| Année: |
1919 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Cambodge |
| Rédacteur: | Mgr Bouchut |
IV. — Cambodge
Population catholique 56.410
Baptêmes d’adultes 998
Baptêmes d’enfants de païens 6.579
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Au point de vue de l’évangélisation, écrit Mgr Bouchut, la situation de la Mission du Cambodge ne s’est pas notablement modifiée depuis l’année passée. Les conversions d’adultes ont été peu nombreuses, sinon à l’article de la mort. Les œuvres se sont maintenues, les sacrements ont été administrés comme par le passé.
Au point de vue matériel, la situation s’est aggravée. La piastre a continué son ascension, je devrais dire sa course folle elle est aujourd’hui à 8 fr. 10. Les missionnaires ne sont pas les seuls à souffrir du change ; l’industrie et le commerce d’exportation sont paralysés, et, si le temps où les hommes ne modifient pas cet état de choses, ils n’échapperont pas à la ruine.
D’autre part, les récoltes ont été déficitaires en plusieurs régions. M. Quimbrot, par exemple, ajoute de nouveaux déboires à ceux des deux années précédentes. Le riz recherché par les pays voisins, est monté à un prix de famine. La faim, la vraie faim se fait présentement sentir dans tout le Cambodge et dans certaines parties de la Cochinchine. Le Gouvernement a dû supprimer pour quelques mois, la permission d’exporter le riz à l’étranger.
Au milieu de ces tristesses, nous avons cependant des joies à notre actif : d’abord celle de revoir bien portants deux missionnaires que la maladie avait ramenés en France et trois des confrères mobilisés, les autres reviendront bientôt. Malheureusement, nous ne reverrons pas notre cher M. Lansard. Ce regretté missionnaire, sur le front pendant trois ans, y est mort le 2 octobre 1918, quelques semaines avant la signature de l’armistice. Je tiens à saluer le dévouement héroïque qu’il montra envers ses compagnons d’armes. Bien que sa santé réclamât du repos, il ne consentit point à les quitter, dans la crainte qu’ils ne fussent privés après son départ de tout ministère religieux et il succomba à la peine.
Nous avons eu la joie d’envoyer au ciel de nombreux enfants baptisés in articulo mortis. Les épidémies et l’état de misère presque général nous ont aidés. Le chiffre des baptêmes d’enfants de païens s’est élevé jusqu’à 6.579. Sur ce chiffre, les Sœurs de la Providence ont eu pour leur part dans leurs établissements 3.112 baptêmes. Les 3.467 autres ont été donnés dans les divers districts, surtout dans les crèches paroissiales. La crèche de Cantho, la plus fortunée il est vrai, a recueilli, à elle seule, 861 enfants : « Le district de Cantho, m’écrivait avec raison M. Larrabure, n’aurait-il que cette consolation à procurer au missionnaire qui le dirige, ce dernier aurait lieu d’être satisfait. »
Les confrères signalent aussi quelques progrès dans l’Œuvre de l’évangélisation, quelques essais de marche en avant, modestes encore mais qui ouvrent l’âme à l’espérance. Sur le nouveau canal de Thotnot, des familles chrétiennes étaient dispersées au milieu des païens ; un petit terrain, a été acheté à l’endroit propice et une modeste chapelle a été édifiée, où les chrétiens se réunissent pour la prière et reçoivent la visite du missionnaire. Sur le Quanglo, nouveau canal qui relie Tralong à Camau, il y aura lieu de procéder de la même façon. Deux ou trois chapelles devront s’échelonner le long de son parcours. Leur création est prévue et sera le lot de M. Haloux, lorsqu’il sera de retour de France. Il est nécessaire de multiplier ainsi les points de contact avec les familles chrétiennes et même païennes qui travaillent dans les rizières, si l’on veut les maintenir dans la foi ou les convertir.
J’apprends avec plaisir qu’une nouvelle chrétienté vient d’être fondée définitivement à Triton, dans la province de Chaudoc. M. Saulçoy annonce la construction de la chapelle, les bois ont été descendus de la montagne et le Phu s’occupe de diriger les ouvriers.
La petite station de Orrongmean, sur le Stungsen, se consolide, M. Mennetrier se préoccupe de fonder à Kompongluon, une autre station qui groupera de nombreux pêcheurs du lac à la saison des hautes eaux et permettra de donner aux enfants l’enseignement religieux qui sans cela leur ferait défaut.
L’île de Phuquoc, dans le golfe de Siam, possède depuis quelques mois sa première chapelle. Dans le passé déjà, MM. Entressangle, Larrabure, Grandmaire, avait visité l’île à plusieurs reprises, mais rien de stable n’avait pu y être établi à cause de la difficulté des communications. Le P. Pierre So de Locson a réussi, cette année, à créer un petit centre chrétien à Dongduong, sur la côte occidentale de l’île. Ce n’a pas été sans difficulté. Un terrain avait été offert comme emplacement de la future chapelle et tout semblait aller pour le mieux. Lorsque arriva le moment de construire, les notables du village s’opposèrent de toutes leurs forces à la construction, alléguant que la chapelle masquerait la vue de leur pagode. Ce n’était qu’un prétexte ; on ne voulait pas de chrétienté par là, le Phu délégué administratif moins que personne, car sans raison valable il prit le parti des chefs du village.
Heureusement, l’administrateur d’Hatien, dont dépend Phuquoc, mis au courant de ce qui se passait, donna l’autorisation écrite d’élever la chapelle. Le Phu et les notables durent s’incliner.
Notre dernière joie a été l’installation d’un Carmel à Phnompenh. La Révérende Mère Anne de Jésus, prieure depuis de longues années du Carmel de Saïgon a bien voulu commencer elle-même la fondation avec neuf Religieuses venues avec elle. Nous avons un besoin immense de prières au milieu des millions de païens confiés à nos soins. Les conversions sont rares. Les bénédictions célestes, à la prière des Amantes de Jésus, se déverseront désormais plus abondantes sur les ouvriers apostoliques, sur les chrétiens et sur les païens.
Le grand Séminaire nous a donné deux prêtres indigènes. Le P. Thomas Nhan s’est éteint à la maison de retraite de Culaogieng. Malgré sa faible santé, ce bon prêtre a travaillé avec zèle pendant plus de quinze ans.
L’Ecole de Banam a fourni douze nouveaux instituteurs-catéchistes. Désormais le Gouvernement ne délivrera plus de diplômes en langue indigène. Aussi a-t-il fallu renforcer l’étude du français à Banam ; et afin de les préparer plus immédiatement à l’examen, les élèves les plus avancés ont été envoyés pour quelques mois à l’Ecole des Frères à Phnompenh.
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