| Année: |
1929 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Phnompenh |
| Rédacteur: | Mgr Herrgott |
IV. — Phnompenh.
Population catholique 70.713
Baptêmes d’adultes 1.343
Baptêmes d’enfants de païens 7.340
Au début de son compte rendu, Mgr Herrgott adresse un souvenir ému à la mémoire de Mgr Bouchut décédé à Cu-laogien le 17 décembre 1928, après vingt-six ans d’épiscopat ; et à celle de M. Louis Prodhomme, mort quelques semaines plus tard dans sa soixante-huitième année d’âge et sa quarante-troisième de vie apostolique. Puis Sa Grandeur note le retour en France, pour raison de santé, de trois confrères fatigués des rudes labeurs l’apostolat, et exprime l’espoir qu’ils seront bientôt en état de revenir au Cambodge continuer leurs travaux interrompus. Quant aux autres missionnaires, dit le Vicaire Apostolique, « tous peinent en se multipliant pour ainsi dire, afin de suffire à la besogne ; les résultats ne sont pas les mêmes pour tous, mais le dévouement est le même, et partant aussi le mérite. » Nous laissons Sa Grandeur exposer les travaux de ses missionnaires .
« Dans cette année jubilaire, nous constatons avec bonheur combien la foi est vive auprès du plus grand nombre des chrétiens : c’est la meilleure des preuves de la piété intense des ouvriers apostoliques et de leur zèle vraiment surnaturel. Suivons-en quelques-uns dans la part du champ qui leur est dévolue .
« A Battambang, M. Gatelet Paul travaille à la fondation d’une nouvelle chrétienté cambodgienne composée d’une trentaine de familles récemment immigrées de Cochinchine .
« M. Haloux, tout en dotant sa paroisse de Rusey-Keo d’une grande et belle église, ne perd « pas de vue les immenses besoins de son vaste district. Voici ce qu’il écrit : « C’est depuis « le début de cet exercice que le district de Rusey-Keo s’est agrandi pour s’étendre jusqu’aux « provinces de Kompong-Chhnang et de Pursat, et ce n’est que peu à peu que je pourrai me « mettre au courant de ses besoins. Ces besoins sont immenses, et le champ est vaste où mes « vicaires et moi pourrons travailler ; avec la grâce de Dieu, j’espère que nous arriverons à « faire face au plus urgent.
« Pendant six mois, le P. Chu a fait l’administration du Grand Lac : là, ce n’est plus « comme dans les chrétientés où les fidèles ont l’église proche et subissent l’entraînement de « l’exemple ; au Lac, on les surprend au milieu de leurs travaux, et c’est presque toujours sur « le repos de la nuit qu’il faut prendre pour entendre leurs confessions. Longtemps avant « l’aurore il faut célébrer la messe pour que tout aussitôt chacun retourne à ses filets. De plus, « la population s’adapte au milieu où elle vit, et comme l’élément qui la nourrit est mobile, « elle aussi suit les eaux et ses fugitifs habitants. La grande question est surtout l’instruction « de la jeunesse. Nous avons pu élever la chapelle de Krakor, et on en fera la bénédiction dans « quelques semaines : les chrétiens du Lac, eux aussi, auront leur église qu’on appelle déjà « l’église du Lac ; ce sera pour eux un centre d’attraction et un point de ralliement ; ils verront « qu’ils ne sont pas délaissés, et qu’en plus de l’administration nomade sur le Lac, ils pourront « à certaines fêtes venir à leur église, y voir les cérémonies comme partout ailleurs ; et surtout « aux hautes eaux, ce sera le point de concentration où nous espérons réunir peu à peu tous les « nomades, et ainsi ramener de nombreuses familles qui ont perdu l’habitude des pratiques « religieuses ; comme ils sont plusieurs centaines déjà connus, sans compter ceux qui ne le « sont pas, ce sera le rôle du prêtre chargé plus spécialement du Lac de rechercher ces brebis « égarées, et de les remettre, comme on ferait avec des catéchumènes, au train de la vie « chrétienne. Le P. Chu, qui a déjà une longue pratique du Lac, paraît tout désigné pour le « poste de Krakor ; mais il faudrait lui trouver un remplaçant à Pralai-Méas ; le travail ne « manquerait pas à celui-ci, car il aurait beaucoup à faire entre Kompong-Chhnang et Snoc-« trou : on y connaît de nombreuses familles chrétiennes que le prêtre de Pralai-Méas, « absorbé jusqu’ici par l’administration du Lac, a dû pour ainsi dire négliger. De plus, il « aurait à s’occuper de Kompong-Chhnang dont la petite chrétienté, formée surtout des « secrétaires de l’Administration, est très intéressante ; actuellement la plupart des « Européens du poste pratiquent, et désirent qu’on leur assure le service religieux aussi « régulièrement que possible. Les exercices du jubilé y ont été suivis avec beaucoup « d’exactitude, l’église était bien ornée, les cérémonies et les chants ont fait l’admiration de « tous .
« A Pursat, je suis en train de négocier pour échanger l’emplacement obtenu autrefois pour « bâtir la chapelle. Je pense aboutir bientôt, et espère pouvoir commencer les travaux au mois « de janvier.
« A Russey-Keo, la bénédiction de l’église qui a eu lieu le 3 avril, a donné lieu à de belles « fêtes. Puissions-nous trouver des ressources pour l’achèvement du clocher ! »
« M. Blondet, avec le concours du prêtre indigène Phung, a eu la joie de fonder une nouvelle chrétienté annamite à Khsach-Sâr ; elle compte actuellement 60 néophytes, 13 anciens chrétiens, et 7 nouveaux catéchumènes. C’est le quatorzième poste du vaste district de Banam, vrai foyer chrétien avec 4.726 âmes, où 15.056 confessions et 25.193 communions ont été obtenues dans l’année .
« A Culaotay, M. Soi a enfin achevé l’église dont il avait jeté les premières assises dès 1922. C’est un beau bâtiment qui se dresse fièrement entre deux écoles sur une île du Mékong entre Saïgon et Phnompenh.
« M. Larrabure présente 82 baptêmes d’adultes : c’est le plus beau chiffre obtenu cette année dans la Mission. Il a construit dans deux annexes des églises d’un style simple et plaisant. La bénédiction de l’une d’elles a été l’occasion d’une fête bien touchante. Les chrétiens de Con-Nhiem forment une infime minorité dans le grand village auquel ils appar- tiennent ; ils ne sont que 163, mais ils ont eu le talent de réaliser une union intime avec les païens. Le village est échelonné sur les deux rives d’un étroit arroyo ; les païens en occupant l’entrée sur une longueur de deux à trois kilomètres, les chrétiens viennent ensuite. Or, le jour de l’arrivée de l’Evêque, les païens aussi bien que les chrétiens étaient sur pied. Les premiers, selon leurs us et coutumes pour recevoir un personnage qu’ils veulent honorer spécialement, avaient sorti de leurs maisons leurs tables-autels, et au passage de l’Evêque ils allumèrent des cierges, tirant force pétards. Pendant plus d’une demi-heure, il fallut subir cette cérémonie païenne ; mais au fur et à mesure que la barque avançait, les gens la suivaient sur les deux rives, si bien qu’à l’arrivée dans la chrétienté près de l’église, nous fûmes reçus par une foule compacte à figures épanouies. Les païens vinrent saluer l’Evêque aussi bien que les chrétiens , puis tous se massèrent autour de l’école pour assister à l’examen des confirmands. Le soir, un grand hangar ouvert à tous les vents reçut une cinquantaine de convives : prêtres, chefs de canton, notables tant païens que chrétiens. Les abords du hangar étaient garnis de têtes sans nombre, on aurait dit un amphithéâtre où chacun aurait voulu s’assurer une bonne place : et les grappes humaines ne se lassaient pas de regarder ! Le banquet terminé, tout le monde se transporta derrière l’église pour jouir du feu d’artifice, dont le clou était sûrement la grande croix lumineuse qui se dressait entre ciel et terre, impressionnant vivement les spectateurs. Le lendemain, toute cette même population assistait à la bénédiction de l’église, à la confirmation suivie de la sainte messe, et aussi aux sermons qui furent ce qu’ils devaient être dans la circonstance, l’apologie de la religion chrétienne. Puisse cette belle fête être le point de départ de nombreuses conversions !
« M. Lozey, chargé du district de Sadec, accompagne son compte rendu et sa gerbe de 61 baptêmes d’adultes, de quelques réflexions qui peignent une situation générale des chefs-lieux, comme elles renferment en même temps un remède efficace au mal ; elles méritent d’être rapportées :
« Le district de Sadec, dit-il, et spécialement la chrétienté de Hoa-Khanh, continue piano « mais sano sa marche progressive, malgré les difficultés ambiantes. Le vent de fronde qui « souffle dans les sphères politiques indigènes semble vouloir atteindre jusqu’au domaine « religieux. La presse du pays, même celle qui se prétend catholique, développe, dans la « jeunesse surtout, par son habitude de toucher à tout et de tout juger, un esprit de critique qui « s’exerce à tort et à travers, et s’accompagne d’un orgueil et d’une suffisance insupportables. « Les parents ne sont plus écoutés ni respectés ; l’antique politesse annamite, si vantée, n’est « plus guère qu’un souvenir, même à l’égard de la religion et de ses ministres. Tout ce qui « favorise le nationalisme local est funeste à la propagation de la foi chrétienne. Jusqu’ici « mon troupeau est peu touché, cependant je sens bouillonner quelques pauvres cervelles, et je « me demande ce que donnera l’avenir .
« Pour opposer une digue à ces dangers, je m’efforce de développer dans la jeunesse « l’esprit de foi et la fréquentation des sacrements ; et j’ai la consolation de voir mes efforts « compris, mes conseils suivis par le plus grand nombre. C’est ainsi que, pour Sadec « seulement, je compte un total de 8.811 communions . »
« La presqu’île de Camau a de nouveau son missionnaire. Trois chrétientés y avaient été fondées jadis, et même un confrère en avait été chargé quelque temps ; mais à cette époque, le pays, comme endormi, ne recevait que difficilement, la prédication évangélique. Ce ne fut que dans ces dernières années que la population se porta sérieusement vers ces terres en friches couvertes de forêts et de hautes herbes, pour les convertir en rizières et en jardins. En peu de temps le pays était envahi, de vastes superficies étaient demandées en concessions, païent et chrétiens affluaient de toutes parts, formant des villages. Les deux prêtres indigènes qui se trouvaient sur place étaient débordés ; tout en se multipliant, ils ne pouvaient faire face à la situation ; la nomination d’un missionnaire s’imposait, mais où le trouver ? Il fallait de la santé, de l’expérience, un grand courage et un vrai zèle apostolique. M. Quimbrot, pressenti, n’hésita pas un instant : ni l’âge ni les rhumatismes ne purent l’arrêter, et le splendide district de 3.000 âmes qu’il fallait quitter fut impuissant à le retenir ; il accepta simplement, et partit pour Camau. Il connaissait déjà la région, il la parcourut de nouveau, puis tira ses plans : un vicaire restera à sa disposition tout en desservant la chrétienté de Rach-Nha, un autre s’occupera des postes annexes déjà existants, lui-même s’installera à Camau, au poste administratif civil qui ne tardera pas à devenir chef-lieu de province. De là il rayonnera dans toute la région, parcourra les arroyos tortueux et interminables, cherchant d’abord les chrétiens dispersés, puis les païens, pour fonder de nouvelles chrétientés. La tâche est ardue, mais Dieu bénira les efforts de son ministre et le dirigera, parce qu’il ne cherche que sa gloire et le salut des âmes .
« Une autre région, désormais reliée à la capitale par suite des progrès du réseau routier, réclamait le retour d’un missionnaire : c’est la région de Kampot et tout le littoral, qui s’étend au Sud jusqu’à Hatien, au Nord jusqu’à Réam. S’établir à Kampot même, élever une chapelle à Hatien, une autre à Kep, station balnéaire s’occuper de la station d’altitude du Mont-Bockor où à la bonne saison un bon nombre de compatriotes désirent faire leur devoir pascal, entretenir et développer les chrétientés de Kampot et Loc-Son, en fonder d’autres, voilà les premières visées du nouveau titulaire. Il faut un fameux courage et une bonne dose d’ab-négation pour accepter un pareil poste quand on a soixante et un ans d’âge, et qu’il faut quitter une paroisse de 1.768 fidèles où depuis dix ans on s’est dépensé. Or M. Arvieu était capable de semblable sacrifice, et le voici en train de se construire une maison à Kampot. Lui aussi a le droit d’attendre de Dieu de particulières bénédictions.
« Les œuvres de la Mission continuent leur marche habituelle. Le Grand Séminaire compte 25 élèves ; il nous a donné 4 nouveaux prêtres pendant l’année, mais il ne nous en promet plus avant 1931. Au Petit Séminaire il y a 127 élèves, y compris ceux de la classe préparatoire .
« La Sainte-Enfance a remporté de beaux succès. M. Larrabure a enregistré 1.313 baptêmes, M. Duquet 350 et M. Dalle 216, pour ne citer que les chiffres les plus importants, en ce qui concerne les prêtres, sur les 7.340 baptêmes de toute la Mission .
« L’école des catéchistes de Banam a actuellement 39 élèves. 25 catéchistes enseignent dans les paroisses, et 18 anciens, qui sont mariés, continuent l’instruction dans les chrétientés où ils sont établis.
« Les Frères des Ecoles Chrétiennes ont à Phnompenh deux écoles avec 406 élèves, dont 265 païens. Ce qui surprend, c’est la variété des races : 15 métis, 45 Cambodgiens, 224 Annamites, 106 Chinois, 7 Indiens, 2 Birmans, 1 Malais, 4 Manillais, 2 Laotiens ; cependant tout ce petit monde étudie et joue comme s’il n’était qu’une seule famille . L’école des Frères à Sôctrang compte 195 internes et 122 externes .
« Les Sœurs de la Providence ont perdu cette année deux religieuses françaises et plusieurs indigènes. Les Sœurs françaises ont terminé leur carrière de Sœurs-missionnaires usées par quarante-six et quarante et un ans de dévouement et de souffrances dans la Mission de Phnompenh : elles ont bien droit à toute notre reconnaissance.
« Leurs pensionnatsde Phnompenh et de Sôctrang ont 236 élèves, dont 162 internes.
« Dans leurs crèches, elles ont reçu 3.408 enfants, et 3.610 ont été baptisés par leurs soins ; 44 enfants ont été placés dans l’année, et 460 restent actuellement dans leurs orphelinats. Leurs hospices-hôpitaux ont enregistré 653 baptêmes d’adultes, dont 614 in articulo mortis . Elles ont reçu 7.719 infirmes dans leurs établissements, et 14.664 dans les 5 hôpitaux du gouvernement qu’elles dirigent. Elles ne comptent pas le nombre de personnes qui chaque jour viennent se faire soigner à leurs dispensaires ou demander des remèdes a leurs pharmacies, parce qu’elles présenteraient des chiffres que le public serait peut-être porté à soupçonner d’exagération ; il est pourtant vrai que plusieurs d’entre elles passent des journées entières à soulager d’innombrables misères.
« Tous ces chiffres de malades soignés, d’enfants et d’adultes baptisés, de sacrements administrés sont évidemment consolants : mais, malgré le dévouement des ouvriers apostoli-ques de toutes catégories, on ne peut penser sans serrement de cœur à tout ce qui reste à faire. Que le bon Dieu daigne susciter des légions d’âmes prêtes à se dépenser dans les Missions ou du moins à prier pour celles qui s’y dévouent ! »
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