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Rapport annuel des évêques

Année: 1928
Pays: Cambodge
Mission: Phnompenh
Rédacteur:Mgr Herrgott

IV. ─ Phnompenh.

Population catholique 68.448
Baptêmes d’adultes 1.329
Baptêmes d’enfants de païens 7.612
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« L’année 1928, écrit Mgr Herrgott, a été marquée par quelques événements. Tout d’abord, le 30 novembre 1927, Missionnaires et prêtres indigènes se trouvaient réunis au Séminaire de Culaogien, à l’issue de la retraite de Pères français, pour fêter le vingt-cinquième anniversaire de la consécration épiscopale de leur évêque, Mgr Bouchut : fête de famille, intime, le vénérable jubilaire l’ayant ainsi voulu. Ce fut aussi une journée de prières : après quatre-vingt-onze messes privées célébrées sur place, tous les prêtres présents, ayant à leur tête Mgr Dumortier, assistèrent à la messe solennelle que, malgré son état de faiblesse, Mgr Bouchut avait voulu célébrer.
« Le second événement fut la nomination du Coadjuteur de Mgr Bouchut, et son sacre qui eut lieu le 1er mai.
« Le troisième fut, en juillet, le couronnement de Sa Majesté Sisovath-Monivong. Cinq jours durant, une bonne partie de la population Khmère circulait dans la capitale, admirant son roi, jouissant de la splendeur des décors, des cérémonies, des illuminations. La Mission ne pouvait être indifférente, car le nouveau roi, à l’instar de ses prédécesseurs, profite de toutes les occasions pour lui témoigner sympathie et bienveillance. Beaucoup de confrères étaient venus à Phnompenh les deux derniers jours des fêtes, témoignant ainsi l’intérêt respectueux qu’ils portent au nouveau Souverain.
« L’arrivée d’un nouveau confrère fut aussi un événement des plus heureux. Ce fut avec joie que nous reçûmes, M Fuma, et c’est de tout cœur que nous remercions le Séminaire de Paris de nous avoir ménagé ce renfort.
« Une épreuve nous frappait vers la fin du premier semestre de l’année présente. M. Ackermann, après trente-quatre années de Mission passées dans l’enseignement au Petit Séminaire, a été atteint d’urémie et de paraplégie. Son état s’est amélioré quelque peu, mais ne laisse pas de nous inspirer de sérieuses inquiétudes. Que le Bon Dieu nous conserve ce vaillant ouvrier et lui permette d’achever la série des livres qu’il a sur le métier, et qui seraient d’une si grande utilité pour faciliter l’étude du latin aux élèves annamites dans toutes les classes.
« Durant cette année, les travaux apostoliques ont suivi leur cours normal. Les chiffres des baptêmes, confessions et communions sont le meilleur témoignage de l’activité et du zèle des missionnaires ; les nombreuses courses et démarches imposées par le ministère, soit pour aborder les païens, soit pour instruire les catéchumènes et les néophytes, supposent un travail, un dévouement, des sacrifices de tout genre. Je cite avec satisfaction le chiffre de 198.434 confessions, et cet autre de 429.418 communions obtenus cette année dans l’ensemble de la Mission. Le plus grand nombre de baptêmes d’adultes proviennent des postes de Nang-gu, Can-tho, Soc-trang, Sadec, Can-tho, Bac-lieu, Rach-gia ont fourni le plus grand nombre de baptêmes d’enfants de païens. En clôture d’exercice, il nous reste 804 catéchumènes.
« M. Haloux, chargé d’une des quatre paroisses de la ville de Phnompenh, Russey-Keo, avec 1.925 fidèles, a bien voulu, malgré le surcroît d’une église en construction, accepter la direction de tout le district de la rive droite du Tonlésap et du Grand Lac jusqu’à Pursat. Chaque année, nombre de chrétiens vont à la pêche dans ces parages, et, pour des raisons multiples, beaucoup s’y attardent, et même ne reviennent plus. Atteindre ces dispersés, les grouper si possible sur le bord du Grand Lac, à Krakor, fonder une nouvelle chrétienté, et y attirer aussi des pêcheurs païens pour les amener à la religion, voilà le but. Un bon résultat semble certain dans un avenir très prochain, mais de combien de sacrifices ne sera-t-il pas le prix !
« M. Bernard, curé de la cathédrale, se plaint de ce que ses chrétiens cambodgiens et annamites soient obligés de reculer continuellement devant l’envahissement de la ville : électricité, école laïque, commissariat, mairie, marché, construction d’un large boulevard... on évolue si bien que finalement nos chrétiens ne trouvent plus à se loger.
« Au marché de la ville, M. Merdrignac signale la présence de nombreux chrétiens venus de toutes parts. Le petit nombre reste fidèle à la pratique de la religion, d’autres se cachent par fausse honte, par indifférence. Il faut les chercher, les attirer, les mettre en règle, ce qui est un gros travail auquel notre confrère ne saurait suffire tout seul.
« Sur le versant Nord de Phnompenh s’étend le vaste district de M. Martin Paul. Ses sept postes échelonnés sur les deux rives du Mékong et sur une longueur de plus de cent kilomètres, sont une vraie prise de possession de la région. La religion y est connue, païens comme chrétiens connaissent et voient le missionnaire. Celui-ci passe rarement deux dimanches de suite, dans le même poste. Toujours en route, il mène de front, dans toutes les chrétientés, l’administration spirituelle et temporelle, l’enseignement et le prosélytisme, il connaît tout et tous, pour lui rien de petit, nulle quantité négligeable dans le travail du ministère apostolique.
« Dans la partie cochinchinoise de la Mission, Nang-gu compte dix chrétientés et deux noyaux de chrétientés avec un total de 3.225 âmes. M. Collot et ses deux vicaires s’y dépensent sans compter. 9 écoles élémentaires, avec 525 élèves, et 3 écoles de catéchisme avoisinent les églises ou chapelles. Après avoir construit un presbytère, ainsi qu’un nouveau local pour les religieuses de la paroisse, le missionnaire se dispose à rebâtir les écoles de la chrétienté principale.
« Le district de Soc-trang, confié à M. Charles Keller, n’a pas moins de treize chrétientés et quatre en formation, avec un total de 3.582 catholiques. A Soc-trang ville, il y a l’établissement des Frères des Ecoles Chrétiennes, avec un pensionnat et un externat, et l’établissement des Sœurs de la Providence avec pensionnat, crèche, orphelinat, hôpitaux, maternité. Quatre vicaires aident le missionnaire.
« De Sadec M. Lozey, m’écrit : « Au cours de l’exercice écoulé, trois saintes françaises « ont pris place, par de belles statues, à notre foyer paroissial : sainte Thérèse de l’Enfant « Jésus, la bienheureuse Bernadette, et sainte Jeanne d’Arc. » Ces belles statues, ainsi que la cloche Thérèse-Charlotte, proviennent de dons et de cotisations particulières où l’argent païen est entré pour une part notable. A noter une sacristie neuve terminant de façon heureuse le chevet de l’église : voilà pour le matériel. « Au point de vue moral et spirituel, dit M. Lozey, « la lutte continue entre le bien et le mal, avec des « bas » dus à la proximité du marché, à la « passion du jeu, à l’esprit d’indépendance de plus en plus accentué, avec des « hauts » aussi, « les plus nombreux, et parfois bien consolants ; une bonne masse est fidèle à la confession et « à la communion fréquentes, surtout au commencement du mois ; si l’élite sociale voulait « donner l’exemple, ce mouvement de ferveur se développerait vite. »
« Les œuvres de la Mission se sont développées normalement. Le Grand Séminaire nous a donné trois nouveaux prêtres. Il n’a pas encore sa chapelle ; M. Bousseau la commencera incessamment. Le Petit Séminaire, confié à M. Chouffot, a vu le nombre de ses élèves arrêté à 97, après sélection de la nouvelle rentrée.
« Notre école des catéchistes de Banam a 35 élèves.
« Les Frères des Ecoles Chrétiennes sont au nombre de 17, dont deux sont Français. Ils tiennent à Phnompenh deux externats avec 408 élèves ; à Soctrang un pensionnat avec 305 élèves dont 90 externes. Le très grand nombre de ces enfants assistent aux catéchismes, et acquièrent ainsi des principes d’éducation qui leur font estimer et aimer la religion.
« Nous avons dans la Mission 40 Sœurs françaises de la Providence de Portieux ; quatre d’entre elles sont absolument impotentes, plusieurs autres bien affaiblies par l’âge. Elles ont 300 religieuses indigènes, avec 15 novices, 22 postulantes, 11 aspirantes et 10 juvénistes. 88 de ces Sœurs forment de petites communautés dans les paroisses où elles tiennent les écoles et s’occupent des enfants de la Sainte-Enfance. Leurs crèches ont abrité dans l’année 3.578 enfants ; elles en ont baptisé 3.554 ainsi que 675 adultes. Leurs deux pensionnats de Phnompenh et de Soctrang comptent 229 élèves.
« Dans les cinq hôpitaux qui leur appartiennent 6.542 malades ont été reçus et soignés. 11 Sœurs françaises et 29 indigènes sont affectées au service des hôpitaux provinciaux du gouvernement, où les entrées de l’année atteignent le beau chiffre de 15.174. Mentionnons enfin les 577 enfants actuellement aux orphelinats. Ces chiffres commentent assez la charité et le dévouement exigés par tant d’œuvres, sans qu’il soit nécessaire d’insister davantage.
« La Communauté des Amantes de la Croix de la paroisse de Russey-Keo compte 21 membres dont 6 dirigent 3 écoles paroissiales.
« Enfin le Carmel de Phnompenh se compose de 8 religieuses européennes et de 16 indigènes.
« Tel est, en résumé, l’état de la Mission de Phnompenh à la fin de cet exercice. Plaise à Dieu de féconder chaque jour davantage les travaux de ses ouvriers, afin de hâter la conversion de tant d’âmes encore plongées dans le paganisme ! »


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