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Rapport annuel des évêques

Année: 1930
Pays: Cambodge
Mission: Phnompenh
Rédacteur:Mgr Herrgott

IV. — Phnompenh.

(CAMBODGE)

Population catholique 74.223
Baptêmes d’adultes 1.519
Baptêmes d’enfants de païens 7.688


« Dans le courant de l’exercice qui vient de s’achever, nous écrit Mgr Herrgott, la Mission de Phnompenh a eu à enregistrer dans ses annales un fait extraordinaire : l’immigration en bloc, sur son territoire, de 2.175 chrétiens de la Mission de Buichu (Tonkin). Quelques mots d’explication : on sait que, dans certaines régions du Tonkin, la population est trop dense pour trouver sur place de quoi faire face aux nécessités de la vie. L’industrie ne remédiant pas suffisamment à ce mal très grave, beaucoup de personnes sont obligées de s’expatrier. Les grands concessionnaires du sud de l’Indochine n’ignorent pas cet état des choses, qui leur donne facilité pour enrôler des travailleurs.
« Jusqu’à ce jour, le recrutement des coolies était purement individuel, on ne s’occupait pas des familles. Les contrats sont faits pour trois ans. Après ce laps de temps, les engagés sont libres, ils peuvent retourner dans leurs pays. Mais, dans l’intervalle des trois ans, la plupart des coolies ont contracté des habitudes, des liaisons ; ils signent un nouvel engagement dans la concession, ou s’établissent dans le voisinage. C’est la famille disloquée, si le coolie était marié dans son pays ; pour tout autre, c’est l’union irrégulière ou le vagabondage.
« Se figure-t-on une concession assez vaste pour engager des milliers de travailleurs disséminés dans les plantations par groupes de 500 à 700 hommes, presque tous sans ménage, païens et chrétiens pêle-mêle, ces derniers toujours en nombre très inférieur en comparaison des premiers ? De là toutes sortes de difficultés pour eux, s’ils veulent vivre chrétiennement. Les prêtres qui cherchent à atteindre ces pauvres gens voient trop souvent leurs efforts stériles ; de là, situation désastreuse pour la religion et perte d’un grand nombre d’âmes.
« Le seul remède à une si grande misère serait d’engager, non plus des individus, mais des familles. Dans ce système, tous les membres de la famille capables de travailler auraient leur tâche et leur juste salaire : ce serait le riz quotidien assure pour tous ; de plus, les familles étant nombreuses, on pourrait les réunir et en former une ou plusieurs chrétientés, d’où facilité pour tous de conserver la foi, de pratiquer la religion et de sauver leurs âmes.
« C’est ce plan qu’a voulu réaliser la Société d’Exploitation de Phuquoc. Elle s’est donc adressée aux Evêques pour avoir des familles chrétiennes, et Mgr Munagorri, Vicaire Apostolique de Buichu, s’est empressé de lui envoyer 2.175 personnes, dont environ 700 enfants. La Société les a installées sur le bord de la mer, à l’entrée d’une large vallée, où il y a de l’eau douce et doù il est facile de se rendre au travail. Elle s’est engagée à construire une église, un presbytère, des écoles et une maison pour les Sœurs institutrices.
« Phuquoc est une île célèbre dans notre Société : elle a donné asile jadis à de nobles fugitifs, Mgr Pigneau de Béhaine et Nguyên-Anh, le futur roi d’Annam Gialong. Elle est. située dans le golfe de Siam ; son extrémité sud est à soixante kilomètres du port de Hatien ; au nord, elle se rapprocbe davantage du continent à la hauteur de Kampot . Sa superficie est d’environ neuf cents kilomètres carrés elle serait donc aussi grande que la Martinique . Son site, sa configuration, ses montagnes, ses vallées, ses rivières et ses ruisseaux, lui assurent un climat sain et agréable ; son sol est fertile ; le cocotier, l’hévéa, l’aréquier, l’ananas, la canne à sucre, toutes sortes de céréales, y réussissent à merveille. On peut se demander pourquoi elle est si peu peuplée et pour ainsi dire abandonnée depuis de longs siècles ; c’est que jusqu’ici elle était isolée, éloignée de voies de communications régulières, exposée à la piraterie, ravagée et pillée pendant les guerres entre Siamois, Cambodgiens et Annamites .
« Aujourd’hui, il y a à Phuquoc près de 5.000 habitants répartis en trois villages, dont le principal est Duongdong . L’île possède un poste administratif, un poste de douane, un poste de T.S.F. et une ambulance confiée à un médecin auxiliaire indigène. La concession européenne se trouve à l’extrémité sud . Lors des pourparlers entre le Directeur et les Evê-ques, on prévit l’installation d’un prêtre français et d’un prêtre indigène. M. Merdrignac, qui avait visité l’île à deux reprises, en avait fait un grand éloge et même dit à ses confrères qu’il accepterait volontiers ce poste si on le lui offrait . Il fut pressenti et, malgré sa belle situation de curé de Phnompenh, bien qu’il sût à quels sacrifices il allait s’exposer, il n’hésita pas un instant et répondit courageusement : oui ! Il n’a envisagé que le bien à faire et s’est oublié lui-même : il sera sûrement béni de Dieu, et sa vie de sacrifice, jointe à sa déjà vieille expérience de missionnaire, lui garantit le meilleur des succès. Ce succès, nous le souhaitons ardemment, afin que l’essai fasse école et suggère aux autres concessionnaires toutes mesures nécessaires pour faire œuvre saine et durable .
« Les ouvriers apostoliques ont de leur côté, fait leur devoir au cours de cet exercice. Les résultats obtenus sont beaux et consolants. 1.519 adultes ont été baptisés, ainsi que 7.688 enfants de païens. 251.122 confessions ont été entendues, et le jubilé a été prêché dans toutes les chrétientés.
« M. Béquet, chef du district de Chaudoc, a fondé une chrétienté sur le nouveau canal de Tanchau et y a baptisé 68 catéchumènes. M. Collot, tout en se plaignant de manquer de catéchistes, nous présente la belle gerbe de 102 baptêmes dadultes et déclare : « Du côté de « mes nouvelles chrétientés, il y a un vrai mouvement de païens désireux de venir à nous. » M. Keller augmente son vaste district de Soctrang de 113 néophytes. A Hoahung , le prêtre indigène M. Thoi a heureusement achevé sa nouvelle église, qui fait honneur à l’architecte et entrepreneur M. Tu, vicaire du district. Il nous présente 143 baptêmes d’adultes, le plus beau chiffre de l’année. Enfin, M. Thap, chef du nouveau district de Chipou, a eu la joie de baptiser 58 catéchumènes.
« L’œuvre de la Sainte-Enfance a été particulièrement bénie à Cantho, chez M. Larrabure, par 1.467 baptêmes, à Baclieu par 274, à Rachgia par 219, pour ne citer que les postes qui ont dépassé le chiffre de 200.
« Trois nouveaux postes ont été dotés d’églises : Pursat et Krakor, du district de M. Haloux, et Khsachsar, du district de M. Blondet. Avec Hoahung déjà cité, Rachnha, du district de Camau, et Bagu, du district de Banam, ont eu de nouvelles églises.
« Les œuvres de la Mission se maintiennent : le Grand Séminaire avec 25 élèves, le Petit Séminaire avec 108. L’école des catéchistes nous a donné 15 nouveaux maîtres. Les Frères des Ecoles Chrétiennes travaillent dur, les élèves ne leur manquent pas, ils en ont 700 dans leurs trois écoles, 420 à Phnompenh, et 280 à Soctrang. Ils auraient grand besoin de quelques Frères français en plus, pour contrebalancer les écoles purement laïques, où l’élément enseignant est presque exclusivement français.
« Les Sœurs de la Providence continuent. à rendre à la Mission les plus précieux services. Elles ont, à côté des classes élémentaires, 3 écoles de français ou franco-indigènes, et ont obtenu dans leurs établissements 36 diplômes élémentaires, 13 franco-indigènes, 4 certificats français, 1 brevet. Elles tiennent en outre une bonne partie de nos écoles paroissiales, les crèches, 6 orphelinats, et toutes les œuvres d’assistance. Dans leurs crèches, elles ont reçu 3.791 enfants, dont 3.739 ont été baptisés chez elles. Dans les hôpitaux, elles ont eu 682 baptêmes d’adultes, dont 612 in articulo mortis. Elles ont donné leurs soins à 21.330 malades et elles ne comptent pas le nombre d’infirmes qui viennent, chaque jour, se faire soigner ou demander des remèdes dans leurs dispensaires et pharmacies. Dans leurs orphelinats, il y avait en fin d’exercice, 685 enfants, et dans les hôpitaux qu’elles possèdent ou desservent, 1.076 malades.
« On sent dans la Mission, chez tous, prêtres religieux et religieuses, la volonté ferme de se dépenser pour les âmes et de faire avancer le règne de Dieu. Plus que jamais nous avons besoin de prières et d’ouvriers : de prières pour implorer la grâce et hâter la conversion des peuples qui foulent le sol de cette Mission, d’ouvriers pour rayonner le Christ-Rédempteur, son apostolat, ses perfections.
« Sur la fin de ce compte rendu, je ne puis omettre tout à fait les événements survenus dans la Mission au cours de l’exercice. La Cochinchine, habituellement si calme, a été le théâtre de vraies émeutes. On devait s’y attendre : la loi française, voulant tolérer toutes les religions, a laissé libre carrière au Caodaïsme, et les Caodaïstes se sont multipliés en peu de temps. En fait, ce Caodaïsme, sous le couvert d’une nouvelle religion, est surtout une vaste exploitation, un moyen de se grouper, de se compter et de s’unir pour toute action éventuelle. Aussi le communisme s’en est-il emparé, et avec une facilité telle que l’on peut dire que Caodaïsme et communisme se confondent .
« Dans certaines contrées, les chrétiens ont été molestés et menacés, parce qu’ils refusaient de se joindre aux bandes révolutionnaires. Nos maisons communes de Culaogien, Séminaire et établissements des Sœurs ont été visées. Il fallut l’intervention de la force armée, faire même quelques victimes et mettre sous les verrous les principaux chefs, pour imposer sinon le respect, du moins une crainte salutaire à cette plèbe déchaînée.
« Au Cambodge, les autorités avaient pris leurs précautions dès l’apparition du Caodaïsme à Tayninh, province limitrophe du royaume . Les Cambodgiens, naïfs et crédules, y allaient en foule ; ils revenaient enthousiastes des promesses qu’on leur avait faites. Mais le roi se hâta de publier un décret interdisant dans son royaume toutes les religions en dehors des deux religions d’Etat, le Bouddhisme et le Catholicisme. Une surveillance étroite et continue empêcha comités et communisme d’entrer dans le pays, et cela nous valut le maintien de la paix.
« Nous pensons qu’aujourd’hui personne ne se trompe plus sur l’origine, la valeur et les visées du Caodaïsme en Indochine. La France veille, mais la société annamite est ébranlée. Comme les Chinois de Chine, elle connaît les comités, partage leurs opinions et est prête à toute action. Il faudra du temps, de la patience et une douce fermeté pour maintenir l’équilibre.




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