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Rapport annuel des évêques

Année: 1917
Pays: Cambodge
Mission: Cambodge
Rédacteur:Mgr Bouchut

IV. — Cambodge

Population catholique 54.403
Baptêmes d’adultes 897
Baptêmes d’enfants de païens 4.980
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« Pendant ce dernier exercice, écrit Mgr Bouchut, la mission du Cambodge a été éprouvée par la mort de trois de ses ouvriers. Notre vénéré doyen d’âge, M. Gazignol, nous a quittés à la veille de ses noces d’or sacerdotales. Deux prêtres indigènes, François Hung et Jean-Baptiste Nam, sont allés le rejoindre. Le premier avait travaillé pendant vingt-sept ans, le second n’était qu’à la troisième année de son sacerdoce ; sa piété, son bon esprit faisaient espérer de lui un fructueux ministère ; Dieu s’est contenté de ses bons désirs.
La mission a été éprouvée aussi par de nouvelles mobilisations de ses missionnaires. Elle a pu cependant maintenir encore ses œuvres essentielles ; les résultats de l’évangélisation sont à peu près les mêmes que ceux de l’année dernière.
Le chiffre des baptêmes d’adultes en dehors des hôpitaux ne s’est pas relevé. La partie cochinchinoise du Vicariat n’a pas donné une seule gerbe qui soit appréciable ; quelques épis seulement ont été glanés un peu partout. La province de Rachgia avait le privilège de fournir souvent un gros appoint au chiffre des catéchumènes. Les deux missionnaires qui lui restaient ont été mobilisés en juillet dernier. L’année prochaine ne s’annonce donc pas meilleure que la précédente.
La partie cambodgienne du Vicariat a donné heureusement quelques résultats satisfaisants. M. David a baptisé 58 adultes, M. Martin 40, M. Bernard 35. Ce qui donne de la valeur à ces chiffres, c’est que les néophytes de MM. David et Bernard sont presque tous des Cambodgiens.
Voici ce qu’écrit M. David : « L’année 1917 a été meilleure que celle de 1916. L’an dernier, lors des mouvements protestataires du Cambodge, cinquante catéchumènes cambod-giens avaient pris la fuite, sans doute par crainte des païens. Je pensais qu’ils avaient abandonné la religion. Heureusement, il n’en était rien ; ils sont tous rentrés d’eux-mêmes après la tourmente. » M. David nous fait ensuite parcourir rapidement les chrétientés de son district, donnant à chacune sa note distinctive, bonne ou mauvaise : « Je suis satisfait, dit-il, des chrétiens de Thanhgia et de ceux de Prekkedol. A Kanchor, je n’arrive à rien : au fur et à mesure que je construis, le diable détruit. A Keng plusieurs familles nomades se sont groupées près de la paillote à moitié détruite qui sert encore d’église. La chrétienté de Kratié augmente lentement. Les habitants, pêcheurs presque toujours heureux et aisés, se laissent trop facilement aller au jeu et à la boisson, mais cependant sont exacts à remplir leurs devoirs religieux et s’approchent fidèlement des sacrements toutes les fois que je les visite. L’œuvre des mariages, que j’ai établie un peu partout dans le district, donne de très bons résultats. Les jeunes gens qui ont pu amasser 60 piastres, se marient de bonne heure et se conduisent généralement bien avant et après. »
M. Mennetrier qui a été rendu à la mission après un an de service militaire à Saigon, est chargé de la région des Lacs. Avec l’aide d’un vicaire indigène, il tient la place de trois missionnaires mobilisés en 1915. Ses chrétientés s’échelonnent sur trois provinces résiden-tielles, Kompongchhnang, Pursat et Kompongthom. De plus dans la saison des basses eaux, il visite à plusieurs reprises les nombreux chrétiens qui font la pêche au grand lac. C’est dire qu’il n’est pas souvent à son poste central Pralaïmeas. Aussi réclame-t-il un second vicaire qui, pendant ses absences, pourvoirait à l’administration des six cents Annamites qui gravitent autour de l’église, et surtout donnerait les derniers sacrements aux mourants. De fait, cette année, il a eu à déplorer la mort de deux chrétiens qui n’ont pas été administrés.
Dans ma tournée de confirmation en Basse Cochinchine, j’ai eu le plaisir de bénir solennellement la nouvelle église de Caidoi. Elle était commencée depuis fort longtemps. Le regretté M. Gazignol en avait fait le plan et surveillé un peu l’exécution. Mais le mérite d’avoir réalisé cette construction revient au curé de la paroisse, M. Paul Sanh. Ce dernier n’a mené l’œuvre à bonne fin qu’à force de persévérance et non sans s’endetter, malheureu-sement. Maintenant qu’il jouit d’une fort belle église, il devra se préoccuper de trouver au plus tôt les ressources nécessaires pour éteindre les dettes.
Dans la province de Longxuyen se trouve le beau district de Nanggu qui compte sept chrétientés et 1.800 néophytes. M. Unterleidner y est secondé depuis quelques mois par M. Joseph Muon, prêtre indigène. Voici le bilan de ses travaux en 1917 : « J’ai pu élever une chapelle dans la chrétienté de Cansay. L’église de Thidam a été réparée, un presbytère et une école ont été bâtis à peu de distance. M. Joseph Muon m’a beaucoup aidé dans ces constructions ; il est satisfait de son travail et moi de son activité. J’ai eu aussi la joie de voir augmenter mon personnel enseignant; deux jeunes Annamites du district ont brillamment passé leur examen d’instituteur à Chaudoc et resteront à mon service pour les besoins des chrétientés.
En face de Thidam, un peu au-dessous sur la rive droite de Bassac, une dizaine de chefs de famille païens sont venus me trouver et ont demandé à s’instruire. Près de là, les gens de Caidam avaient, le jour de Pâques, mis des drapeaux à leurs maisons et fêté solennellement le grand jour. Les notables païens du village s’avisèrent d’arrêter les deux dignitaires le la chrétienté et de les conduire à l’inspection. Ils apprirent là de l’excellent administrateur-adjoint que Bouddha n’était pas le seul à pouvoir être fêté en terre de Cochinchine. Quelques paroles opportunes suffirent à leur imposer désormais le respect de la religion chrétienne.»
Les œuvres communes de la mission n’ont jusqu’à présent pas souffert de la guerre européenne. Le nouveau grand séminaire de Phnompenh, a été ouvert en janvier 1917. Il compte vingt théologiens. Les débuts ont été excellents. Le supérieur M.C. Duquet rend témoignage du bon esprit dont sont animés les séminaristes, de leur ardeur pour l’étude, de leur recueillement et du grand esprit de famille qui existe parmi eux. Moi-même j’ai pu constater dans mes visites combien l’atmosphère de silence qui y règne est favorable à la piété. »



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