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Rapport annuel des évêques

Année: 1908
Pays: Cambodge
Mission: Cambodge
Rédacteur:Mgr Bouchut

IV. – Cambodge

Population catholique 41.858
Baptêmes d’adultes 884
Baptêmes d’enfants de païens 5.436
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« Je dois, avant tout, dire notre connaissance au bon Dieu dans cette fin d’année, écrit Mgr Bouchut. En mettant la main à la préparation de ce compte rendu, j’avais l’âme remplie de tristesse. Deux chrétientés dans le territoire de Battambang avaient été immobilisées toute l’année par suite de la rébellion et de la piraterie. L’une même, dispersée pour un temps, ne se reconstituait qu’avec peine. L’atmosphère ambiante de crainte avait rendu impossible toute oeuvre d’évangélisation. D’autre part, deux districts avaient souffert de l’absence de leurs titulaires rentrés malades en France. Le regretté M.Gonet, et deux prêtres indigènes, morts dans le cours de l’année, n’avaient pas été remplacés. Plusieurs confrères réclamaient instamment des auxiliaires que je ne pouvais leur donner. Le choléra avait sévi avec intensité dans plusieurs chrétientés. La peste même avait fait quelques victimes à Phom-penh. Tout m’apparaissait sous un jour sombre et je sentais le noir envahir mon âme.
« Je parcourus les divers rapports des ouvriers apostoliques. La surprise et la joie prirent la place de la tristesse. Sans doute, chacune des espérances des missionnaires n’avait pas été réalisée, mais il devenait évident que le bon Dieu avait béni d’une manière particulière leurs travaux et le zèle de leurs collaborateurs et collaboratrices. Malgré toute une série d’obstacles, la mission du Cambodge enregistrait 884 baptêmes d’adultes et 5.436 baptêmes d’enfants de païens. La population catholique passait de 40.017 à 41.858. Les orphelinats, les hôpitaux, les écoles se maintiennent dans la prospérité du passé.
« Permettez-moi de relever dans les rapports de mes confrères les faits les plus saillants de l’année.
« Des troubles graves se sont produits dans le territoire de Battambang. La chrétienté de Taom a été dispersée. M. Entressengle a dû s’enfuir vers le Grand Lac avec une partie de ses chrétiens. C’était dans les jours de Pâques. Depuis lors, l’apaisement s’est fait, mais non complet encore. Trois chrétiens de Khsach-pouy, dont un notable, ont cru pouvoir aller, comme autrefois, à une journée en amont de Battambang faire leur provision de bois pour leur commerce. Ils ont été massacrés; le corps du notable jeté dans la rivière a été apporté par le courant torrentueux jusqu’à Battambang, ville où il s’est arrêté devant la maison du chef de police, venant, en quelque sorte, selon expression énergique du curé annamite de Khsach-pouy, plaider contre les assassins. M. Entressengle, de retour à Taom, est tombé malade, épuisé par la secousse et les privations, endurées pendant la tourmente. M. Arvieu, qui connaît très bien les chrétiens de Taom pour les avoir administrés pendant deux ans, s’est porté à leur secours; il a toute leur confiance, et réussira à reconstituer la chrétienté dans l’état prospère où elle se trouvait auparavant.
« Le nouveau poste de Kalmech, près de Kompong-thom, administré par M. Thomas, se développe rapidement. Ses habitants, nouveaux catéchumènes ou anciens chrétiens, se sont mis avec courage à cultiver la rizière, leurs récoltes s’annoncent magnifiques. L’accroissement de population catholique y a été cette année de 110 âmes. J’ose espérer que cette chrétienté d’agriculteurs, solidement établie, deviendra un foyer puissant qui rayonnera sur toute la province de Kompong-thom.
« M. Paul Martin vient de fonder sa quatrième nouvelle chrétienté sur le Grand Fleuve, a Péam-chikang. Un séminariste y partage son temps entre l’enseignement des catéchumènes et celui des enfants de soixante chrétiens que le missionnaire a réussi à y fixer.
« M. Pianet, missionnaire à Banam, se plaint de n’avoir pu, par manque auxiliaire, donner à toutes chrétientés de son vaste district le soin nécessaire. Quant à la chrétienté centrale (1.450 chrétiens), « c’est toujours, écrit-il, l’émigration régulière du surplus de population que « donnent les naissances. Cette année, l’émigration me parait avoir été un peu plus grand « encore à cause des dettes entassées les années précédentes, par suite des mauvaises récoltes. « Plusieurs sont partis au Grand Lac tenter de refaire leur fortune à la pêche; ils n’ont pas « réussi. Cette immigration me donne peu d’inquiétude, car les émigrés se font agréger pour « l’ordinaire à d’autres chrétientés ou en fondent de nouvelles. Les exceptions sont rares. J’ai « même quelque-fois la satisfaction d’apprendre que quelques-uns, dont l’influence et les « services auraient été nuls ici, deviennent ailleurs des auxiliaires de l’Évangile. Ce sont des « prospectus, disait Mgr Grosgeorge, lancés aux quatre vents du ciel pour y porter la bonne « nouvelle.
« Le 24 décembre 1907 est mort à Banam le plus fervent chrétien probablement de la « mission et peut-être de tout l’Annam. Je veux parler du Trum-Hac. Je regrette de n’avoir pas « le temps de faire une notice sur son compte et de redire tous les exemples d’humilité, de « patience, de mortification, et surtout de prière continuelle qu’il a donnés à ses compatriotes.»
« M. Pianet continue à être content du travail et du bon esprit de la Nha-giang (école des catéchistes). Dans quelques semaines douze élèves quitteront Banam pour aller enseigner dans les paroisses. Ce seront les prémices de l’école. Quel sera leur succès? Le cher M. Pianet a toutes les anxiétés de la paternité. Pour ma part j’augure bien de l’enseignement qu’ils ont reçu.
« M. Gonet a terminé sa carrière sur la terre. Son souvenir restera vivant de longues années parmi les nombreux chrétiens qu’il a évangélisés. Il a eu, avant de mourir, la consolation de voir ses trois mille chrétiens de Tralong échoir aux mains de deux jeunes confrères, pleins de zèle et d’activité, qui ont pu, du reste, se former quelque temps à son école. L’œuvre commencée continuera. Voici comment M. Haloux raconte le résultat de ses premiers efforts : « A Caitran, j’ai baptisé quelques catéchumènes, je réserve les autres pour la saison « qui suivra le repiquage du riz. A Tracu et à Tanlong, de nombreux Annamites ont déjà reçu « une instruction presque suffisante, il ne faudrait qu’un bon effort pour achever leur « préparation et pouvoir les admettre au baptême. Cet effort, je viens de le tenter à deux « reprises différentes. Mais obligé de m’absenter presque constamment, je n’ai pu surveiller la « formation donnée d’assez près, et je n’ai obtenu le résultat attendu. De toute nécessité, il « faut un prêtre à demeure, chargé exclusivement de Tracu et de Tanlong. A Long-my, il y a « un mouvement très prononcé en faveur du christianisme. Nous avons pu y établir une « quinzaine de familles de chrétiens ou de catéchumènes, De nombreuses familles, originaires « de Sadec et de Cantho, dispersées sur le Rach-Nuoc-Duc, ont promis de venir s’installer « près de la future petite église après le repiquage du riz. L’ong-quan du village et son fils, « quoique païens, favorisent ce mouvement vers la religion. Ils avaient donné autrefois aux « Pères Gonet et Jacquemard l’assurance qu’ils se feraient chrétiens. Tiendront-ils leur « promesse? L’avenir le dira.
« Sur la rivière de Caitran, dans la direction de Canh-den, sans avoir les vastes projets du « P. Gonet qui ne rêvait rien moins que d’y créer un nouveau district vaste comme celui de « Tralong, j’essaie cependant de poser des jalons pour l’avenir. A deux heures en aval de « Caitran, cinq familles baptisées constituent un petit noyau qui me donne l’espérance. A « Ngan-mo, un chrétien possède une vaste propriété sur laquelle je compte pouvoir bâtir « bientôt une chapelle. Un peu au-dessous, des chrétiens ont demandé la concession de terrain « en friche. Somme toute, j’ai beaucoup de projets. Du reste, la caractéristique du district, « c’est que beaucoup de choses sont en marche, rien n’est fini encore. Comme disait le bon P. « Gonet, si tout était fini, que nous resterait-il à faire ? »
« A Soctrang M. Brun est plein de joie à la vue des bénédictions divines répandues sur son district. « En vous adressant le compte rendu de l’année 1908, écrit-il, je me réjouis à la « pensée que vous y lirez des choses qui satisferont grandement votre cœur de suprême « pasteur de la mission. Vous y verrez, en particulier, que, grâce au nouveau contingent de « néophytes, le chiffre de la population catholique du district est en hausse considérable sur « celui de l’année dernière. Vous pourrez aussi constater que le missionnaire et ses vicaires « indigènes, sans grand secours du côté de la terre, mais tous confiants en la grâce d’en haut, « ont travaillé avec ardeur et non sans succès au milieu du paganisme; que les chrétiens, pour « la plupart tout nouvellement convertis, se sont conservés bons et fidèles à leurs devoirs de « religion, malgré le contact presque continuel des idolâtres qui les entourent de toutes parts.
« A la population païenne établie depuis longtemps dans la province de Soctrang, est « venue s’ajouter, cette année, une nouvelle population chassée, pour ainsi dire, de ses foyers « dans les provinces supérieures par les fléaux qui s’y sont succédé sans interruption depuis le « terrible typhon de 1904.
« Malheureusement, l’immense majorité de la population païenne reste comme enfermée « dans le cercle glacé de ses idoles, et, sans être hostile au prêtre de la vérité, elle se dérobe à « son zèle. Que de fois, à la vue de ces ténèbres épaisses qui règnent partout, le missionnaire « ressent au plus profond de son âme l’émotion qui gagnait le grand apôtre à la vue d’Athènes « païenne: incitabatur spiritus ejus in ipso videns idolatrioe deditam civitatem.
« Les 66 baptêmes d’adultes enregistrés dans mon compte rendu appartiennent tous aux « postes de Baigia, Soctrang et Barinh. Un groupe important de catéchumènes est en train « d’étudier et de se former à la vie chrétienne. Il sera bientôt suffisamment disposé pour « recevoir le saint baptême.
« Je ne perds point de vue la recherche des malheureux chrétiens perdus au milieu des « païens. J’ai chargé un catéchiste instruit, zélé et sérieux d’aller à la découverte dans tous les « villages pendant plusieurs mois de l’année. Vu sa facilité à se présenter partout, il peut se « rendre compte de la situation morale et matérielle de chacun, consoler, encourager les brebis « égarées et, surtout, grâce à sa liste très circonstanciée, les mettre en communication avec le « missionnaire. Il est à espérer que, grâce à ce système un peu coûteux mais certainement très « productif au point de vue spirituel, bien des égarés reviendront au bon chemin.
« L’église de Sochang vient d’être achevée. C’est un petit monument gothique, bien beau « dans son ensemble; il fait particulièrement l’admiration des païens. Ils sont charmés de voir « la flèche s’élever dans les airs et ils doivent croire, sans le dire toutefois, qu’elle jette un défi « à leur pagodes.
« En terminant, Monseigneur, je vous prie de vous rappeler qu’il y a un poste avec deux « chrétientés qui restent sans prêtres. Je vous demande instamment de vouloir bien penser à « mon district le plus tôt possible. Si je pouvais recevoir un auxiliaire avant la fin de l’année, « je commencerais aussitôt la fondation de Baixan, et le Cha-tai s’occuperait de fonder « définitivement un poste à Ké-sach. »




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