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Rapport annuel des évêques

Année: 1921
Pays: Cambodge
Mission: Cambodge
Rédacteur:Mgr Bouchut

IV. ― Cambodge.

Population catholique 58.597
Baptêmes d’adultes 1.065
Baptêmes d’enfants de païens 6.156


Les résultats de l’exercice 1920-1921, écrit Mgr Bouchut, bien que ne répondant point à tous nos désirs, marquent cependant un progrès notable dans l’œuvre de l’évangélisation, et nous devons à Dieu, auteur de tout don, de vives actions de grâces.
L’administration des chrétientés, pour la première fois depuis 1915, s’est faite normalement. Le chiffre des baptêmes d’adultes, modeste encore, a augmenté un peu, celui des enfants païens baptisés à l’article de la mort s’est maintenu. L’œuvre de la Sainte-Enfance dans la Mission est bien constituée et prospère. C’est une grande consolation pour le missionnaire du Cambodge, qui n’a pas toujours réussi auprès des grandes personnes comme il le désirerait, de pouvoir du moins envoyer au ciel de nombreux ochaque année le beau chiffre d’enfants recueillis dans les orphelinats et les crèches de la Mission.
Les confessions et communions sont en progrès. Le grand séminaire a donné trois nouveaux prêtres ; l’école normale de catéchistes instituteurs a fourni douze nouveaux maîtres ; les écoles paroissiales comptent un millier d’élèves de plus que par le passé.
Enfin la population catholique a passée de 57.000 à 58.597. Pour être dans le vrai, il faudrait ajouter à ce dernier chiffre quelques milliers de chrétiens nomades perdus dans les rizières au milieu des païens, et qui ne se présentent au missionnaire que dans des cas exceptionnels. Ils n’ont point à proprement parler abandonné la religion, mais tombent peu à peu dans l’indifférence ; leurs enfants grandissent dans l’ignorance des vérités de la Foi, puis se marient avec des païens. Si une grâce spéciale ne met à nouveau ces pauvres gens en contact avec le prêtre, la famille redeviendra païenne. Nos efforts continus tendent à atteindre autant que possible ces brebis égarées, à les ramener dans les chrétientés, ou à fonder avec elles de nouveaux centres catholiques. Malheureusement beaucoup échappent encore à la recherche du missionnaire et y échapperont tant que nous ne serons point partout dans le territoire de la Mission et tant que l’insuffisance de la main-d’œuvre dans le pays favorisera le mouvement d’émigration de province, de village à village.

Les comptes rendus des missionnaires confirment les divers aperçus que je viens d’exposer. M. Mennetrier écrit : « J’ai terminé la petite église de Opougmean, sur le Stungsen, grâce aux aumônes des pêcheurs du Grand Lac. Elle est située sur le bord de la rivière ; sa vue prêchera la bonne nouvelle aux païens, et sera comme un appel aux trop nombreux chrétiens égarés sur les rives du Stung qui passent et repassent devant elle.
« Une pauvre femme âgée de quarante ans, a déjà entendu la voix mystérieuse et s’est convertie. Elle m’a avoué avoir éprouvé comme un tremblement lorqu’elle pénétra pour la première fois dans l’église. L’histoire de sa conversion vaut la peine d’être racontée.. Arrivée dans la région à l’âge de huit ans avec ses parents chrétiens, elle ne reçut aucune instruction religieuse. Elle était la neuvième de la famille ; elle perdit ses parents, puis à l’invitation de ses frères et sœurs elle se maria dans le paganisme. Il y a sept ans, se trouvant incidemment dans une chrétienté très éloignée de là, elle entendit des enfants réciter des prières et étudier le catéchisme. Elle fut touchée de la grâce, et prit plaisir à se faire répéter par ces enfants les vérités de la religion. De retour dans son pays elle se procura un syllabaire, apprit à lire et étudia le catéchisme, puis se perfectionna dans la connaissance de la religion par la lecture de l’histoire sainte et des divers livres de controverse. Elle se sépara de son mari qui ne voulait pas se convertir, instruisit elle-même son fils âgé de quinze ans. Je baptisai l’enfant et lui donnai la sainte communion en même temps qu’à sa fervente mère. »
M. Prallet travaille dans un district ancien, fortement constitué. Il n’a guère que de bonnes nouvelles à annoncer. Il écrit : « L’administration du district a donné cette année de consolants résultats. Les chiffres en font foi. La chrétienté de Xoui bien (environ 1.800 chrétiens) n’a pas échappé à l’épidémie de choléra qui a sévi un peu partout dans le Cambodge. Pour ma part, c’était la première fois de ma vie de missionnaire que je faisais connaissance avec le fléau. Beaucoup de chrétiens ont été atteints, mais heureusement peu en sont morts. Pendant les huit jours qu’il a duré, mes paroissiens ont manifesté une grande ferveur. Chaque matin, à la messe, de nombreuses communions étaient distribuées, le soir au salut du Saint Sacrement, l’assistance était aussi nombreuse que les dimanches. Aussi le bon Dieu s’est laissé toucher et l’épidémie a disparu rapidement.
« J’ai pu cette année, grâce à de généreuses aumônes, bâtir la petite église de Kompongcham, limite extrême du district de Xouibien. Je désire qu’elle soit dédiée à sainte Jeanne d’Arc. Ce sera la première église de la Mission qui portera son nom. Que la douce Patronne de la France prenne en pitié ce grand Fleuve où il y a tant de besogne à faire et nous obtienne l’aide nécessaire pour l’accomplir. Le chef de la province et tous les européens du poste se sont intéressés à la construction de la coquette petite église et seront heureux le 7 septembre, jour de la bénédiction solennelle, de recevoir Votre Grandeur. »
Je termine par le compte rendu de M. Haloux. Exerçant le ministère dans un pays neuf, il doit compter plus que tout autre sur l’instabilité et la vie nomade de ses ouailles. Les espérances qu’il avait exposées l’année passée ne se sont pas toutes réalisées. Aussi son appréciation sur l’année présente offre-t-elle une note sombre peut-être quelque peu exagérée.
Il écrit : « L’année présente n’a pas donné les résultats sur lesquels je comptais. L’apathie des chrétiens, l’hostilité des païens, le parti, pris de certaines familles de rester en dehors des chrétientés, tout cela réuni a causé un certain marasme.
Caitrau, malgré le départ de quelques familles, s’est maintenue. Vinhloi a un peu diminué. Nganmo n’a pas encore pu reconstruire sa chapelle. Cottoma a bâti la sienne ; il y a là des gens énergiques, à l’aise, et bons chrétiens. Grâce au thay du séminaire, il y a eu plusieurs retours de mauvais catholiques et des situations fausses maintenant régularisées. Le fait de la réunion de la chrétienté de Vinhthanh à Tanphu a occasionné des froissements. Certaines familles y mettent du parti-pris et trouvent une excuse facile pour se dispenser de leurs devoirs. Benban augmente normalement. Je n’ai pu rien faire aboutir sur le Quanlo.. Après le repiquage du riz, je vais tenter un établissement ou deux.
Le chiffre des confessions et communions a augmenté, mais le nombre des chrétiens ne faisant pas leurs Pâques est encore trop considérable. Les écoles ont été bien fréquentées et je compte sur les enfants pour raviver l’esprit chrétien dans le district.
La reconstruction de l’église de Caitrau et de celle de Tanphu s’impose ; elles menacent ruine : j’attends des bois du Grand Fleuve, mais quand ils seront arrivés, mes finances seront épuisées et il faudra attendre la prochaine récolte pour entreprendre les travaux. »


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