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Rapport annuel des évêques

Année: 1922
Pays: Cambodge
Mission: Cambodge
Rédacteur:Mgr Bouchut

IV. – Cambodge.

Population catholique 60.297
Baptêmes d’adultes 1.096
Baptêmes d’enfants de païens 5.658


Nous devons à Dieu de vives actions de grâces, écrit Mgr Bouchut, pour avoir donné, cette année encore, l’accroissement aux Œuvres de la Mission, malgré des circonstances pénibles et difficiles. La population catholique a passé de 58.597 à 60.297. Le chiffre des baptêmes d’adultes est sensiblement le même que celui de l’année précédente. Celui des baptêmes d’enfants de païens a fléchi un peu. Il y a eu moins de maladies épidémiques parmi les enfants, et partant, moins d’enfants en péril de mort. Peu à peu les chrétientés s’organisent et se développent ; des églises modestes mais solides remplacent les paillotes qui servaient au culte. De nouveaux noyaux de chrétientés se fondent ; ils permettent de grouper les chrétiens dispersés parmi les païens, et contribuent à faire connaître la religion catholique à ceux qui l’ignorent.
Malheureusement, les missionnaires tombent et ne sont pas remplacés. Le regretté M. Philibert Brun, ce bon et zélé ouvrier des âmes, vient de nous quitter pour un monde meilleur et laisse un vide considérable. Les sœurs françaises, de leur côté, succombent au travail. Insuffisant est le recrutement venu de France. – Sans doute, les prêtres indigènes, les sœurs indigènes augmentent en nombre et rendent d’immenses services. Cependant, souvent une tête française est nécessaire, surtout dans les œuvres qui se font au contact de la population européenne.
Je profite de l’occasion qui m’est donnée pour rendre hommage au dévouement et à l’abnégation de nos chères Sœurs de la Providence. Elles se dédoublent en quelque sorte, et celles que leur âge autoriserait à se reposer quelque peu se préparent à la mort, dans le travail de chaque jour aussi ardu que dans le passé. Témoin, cette Sœur infirmière qui dirige les hôpitaux de Culaogieng, depuis près de quarante ans, et qui, malgré ses soixante-seize ans, est encore l’âme et la principale cheville ouvrière de tout ce qui s’y fait.

Parcourons les comptes rendus, qui ne sont pas une liste toute sèche des résultats de l’année. Je dois avouer que l’administration des anciennes chrétientés, bien que sans incidents et faits remarquables, n’est pas sans labeurs et succès devant Dieu, mais n’aide pas à la rédaction du compte rendu général.
M. Bousseau se plaint vivement de la mort des deux Sœurs françaises qui présidaient à l’orphelinat et à l’hospice de Sadec. On n’a pu, jusqu’à présent, leur donner d’autres successeurs que des Sœurs indigènes. « Vous connaissez, écrit-il, les nouvelles fâcheuses du district : la propagande protestante, heureusement sans grand résultat jusqu’ici, et le décès de Sœur Adolphe après celui de Sœur Elisa, qui laisse nos œuvres dans un état précaire. Vous savez aussi nos espérances, encore bien petites, d’une marche en avant à Tanphutrung et Longthang. Jeudi dernier, en compagnie de M. Prodhomme, nous avons fait une petite démonstration à Tanphutrung, à l’occasion de l’installation d’une statue du Sacrée-Cœur et d’une statue de Notre-Dame de Lourdes. Pétards et musique annamite, drapeaux et décorations ont attiré des visiteurs. De Hoakhanh étaient venus près de cent chrétiens, auxquels le Docphu Hien a bien voulu payer le complément obligé de toute fête, un banquet bien fourni.
« Depuis quelques semaines, chaque dimanche, trois enfants de l’huissier païen de la ville viennent à la messe, un jeune homme et deux filles, sortis pourtant des écoles laïques de Saïgon. Intelligents et instruits, ils parlent français et qui plus est, s’habillent à la française, ce qui est rare chez les filles. La plus jeune de celles-ci dit avoir vu la Sainte Vierge, tenant Jésus dans ses bras, la défendre contre une mégère qui voulait la poignarder. Le père, d’ailleurs d’excellente réputation, est tout disposé à croire le récit de sa fille qu’il m’a amenée lui-même. Je lui ai prêté le « Credo expliqué aux néophytes » de Mgr Daems, qu’il faut lire en famille. »
Dans le district de Tralong, au cours de ma visite pastorale, j’ai béni solennellement l’église de My-phuoc, nouvellement édifiée, simple mais durable. A Tracu, on a fêté le fondateur de la paroisse qui fait fonction d’ « Ong trum », depuis la fondation. « Cette fête de famille, dit M. Quimbrot, lui fit grand plaisir. Toute la paroisse fut unanime à lui témoigner la reconnaissance que lui méritaient les services rendus depuis la fondation »
Le voisin de M. Quimbrot, M. Haloux, qui travaille au milieu de populations nouvelles, est à la joie. « On éprouve, écrit-il, une certaine satisfaction, quand on voit se réaliser les projets que l’on avait formés. Dans mon dernier compte rendu je vous faisais savoir que j’allais mettre en chantier les églises de Tanphu et de Caitrau. Je remercie la divine Providence qui m’a donné les moyens de mener cette œuvre à bonne fin. Les deux églises sont élevées. Sans doute, elles ne sont pas terminées, tout l’intérieur est à faire, et il faudra y travailler plusieurs mois encore. Je n’ai point visé à faire des cathédrales, mes ressources ne me l’auraient pas permis, et je n’ai pas les connaissance techniques suffisantes pour cela. Elles suffiront pour assurer un lieu de culte décent et durable.
Au point de vue spirituel, tout n’est pas sans nuages. Le nombre des communions a augmenté, mais il y a encore bien des retardataires. Trop souvent les chrétiens cèdent à la paresse et ne sont point aussi fervents que je le désirerais. La récolte ayant été déficitaire, le nombre des mariages a diminué : beaucoup de jeunes gens ont remis à une année d’abondance cette cérémonie, qui malheureusement n’est pas gratuite. Quand on a une fille à marier, il faut en profiter pour remonter les finances épuisées. Le procédé est naturel, mais cela crée un empêchement qui ne sera supprimé que par une année meilleure. »
A une autre extrémité de la Mission, dans le Nord, M. Guesdon travaille de son côté à étendre le royaume de Dieu et à recueillir les chrétiens nomades au milieu des païens. « Je vous envoie mon compte rendu annuel, écrit ce confrère, de la paroisse de Kalmek, lequel, quoique assez semblable à celui des années passées, fait ressortir néanmoins un réel progrès, tant au point de vue temporel qu’au point de vue spirituel. Une église, construite en briques et couverte en tuiles, avec sa façade aux décors simples mais de bon goût, avec son ornementation intérieure sobre mais suffisante, atteste la bonne volonté et les pieuses dispositions de mes chrétiens. Par ailleurs, le presbytère, la maison d’école et celle du catéchiste, nouvellement construits ou remis à l’état neuf, accusent un progrès certain sur les constructions du passé. Toutefois, si la situation matérielle est satisfaisante, la vie spirituelle de la chrétienté, plus intense sans doute qu’autrefois, progresse encore bien lentement, à mon gré. Votre Grandeur connaît mes ouailles ; mes nouvelles recrues sont pour la plupart des anciens chrétiens, réfractaires aux règles et à la discipline des chrétientés mères. Ils ont à refaire leur vie. C’est un travail de longue patience ; un grand nombre ont déjà renoncé à leurs habitudes de liberté sans contrôle, et quelques-uns pourraient même reparaître avec honneur dans leurs chrétiens d’origine.
« La longue liste des enfants confirmés tout récemment par Votre Grandeur, témoigne que le nombre des fidèles va grossissant chaque année, et que les parents, quelque peu paresseux dans la pratique constante de la vie chrétienne pour ce qui les regarde, entendent cependant que leurs enfants pratiquent fidèlement la religion et veillent à ce qu’ils soient instruits de leurs devoirs. C’est donc un gage consolant pour l’avenir. En fin de compte, Monseigneur, après quelques années d’attente anxieuse, mon cœur est à la joie et s’ouvre à de nouvelles espérances. Je compte bien qu’avant peu d’années, je pourrai élever à Kompong Thom, chef-lieu de la province, une petite chapelle, comme aussi planter à Kompong Ku, sur un vaste terrain de 300 hectares encore en friche, le signe de la Rédemption et y grouper les chrétiens dispersés dans la région et quelques hommes de bonne volonté venus du paganisme. »
M. Collot, dans le Nord-Ouest du Cambodge, travaille lui aussi à visiter et à grouper les Annamites chrétiens vivant au milieu des païens. « Je suis rentré, écrit-il, d’une campagne de trois semaines à Siem Réap, dans le Nord des Lacs et sur la rivière de Battambang jusqu’à Péam Sema. Je ne pensais pas rester aussi longtemps hors de Taom, mais à chaque arrêt, j’apprenais que d’autres familles se trouvaient à tel ou tel endroit et j’y allais. Ainsi, j’ai pu voir un certain nombre de chrétiens, installés dans la région depuis un, deux, cinq et même dix ans, et venus de Battambang, de Phnom Penh, Meatkrasar, Culaogieng, etc. Je me suis arrêté en particulier à Rachto, où j’ai trouvé une bonne soixantaine de chrétiens. Je suis resté là trois jours. Ayant été prévenus de mon arrivée, ils avaient construit une petite chapelle d’occasion et avaient pavoisé. Tous ceux qui le pouvaient se sont approchés des Sacrements, se sont confessés et ont communié. J’ai également baptisé six enfants. Il s’agit maintenant de trouver un terrain assez élevé pour y installer une chapelle, autour de laquelle tous ces chrétiens se retrouveront, au moins à la saison des hautes eaux. Je me suis entendu avec les principaux d’entr’eux.
« A Sien Reap, la chrétienté va son petit train. Chaque fois que j’y vais, ses habitants se confessent et communient tous. A Taom, chrétienté centrale, le chiffre des confessions et communions a un peu diminué. Je crois pouvoir attribuer cette diminution à mes voyages dans le district. Par ailleurs, Taom souffre du gros inconvénient de voir une partie de sa population s’éloigner du centre, pendant de longs mois. Les uns, à la saison sèche, vont aux grands Lacs pour la pêche ; les autres, aux hautes eaux, montent à la forêt comme bûcherons. Il est certain que pendant ce temps, pour tous ces absents, la fréquentation des Sacrements est nulle ou presque nulle. Un second inconvénient non moins grave se greffe sur le premier. Les enfants de ces familles manquent forcément à l’école. Quelques-uns sont absents, même au moment de la première Communion, et c’est ainsi que l’on trouve de grands jeunes gens n’ayant pas fait leur première. Communion solennelle. »
Les œuvres communes de la Mission, les séminaires, l’école des catéchistes, les écoles des Frères et des Sœurs, les écoles paroissiales, tout prospère comme par le passé. Daigne Dieu nous continuer son secours. « Nisi Dominus œdificaverit domum, in vanum laboraverunt qui œdificant eam. »


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