| Année: |
1906 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Cambodge |
| Rédacteur: | Mgr Bouchut |
IV. ─ Cambodge
Population chrétienne 37.659
Baptêmes d’adultes 755
Baptêmes d’enfants de païens 5.158
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« L’an dernier, écrit Mgr Bouchut, je racontais nos épreuves, en les endormant dans l’espérance d’un avenir meilleur. Cette espérance, hélas ! a été trompée. Au point de vue matériel, la gêne s’est fait sentir dans toute la mission. En plusieurs districts du sud, la récolte du riz a été comme la précédente, à peu près nulle. Au point de vue de l’évangélisation, malgré le dévouement et le zèle des ouvriers apostoliques, nous n’avons point cueilli la grosse gerbe de baptêmes que nous convoitions. Il a été difficile, parfois impossible, de donner l’instruction aux catéchumènes. Du reste, leur cœur n’était généralement pas porté vers les choses spirituelles.
« Les missionnaires ont eu même à lutter, sur divers points, pour conserver les résultats déjà acquis : « A Sampan, raconte M. Gratuze, nous n’avons pas avancé. La population est « terrorisée par une riche voisine, qui a juré de détruire la chrétienté et qui met tout en œuvre « pour y arriver. Une main criminelle a mis le feu à l’église, qui a été réduite en cendres avec « deux maisons de chrétiens. L’église relevée, la même main a tenté de l’incendier une « seconde fois. Saint Antoine a préservé l’édifice que je lui avais confié, et cette dernière « tentative a eu pour résultat de désigner son auteur à la justice du pays. »
« M. Thieux, à Rach-gia, signale l’influence néfaste de la politique antireligieuse du gouvernement français : « Les interprètes lisent les journaux de France, que des Européens « leur prêtent ; certains même ont des abonnements directs. Les laïcisations de la « Cochinchine et du Tonkin sont connues de tous, même des gens de la campagne, qui en ont « appris la nouvelle au marché. Beaucoup d’âmes de bonne volonté hésitent à nous suivre. » Cette influence mauvaise, signalée par le missionnaire de Rach-gia, se fait sentir un peu partout au Cambodge, mais spécialement dans la basse Cochinchine.
« MM. Gonet et Quimbrot ont été très éprouvés à Tralong et à Tam-hat. Les ruines du typhon de 1904 ne sont pas encore relevées. En outre, l’extrême indigence plane sut la contrée et entrave toutes les œuvres. « Dans mes années de jeune aspirant, écrit M. Quimbrot, « j’avais désiré des épreuves, des peines, des privations. Le bon Dieu m’a bien servi : j’ai tout « ce que j’avais rêvé. »
« Quelques districts, néanmoins, ont donné des résultats consolants. M. Unterleidner, à Losut, accuse 49 baptêmes d’adultes et 45 d’enfants de païens. Il compte, de plus, de nombreux catéchumènes à Bung-trai.
« Le poste d’An-thou, qui avait tant souffert du typhon de 1904, est restauré. M. Merdrignac vient de terminer, après deux ans de travaux et de privations, son église et son presbytère. J’ai donné la confirmation à An-thou à 102 néophytes ; 35 baptêmes avaient eu lieu la veille de la confirmation.
M. Charles Keller m’écrit : « La chrétienté de Co-co est prospère : l’avenir lui sourit. « Puissent, avec l’aide de Dieu, mes prévisions se réaliser ! M. Gonet, son fondateur, a mis là « ses sueurs et son argent. Il a planté, je recueille les fruits. Depuis trois ans, des travaux « importants ont été effectués dans l’intérêt de la population, une église convenable a été « construite ; les chrétiens sont fervents et obéissants, les catéchumènes sont nombreux ; près « de 70 vont être admis au baptême. Co-co deviendra certainement sous peu, le centre « religieux de la province de Soctrang. »
« Dans ma tournée de confirmation, j’ai pu constater, de mes yeux, l’exacte vérité de ce que m’écrit M. Keller sur sa chrétienté centrale de Co-co. Je ne l’avais pas visitée depuis trois ans ; je l’ai trouvée transformée.
« M. Dalle travaille avec zèle et succès à la conversion des Cambodgiens de la basse Cochinchine. Il aime ses ouailles, les entoure de soins au spirituel et au temporel. Son petit troupeau s’est accru, en un an, de 28 brebis.
« M. Guibé a pris position dans le gros marché chinois de Cha-he ; il a élevé là une petite église, qui sert de point de ralliement aux nombreux catéchumènes dispersés le long du grand fleuve. Son regret est de n’avoir pas encore baptisé d’adultes, mais il s’en console en pensant qu’au début de toute œuvre, il est bon de procéder avec une sage lenteur. Les 140 catéchumènes qu’il s’efforce d’instruire prouvent, du reste, que notre cher confrère n’a point perdu son temps.
« Nous avons réussi à fonder une nouvelle paroisse à Phnom-penh. Trois paroisses, occupant la partie nord de la ville, forment une masse compacte et homogène de 4.000 chrétiens. La paroisse récemment fondée embrasse le reste de la ville, et compte un millier de fidèles. Le missionnaire qui en est chargé remplit aussi les fonctions d’aumônier à l’hôpital français.
« L’Œuvre de la Sainte-Enfance a donné, cette année encore, d’heureux résultats, quoique un peu inférieurs à ceux du dernier exercice. M. Constant Duquet a enregistré 459 baptêmes d’enfants de païens, M. Tandart, 436 ; M. Gazignol, 358, et M. Joly, 350.
« La population catholique de la mission a augmenté de plus de 1.500 âmes. Cette augmentation est due, pour une part, aux baptêmes d’adultes et aux baptêmes d’orphelins ; pour l’autre, au chiffre relativement élevé des chrétiens égarés au milieu des païens, qui ont pu être ramenés dans nos chrétientés.
« L’Annamite, par caractère, est quelque peu nomade ; si rien ne l’attache au sol, il se déplace volontiers. En basse Cochinchine, depuis deux ans, nombreux ont été les chrétiens qui sont allés chercher auprès des propriétaires païens le secours matériel qu’ils ne trouvaient pas chez le missionnaire. Ces malheureux devront cultiver longtemps la terre de leurs créanciers, avant d’avoir payé leurs dettes. Au Cambodge, les grands centres chrétiens de Phnom-penh, Banam, Meat-krasa, n’offrent plus à la population, qui s’accroît sans cesse, les ressources nécessaires à la vie. Le trop-plein s’en va chercher fortune dans les arroyos tributaires du grand fleuve et du Tonlé-sap. Ils abandonnent, peu à peu, les pratiques religieuses, si le missionnaire n’arrive à temps pour leur porter secours. Nous nous préoccupons vivement du péril que courent ces pauvres âmes. Il faudrait multiplier les postes, afin que personne n’échappe à l’action du prêtre, mais les ouvriers sont en trop petit nombre. La création des deux districts de Kompong-thom et de Pursat a déjà donné d’heureux résultats. La chrétienté de Kopéac s’est élevée de 35 catholiques à 130 ; celle de Buug-kranh, de 50 à 125. M. Arvieu a réuni à Pralai-méas une joli noyau de néophytes dispersés.
« M. Entressangle a recueilli plusieurs familles errantes ; la population de Toam est actuellement de 548 âmes. M. Paul Martin, après avoir groupé 74 chrétiens à Péam-prek-thnos, sur le Tonlé-Tauch, a entrepris de fixer à Prek-kahé de nombreuses familles originaires du district de Banam. Des efforts seront tentés, cette année, sur le Prek-chelang, le Prek-muk-kompul et le Stuug-chinit.
« Parmi les événements heureux de l’année, il faut compter l’ouverture de notre école de catéchistes. M. Pianet en a la direction : « Je suis content, écrit-il, des élèves de la Nha-« giang ; c’est de beaucoup la partie la plus chère de mon troupeau. Le travail auquel je suis « obligé de me livrer pour me mettre en état de les instruire et de les former me prend « beaucoup de temps, mais je serai plus libre au bout de l’année. »
« Le séminaire a été éprouvé par le béri-béri. Cette maladie, dont on connaît si peu l’origine et la nature, tend à se répandre en Indo-Chine. Nos vastes bâtiments de Culao-gieng ont été infectés, on ne sait comment. Après plusieurs essais infructueux pour conjurer le fléau, nous avons dû licencier les élèves pour six mois. Pendant ces vacances forcées, nous appliquons à l’établissement toutes les mesures de désinfection que conseille la science médicale.
« Les œuvres des religieuses de la Providence de Portieux prospèrent comme par le passé. Nos dévouées auxiliaires ont eu la joie d’enregistrer 261 baptêmes d’adultes in articulo mortis et 1.905 baptêmes d’enfants de païens ; 702 enfants sont élevés dans leurs 6 orphelinats : 1.936 malades ont reçu leurs soins dans les hôpitaux.
« Je termine ce compte rendu par les deux traits suivants. Le premier est raconté par le P. Tien, prêtre indigène à Taloc. Je traduis de l’annamite : « C’était le 18 de la 10e lune. O jour « de joie et de bonheur, digne d’être inscrit au livre des louanges de la miséricorde divine, qui « ne veut laisser périr personne ! Vers les 9 heures du matin, un inconnu m’apporte une lettre « ainsi conçue : « Une jeune fille malade avait perdu connaissance ; revenue à la vie, elle a dit « à son père : « Allez chercher le prêtre au plus vite, je l’attends avec impatience : lui seul « peut sauver mon âme. » Après avoir lu la lettre, je prends mes dispositions pour partir « immédiatement : j’arrive vers 1 heure de l’après-midi. O chose singulière ! La malade « entend dire que je suis là ; elle m’appelle avec une telle onction dans la voix, que j’en suis « tout ému. Bien que harassé de fatigue, je m’approche d’elle aussitôt. Elle ne m’avait jamais « rencontré. Dès qu’elle m’aperçoit, elle manifeste sa joie : « Père, dit-elle, je vous prie de « m’emmener avec vous, afin que je puisse voir le bon Dieu. » Je m’imagine qu’elle est « chrétienne. « Avez-vous fait votre examen de conscience, lui dis-je. » Elle me répond : « Père, je vous demande le baptême. » Je commence alors à lui enseigner les principales « vérités de la foi. Mais, ô merveille ! elle connaît toutes les vérités nécessaires, et me dit : « Je crois en Dieu, j’espère en Dieu ; je le confesse, je ne rougis pas de lui. » Je lui administre « le baptême. Grande est sa joie ; elle récite le Credo et le Pater très distinctement, et répond « à mes interrogations. « Renoncez-vous à Satan ? ─ Oui, j’y renonce jusqu’à la mort. » « Après le baptême, elle demande à être transportée à Taloc. Mais c’est impossible, les « chemins sont inondés ; trop grande est la distance. Je reste quelque temps auprès d’elle. Je « prends mon scapulaire et le lui impose : « Lorsque je ne serai plus là, lui dis-je, la « Souveraine Dame restera pour vous protéger. » Elle reçoit le scapulaire, le baise avec « grande piété. Je prends congé d’elle ; elle me fait donner une piastre pour dire une messe, « après sa mort. A partir de ce moment, et toute la nuit, elle récite des prières, baise le « scapulaire ; la joie est peinte sur son visage. A 4 heures du matin, sa petite sœur lui « demande : « Vois-tu donc déjà Dieu, que « tu es si radieuse ? ─ Oui, répond-elle, et elle « expire. »
« Le second trait est la mort édifiante d’une petite fille de douze ans, racontée par M. Constant Duquet : « Assidue à l’école, elle savait tout son catéchisme et beauconp de prières. « Elle était une enfant modèle, et devait faire sa première communion dans quelques mois. Un « jour, elle fut mordue par un serpent venimeux. Pas de médecin et pas de prêtre, dans le « voisinage. La petite malade ne s’en effraya point. Avec un calme que peut, seule, donner « une bonne conscience, elle invita l’assistance à prier pour elle, demanda un crucifix, et, « pendant deux heures, elle ne cessa de réciter des prières, consolant elle-même ses parents « éplorés. On parle aujourd’hui encore, avec grande édification, d’une mort si sereine et si « calme. L’enfant ne regrettait qu’une chose : de n’avoir pas fait sa première communion. »
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