| Année: |
1907 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Cambodge |
IV. — Cambodge
Population catholique 40.087
Baptêmes d’adultes 878
Conversion d’hérétique 1
Baptêmes d’enfants de païens 4.631
_____
L’année a été bonne pour la mission du Cambodge. Le missionnaire, dont le zèle apostolique n’est jamais satisfait, tant qu’il voit autour de lui du bien à accomplir, est porté à oublier ce qu’il a fait, ou du moins à le déprécier en quelque sorte, pour porter ses regards toujours plus loin, toujours plus haut et à se plaindre de n’avoir pas encore pu soumettre toutes les âmes à Jésus-Christ.
Les missionnaires du Cambodge n’ont pas échappé à cette règle générale. Cela ressort du compte rendu si substantiel et si intéressant de Mgr Bouchut. Cependant, le chiffre de la population chrétienne a augmenté de près de 2.500, exactement de 2.358. Les naissances l’ont emporté de beaucoup sur les décès. Un certain nombre de familles, perdues au milieu des païens, ont été retrouvées par les missionnaires et rattachées aux chrétientés les plus voisines. Des âmes, relativement nombreuses, sont entrées dans le bercail du divin Pasteur, par le baptême. Bref, le Cambodge compte aujourd’hui 40.000 catholiques.
Nous remercions, avec Mgr Bouchut, l’Auteur de toute grâce d’avoir daigné féconder les travaux des ouvriers apostoliques ; qui ont d’ailleurs tous dépensé leurs forces sans mesure pour étendre le royaume de Dieu.
Les œuvres générales de la mission sont prospères. Le séminaire a donné quatre nouveaux prêtres. L’école des catéchistes reste avec son chiffre de 30 élèves, que les ressources ne permettent pas de dépasser. Les religieuses de la Providence se dévouent avec le même zèle, dans les hôpitaux et les orphelinats. Elles ont fait une nouvelle fondation. L’administration provinciale les a demandées pour un hôpital établi à Cântho, élevé surtout en faveur des indigènes de l’arrondissement. Quatre d’entre elles, deux françaises et deux indigènes, viennent de s’y installer.
Les Frères des écoles chrétiennes, toujours si ardents à étendre leur champ d’action pour le bien, ont fondé, l’an passé, une école de français à Battambang. Déjà, de vrais succès encouragent leurs efforts, au point que leurs premiers locaux se trouvent absolument insuffisants pour recevoir tous les élèves qui se présentent. Que la divine Providence leur envoie les secours nécessaires, pour qu’ils puissent bientôt avoir un établissement répondant à leurs besoins et à leurs désirs !
Les confrères ont continué leurs travaux d’évangélisation dans les différents districts, d’une manière normale, à peu près partout. Nous les visiterons, en parcourant la mission du nord au sud. Chemin faisant, nous noterons les faits les plus saillants, les détails qui peuvent servir à l’édification commune.
Notre point de départ est le territoire de Battambang cédé à la France, lors du dernier traité entre elle et le Siam. La période de transition entre les deux régimes a été pénible pour les chrétiens. L’action d’aucune autorité n’était suffisamment définie pour maintenir l’ordre. Aussi, la piraterie s’est-elle exercée sur une vaste échelle. Elle poussait ses déprédations jusqu’à la ville même de Battambang.
« Plusieurs mois durant, dit Mgr Bouchut, nos fidèles ont vécu dans l’inquiétude et la crainte. La chrétienté de Khsach-pouy, située au-dessus de Battambang, effrayée par les incursions répétées de bandes de pirates, s’est presque tout entière enfuie vers la ville, où elle se croyait plus à l’abri de leurs coups d’audace. Celle de Ta-om, perdue sur la lisière d’une forêt, au milieu des païens, a été gardée et maintenue sur place, grâce au sang-froid du missionnaire, M. Entressangle. Il écrit à ce sujet : « La nouvelle de l’annexion de Battambang « est arrivée à Ta-om le jour de Pâques. L’occupation effective n’a eu lieu qu’en juillet. « Pendant cet intervalle, les autorités siamoises ont cessé, ou à peu près, de faire la police du « pays. Les pirates ont abondé. D’autre part, des bruits de guerre, grossis en se répétant, « jetaient partout l’épouvante. J’ai eu beaucoup de peine à retenir mes chrétiens, qui voulaient « partir. Dans la crainte de les voir s’échapper pendant mon absence, j’ai dû garder la « résidence plusieurs mois. »
L’administration des chrétiens a été quelque peu gênée par tous ces événements. Aujourd’hui le calme est revenu. Tout est rentré dans l’ordre. Les suites de cette effervescence ne laisseront pas de traces profondes.
« Pendant six mois de l’année, les pêches du Grand Lac attirent un millier de chrétiens. Il fallait pourvoir à leurs besoins spirituels. Ils ont été confiés au zèle de M. Arvieu. Ce cher confrère, pour atteindre plus sûrement ces âmes, s’est fixé à Prâlai-méas, à la porte des Lacs, et sur le passage des barques. Par sa position, cette chrétienté est appelée à un grand développement. Elle compte déjà 118 fidèles. De nombreuses familles de pêcheurs et de bûcherons, qui travaillent dans les environs, s’y réunissent pour les offices, le dimanche et les jours de fête. « Sans doute, fait remarquer M. Arvieu, le site n’est pas agréable. Les rives du « Tonlé-Sap ne sont pas enchanteresses. Cinq mois de l’année, la chrétienté est inondée. Les « eaux atteignent jusqu’à 2m50 et 3 mètres de hauteur. Mes successeurs à ce poste ne me « voteront pas des félicitations. Mais, je n’ai pas trouvé à l’entrée des Lacs de terrain plus « élevé. D’ailleurs, les Annamites qui luttent pour la vie dans ces lieux, s’y attachent et ne « regrettent pas les jardins de la Cochinchine qu’ils ont quittés. »
M. Joly, chargé du beau district de Rosey-kêo, n’a pas hésité à donner cinq retraites successives à ses paroissiens, pour les mieux préparer à leur devoir pascal. Les notables, les hommes, les femmes, les jeunes gens, les jeunes filles ont eu ces saints exercices, les uns après les autres. La ferveur extraordinaire qu’ils y ont apportée a été une douce consolation pour le missionnaire. Le résultat lui a fait oublier la fatigue.
Les constructions du couvent annamite des Filles de Marie sont achevées. Le plan est parfait, et l’exécution ne laisse rien à désirer. Les religieuses y seront au large. Les dispositions des différentes parties favorisent singulièrement le mouvement de la communauté et, partant, l’observation de la règle. Le cher M. Joly est bien en droit d’être fier et content de son œuvre ; car elle est sienne, à tous les points de vue. La bénédiction et l’inauguration ont eu lieu le 16 juillet.
A Phnôm-pênh, un nouveau poste a été fondé dans le quartier du marché. M. Tandart en est le titulaire. Il s’est aussitôt mis à l’œuvre pour recueillir et grouper les fidèles autour de lui. C’est un travail qui demande du zèle et de la patience. Notre confrère se trouvant au milieu d’une population tout adonnée au petit commerce et un peu nomade, il y rencontre les difficultés ordinaires dans une telle situation. La tiédeur se glisse facilement chez ces petits marchands, toujours en contact avec les païens. La conscience s’élargit. Les difficultés matrimoniales se multiplient. De là, un éloignement des pratiques religieuses et la crainte de rencontrer le missionnaire. M. Tandart, pour arriver à triompher de tous ces obstacles, visite fréquemment ses chrétiens, les encourage au bien avec indulgence, sachant choisir le moment opportun pour les observations plus graves. Il a gagné leur confiance. C’est une bonne œuvre positive et durable. « Avec le temps et la grâce divine, écrit Mgr Bouchut, les résultats viendront. J’en ai la persuasion absolue. Cette année déjà, plusieurs unions ont pu être régularisées. »
L’école des catéchistes est établie à Ba-nam. Elle est d’un grand exemple pour la paroisse. Son heureuse influence se fait sentir d’une manière toute spéciale sur la jeunesse. M. Pianet, qui dirige cette belle chrétienté depuis de longues années, avec une fermeté et un zèle extraordinaires, est satisfait de ses fidèles. Il constate un nouvel élan pour la fréquentation assidue des sacrements. Mais, là aussi, il rencontre la lutte entre l’esprit du bien et celui du mal, qui se fait plus sentir, généralement, à mesure que la population chrétienne se développe.
Il y a une dizaine d’années, deux petites stations avaient été fondées sur le Song-bé. Le bon Dieu les a bénies. Elles se sont singulièrement accrues, surtout ces derniers temps, sous la sage administraction de M. Haloux. A Cân-châp, où il n’y avait que 4 ou 5 familles, il est parvenu à réunir 96 chrétiens ou catéchumènes. Sur le petit fleuve, il a construit une église et une résidence pour le missionnaire. Ce sera un centre d’action très heureux, sur les fidèles dispersés le long du Song-bé. Un vrai mouvement vers notre sainte religion s’est déclaré dans toute cette partie du district, grâce à l’activité inlassable du jeune collaborateur de M. Pianet. Malheureusement, la maladie de M. Gonet a forcé Mgr Bouchut à arracher M. Haloux à ces premiers travaux déjà si féconds, pour l’envoyer au secours de son confrère.
M. Merdrignac est tout heureux de la piété solide de ses chrétiens. Dans un poste de 370 fidèles, il a obtenu le consolant chiffre de 800 communions pendant le cours de cette année. Il faut attribuer un si beau résultat à la pieuse activité du missionnaire, qui s’est fait l’instrument souple et soumis de la grâce divine, de l’Esprit-Saint, que le tiers de ses ouailles a reçu l’année dernière dans le sacrement de confirmation. Ces heureux effets, premières fleurs écloses sous la mystérieuse influence du soleil de justice, se transformeront en fruits de fortes vertus chrétiennes. Mais l’ennemi, qui les jalouse, ne dort pas. Pour les défendre contre son audace, il faut être toujours sur la brèche et rappeler sans cesse aux fidèles la nécessité de la lutte.
Aux deux extrémités d’An-nhon, se sont formés deux nouveaux postes, celui d’An-phu et celui de My-thiên. Le premier compte déjà 15 familles de catéchumènes, et le second, 4 seulement ; mais plusieurs autres sont prêtes à se faire inscrire. La moisson s’annonce belle pour un avenir tout procbain.
La divine Providence a arrêté notre jeune confrère, au milieu de ses travaux couronnés de si consolants succès. Il a dû se séparer, quelque temps, de ses chrétiens qu’il aimait tant, et revenir en France demander, au pays natal, un peu de force et de santé, pour retourner bientôt les dépenser au Cambodge.
A l’est du royaume, nous rencontrons M. Chouffot. Son centre d’action est Trâbêc, dans la province de Soai-rieng. « Le voisinage du marché, les funestes exemples d’un maire scandaleux, la tolérance du jeu, la tendance de l’autorité à contrecarrer l’action du missionnaire, sont des difficultés très réelles, contre lesquelles il a toujours à lutter pour protéger ses chrétiens contre le relâchement et les retenir dans la pratique de la piété. » Ses consolations lui viennent surtout de deux petits postes, Meréac et Langon, qui lui promettent une grosse gerbe de baptêmes pour l’an prochain.
Les prêtres indigènes Tiên et Triêu sont à la tête des postes de Taloc et de Somrông, qui se sont accrus, le premier, de 40 et le second de 100 unités ; la ferveur de leurs néophytes à s’approcher des sacrements donne une grande satisfaction aux pasteurs.
M. Unterleidner, arrêté par des obstacles momentanés, dans son travail à Prâsâut, a quitté la place pour se mettre à la recherche des chrétiens, égarés au milieu des païens, dans la province de Soai-téap. Il a eu la joie d’en découvrir plus de 100, dont il a régularisé la situation, en les rattachant aux postes voisins.
Les vieilles, chrétientés de Prêk-trêng et de Bin-di se développent normalement. A Sampan, il y a eu 10 baptêmes. A Soai-prey, non loin de Takêo, une nouvelle station vient d’être fondée. Elle porte le nom de Saint-Joseph, en souvenir de M. Cherpin, qui désirait depuis longtemps y créer lui-même un poste pour subvenir aux besoins spirituels des chrétiens dispersés dans les montagnes environnantes.
Les inondations des dernières années ont réduit à une grande gêne les chrétiens de Boot. M. Blondet s’ingénie à les secourir même dans leurs besoins matériels. Pour permettre aux jeunes gens de s’établir, il a fondé une caisse matrimoniale, qui lui a donné d’heureux résultats. Cette année, elle a fourni les ressources suffisantes pour 9 nouveaux ménages.
Le prêtre indigène Thoi administre la florissante chrétienté. de Hoà-hung, qui ne compte pas moins de 716 fidèles. Leurs grandes dévotions sont la pratique de la communion, le premier vendredi du mois, le chemin de croix le vendredi, et le culte ee la sainte Vierge le samedi.
Le district de M. Gonet, Trâ-lông, avec ses 3.000 chrétiens, lui demandait une dépense de forces et un travail auxquels un seul homme, malgré tout son courage, ne pouvait plus suffire. « M. Quimbrot, dont la main sûre et avisée saura maintenir et développer les œuvres existantes », a partagé, avec son confrère, ce champ où les fleurs du ciel poussent avec tant de vigueur.
La population catholique de Soc-trang s’est accrue d’une manière sensible. La jeunesse est fervente. Elle fréquente régulièrement les sacrements. Les habitants de la ville, trop mêlés aux païens, laissent à désirer dans la pratique de leurs devoirs religieux. M. Brun cherche, pour ses jeunes gens, une industrie qui leur permette de gagner leur vie sur place, et de se fixer autour de l’église.
Bâi-giâ a 515 chrétiens et est administré par un prêtre indigène, le P. Kiêm, qui, malgré sa faible santé, travaille activement et avec succès. Deux nouveaux postes ont été fondés, Nangrô et Rach-goi. Les catéchumènes, au nombre de 47, se préparent avec ferveur au baptême.
M. Dalle exerce son zèle parmi les Cambodgiens de la Basse-Cochinchine. « J’aurai d’ici « peu, écrit-il, la joie de baptiser un jeune ménage, dont le mari est un orphelin. Ces jeunes « gens demeuraient chez leur grand’mère, à qui leur conversion ne plut pas. L’étude des « prières, qui se prolongeaient bien avant dans la nuit, exaspérait particulièrement la vieille. « Or, elle vint à tomber malade. Évidemment, c’était l’arak, le diable,qui se vengeait sur la « grand’mère, de la désertion des enfants. Elle chassa les deux jeunes époux, qui se « construisirent une petite maison près de l’église. En ce moment, malgré la fatigue des « travaux agricoles, ils sont toujours assidus à l’étude des prières. La vieille grand’mère ne se « porte pas mieux depuis leur départ. »
Sa Grandeur Mgr Bouchut termine son compte rendu par le récit d’un trait édifiant, rapporté par M. Chaumartin. « J’allais visiter, avec un de mes confrères, dit ce missionnaire, « un vieillard de quatre-vingt-dix-huit ans, qui est toujours aussi gai qu’à vingt ans. Il était « assis à l’annamite sur le plancher de sa case. Il ne nous vit pas venir. Il est presque sourd et « aveugle. Mais il a conservé tout son verbe. Lorsqu’il nous sut à ses côtés, il déposa le « chapelet qu’il avait entre les mains, nous fit le salut d’usage, bourra une chique de bétel et « se mit à nous conter à haute voix ses petites affaires. Après avoir devisé de choses et « d’autres, nous en vînmes à lui parler de confession et même d’extrême-onction, afin de « préparer le grand passage de l’éternité. Le bon vieux nous écoutait attentivement. Au mot de « confession, il prit son chapelet et nous dit, sur un ton qui n’admettait pas de réplique : « Comment voulez-vous que je commette des péchés ? je ne parle qu’avec cela toute la « journée... » De fait, ce saint homme, qui ne se rend presque plus compte de ce qui se passe « autour de lui, s’entretient continuellement avec le bon Dieu, avec la sainte Vierge. Quand il « a fini un chapelet, il en recommence un autre. Il en récite une trentaine par jour. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|