| Année: |
1897 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Cambodge |
| Rédacteur: | Mgr Grosgeorge |
IV. — Cambodge
Population catholique 27.053
Baptêmes d’adultes 799
Baptêmes d’enfants de païens 4.040
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La Mission du Cambodge nous apporte, cette année, un chiffre de baptêmes d’adultes un peu moins élevé que celui de l’exercice précédent. Mgr Grosgeorge explique cette différence dans les lignes suivantes. « Les tracasseries dont nous avons souffert autrefois ont eu pour effet d’éloigner les païens d’une religion qui expose à la haine des hommes. D’un autre côté, la disette qui sévit depuis plus de trois ans, a anéanti totalement ou en partie plusieurs stations chrétiennes. Avant de faire de nouvelles conquêtes, il faut conserver ce que l’on a et retrouver ce qui était perdu. Nos confrères ont donc consacré leurs efforts et employé leurs ressources, fort restreintes, surtout à soutenir leurs chrétientés et à ramener ceux de leurs chrétiens qui les avaient quittés pour aller s’établir au milieu des infidèles. Ce travail, toujours bien ingrat, n’est pas complètement achevé ; néanmoins nous pouvons constater un certain succès, puisque, malgré la perte de 350 chrétiens enlevés par le choléra ou la petite vérole, la population catholique a augmenté de 1.293 âmes. »
Le gouvernement de Battembang comprend deux districts : Battembang et Ta-om. Le premier est administré par M. Bernard qui a poursuivi son projet de construire une église au centre de la ville. « Les ressources étaient plus qu’insuffisantes ; mais la bonne volonté du missionnaire et de ses chrétiens a suppléé au manque de fonds et vaincu des difficultés de toute sorte. Nos Cambodgiens, quoique très pauvres, n’entendent pas que la maison de Dieu le cède aux maisons du diable si belles et si nombreuses dans cette ville des bonzes. Pour arriver à leur fin, ils font l’impossible. Ils fournissent les matériaux qui se trouvent dans le pays ; chaque soir, hommes, femmes et enfants s’unissent pour faire les gros travaux ; dans la journée, chacun se fait manœuvre à tour de rôle. Un jour, le radeau formé avec les bois de construction était arrivé à deux kilomètres en amont de l’église ; plus moyen d’avancer, l’eau manquait. Les hommes déclarent qu’il faut remettre la construction à l’année prochaine. Les femmes regardent leurs maris d’un air de pitié, avisent des câbles, partent avec leurs enfants, petits et grands, garçons et filles, détachent une grosse pièce et la traînent par le ruisseau qui traverse la ville. Arrivées devant l’église, elles disent à leurs maris : ─ « Est-ce donc impossible ? Nous verrons qui, des hommes ou des femmes, en amènera le plus ! » ─ Grâce à tant d’efforts et de zèle, l’église sera bientôt terminée ; elle sera bénite vers la fin de l’année.
« Les chrétientés de M. Chaudier qui dirige le district de Ta-om ont été grandement éprouvées. « Le zéphir qui fait fleurir les roses, écrit ce confrère, n’a pas pris le chemin de la « forêt où sont établis mes chrétiens. De ma maison, je ne devrais apercevoir que de vastes « champs plantés de riz, et je n’en distingue pas un. En outre l’augmentation de l’impôt sur « les rizières et une épidémie qui a fait périr plus de la moitié des, bœufs et des buffles, ont « rendu la vie bien dure aux uns et découragé les autres. »
Les trois districts de la région de Pnom-penh ont eu beaucoup à souffrir du choléra et de la petite vérole qui ont causé un grand nombre de décès. Ensemble ils ont fourni 65 baptêmes d’adultes et 266 d’enfants de païens.
« A Resey-keo, l’emplacement concédé aux chrétiens par S. M. le roi du Cambodge ne suffit plus. M. Prodhomme tâche de déverser le trop plein de sa chrétienté sur d’autres points : les Chinois, à Bo-nau ; les Annamites, à Tat-ca-ho. Ces endroits sont bien choisis et pourront devenir des postes centraux.
« La ville de Pnom-penh, résidence du Vicaire apostolique, compte 1.230 catholiques asiatiques : 580 Cambodgiens, 450 Annamites, 180 Tagals, 20 Chinois. Il y a, en outre, 350 Européens.
« Tous les chrétiens cambodgiens de cette ville sont parents. Pour ne pas s’allier avec des femmes d’autre race, ils se marient entre eux : d’où une grande mortalité parmi les enfants qui naissent de ces unions. Il n’est pas rare de rencontrer des familles où, sur 12 et 14 enfants, un ou deux seulement survivent ; d’autres n’en ont pas un. Par ailleurs, nos chrétiens sont fervents ; la plupart s’approchent des sacrements deux fois l’an ; un bon nombre, à chaque grande fête. Non seulement le dimanche est bien observé, mais l’assistance à la messe de chaque jour est nombreuse ; pendant les mois de mai et d’octobre, l’église est à moitié remplie. »
Dans la région du Grand-Fleuve, il n’y a qu’un seul district, Thanh-mau, administré par M. Lazard et un prêtre indigène. « Malheureusement la maladie de ce dernier a paralysé les efforts du missionnaire qui, seul, a dû faire la visite des chrétientés fort éloignées les unes des autres. Notre confrère a construit une église à Kratié, siège d’un Résident français. Il a recueilli 9 baptêmes d’adultes et 24 d’enfants de païens. »
Six districts se partagent la région du fleuve Antérieur. Les missionnaires et les prêtres indigènes y ont baptisé 155 païens adultes et 984 enfants moribonds.
« Dans le district de Xoai-doi, M. Gratuze a eu à lutter contre la disette et les usuriers, deux fléaux capables d’anéantir les chrétientés les mieux organisées. On y compte actuellement 131 catéchumènes qui étudient les prières et se préparent au baptême.
« Une violente épidémie de choléra qui a duré cinq semaines, une disette excessive, une longue série de tracasseries : voilà le bilan des stations formant le district de Cu-lao-tay. M. Hion a fait tout ce qu’il a pu pour inspirer la patience à ses chrétiens et les dissuader d’aller ailleurs chercher la tranquillité et des moyens d’existence. Dieu lui a fait la grâce de pouvoir administrer tous les cholériques et lui a donné un succès consolant dans l’œuvre de la Sainte-Enfance ; il a, en effet, 64 baptêmes de plus que l’an dernier.
« C’est toujours M. Janin qui dirige le district de Sadec. L’année a été particulièrement pénible pour notre vénéré provicaire ; une attaque d’apoplexie suivie de paralysie l’a tenu sans connaissance pendant six longues semaines et a fait craindre pour ses jours. Les marques exceptionnelles de vive sympathie qui nous sont venues alors de la part de ses confrères, de nombreux Européens et de nos chrétiens, nous ont prouvé une fois de plus quelle respectueuse estime on lui porte, non seulement dans la Mission, mais dans toute la Cochinchine. »
108 baptêmes d’adultes et 637 d’enfants de païens ont été recueillis dans les 6 districts qui s’échelonnent sur la rive droite du fleuve Postérieur.
« M. Cherpin, qui est chargé des stations de Prec-treng, a dû aussi donner ses soins aux chrétiens de M. Martin que la maladie tient momentanément éloigné de la Mission. Il est allé s’établir à Chau-doc à cause des nombreux Européens qui y résident. Il a pu le faire d’autant plus facilement que son propre district qui, depuis sa fondation, n’avait pas eu un instant de paix, a obtenu enfin un peu de calme dans le courant de l’année. Grâce à cette situation plus tranquille, les chrétiens de Sat-bo ont commencé des défrichements qui assurent à chaque famille un lopin de terre, et seront un gage de stabilité pour cette station.
« Un assez grand nombre de familles catholiques, du district de Nang-gu, ont dû émigrer et aller chercher ailleurs un travail rémunérateur. Pour obvier à ces émigrations, M. Conte a fait creuser trois canaux qui permettront la culture du riz. Il a aussi bâti une maison en briques, laquelle servira d’école.
« Le missionnaire de Bo-ot, M. Joly, a terminé l’église de Long-xuyen ; il va maintenant fonder un centre à Cai-san, afin de parvenir à fixer ceux de ses chrétiens qui ont des habitudes un peu trop nomades. Il me plaît de signaler en ce district un fait que je désirerais voir se reproduire partout, je veux parler de la fréquentation de nos écoles par les enfants païens, et des moyens fort ingénieux employés par notre confrère pour obtenir cet heureux résultat.
« M. Jacquemard a rencontré beaucoup de difficultés dans plusieurs de ses chrétientés ; mais il a constaté avec bonheur de consolants progrès en d’autres, surtout à Cai-chanh qu’il a doté d’une belle école, et à Phung-tuong où il a construit une chapelle. Deux de nos compatriotes ont offert, comme cadeau de noces, un magnifique chemin de croix pour l’église principale de Can-tho. »
La partie orientale de la Mission comprend les districts déjà connus de Tra-bec et de Som-ron, et celui d’An-nhon qui a été formé récemment avec des chrétientés détachées de Xoai-doi et de Ba-nam et confié à M. Arvieu. La moisson apostolique recueillie dans cette région est de 119 baptêmes, dont 57 d’adultes et 62 d’enfants de païens.
« A Tra-bec, M. Combes a vu enfin tomber les obstacles qui pendant si longtemps entravèrent ses efforts. Il va donc pouvoir donner un libre cours à son zèle.
« Ni les souffrances physiques, ni les peines morales n’ont manqué à M. Chouffot qui est à la tête du district de Som-ron. Une insolation, suivie d’une variole mal soignée, l’a conduit à deux doigts de la mort. Quatre chefs de famille chrétiennes ont été retenus en prison pendant plus de deux ans sur une accusation qui a été reconnue calomnieuse ; deux sont estropiés ; les quatre familles sont ruinées. « Dans plusieurs affaires portées devant les mandarins, écrit-il, « on a toujours donné tort aux catholiques, quoiqu’ils eussent le bon droit pour eux. Je suis « réduit à les laisser opprimer, pour leur éviter de nouveaux affronts et des vexations plus « grandes. »
« Dieu a donné quelques consolations à notre confrère ; celui-ci en témoigne lui-même dans les lignes suivantes : « Les néophytes de Xoai-cung, baptisés au mois d’avril 1897, « persévèrent dans leurs bonnes dispositions. L’un d’eux, qui est le soutien de la chrétienté, « étant tombé gravement malade, me fit appeler. Il voulut faire une confession publique de « ses péchés, et paraissait heureux à la pensée de paraître devant son juge. Depuis son « baptême, ce brave homme observe la religion avec plus de ferveur que n’importe lequel de « mes chrétiens. Le bon Dieu lui a accordé de réaliser quelques bénéfices ; il les a employés à « aider ses voisins. Plusieurs fois il a été trompé par ces derniers ; il n’en a pas moins « continué à leur prêter son assistance. »
La région occidentale est la moins peuplée ; une partie même n’a pas encore été exactement reconnue ; plusieurs arroyos assez considérables n’ont pas de nom ; ils sont simplement désignés par un numéro d’ordre, du nord au sud. C’est vers ces plaines incultes et marécageuses que les Annamites émigrent ; les missionnaires y ont suivi leurs chrétiens et fondé plusieurs postes. On compte, dans cette partie de la Mission, 3 districts Rach-gia, Tra-long et Bac-lieu ; 2 grandes paroisses : Hoa-hung et Rach-nha ; 13 chrétientés et 3.051 fidèles. On a baptisé, cette année, dans les différentes stations, 132 adultes et 282 enfants de païens.
« M. Blondet a quitté Cai-doi et s’est établi à Rach-gia. De ce nouveau poste il peut rayonner plus facilement pour fonder d’autres stations. En outre, les prêtres indigènes qui administrent la paroisse de Hoa-hung et les chrétientés du district, se trouvent ainsi moins isolés.
« Depuis le dernier compte rendu, Tra-long a été détaché de Bac-lieu pour devenir le centre d’un nouveau district. M. Gonet en a accepté la direction, en vrai missionnaire prêt à tous les sacrifices. Une maladie qui a failli lui être mortelle, le choléra qui a fait une cinquantaine de victimes parmi ses néophytes, l’établissement de trois nouvelles chrétientés qui ont accru le district de 248 fidèles, l’instruction de 94 catéchumènes : tels ont été les travaux et les épreuves de notre confrère, Impossible d’exprimer les angoisses d’un homme qui, au milieu d’un désert, doit subvenir aux besoins d’un millier d’individus, tous plus pauvres les uns que les autres, et occupés à défricher des terres qui ne donneront une récolte passable qu’après plusieurs années de culture !
« Le district de Bac-lieu vient d’être confié à M. Duquet qui tâche d’abord de le connaître à fond, pour y faire ensuite le plus de bien possible. Bac-lieu, chef-lieu d’arrondissement, ne sera jamais une grande chrétienté, tant que le terrain occupé par les chrétiens demeurera si exigu.
« Le courant de l’émigration, en ces parages, se porte sur le canal qui relie Ca-mau à Bac-lieu. C’est là que se trouve une station fondée et, pourrait-on dire, dirigée par des femmes. A l’époque de la grande persécution de Tu-duc, une famille chrétienne se trouva surprise dans cet endroit. Pour se tirer d’affaire, le chef de la famille maria sa fille à un païen influent qui, sur les supplications de sa femme, finit par recevoir le baptême, mais ne se rallia jamais à aucune chrétienté. Tous les enfants furent baptisés, moins un garçon plus choyé du père. La Providence permit que cet enfant fût frappé de la foudre. Ce malheur fut regardé par toute la famille comme une punition de Dieu. Vers la même époque, le prêtre Li-phuoc-thong célébrait sa première messe dans sa paroisse d’origine, Cai-huu. Tous les chrétiens, pour célébrer dignement cette grande fête, voulurent mettre ordre à leur conscience. Le nouveau prêtre, ayant entendu parler du coup de foudre, fit inviter cette pauvre famille perdue au milieu des païens. Le père refusa, prétextant la longueur du voyage ; la mère et ses filles virent là un nouvel appel de la grâce. Elles se rendirent résolument à l’invitation, et voulurent, comme les autres, régler leurs affaires avec le bon Dieu. Depuis lors, ces excellentes femmes ont persévéré ; elles sont même devenues des catéchistes ferventes et ont demandé l’érection d’une chrétienté chez elles. Le vieux père a été entraîné, et il aide sa femme et ses filles à réunir quelques catéchumènes pour fonder la station de Rach-rau.
« La paroisse de Rach-nha, par suite de mauvaises récoltes successives, se désagrégeait. Il était regrettable de perdre notre poste le plus avancé, lequel un jour peut devenir central, si Dieu bénit nos travaux dans la pointe de Ca-mau (pointe sud-ouest de l’Indo-Chine). Je m’étais d’abord proposé de placer là un missionnaire ; mais quelques confrères m’ont conseillé d’y mettre un prêtre indigène, qui semble plus apte à conserver ce noyau, et à ramener les brebis égarées un peu partout depuis la persécution de Tu-duc. Ce prêtre est installé depuis quelques mois seulement ; le rapport qu’il a envoyé prouve qu’il a réellement travaillé avec zèle pour reconnaître le champ qui lui a été confié.
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« Le Séminaire compte aujourd’hui 82 élèves, dont 24 en théologie et 58 répartis dans les autres cours. 4 nouveaux prêtres ont été ordonnés pendant cet exercice. « L’année qui vient « de s’écouler, écrit M. Herrgott, supérieur de l’établissement, a eu des moments bien « pénibles tant pour les professeurs que pour les séminaristes. Le choléra, qui a fait de « nombreuses victimes dans toute la contrée, en a fait aussi au séminaire. Deux jeunes élèves « ont succombé après quelques heures de maladie seulement, et deux autres ont vu la mort de « bien près. Au milieu de notre douleur, nous avons été grandement consolés par la mort « édifiante de nos deux enfants. »
« Les Sœurs de la Providence de Portieux ont un personnel de 46 religieuses, 30 françaises et 16 annamites. Le noviciat indigène compte 48 novices et 6 postulantes. Les novices, avant d’être reçues au nombre des religieuses proprement dites, font huit années de probation, pendant lesquelles elles sont appliquées au service des différentes maisons ; puis elles subissent un second noviciat qui dure encore deux ans. En général, nous sommes très satisfaits de ces saintes filles, j’en ai assisté plusieurs à l’heure de la mort, et je me suis toujours demandé ce qu’elles auraient, non pas dû, mais pu faire de plus pour assurer leur salut éternel.
« Dans leurs cinq orphelinats, les Sœurs élèvent 588 enfants ; 15 garçons ont été placés chez les missionnaires ; 18 filles ont été confiées à des familles chrétiennes ; 2 sont entrées en religion ; 1.781 petits païens ont été baptisés in articulo mortis.
« Les Sœurs dirigent aussi cinq hôpitaux qui ont reçu 2.676 malades, sans compter ceux qui, chaque jour au nombre de 60 en moyenne, viennent simplement demander des remèdes ou se font soigner au dehors. 273 adultes ont reçu le baptême dans ces divers établissements.
« Ces chiffres, mieux que des paroles, prouvent le dévouement de nos bonnes religieuses et le succès que Dieu a donné à leurs travaux. »
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