Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1912
Pays: Cambodge
Mission: Cambodge
Rédacteur:Mgr Bouchut

IV. — Cambodge

Population catholique 47.150
Baptêmes d’adultes 1.678
Baptêmes d’enfants de païens 6.731
____


Mgr Bouchut nous adresse le rapport suivant, qui accuse un véritable progrès dans les œuvres de sa Mission.
« L’année 1912 n’a pas été moins dure que l’année 1911 pour les indigènes du Cambodge et de l’Ouest de la Cochinchine. Des épidémies ont fait beaucoup de victimes et le manque de récolte a éprouvé gravement les cultivateurs, qui ont encore connu la faim.
« Le chiffre des baptêmes, surtout des baptêmes conférés à l’article de la mort, a été plus élevé que jamais. Par contre, dans un grand nombre de chrétientés, les décès l’ont emporté sur les naissances, et le chiffre de la population catholique n’a pas suivi la progression ordinaire.
« Plusieurs Missionnaires ont dû demander au climat natal le rétablissement de leur santé. Je ne sais si jamais la petite troupe apostolique du Cambodge a compté plus d’invalides dans ses rangs. Nous sommes reconnaissants à Dieu d’avoir béni les travaux de ceux qui restent, et nous gardons l’espérance que les chers absents pourront tous revenir, pleins d’une nouvelle vigueur, reprendre leur place au champ du labeur.
« Parcourons maintenant la Mission du Nord au Sud, et arrêtons-nous quelque peu aux faits plus saillants.
« Je dois des éloges tout particuliers à M. Prallet, missionnaire des Grands Lacs. Pendant la saison des basses eaux, ce cher Confrère doit côtoyer, en jonque, les rives d’un lac qui mesure 140 kilomètres de longueur, et administrer les sacrements à plus d’un millier de pêcheurs catholiques. Cette année, une épidémie de béribéri a rendu le service plus pénible encore. Il a fallu courir au secours des malades. M. Prallet a entendu 2.800 confessions, soit aux Lacs, soit à Prâlai Méas, petite chrétienté qui lui sert de point d’attache. Le bon Dieu lui a conservé, malgré ces fatigues, une bonne santé. Que ce soit ad multos annos !
« Ces pêcheurs appartiennent presque tous à la chrétienté de Xom Biên à Phnom Penh. La pêche terminée, ils reviennent à leur domicile et c’est alors dans le quartier catholique un mouvement inaccoutumé. M. Paul Martin, qui est chargé des 2.000 chrétiens de Xom Biên, ne vit plus, pendant quelques mois, que dans la fièvre du travail, des soucis et des préoccupations. Lorsque les eaux baissent, les pêcheurs repartent aux Lacs. M. Martin profite de ses loisirs relatifs pour visiter les six chrétientés qu’il a fondées sur le Grand Fleuve, et qui sont confiées habituellement à la garde d’un vicaire indigène. C’est dans ces chrétientés, surtout, qu’il a pu obtenir le beau chiffre de 80 baptêmes d’adultes.
« J’ai pu donner un missionnaire au district de Pursat, dont le dernier titulaire fut M. Chaumartin. M. Léon Gâtelet y travaille depuis huit mois. Mais le district de Kompong Thôm est à son tour sans prêtre : M. Thomas a dû passer à Battambang et prendre la place de M. Gimbert, que la maladie avait saisi.
« Sur le Grand Fleuve, dans le Haut-Cambodge, M. David comptait bien offrir à Dieu une belle cueillette de baptêmes. Mais divers obstacles, le manque de catéchistes surtout, l’ont empêché de mener à bien l’instruction de ses nombreux catéchumènes. Il a régénéré, malgré tout, 49 adultes, dont plusieurs in articulo mortis.
« En descendant le Mékong, en aval de Phnom Penh, un peu au-dessous de Banam, nous rencontrons la chrétienté de Vinh Phuoc. Les 500 Annamites — tous nouveaux chrétiens — qui la composent, avaient, ces dernières années, montré peu de ferveur et beaucoup d’indiscipline. Le prêtre indigène qui les administrait tomba malade. Je les confiai aux soins de M. Mennetrier, qui, de Banam, les visita, les encouragea, et réussit à susciter en eux un peu de bonne volonté. Ils ont achevé leur église, qui attendait depuis plusieurs années qu’on y mît la dernière main ; tous y ont coopéré, les uns en offrant de l’argent, les autres en donnant leur travail. J’ai béni, le 19 mai, cette église, et j’y ai donné la confirmation à 62 enfants. Daigne Notre-Seigneur conserver et augmenter ces bonnes dispositions !
« La partie Est du Cambodge a particulièrement souffert de la famine et de la piraterie. M. Bousseau écrit de Soai Riêng : « Les Missionnaires de l’Est continuent de semer et d’arroser, « attendant impatiemment de Dieu l’accroissement. Hélas ! Dieu n’a point voulu le donner, « encore cette année. Vous trouverez donc, comme d’ordinaire, quelques épis seulement. « J’avais espéré vous en offrir davantage, mais la dureté des temps en a empêché plusieurs de « venir à maturité. » — « La famine, écrit M. Entressangle, se fait durement sentir. Combien « de familles ne mangent plus à leur appétit ! La piraterie, conséquence de la famine, s’exerce « depuis le mois de janvier. Les brigands disparaissent pendant le jour, fondent la nuit sur les « maisons et les mettent à sac. Les habitants sont dans des transes continuelles. La vie devient « intenable. »

*
* *

« Passons en Cochinchine. A Sadéc, la religion est honorée et respectée. Plusieurs fonctionnaires indigènes, des plus haut placés, y donnent le bon exemple. On me signale plusieurs conversions de païens que le seul amour de la vérité a amenés au christianisme, entre autres celle d’un ancien chef de canton, riche, honoré, à la tête d’une nombreuse famille, fervent bouddhiste, mais droit et honnête. La Vie des Saints lui tomba entre les mains : il la lut, relut, fort étonné des admirables exemples de vertus qu’il y trouvait retracés. Sa conscience, dès lors, ne fut plus en paix. Il voulut savoir quel était le vrai Dieu, Créateur du ciel et de la terre. Il interrogea, demanda de nouveaux livres, et, finalement, se déclara chrétien. Il a reçu le baptême, la confirmation, et la sainte communion ; il suit avec ferveur toutes les pratiques du christianisme, et travaille, avec le zèle du néophyte convaincu, à la conversion de ses parents et de ses amis.
« A Boot, M. Blondet se félicite des fruits de ferveur produits par les exercices du Triduum du Saint-Sacrement. « Les exercices, écrit-il, ont été bien suivis ; les prédications, écoutées « avec attention ; les visites particulières au Saint-Sacrement, fort nombreuses et recueillies. « Sept cents communions ont récompensé le zèle des prédicateurs et confesseurs venus pour « m’aider. Le 1er jour a été spécialement consacré aux enfants, qui, au nombre de 40, ont fait « leur première communion solennelle ; le 2e jour, aux tout petits, admis à la communion « privée ; et le 3e aux grandes personnes. Bien des retardataires, oublieux du devoir pascal, se « sont approchés des sacrements. Les chants ont été exécutés par les Séminaristes en « vacances, et chaque jour la messe a été célébrée avec diacre et sous-diacre. »
« A Cân Tho, grâce à une récolte meilleure, les familles découragées, qui avaient fui devant des inondations désastreuses, sont revenues, et le chiffre de la population catholique s’est accru d’une centaine d’unités. Mais c’est surtout au point de vue des résultats obtenus par l’œuvre de la Sainte-Enfance que se fait remarquer cette chrétienté. Après Phnom Penh, elle tient le premier rang avec 532 baptêmes d’enfants in articulo mortis ; 422 enfants ont été apportés à la Crèche même ; 249 — les plus valides —ont été placés pour quelque temps en nourrice. Malheureusement, ces beaux chiffres se traduisent par une augmentation de dépenses qui n’est plus en proportion avec l’allocation que nous donne l’Œuvre de la Sainte-Enfance.
« A Cai Côn, le P. Hoc mérite une mention spéciale : il a donné le baptême à 44 adultes. A Nâng Rên, le P. Viêt a édifié, avec beaucoup de persévérance, sous la direction de M. J. Duquet, une belle église que j’ai bénite en juin passé, lors de ma tournée de confirmation. Le chiffre des chrétiens augmente chaque année. Il est actuellement de 750.
« M. Quimbrot, à Tra Lông, a été, cette année encore, éprouvé par une mauvaise récolte. Il a dû se mettre dans les dettes, afin de donner un peu de riz à ses chrétiens. Il faut une patience, une constance, un courage à toute épreuve, pour faire face à ces insuccès répétés. Espérons que Dieu le récompensera de ces déboires. Il marche sur les traces du regretté M. Gonet, qui, bien souvent, dut espérer contre toute espérance, et mérita de mourir avec la consolation de compter 3.000 chrétiens là où il n’y avait auparavant que les bêtes de la forêt. M. Haloux, qui a hérité de la deuxième partie du district de M. Gonet, a été, au point de vue matériel, mieux partagé que son Confrère voisin. Au point de vue spirituel, lui et ses vicaires ont eu le bonheur de régénérer dans les eaux du baptême 120 adultes.

*
* *

« A Hoa Hung, province de Rach Gia, le P. Thoi a pu offrir au Divin Maître une bien belle gerbe de baptêmes d’adultes. Hoa Hung compte un millier de chrétiens, et l’annexe, Trang Tranh, près de 300. Au mois de juin, j’ai béni l’église en briques de la nouvelle chrétienté et j’ai donné la confirmation, dans le district, à 376 enfants ou néophytes. A la vue de la prospérité présente et des progrès accomplis à Hoa Hung, il fait bon revenir en arrière et repasser les années d’amertume avec lesquelles ces succès ont été achetés.
« C’était en 1896 ; un chef de canton catholique de Rach Gia avait demandé en concession, à Hoa Hung, un terrain de forêt à défricher et y avait réuni quelques chrétiens. Il supplia Mgr Grosgeorge de donner un prêtre à ce petit noyau de fidèles et de fonder une chrétienté. Monseigneur envoya le P. Thoi, auquel il donna l’aide morale, mais éloignée, du missionnaire de Boot d’abord, puis de celui de Rach Gia.
« Les débuts furent pénibles. Il fallut lutter contre les bêtes de la forêt, le tigre, l’éléphant et le buffle sauvage. Le manque de bras, les difficultés de communication, l’éloignement de tout missionnaire, l’hostilité des païens, tout s’unissait pour rendre la position difficile.
« Par surcroît d’épreuve, le chef de canton de Rach Gia, mai renseigné, se prit de défiance pour le prêtre. A plusieurs reprises, l’Evêque douta du succès de l’entreprise, et trois fois il envoya au missionnaire de Rach Gia le changement du Père Thoi, avec l’ordre de tout abandonner. Il y mettait, cependant, cette réserve que si le missionnaire, se transportant sur les lieux, jugeait opportun de continuer l’expérience, il ne communiquât pas à l’intéressé son changement.
« Le P. Thoi montra, dans ces conjonctures difficiles, de vraies qualités de fermeté, d’endurance et de sens pratique. Le bon Dieu le récompensa : les difficultés principales disparurent ; les catéchumènes affluèrent ; et dès lors, si chaque année apporta son contingent de peines, elle apporta aussi son contingent de consolations. Voici comment M. Blondet, qui en était témoin, raconte une des dernières joies du bon et zélè Père Thoi.
« En décembre dernier, le baptême solennel de 230 catéchumènes avait réuni à Hoa Hung « quatre Missionnaires et trois prêtres indigènes. La cérémonie fut impressionnante. M. « Haloux, avec sa parole chaude, claire, pieuse, fit résonner tous les cœurs à l’unisson du sien. « M. Quimbrot chanta une messe d’actions de grâces. Le soir il y eut salut solennel avec chant « du Te Deum. Oh ! comme il faisait bon lire dans tous les regards la joie, la paix des enfants « de Dieu ! »

*
* *

« En terminant ce compte rendu, je suis heureux de constater que, d’une manière générale, les communions deviennent plus fréquentes. Ce sont les enfants et les jeunes gens surtout, qui répondent à l’appel du Sauveur Jésus. On pourrait citer des faits touchants, par exemple, celui de cette petite enfant de Râu Ram, que me signale M. C. Duquet. Agée de six ans et quatre mois, elle fut confirmée au mois de juin, et admise quinze jours après à la sainte communion. Depuis lors, presque tous les dimanches, elle fait cinq kilomètres à pied, la main dans la main de son père ou de sa mère, afin de pouvoir communier avec eux.
« A Culao Giêng, les nombreuses orphelines élevées par les Religieuses de la Providence rivalisent de ferveur afin de réaliser toute la pensée du Saint-Père, c’est-à-dire communier tous les jours, ou du moins le plus souvent possible. Il est consolant de constater combien de victoires sur leur caractère, leur amour-propre, leur légèreté, leur fait remporter le désir de se garder bien pures, en vue de la Communion.
« Daigne le Cœur de Jésus étendre son règne sur toutes les âmes qui lui appartiennent par le baptême, et amener à la foi et à l’amour les infidèles si nombreux de la Mission ! »


~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam