| Année: |
1911 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Cambodge |
| Rédacteur: | Mgr Bouchut |
IV. — Cambodge
Population catholique 45.920
Baptêmes d’adultes 1.127
Baptêmes d’enfants de païens 6. 197
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« Les résultats du présent Exercice, écrit Mgr Bouchut, ne sont pas sensiblement différents de ceux de l’année précédente. C’est dire que nous devons à Dieu de vives actions de grâces.
« Le chiffre des baptêmes d’enfants de païens a encore augmenté. Il est le plus élevé qui ait jamais été atteint dans la Mission. Les épidémies sont une des causes de cette augmentation ; mais le zèle des missionnaires, développant chaque jour leurs moyens d’action, en est la raison principale.
« Les districts de Rosey Kêo et de Prêk Luong, à Phnôm Penh, ont donné un total de 1.266 baptêmes ; celui de Cân Tho, 492 ; celui de Bac Liêu, 270 ; ceux de Banam, Culao Giêng, Rach Sâu, Châu Dôç, Tra Lông, Sôc Trang ont dépassé la centaine.
« Les orphelinats des Sœurs, eux aussi, ont reçu un plus grand nombre d ‘enfants que les années précédentes. C’est une des consolations du Vicaire apostolique du Cambodge, de penser à la multitude de petits anges auxquels elles ouvrent les portes du Ciel. D’autre part, les enfants qui survivent sont élevés dans les orphelinats ou confiés aux familles chrétiennes et sont un appoint considérable à l’accroissement de la population catholique.
« Par contre, nous avons eu à déplorer de grands vides dans nos chrétientés. Le choléra, la peste, la variole surtout, ont fait beaucoup de victimes. Dans plusieurs districts, les décès sont en excédent sur les naissances.
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« Les baptêmes d’adultes eussent été plus nombreux sans la disette et la cherté des vivres. L’instruction des catéchumènes a été forcément retardée.
« On me signale, de toutes parts, de la Cochinchine comme du Cambodge, la difficulté qu’éprouvent les habitants à se procurer la nourriture de chaque jour. La récolte a été médiocre ; l’exportation a été intensive : le riz est hors de prix. Ce qui est plus inquiétant, c’est que, en certaines provinces du Cambodge surtout, la prochaine récolte ne sera pas meilleure que celle de l’année dernière.
« Au milieu de ces difficultés, nos Confrères ont pu, cependant, glaner un chiffre de baptêmes d’adultes très consolant. La chrétienté de Hoa Hung s’est accrue de nombreux néophytes. M. Thoi a réuni à son troupeau 103 catéchumènes : c’est la plus belle gerbe de la Mission. Viennent ensuite les Missionnaires de Sôc Trang et de Cai Trâu, avec 95 et 68 baptêmes d’adultes.
« Au Cambodge, l’ouvrier de l’Evangile moissonne rarement ; il doit se trouver tout heureux de ramasser quelques épis. Il est particulièrement récompensé, lorsque ses efforts ont introduit 6, 8, 10 familles nouvelles dans le bercail du Divin Pasteur. A cette joie ont goûté cette année plusieurs Confrères : M. Guibé a régénéré 46 néophytes, dont 13 Chinois ; M. David annonce 34 baptêmes ; M. Paul Martin, 33 ; M. Gratuze, 32. M. Bernard a eu le bonheur, pour ne parler que des Cambodgiens, d’adjoindre à ses 32 néophytes purs Khmers de l’année dernière 20 nouveaux compagnons.
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« Les écoles ont été multipliées : 128 contre 114. Je ne sais si nous pourrons les soutenir toutes à l’avenir ; mais il s’agissait d’appliquer le Décret Quam singulari. Les Missionnaires ont fait un effort pour établir un maître d’école catéchiste dans de petites chrétientés qui n’en. avaient pas jusque-là. Ils ont réussi à présenter à la sainte communion le grand nombre des enfants ayant atteint l’âge de raison. Les parents, après les premières hésitations du début, se sont prêtés volontiers à l’exécution du Décret.
« Ces enfants bien préparés apportent, en général, un sérieux peut-être supérieur à celui de leurs frères de douze ans. Je l’ai constaté moi-même, et plusieurs Confrères m’ont fait part de la consolation qu’ils éprouvaient à donner Notre-Seigneur à ces cœurs candides et purs. Malheureusement, le prêtre est obligé de faire, par lui-même ou par son catéchiste, toute la préparation préliminaire. L’éducation dans la famille n’existe pas, ou n’existe qu’en germe chez nos Annamites. Ils ne comprennent pas encore pleinement leurs devoirs sur cette question. Il sera nécessaire d’insister longtemps, opportune, importune, afin d’arriver à un résultat satisfaisant.
« Les Frères des Ecoles chrétiennes ont ouvert un externat à Phnôm Penh, depuis le 1er mars. Leur enseignement si apprécié leur amènera de nouvelles recrues, à mesure qu’il sera connu de nos Cambodgiens. Le chiffre de leurs élèves est déjà de 90, et il augmente tous les jours. Je ne doute nullement du succès, et je suis tout heureux de voir enfin réalisé un projet caressé depuis si longtemps.
« Notre école de catéchistes de Banam est toujours en bonne voie. Elle nous a donné déjà 24 catéchistes qui rendent, généralement de bons services et font honneur à notre cher M. Pianet, leur éducateur.
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« Malgré toutes les difficultés pécuniaires dont souffrent les Missionnaires, les églises en brique prennent peu à peu la place des paillotes dont nous devions nous contenter au début. J’en ai béni solennellement quatre, cette année. Sans doute, ce ne sont pas des cathédrales mais elles sont très convenables, et Dieu sait de combien de persévérants et généreux efforts elles sont le fruit, tant de la part du missionnaire que de celle de ses chrétiens. La Mission ne peut absolument rien faire pour aider à leur construction.
« La première église bénite a été celle de Thanh Gia, construite par M. David. Elle est particulièrement remarquable par ses belles colonnes de bois dur, choisies littéralement entre mille dans la forêt voisine.
« M. Dalle a élevé un coquet monument pour ses Cambodgiens de Dâng Kedong. L’inauguration en a été volontairement pompeuse. Ces pauvres Cambodgiens avaient été, jusque-là, plus ou moins méprisés de leurs compatriotes : ils ne sont encore que le pusillus grex. Désormais, ils pourront marcher le front haut : leur église éclipse toutes les pagodes d’alentour.
« A Chac Ca Dao, M. Unterleidner a construit, sur le bord du fleuve, un édifice de belle apparence. Les ouvriers n’ont peut-être pas travaillé toujours selon les règles de notre architecture française ; les couleurs sont chargées ; mais les chrétiens sont contents et fiers de la maison de Dieu, ce qui est l’essentiel. N’est-ce pas pour eux que construit le Missionnaire? Enfin, M. Conte a doté la petite chrétienté de Bên Xiêu d’une chapelle solide et élégante.
« M. Thomas vient d’achever l’église de sa résidence. N’ayant pu construire en brique, il a dû se contenter de planches. Le bâtiment est très convenable ; j’ai permis d’y garder le Saint-Sacrement, à la grande satisfaction du Missionnaire qui ne se trouve plus seul désormais dans les parages éloignés de Kom Pong Thôm.
« M. Entressangle a pu ouvrir la chapelle de Trâ Peang Châk, où il a baptisé ses premiers néophytes. Pendant plusieurs mois, il avait dû user de prudence et faire instruire ses catéchumènes plus ou moins en cachette. Au départ du chef de la province, tout a changé : la chapelle, bien que très modeste et en chaume, a été inaugurée solennellement. « La joie, écrit « le Missionnaire, était dans tous les cœurs. Un mois auparavant, je n’osais laisser frapper le « tambour de peur d’attirer l’attention. Aujourd’hui, tambours, tam-tams, pétards, ne cessent « d’envoyer aux alentours les échos de la fête. »
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« Parmi les moyens nouveaux d’évangélisation adoptés par les missionnaires, il peut être intéressant de signaler celui des caisses rurales. M. Gratuze est en train de créer, par leur intermédiaire, deux nouveaux centres chrétiens dans des régions complètement païennes.
« Voici comment il apprécie leur utilité : « En résumé, écrit-il, malgré les ennuis que m’ont « procurés ces fondations auprès d’une administration jalouse, je suis content du résultat ; je « crois qu’une caisse rurale est une œuvre utile, dans nos chrétientés, pour faire disparaître « l’usure, aider les jeunes ménages, soulager les misères et attacher nos chrétiens à un « domicile. Elle n’est pas moins profitable, dans les centres païens, pour attirer les infidèles « vers notre sainte Religion et développer l’influence du missionnaire. A Châu Dôc, en « particulier, le bien-être que cette institution a procuré à mes paroissiens n’a pas nui à leur « ferveur. Leur piété, au contraire, se fortifie tous les jours ; elle se manifeste par une « assistance plus régulière aux prières et aux instructions et par une plus grande assiduité à « s’approcher de la sainte Table. »
« Le district de Pursat est, depuis un an, sans titulaire. M. Prallet est allé, deux ou trois fois, en faire l’administration. Les distances sont grandes ; mais que faire ? Operarii autem pauci !
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« Les œuvres de nos dévouées auxiliaires, les Sœurs de la Providence, ont été particulièrement bénies de Dieu. Le chiffre des baptêmes dans les hôpitaux et les orphelinats a dépassé de plusieurs centaines celui des années précédentes. Trois nouveaux postes ont reçu des Sœurs indigènes, qui s’occuperont des écoles et de la Sainte-Enfance.
« L’épreuve est toujours à côté des consolations. La chère Sœur Esther, qui avait remplacé Sœur Romuald comme Supérieure principale des Religieuses de la Providence, a été rappelée par Dieu, après quelques heures seulement de maladie. Sa mort a été ce qu’avait été sa vie, celle d’une vraie fille du P. Moye. Maîtresse des novices depuis 1882, elle avait formé, sans bruit et avec un dévouement inlassable, nos nombreuses Sœurs indigènes. Sa vie religieuse ne fut que la mise en pratique, avec une rare perfection, des quatre vertus fondamentales de son Institut : la simplicité, la pauvreté, l’abandon à la Providence et la charité. Elle laisse à ses compagnes des exemples qui vivront dans leur souvenir.
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