| Année: |
1932 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Phnompenh |
| Rédacteur: | Mgr Herrgott |
IV. ─ Phnompenh.
(Cambodge.)
Population catholique 76.135
Baptêmes d’adultes 2.309
Baptêmes d’enfants de païens 7.334
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« En comparant le nombre de nos chrétiens de cette année à celui de l’an dernier, écrit Mgr Herrgott, nous constatons un fléchissement de près de 600 unités. Ce recul est dû à une forte mortalité infantile dans certaines régions et à l’exode, pour retourner dans leur pays d’origine (Tonkin et ailleurs), de 2.845 chrétiens. Il n’indique nullement un arrêt dans la marche de l’évangélisation. Nous devons, au contraire, rendre de vives actions de grâces à Dieu pour la bénédiction dont Il a daigné gratifier les travaux de ses ouvriers ; car l’année a été bonne, même une des plus fructueuses que les annales de la Mission aient jamais enregistrées.
« Il est vrai que les croix ne nous ont pas fait défaut. Outre celles déjà citées, nous avons eu la douleur de perdre M. Martin Paul après quelques jours seulement de maladie. Il était descendu à Phnompenh pour consulter le docteur, et celui-ci trouva son état très grave : crise d’appendicite compliquée d’occlusion intestinale et de péritonite. Tous les soins furent inutiles, le pauvre malade succomba huit jours après son arrivée, laissant un grand vide dans un district avec huit postes que lui-même avait fondés et administrés en véritable apôtre.
« Au mois de décembre dernier, M. Charles Ackermann dut, lui aussi, aller consulter la Faculté. On lui trouva une mauvaise tumeur au cou, et on ne lui cacha pas qu’elle amènerait inévitablement une issue fatale dans le courant de l’année. Le Père n’en continua pas moins son travail de professeur et ne s’avoua vaincu qu’à la fin du premier semestre, disant à son évêque : « Je suis à bout de forces, je vous prie de me donner un remplaçant ! »
« D’autre part, M. Mennetrier, procureur de la Mission, opéré d’une appendicite en septembre, se mit à tousser et à dépérir dès le commencement de cette année ; le docteur le trouva phtisique avancé et réclama l’isolement et le repos complet. Voilà donc trois grands vides bien difficiles à combler. Ils nous imposent un arrêt, pour ne pas dire un recul !
« Le district de M. Martin a dû être scindé. Les quatre chrétientés du nord ont été confiées à M. de Cooman avec résidence à Kompong-Cham. Ce confrère est également chargé des Tonkinois chrétiens employés dans les plantations de caoutchouc de la province. Les trois chrétientés du sud sont rattachées au district de Chrui-chàng-war.
« M. Béquet, nommé procureur, laisse sa charge de chef de district de Chaudoc à M. Poisnel qui occupait un poste avancé dans le nord-ouest du Cambodge où, malheureusement je ne puis le remplacer pour le moment par un missionnaire. Ce confrère avait fait, dans le courant de l’année, un voyage sur le Stungsen, rivière qui traverse la province du nord au sud, a sa source dans les Dângrêk, limite-nord de la Mission, et est navigable seulement à la saison des pluies. Il ne faut pas moins de vingt jours de pirogue pour atteindre les montagnes. La population est clairsemée ; le long de la rivière on rencontre de petits villages cambodgiens avec leurs traditionnelles pirogues et quelques métis chinois-cambodgiens ; les Kouys, peuplade aborigène, habitent la forêt où ils plantent du maïs et coupent le rotin. L’évan-gélisation réservera bien des difficultés et des déboires au hardi pionnier qui voudra se sacrifier dans cette région.
« Mais nos épreuves ont certainement contribué à féconder la semence jetée dans le jardin du Maître. Le chiffre de 2.309 baptêmes d’adultes n’a jamais été atteint dans la Mission depuis sa fondation, et 7.334 d’enfants de païens presque tous reçus et baptisés dans les crèches, montrent la vitalité de l’Œuvre de la Sainte-Enfance.
« Dans plusieurs districts il y a eu un vrai mouvement vers notre sainte Religion ; il mérite d’être signalé.
« Dans la province de Cantho, M. Larrabure a construit une assez vaste église avec école et presbytère. Le tout a bonne mine et plaît bien. Le jour de la bénédiction de l’église et de la confirmation des néophytes il y eut affluence de spectateurs païens parmi lesquels les notables de la commune et même du canton. Nous eûmes plaisir à constater une entente vraiment cordiale entre le clergé et ces notables, et à voir la curiosité toute respectueuse avec laquelle tant d’infidèles suivaient nos cérémonies et prêtaient l’oreille aux discours qui y étaient faits autant et plus pour eux que pour les chrétiens.
« La situation de ce nouveau poste au milieu d’une population dense, sympathique, disposée à se faire chrétienne, me parut si intéressante, que je n’ai pas hésité à y placer à demeure le vicaire qui, sous l’impulsion du chef de district, avait déjà gagné le cœur de beaucoup de ces braves gens ; je lui ai même adjoint un catéchiste pour faciliter à de nouveaux groupes de convertis l’étude de la doctrine.
« Au chef-lieu même de la province et à Phung-tuong, M. Larrabure avait de nombreux catéchumènes, en sorte qu’il a pu nous accuser le beau chiffre de 254 baptêmes d’adultes, sans compter les 1.403 enfants de païens reçus et baptisés à sa crèche. Ce district comporte déjà 8 chrétientés avec 5 stations en formation et un total de 3.160 chrétiens. Malgré cela, pour rendre plus aisée l’administration spirituelle et temporelle des deux petits postes de Sadec, nous les avons rattachés à Cantho dont ils sont plus près et dont ils relèvent pour l’administration civile. Ne quittons pas ce district de Cantho sans signaler les 15.499 confessions et les 38.574 communions de l’année, ainsi que ses 10 écoles avec leurs 449 élèves. Tout cela représente une somme de travail considérable pour le curé et ses vicaires.
« M. Duquet Jules, chef du district de Baclieu, nous apporte 252 baptêmes d’adultes et 541 baptêmes d’enfants de païens. Lui non plus n’a jamais atteint ces chiffres depuis 35 ans qu’il est à la tête de ce district. Brisé par la maladie, condamné par les médecins depuis plusieurs années, il tient cependant toujours ferme au poste, encourageant et dirigeant ses vicaires ; les résultats de cette année causent une très douce joie à son cœur d’apôtre. Chez lui aussi, principalement dans la région de Tac-sây, il y a un fort mouvement de conversions, et les catéchumènes afflueraient encore plus nombreux si nous pouvions, comme le désirent missionnaires et vicaires, leur procurer des terres à cultiver.
« M. Keller Charles, chef du district de Soctrang nous offre une gerbe de 175 baptêmes d’adultes. Ses 4.130 chrétiens se groupent en 13 chrétientés et 10 petites stations. Le centre est Soctrang-ville avec 1.056 chrétiens ; un second poste compte 915 âmes, les autres restent au-dessous de 500, quelques-uns même paraissent peu considérables, mais sont comme des jalons posés ; on en compte jusqu’à 20, et l’on peut dire que notre sainte Religion est bien établie dans la province. Notons chez M. Keller 11.162 confessions et 30.106 communions pour l’année avec plus de 300 catéchumènes inscrits.
« M. Thoi, curé de Hoa-hung, accuse 132 baptêmes d’adultes et signale la formation d’un nouveau groupe de catéchumènes. Ce résultat est d’autant plus appréciable que ce prêtre doit lutter contre l’élément païen qui cherche à entraver son œuvre.
« Un autre prêtre indigène, M. Thai, curé de Caicôn, a eu la joie de fonder une nouvelle chrétienté dans son district. Il a baptisé 98 personnes et un catéchiste prépare au baptême d’autres familles tout en continuant à former les néophytes à la vie chrétienne.
« En remontant le Bassac jusqu’en face de la chrétienté de Nang-gu, nous trouvons sur la rive gauche de ce fleuve, qui atteint à cet endroit un kilomètre et demi de largeur, les vestiges de l’ancienne chrétienté de Tâmbuông qui, florissante au commencement du dix-neuvième siècle, fut anéantie lors de l’invasion siamoise et de la persécution des empereurs d’Annam. Il n’en reste plus que la trace de l’église et du cimetière que les païens envahisseurs ont toujours respectés. Il y a là actuellement, une population dense et paisible. Sollicités par les communistes, et de ce fait tenus en suspicion par le Gouvernement, bon nombre des habitants vinrent trouver M. Collot et le prièrent de les protéger, promettant de se faire chrétiens. Le Père prit la balle au bond, alla les voir, décida la construction d’une maison, futur presbytère qui sert en attendant de lieu de réunion. Un excellent catéchiste de Banam, homme doux et prudent, fut chargé de faire la classe aux enfants qui pourraient venir se faire instruire, et aussi d’attirer des catéchumènes. L’entreprise réussit parfaitement. Lors de ma tournée pastorale je voulus faire une courte visite à ce village avec M. Collot. Nous fûmes fort agréablement surpris de voir, à notre arrivée, la berge noire de monde, le village entier était là pour nous recevoir. Vingt-trois personnes avaient déjà été baptisées, beaucoup d’autres étudiaient la doctrine et un grand nombre se disposaient à les imiter. Le lendemain, la plupart, néophytes ou païens, vinrent à Nang-gù assister à la cérémonie de la confirmation : ils furent dans l’admiration de voir 426 confirmands et presque un millier de personnes faire la sainte communion . Ce qui, humainement parlant, devait les impressionner encore davantage, c’était la gracieuse invitation à un repas que M. Collot leur faisait servir dans les vastes salles de sa nouvelle école. Depuis cette époque le mouvement de conversions s’accentue et notre confrère espère une belle moisson pour l’an prochain. Parmi ceux qui se préparent au baptême, il signale entre autres, la nombreuse famille d’un ancien notable très influent dans la région. Dernièrement une de ses filles lisait à haute voix dans la maison la Passion de Notre-Seigneur. La mère qui écoutait attentivement fit à ses enfants la réflexion suivante : « Eh « bien ! puisque le bon Dieu a été si bon pour les hommes, comment pouvons-nous ne pas « L’aimer et Le suivre. » Ayant donné à cette jeune lectrice le catéchisme en images avec les explications de M. Haloux, elle s’en sert maintenant pour instruire sa famille et tous les voisins. »
« A Chaudoc, M. Béquet a baptisé 20 catéchumènes dans la chrétienté qu’il a récemment fondée au Kin-xan. Il y a construit une gentille église dont les néophytes sont fiers et que les païens de la région admirent. Le jour de la bénédiction de cette église qui fut suivie de la cérémonie de la confirmation, nous fûmes heureux d’entendre des néophytes réciter les prières comme de vieux chrétiens et de les voir assister à tout l’office avec une piété vraiment édifiante.
« M. Merdrignac, après s’être dévoué de tout son cœur et de toutes ses forces aux 2.000 chrétiens tonkinois venus fonder ici, avec l’aide du Gouvernement, un village de colonisation, a eu la peine de voir ses ouailles se disperser brusquement et regagner leur pays natal. Il n’en reste plus guère que 200 sur place. A quoi attribuer cette défection ? Ce n’est certes pas à l’indigence, car le Père leur procurait largement de quoi se suffire sous tout rapport ; ni à l’infécondité du sol qui avec du travail peut produire. La vérité est que ces gens ne savaient pas faire la rizière de Cochinchine ; ils trouvaient le travail trop dur et ne voulaient pas s’y astreindre ; ils ne comprenaient pas non plus les avantages de devenir propriétaire et de s’établir définitivement là ; sous la poussée de quelques meneurs ils partirent. Ceux qui sont restés paraissent plus laborieux. Les fugitifs sont d’ailleurs remplacés progressivement et rapidement par des familles cochinchinoises, chrétiennes et païennes ; il en vient de tous côtés, et M. Merdrignac, sans se décourager le moins du monde, reprend son œuvre avec un nouvel élément plus stable et plus apte à faire de la bonne besogne. Déjà maintenant il a 23 familles de catéchumènes et nous ne serions pas étonnés de voir, en peu de temps, les nouveaux convertis atteindre un millier et plus. Nous le lui souhaitons de tout cœur, car il a assez peiné pour réussir.
« Nous aurions encore beaucoup de choses intéressantes à dire, mais il faut se limiter. Je dois cependant ajouter encore un mot relatif au voyage fait en février dernier dans le nord de la Mission. Accompagné de M. David qui connaît la région, je suis allé visiter la province de Stung-trêng afin de me bien rendre compte si, dans un avenir prochain, nous ne pourrions pas y tenter un essai d’évangélisation. Partis de Phnompenh en chaloupe, nous touchâmes d’abord Kratié, ayant ainsi parcouru par la voie fluviale 216 kilomètres en vingt heures. Nous repartîmes de là pour gagner les rapides de Sambor et passâmes la nuit dans un endroit absolument désert où l’on ne voyait que rochers, eau et forêt. Le lendemain de bon matin la chaloupe reprit sa route et nous arrivâmes heureusement à Stung-trêng vers quinze heures. De Kratié à Stung-trêng on compte 140 kilomètres. Autant la première partie du voyage avait été agréable au milieu de pays riants, habités et bien cultivés, autant la seconde fut plutôt triste au milieu d’une région déserte, morne et sans vie. De temps à autre la vue d’un crocodile engourdi au soleil sur le sable de la rive, le cri des paons ou l’envol des poules d’eau fuyant affolées à notre passage, venaient rompre la monotonie de ces solitudes.
« Stung-trêng, chef-lieu de la province est somme toute de peu d’importance. On y voit, à côté des bâtiments de l’administration, quelques maisons de commerce tenues par des Chinois ou des métis Chinois et un village de Laotiens. Dans toute la province qui peut avoir une superficie de 20.000 kilomètres carrés l’Administration accuse en fait d’habitants, 9.000 Cambodgiens, 500 Annamites, 800 Chinois, 12.000 Laotiens et 22.000 sauvages, ce qui fait une moyenne d’environ 2 habitants par kilomètre carré. Comme c’était l’époque de la saison sèche, nous avons pu suivre quelques pistes et pénétrer dans l’intérieur. Nous avons parcouru la partie nord de la région en nous dirigeant vers les chutes du Khône ; sur 56 kilomètres nous n’avons pas rencontré âme qui vive ; les habitants y sont très dispersés en petits groupes de dix à douze familles : quant aux sauvages et à la majeure partie des Laotiens, ils se cachent dans la forêt. Chaque race parle sa langue, les sauvages ont même plusieurs dialectes comme ceux de Kontum.
« Nous avions déjà acquis un lopin de terre dans le voisinage du chef-lieu, mais il est trop éloigné du centre. Nous décidâmes donc de demander à l’Administration un emplacement en pleine ville, à côté du cimetière européen, pour y construire une chapelle. Nous parlons de cimetière européen parce qu’il y a là une douzaine de tombes d’officiers et de soldats morts en 1893 lors de l’expédition du Laos.
« D’après l’histoire de l’évangélisation du Cambodge, il y aurait même à Stung-trêng des tombes de missionnaires. Nous avons bien interrogé les autorités françaises et indigènes ou des gens établis depuis assez longtemps dans le pays, mais personne n’a pu nous donner le moindre renseignement à ce sujet.
« Les œuvres générales de la Mission ont poursuivi leur marche normale. En février dernier, le Séminaire nous a fourni 11 nouveaux prêtres indigènes, mais par suite des nombreux décès survenus au cours de ces deux dernières années, et aussi du repos forcé de plusieurs de nos confrères actuellement malades, cet appréciable contingent de nouvelles et jeunes recrues, ne nous a cependant pas permis de réaliser les projets que nous avions en vue.
« Ayant obtenu du Saint-Siège l’autorisation de fonder un institut religieux sous le nom de « Frères Catéchistes de la sainte Famille », nous en avons ouvert le noviciat à Banam avec 5 sujets pour débuter le 15 août 1931. Notre intention est de greffer cette œuvre sur l’école des catéchistes fondée en 1906 par Mgr Bouchut, en y apportant les modifications que nécessitent les circonstances. M. Blondet en est le directeur et le prêtre indigène Tu, ex-profès temporaire des Pères Trappistes de Phuocson, le maître des novices.
« Les Frères des Ecoles chrétiennes, malgré la dureté des temps, maintiennent leurs collèges. Comme les Sœurs ils ont dû consentir à des sacrifices d’argent et diminuer le prix de la pension de leurs élèves, pour la plupart païens. Dans leur tâche bien pénible, la divine Providence leur réserve parfois quelques joies qui les dédommagent de leur labeur. C’est ainsi que le Frère directeur de l’Ecole de Phnompenh nous dit son bonheur et celui de ses collègues d’avoir pu présenter au mois de mai de cette année 5 de ses élèves au saint baptême, et il ajoute : « Tous les élèves de l’Ecole Miche, dont 258 païens contre 60 chrétiens, et une « délégation de l’Ecole Saint-Pierre assistaient à la cérémonie. »
« Les Sœurs de la Providence ont enregistré 3.937 baptêmes d’enfants de païens et 641 baptêmes d’adultes. Elles comptent dans leurs orphelinats 779 enfants et ont soigné dans leurs hôpitaux et ceux du gouvernement 25.518 malades. Leur personnel se compose de 41 Sœurs françaises, 342 religieuses indigènes, 18 novices, 34 postulantes, 5 aspirantes et 26 juvénistes. Dans leurs pensionnats elles ont obtenu 30 diplômes des études élémentaires indigènes, 17 diplômes franco-indigènes, 6 certificats français, 1 certificat d’études complémentaires, 1 brevet, 45 diplômes de dactylo et 12 de sténo.
« Nos Amantes de la Croix, dont le recrutement s’était affaibli ces dernières années, reprennent vite. Elles ont actuellement 31 novices ou postulantes et forment une communauté de 60 personnes ; 16 des jeunes recrues ont obtenu le diplôme des études élémentaires indigènes.
« Dieu veuille nous donner à tous la grâce de vivre saintement afin de hâter l’heure de la conversion de nos nombreux païens ! »
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