, les païens recouraient aux « images de notre sainte religion pour éviter le choléra, et qu’en effet le fléau n’a pas paru « dans les maisons où elles étaient exposées. »
District de Chau-doc: 1 missionnaire, 1 prêtre indigène ; 4 chrétientés, 650 chrétiens dont 90 Français ; 6 baptêmes d’adultes, 74 d’enfants de païens ; 1 orphelinat central de garçons, dirigé par les Sœurs de la Providence.
Ce district est à point pour ceux qui aiment les voyages ; la plus proche chrétienté est à 60 kilomètres ; une autre, à 80, et la plus éloignée, à 112 kilomètres du chef-lieu. M. Martin n’a pas été favorisé par les circonstances. Son vicaire a une jambe presque percluse ; une partie des indigènes de Chau-doc émigrent vers les pays des rizières. Nous n’avons qu’à prier pour que le souffle de Dieu ébranle ces âmes et leur donne la vie. La Sainte-Enfance a eu un beau résultat : 74 baptêmes d’enfants de païens. »
District de Nan-gu : 1 missionnaire ; 7 chrétientés, 1.150 chrétiens ; 6 baptêmes d’adultes, 67 d’enfants de païens.
« M. Conte est un des missionnaires qui connaissent, le plus parfaitement leur district, et je ne doute pas qu’il n’en tire le meilleur parti possible, et qu’il ne profite de toutes les occasions. Thi-dam et Cai-dam sont des chrétientés qui n’ont aucun avenir, parce que chacune est composée d’une famille seulement. A Cai-dam, toutefois, M. Conte est à même d’amener dans quelques années des éléments nouveaux ; le bon Dieu lui donnera aussi de faire la même chose pour Thi-dam, je l’espère du moins. Nan-gu, chrétienté autrefois florissante, mais presque entièrement détruite à la dernière persécution, a toujours conservé bon esprit ; elle se développe maintenant d’une façon remarquable, et tout fait espérer que, dans dix ou quinze ans, elle sera la plus considérable sur le fleuve postérieur. Notre confrère a construit cette année une maison gentillette, bien aérée, bien disposée pour éviter les moustiques, vrai fléau à Nan-gu. »
District de Cai-doi : 1 prêtre indigène ; 5 chrétientés, 992 chrétiens ; 60 baptêmes d’enfants de païens.
« La maladie, puis la mort d’un missionnaire fort intelligent, M. Thierry, ont été cause que ce district a été un peu abandonné. Un prêtre indigène a fait l’administration régulière des chrétiens sous la direction du missionnaire voisin, M. Joly. Celui-ci, pour favoriser la diffusion de l’Evangile, l’a envoyé fonder une nouvelle chrétienté dans les forêts marécageuses du Rach-gia, entreprise fort difficile, qui demande un dévouement peu commun. L’isolement de ce prêtre, il est à quatre ou cinq journées de barque du missionnaire le plus voisin, a nécessité l’envoi d’un autre prêtre annamite comme compagnon. Si ses efforts réussissent, Rach-gia deviendra le centre d’un nouveau district. C’est vers ces plaines du Rach-gia que les Annamites émigrent pour y défricher d’immenses rizières. Je ne crois pas me tromper en disant qu’un jour cet arrondissement sera un des plus fertiles et des plus riches de la Cochinchine. »
District de Boot : 2 missionnaires ; 4 chrétientés, 1.197 chrétiens ; 18 baptêmes d’adultes, 160 d’enfants de païens.
« Cette année, M. Joly a été surchargé de travail ; il a dû administrer son district et celui de Cai-doi, Aidé par l’administration, il a construit au chef-lieu de l’arrondissement, Long-xuyen, une petite église qui est à peu près achevée. A la suite de trois mauvaises récoltes successives, beaucoup de familles chrétiennes avaient manifesté l’intention de quitter Boot. La grande autorité dont notre confrère jouit dans ce district qu’il administre depuis plus de vingt ans, et surtout les secours de tous genres qu’il a généreusement octroyés à ses chrétiens, ont arrêté cette émigration. S’il réussit dans les projets qu’il est en train d’exécuter, il rendra la chrétienté de Boot plus stable et plus susceptible d’accroissement. »
District de Can-tho : 1 missionnaire ; 7 chrétientés, 1.011 chrétiens établis, 337 chrétiens immigrants ; 17 baptêmes d’adultes, 278 d’enfants de païens ; 1 couvent de religieuses indigènes.
« Ce district, formé de chrétientés en grande partie fondées par M. Gonet, est sinon le plus solidement, du moins un des plus solidement établis de la Mission. La récolte y a été passable, c’est pourquoi grand nombre de chrétiens y ont immigré. M. Jacquemard en connaît 337 dispersés en différents lieux très éloignés les uns des autres, et il est loin de les connaître tous. Au cas où ces chrétiens ne retourneraient pas dans leur pays d’origine, notre confrère fera tous ses efforts pour les grouper. A Phung-tuong on comptait, il y a trois ans, 70 catéchumènes : « Un souffle, sorti de l’enfer, fit disparaître en un clin d’œil les bonnes dispositions des « néophytes, dont quelques-uns se firent même persécuteurs ; plusieurs moururent miséra-« blement. Ce châtiment a ranimé la braise restée sous la cendre, et l’espoir commence à « renaître. » Mais c’est sur le territoire du Rach-gia, que sont fondées les plus belles espérances : « Ce pays, ajoute notre confrère, est le paradis terrestre et la terre promise du « Vicariat apostolique du Cambodge. Dans ces brousses impénétrables, on trouve des milliers « d’âmes simples, qui n’ont pas encore entendu parler de la religion et qui restent suspendues « à vos lèvres lorsque vous leur parlez de Dieu, de l’âme immortelle, de la vie future, « heureuse pour les bons, malheureuse pour les méchants. Afin de défricher cette partie de la « vigne du Seigneur, il faut préparer des secours de toutes sortes. »
District de Soc-trang : 1 missionnaire, 3 prêtres indigènes ; 11 chrétientés, 2.160 chrétiens ; 21 baptêmes d’adultes, 80 d’enfants de païens ; 1 orphelinat, 1 hôpital indigène, dirigés par les Sœurs de la Providence.
« Vous pouvez remarquer dans ce district, écrit M. Brun, une diminution notable de la « population catholique, diminution due à la mauvaise récolte de l’année. Bien des chrétiens, « en effet, pressés par la faim, se sont retirés sous des climats plus hospitaliers et sont allés, « les uns, dans d’autres stations, même dans la Mission voisine, les autres, en plus petit « nombre, chez les infidèles ; une chrétienté, à elle seule, Co-co, a perdu plus de 200 « personnes.
« Par ailleurs, malgré le peu de conversions dans l’exercice présent, j’ai un espoir fondé « que l’année prochaine sera féconde en fruits de grâces. Sur trois points différents, des païens « en grand nombre sont disposés à embrasser notre sainte religion et demandent qu’on les « instruise. A cette fin, j’ai déjà construit deux maisons, à Dai-ngai et à Sa-keo. Pour « comprendre la détresse dans laquelle se trouve ce district, outre une récolte absolument « mauvaise, il faut mentionner plusieurs ouragans terribles. Le 27 mai, à trois heures du soir, « un bruit sourd et insolite met en émoi toute la population : c’était une trombe qui s’abattait « sur l’arrondissement de Soc-trang. Elle renversa les tribunes du champ de courses de la ville « et enleva un petit gardien de buffles, qu’on n’a jamais pu retrouver. A Truong-ke, elle « détruisit de fond en comble plus de 200 maisons ; les pagodes, le marché, rien n’a pu « résister. Une barque a été saisie au milieu de l’arroyo et jetée à plus de 40 mètres sur les « débris des maisons ; le maître, tué ; plus de 100 piastres qu’il avait sur lui, lancées dans les « airs. Cette trombe d’une longueur de 50 mètres, a porté la dévastation sur une étendue de 25 « à 30 kilomètres. Les païens disent que c’étaient des dragons dévorants venue de Chine pour « châtier le peuple. »
District de Bac-lieu : 1 missionnaire, 1 prêtre indigène ; 5 chrétientés, 1.740 chrétiens ; 79 baptêmes d’adultes, 134 d’enfants de païens.
« Les deux plus belles chrétientés, Tra-long et Hung-hoi, ont été fondées par M. Gonet. A Soc-trang, il y a eu grande disette ; ici, il y a famine. En beaucoup, d’endroits, le riz récolté n’a pas égalé celui employé en semailles. La misère a été d’autant plus grande que, dans ces pays nouvellement défrichés, on n’a pas encore pu faire de remblais pour y planter des jardins, et il n’y a d’autre industrie que la culture du riz. Nos chrétiens, presque tous concessionnaires d’un petit lopin de terre, ont livré leurs rizières en nantissement des avances qu’ils ont demandées pour subvenir aux premiers besoins. La famine devenant de jour en jour plus grande, la débandade commença bien vite : nous allions perdre en bloc le travail de bien des années, des chrétiens qui nous avaient donné les plus belles espérances. M. Gonet ne vit qu’un moyen d’atténuer ce désastre : en homme qui ne craint rien, parce qu’il espère en Dieu et ne travaille que pour Dieu, il entreprit de nourrir et d’habiller ses chrétiens jusqu’à la prochaine récolte ; il se fit mendiant et emprunteur pour les siens. La Mission lui accorda tous les secours possibles ; il en reçut aussi de France. Malgré cela, il termine son année avec des dettes. Lorsqu’il vient me trouver, je ne puis plus que pleurer avec lui, et prier chaque jour le bon Dieu de lui venir en aide.
« Quoique M. Gonet soit le plus intrépide voyageur de la Mission, il ne peut plus satisfaire aux besoins de son district. Il va laisser toutes les chrétientés du Sud à un nouveau confrère. En homme d’abnégation qui choisit la part la plus difficile pour lui, il gardera Tra-long, qui est d’un accès très pénible et qui se trouve aux limites Sud de l’arrondissement de Rach-gia. »
VI. ─ RÉGION ORIENTALE DU CAMBODGE. ─ Deux districts : 1o Tra-bec, sur le petit Vaïco : 1 missionnaire ; 1 chrétienté, 725 chrétiens ; 28 baptêmes d’adultes, 28 d’enfants de païens. ─ 2o Ta-loc et Somrong : 2 missionnaires ; 6 chrétientés, 17 chrétiens; 17 baptêmes d’adultes, 18 d’enfants de païens.
« Le premier est dirigé par M. Combes ; le deuxième, par M. Chouffot ; mais comme dans celui-ci les chrétientés sont fort éloignées les unes des autres, M. Duquet est chargé provisoirement d’une partie. Toutes ces stations sont de nouvelle formation.
« Je ne donnerai pas d’autres détails sur les postes de la région orientale du Cambodge : des difficultés de toutes sortes qui, en ce moment, ne sont pas encore jugées, ont entravé les efforts de nos confrères. M. Combes risque fort de voir sa chrétienté amoindrie. MM. Chouffot et Duquet ont travaillé dans les angoisses et dans les larmes. Dieu écoutera leurs ferventes prières, et leur tiendra compte de leurs souffrances : Diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum. »
VII. ─ ŒUVRES. ─ « 1o Séminaire de Cu-lao-gieng : 5 professeurs, dont 3 missionnaires européens et 2 prêtres indigènes ; 4 sous-diacres, 4 minorés, 17 tonsurés ; 92 élèves, dont 29 théologiens, non compris 4 prêtres ordonnés dans l’année. La rentrée n’a lieu que tous les deux ans ; cette année elle a été plus nombreuse que de coutume. ─ M. Turlin, notre procureur, n’étant pas guéri de la maladie qui l’a précédemment ramené en France, n’a pas cru pouvoir, malgré mes instances réitérées, accepter la charge de supérieur du sémiraire. Sur l’avis des confrères, j’ai donc confié cette charge à M. Hergott. Je suis particulièrement heureux de constater que les élèves ont continué à avoir bon esprit : simplicité, obéissance, relations aisées avec leurs professeurs, et surtout grande affection pour leurs maîtres. Le 23 septembre, ils ont fêté avec le plus d’éclat possible les noces d’argent de leur bon Père Turlin : ils trouvaient que ce n’était pas assez pour satisfaire à leur affection et à leur reconnaissance.
« 2o Orphelinats et hôpitaux dirigés par les Sœurs de la Providence de Portieux : 5 orphelinats, dont un central pour les garçons, à Chau-doc, et un pour les filles, à Cu-lao-gieng. Enfants de païens reçus dans l’année : 1.914 ; baptisés : 1.887. Enfants élevés dans les orphelinats : 555 ; en nourrice, dans l’année : 361, actuellement : 79
« Hôpitaux : un hôpital français à Phnom-penh ; 5 hôpitaux indigènes où l’on a baptisé 188 adultes in articulo mortis, reçu 2.622 malades internes, soigné plus de 3.000 malades externes.
« A cause de la charge que j’ai remplie auprès des Sœurs de la Providence jusqu’au commencement de cette année, il ne me convient pas de faire l’éloge de leur personnel, de leurs enfants, de leurs œuvres ; un père n’est pas cru, lorsqu’il parle de ses enfants, surtout de ceux qu’il aime bien. Les chiffres parlent mieux : or, les Sœurs de la Providence sont arrivées au Cambodge en 1876. En dix ans, elles ont fondé 5 orphelinats très florissants où elles ont reçu 18.907 enfants de païens. En 1879, elles ont commencé un hôpital indigène ; actuellement, elles en ont 5, dont 3, les plus grands, sont entièrement à leur charge. Dans ces hôpitaux, de 1879 à 1896, on a administré le baptême à 2.245 adultes. »
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