| Année: |
1910 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Cambodge |
| Rédacteur: | Mgr Bouchut |
IV. ─ Cambodge
Population catholique 44.847
Baptêmes d’adultes 1.122
Baptêmes d’enfants de païens 5.508
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Le rapport que nous envoie Mgr Bouchut atteste un véritable progrès dans les œuvres de cette belle Mission.
« L’exercice 1909-1910 a été un exercice de grâces et de bénédictions célestes. Le chiffre de la population catholique a passé de 42.741 à 44.847. Les baptêmes d’adultes forment un total qui n’avait pas été atteint depuis plusieurs années. Les baptêmes d’enfants de païens, eux aussi, ont été plus nombreux que précédemment. Les fêtes du Triduum de nos Martyrs, qui avaient si bien débuté à Culaogiêng, en septembre dernier, se sont répétées dans toutes les principales églises, avec une grande solennité. Signalons notamment celles de Phnom Penh, de Banam, Nang Gu. Ces fêtes ont produit beaucoup de bien dans les âmes. Les communions y ont été, partout, très nombreuses, comme dans un jubilé.
« La croix, cependant, accompagne toujours, ici-bas, l’œuvre de Dieu, et les peines physiques et morales sont la monnaie dont on achète les âmes. Chez nous, comme ailleurs, aux joies du succès ont marché parallèlement les épreuves. Parmi celles-ci, comptons : la maladie de nombreux Missionnaires ; la laïcisation décrétée du grand hôpital européen et indigène, de Phnom Penh ; la perspective d’une mauvaise récolte dans plusieurs provinces de la Mission. Il n’y a ici qu’une récolte par an. Les semis ont été brûlés par une sécheresse persistante, et il va être trop tard pour tenter d’en faire d’autres. La misère règnera donc ; elle ne laissera pas aux malheureux le temps de s’occuper de leurs âmes. L’Annamite trouve une excuse, qui lui paraît inattaquable, dans le fait de pouvoir dire : mac lo ngheo, je suis occupé à pourvoir à ma pauvreté. Il faudrait pouvoir l’aider dans sa misère, mais qui en soutiendrait la charge. Vive donc, au Cambodge du moins, la mediocritas aurea du poète chez nos fidèles !
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« Jetons un coup d’œil sur les paroisses de Phnom Penh ; nous recueillerons ensuite les aperçus les plus saillants sur les districts de l’intérieur.
« A la cathédrale, M. Bernard a baptisé 46 adultes. Dans ce nombre, il a eu le bonheur de compter 32 Cambodgiens. Il va nous dire l’origine de ce petit groupe de néophytes, et ce que lui a coûté de sollicitude son instruction.
« Avec les Cambodgiens, on y va plutôt par unités que par dizaines. Aussi, pour expliquer « la présence de ce groupe de catéchumènes, dont la plupart ont dépassé la cinquantaine, faut-« il remonter jusqu’à M. Coudert, qui parvint, Dieu sait au prix de quel labeur, à réunir ici « près de quarante familles cambodgiennes. Tous ces Cambodgiens, sans doute, ne « persévérèrent pas ; le plus grand nombre, cependant, resta fidèle au poste, et fut admis au « baptême par le regretté M. Coudert lui-même. Quelques vieux, vu la grande gêne où ils se « trouvaient, s’étaient contentés de faire étudier et baptiser leurs enfants, se réservant « d’étudier plus tard. Depuis lors, de nouveaux venus, parents des premiers néophytes, « s’étaient adjoints à eux. Le tout formait un petit groupe de catéchumènes qu’il s’agissait « d’arracher à leurs occupations et de préparer au baptême.
« Grâce à diverses circonstances propices, cette année, j’ai réussi à les réunir tous, pendant « quelques mois, de 7 h. à 9 h. du soir. Les premiers jours, c’était dur ; car rien n’est plus « ingrat que la mémoire d’un vieux ou d’une vieille cambodgienne qui n’a jamais rien appris « par cœur. Il a fallu plus d’une tournée dans le village, pour rassembler le troupeau et « prévenir le découragement. Grâce au dévouement du catéchiste, et à l’intelligence un peu « plus développée de quelques jeunes, qui ont ouvert la route, les vieux et les vieilles ont fini « par emboîter le pas. Ils savent les prières du matin et du soir et les principales vérités de la « Religion. »
« Ces purs Khmers ont été baptisés le Samedi-Saint, et admis à la première communion le jour de l’Assomption. Nouveaux et anciens baptisés, ils dépassent quelque peu le chiffre de 150 et forment un petit village qui se fondra peu à peu avec la vieille chrétienté cambodgienne.
« A la paroisse de Notre-Dame Auxiliatrice, M. Joly a complètement achevé l’installation du couvent des Amantes de la Croix. Malheureusement, ses forces trahissent son courage, et il ne peut plus suffire, seul, à l’administration d’une grande chrétienté de 1.600 âmes.
« M. Paul Martin a cueilli, soit dans sa paroisse de Saint-Pierre et Saint-Paul, soit dans ses chrétientés du Grand Fleuve, la belle gerbe de 40 baptêmes d’adultes.
« M. Guibé a baptisé 15 Chinois. L’œuvre de l’évangélisation des Célestes, à Phnom Penh, est lente et difficile. Il faudrait pouvoir atteindre les femmes. Nous n’avons pas de femme chinoise catéchiste ; et les Chinois, plus difficiles que les Annamites, n’admettent pas que des hommes enseignent des femmes. D’autre part, ces femmes de Chinois sont souvent Cambodgiennes ou filles de Cambodgiennes, c’est-à-dire, peu disposées au christianisme.
« Chaque dimanche, cependant, à la paroisse du Sacré-Cœur, avant la messe, pendant que les Annamites récitent leurs prières à l’église, les Chinois récitent les leurs dans une salle à côté. C’est ainsi que le nom du bon Dieu se trouve glorifié à Phnom Penh en cambodgien, en annamite, en chinois, et quelque peu, je n’ose dire beaucoup, hélas ! en français. Les quatre paroisses de la ville, en sus des 500 Européens, comptent 5.000 catholiques asiatiques.
« A Banam, M. Pianet, malgré ses infirmités, mène toujours de front la direction de son vaste district et celle de l’école des catéchistes. Il est vrai qu’il est aidé dans l’administration de ses chrétientés par M. Mennetrier et par un vicaire indigène.
« Le nombre des communions, écrit-il, a augmenté cette année d’une façon considérable. « Les chrétiens, surtout les femmes et les enfants, paraissent avoir à cœur de répondre aux « exhortations de Pie X sur la fréquente communion. Les notables croient peut-être de leur « dignité de marcher par derrière dans ce mouvement, mais ils ne pourront résister à « l’entraînement général. Les communions fréquentes de la nha giang (école des catéchistes) « sont elles-mêmes d’un très bon exemple.
« M. Mennetrier, qui maintenant a fourbi ses armes au complet, nous aide beaucoup, et « même me supplée pour le ministère des confessions, ce qui rend plus facile aux fidèles la « communion fréquente.
« J’espère pouvoir, cette année, achever de donner, dans tout mon district, l’instruction qui « manquait, faute d’argent pour payer les maîtres d’écoles. Ce qui multiplie le travail « d’instruction, c’est que, outre les quatre petites chrétientés extérieures, je suis obligé à « Banam même, d’enseigner en trois endroits, ce qui porte le nombre des écoles à sept. M. « Mennetrier tient le registre des enfants avec zèle et s’occupe de les faire venir à l’école, ce « qui n’est pas la partie la plus facile de son ministère.
« J’ai encore la satisfaction d’avoir pu construire ou reconstruire deux petites chapelles, « pauvres sans doute, mais qui permettront de pouvoir dire la messe dans deux groupes de « chrétientés, qui ont bien besoin de voir souvent le prêtre, et surtout, qui ont besoin d’un « maître d’école pour instruire les enfants. L’église de Van Lich et son presbytère sont « menacés de tomber au fleuve. C’est un nouveau travail qu’on ne peut remettre à plus tard. « Qu’il est difficile de se tirer d’affaire sans argent, et pourtant on est obligé de dire, au moins « pour bien réciter son office : Beatus vir qui non speravit in pecuniâ et thesauris ! »
« A An Nhon, M. Merdrignac a baptisé 92 adultes. Il espérait préparer encore de nombreux catéchumènes au baptême pour l’année prochaine. Mais la maladie, qui l’avait conduit en France, il y a trois ans, a fait sa réapparition. Il a dû quitter bien à contre-cœur son district, trop pénible à sa santé, et accepter un petit poste de repos à Long Xuyên. « Le bon Dieu, écrit-« il, m’a enlevé à An Nhon au moment où, semble-t-il, mes efforts allaient être couronnés par « quelques conversions. Le sacrifice a été dur ; enfin, il est fait et je me console en pensant « que mon district est en de bonnes et expertes mains. Pour toutes ces chrétientés, où je laisse « un peu de mon cœur et beaucoup de mes rêves, je prie le divin Semeur de se montrer libéral « en grâces de choix, afin que je puisse admirer, épanouies sous l’effort de mes Confrères, les « fleurs que j’avais rêvé de faire éclore moi-même. »
« Les districts de Soai Riêng et de Prâsânt ont été fort éprouvés, ces dernières années. L’avenir semble s’annoncer sous des couleurs plus riantes. La nouvelle chrétienté de Trapeang Chak, dont on avait voulu empêcher d’ouvrir la chapelle au culte, semble se consolider. M. Entressangle espère y baptiser, dans quelques semaines, les premiers néophytes.
« L’œuvre de la Propagation de la Foi a été établie dans plusieurs grandes chrétientés. « A « Culaogiêng, écrit M. Hion, quarante personnes, m’apportent régulièrement, chaque « dimanche, leurs cotisations. Je compte bien que cette œuvre s’étendra encore et qu’elle « attirera sur nous les bénédictions du bon Dieu. » M. Hion se félicite aussi du mouvement « toujours croissant de la jeunesse vers la sainte communion. « Pour expliquer ce grand « nombre de communions (plus de cinq mille), je dois, ajoute-t-il, rappeler nos belles fêtes de « l’année. D’abord le Triduum qui s’est fait, ici et à Chava, avec beaucoup d’entrain et m’a « procuré le bonheur d’enregistrer plusieurs retours à Dieu. Puis, la première communion « solennelle, le jour de l’Ascension ; enfin, la belle cérémonie de 298 confirmations. Ces trois « fêtes m’ont donné un total d’environ 1.850 communions. »
« A Hoa Hung, la population catholique augmente régulièrement. M. Thoi a eu le bonheur d’admettre cette année au baptême 85 catéchumènes.
« Le missionnaire de Cân Tho, M. C. Duquet, donne le chiffre de 59 baptêmes d’adultes. Malgré ces baptêmes, le chiffre des chrétiens de son district diminue plutôt qu’il n’augmente. C’est que, par suite des mauvaises récoltes, nombreux sont ceux qui émigrent vers des terres qu’ils croient meilleures.
« Les deux districts de Tra lông et de Cai Trâu ont prospéré d’une manière toute particulière, en ce dernier exercice. Leur population catholique totale atteint trois mille huit cents âmes. Celui de Cai Trâu a eu 138 baptêmes d’adultes. Je transcris le compte rendu de M. Haloux, missionnaire de Cai Trâu.
« Mon district a eu cette année de grandes joies ; et d’abord, hommage à nos Bienheureux ! « Dieu les a glorifiés dans le Ciel ; l’Église conviait ses enfants à les exalter sur la terre. « Qu’ils étaient changés, les temps. Plus de chaînes, ni de cachots ! Plus de soldats ; ni de « juges ! Que Dieu sait bien venger le sang de ses Martyrs ! Les chrétiens attendaient ces « jours de fête, et, quand ils virent les Missionnaires s’assembler, et quand ils entendirent les « panégyriques, et quand ils contemplèrent l’éclat des cérémonies, malgré les églises en « chaume, tous se pressèrent au saint Tribunal, à la sainte Table, pour se rendre participants « de Celui qui fut la force des Martyrs ; et, quand les dernières lumières furent éteintes, le « dernier chant évanoui, chacun regagna sa maison, et on eût dit que le soleil s’était voilé et « qu’une vision du Paradis avait disparu.
« Depuis trois ans, le district n’avait pas eu la visite pastorale et tous les vœux montaient « vers le Ciel pour demander qu’il vînt, celui qui répand sur les fronts l’huile sainte, le Pontife « qui est le grand maître et l’auguste Père. Tous se préparaient, les anciens chrétiens au « renouveau des joies passées, les nouveaux et les enfants à des allégresses encore inconnues. « Il est venu, et nous l’avons fêté, fêtant en sa personne le Christ vainqueur. Sa main « bénissante s’est abaissée sur la tête de ses enfants et sa prière est montée vers le Ciel, et « l’Esprit d’amour s’est répandu dans les cœurs pour y produire la force et la lumière. Son « souvenir reste gravé dans tous les cœurs, et l’on soupire après le retour de ces joies « inoubliables.
« Cette année, la population chrétienne s’est accrue de 350 âmes. Cette augmentation a « pour causes : le baptême des catéchumènes, l’excédent des naissances, le retour de chrétiens « égarés au milieu des païens, et, pour une dizaine de familles, l’abandon de leurs chrétientés, « en vue de chercher fortune ici. Pour les catéchumènes, la plus belle gerbe revient au P. No, à « Tracu : que de soins, que de veilles ne s’est-il pas imposées pour les recueillir et les former ! « Aussi, il était tout à la joie, le jour de la saint François-Xavier, son Patron, quand M. « Quimbrot et tous les prêtres indigènes de nos deux districts sont venus assister à la belle « fête, qu’était le baptême solennel de 72 catéchumènes ; et moi, je pensais aux 72 disciples, « et demandais à Notre-Seigneur de se servir de ces sauvageons, entés nouvellement sur « l’arbre de l’Église, pour glorifier son nom et faire que bientôt les païens qui nous entourent « et étaient accourus à cette fête, entrent eux aussi au divin bercail.
« J’espère beaucoup des chrétientés nouvelles ; mais, s’il doit y avoir plus tard des roses à « cueillir, maintenant que d’épines encore ! Chaque jour, le travail augmente. Daigne le bon « Dieu nous bénir et envoyer des aides dans ce champ encore peu défriché !
« Des sœurs indigènes vont être installées à Cai Trâu. Leur collaboration sera surtout « précieuse pour l’Œuvre de la Sainte-Enfance et la formation des jeunes filles à la vie « chrétienne. »
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« La population catholique des 14 groupes chrétiens qui composent le district de Soctrang s’est développée, elle aussi,dans une proportion bien plus forte que les années précédentes. Elle atteint le chiffre de 2.526. M. Brun en trouve la raison dans les bonnes récoltes des dernières années, ce qui a fait affluer les chrétiens nomades, éprouvés ailleurs, et dans la bonne fortune qu’ont eue ses vicaires de ramener dans les chrétientés beaucoup de brebis, perdues au milieu des païens.
« Une jolie petite église en briques a été construite à Giêng Nuoc. Les chrétiens disséminés près de là, au milieu des païens, sont venus, pour la plupart, établir leurs cases auprès du nouveau sanctuaire.
« J’attire l’attention de Votre Grandeur, écrit M. Brun, sur l’œuvre des Chinois, qui reste « stationnaire dans certains endroits du district, et semble même péricliter dans d’autres. Cette « œuvre, que j’ai cependant très à cœur, souffre de ce que je ne puis lui donner que très peu de « temps et de ce que je n’ai pas de catéchiste pour me seconder. Je vais essayer de fonder, à « Soctrang même, une maison commune qui servira d’abri et d’hôtel pour tous les chrétiens « de passage. Là, je réunirai, aux fêtes, les Chinois des différents groupes du district, afin de « les instruire et de leur donner l’entrain qui leur manque pour leur bien spirituel et pour « l’évangélisation de leurs congénères. »
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« Sœur Romuald, supérieure des Sœurs de la Providence au Cambodge, est allée jouir de la récompense de ses travaux, au Ciel. Elle s’est éteinte, à Culaogiêng, le 14 avril, dans la 64e année de son âge.
« Elle arriva au Cambodge le 12 janvier 1876 ; elle faisait partie du premier groupe de Sœurs envoyées par la Congrégation de la Providence de Portieux. En 1882, à la mort de Sœur Isabelle, elle devint supérieure et le resta jusqu’à la fin.
« C’était une femme d’une intelligence supérieure, d’un bon sens pratique remarquable, naturellement faite pour le commandement. Toujours digne et toujours avenante, elle forçait l’estime et la sympathie de ceux qui la voyaient à l’œuvre. La Mission du Cambodge lui est reconnaissante des nombreux établissements dont elle a procuré la fondation ou le développement, pendant son long supériorat. A Culaogiêng, son nom restera associé à celui de Mgr Gros-george, qui, supérieur alors du Séminaire, dirigea les œuvres des Sœurs dès leur arrivée de France. Ce fut de leur étroite collaboration que naquirent et se développèrent les hôpitaux, les orphelinats, que nous admirons dans la Mission.
« Les chiffres ont leur éloquence ; je me rapporte à eux pour nous dire la prospérité des œuvres de la Providence au Cambodge.
I. ─ Administrations des Sacrements.
Baptêmes d’enfants de païens 1.879
Baptêmes d’adultes 330
II. ─ Personnel.
Sœurs françaises 42
Sœurs indigènes, novices, postulantes 160
III. ─ Établissements.
Orphelinats de garçons 1, avec 124 enfants.
Orphelinats de filles 5, ― 512 enfants.
Pensionnats 1, ― 60 élèves.
Hôpitaux 5, ― 340 malades.
« Durant l’année 1910, 2.966 malades ont été reçus et soignés par les Religieuses dans des hôpitaux qui leur appartiennent.
« Les Sœurs donnent encore leurs soins, dans cinq hôpitaux du gouvernement, à de nombreux malades. De plus, les Sœurs indigènes tiennent les écoles paroissiales, dans 15 centres du district, et s’occupent de neuf crèches sous la direction immédiate du Missionnaire.
« Dieu veuille, pour l’avenir, prendre sous sa garde toutes ces œuvres qui sont pour sa gloire et pour le salut des âmes ! »
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